SECOND BAS CÔTÉ SUD DE LA NEF
fice devenu maintenant un second bas côté? Il est possible que ces trois petites pièces contiguës aient servi de sacristies. Peut-être aussi la pièce du milieu
servait-elle de confession pour la vénération des reliques. Il y a plusieurs exemples dans la région bretonne, de reliques vénérées dans des chapelles contiguës à l’église. Nous ne pouvons naturellement pas savoir siles murs actuellement détruits n'étaient pas percés de petites portes permettant de communiquer avec l’église. On pourrait supposer que les pèlerins entraient dans les deux chapelles latérales pour voir par de petites fenêtres les reliques déposées dans la pièce centrale. Au moyen âge, on avait l’habitude de renfermer ainsi les reliques et de ne les laisser voir qu'à travers des fenêtres grillées pour éviter des vols très fréquents alors. Dans le déambulatoire de la cathédrale de Quimper, sensiblement contemporain de la nef de Saint-Pol, on remarque une fenêtre fermée d’une forte grille en fer et donnant sur une petite pièce qui a dù être anciennement une confession.
Albert le Grand dans sa Vie des saints de Bretagne a parlé d’une chapelle de Saint-Martin que Guillaume de Kersauzon, évêque de Saint-Pol de 1273 à 1327, aurait fait construire “et dans laquelle, il aurait lui-même placé son tombeau. Peut-être notre édifice serait-il cette chapelle de Saint-Martin, la pièce centrale ayant contenu des reliques de saint-Martin de Tours. Quant au tombeau de Guillaume de Kersauzon, on pouvait alors le reconnaitre dans un enfeu situé sous la fenêtre de la première travée à partir de l’ouest et dont il semble que l’on ait détruit la partie supérieure
pour ouvrir précisément cette fenêtre. Le style de la fenêtre est cependant assez ancien, mais le dessin du remplage n’est pas nécessairement une preuve d’ancienneté, car 1l reproduit le dessin de plusieurs fenêtres de la nef. On pourrait admettre que les fenêtres ne sont pas primitives et que les remplages en ont été fournis par les matériaux pris aux murs. En tout cas la dernière fenêtre du côté est, paraît bien accuser une influence du style flamboyant.
Le second bas côté communique avec le transept par une ouverture anormale qui nest pas dans l’axe des voûtes. Nous comprendrons la raison de cette nouvelle bizarrerie lorsque nous aurons étudié le transept.
Le transept. — Le transept est une des parties de l’église qui a subi les transformations les plus considérables, Enremontant l'ordre des temps,nous pouvons y distinguer des éléments du xvi° siècle, d’autres du xv°, d’autres probablement du xiv° et peut-être enfin des éléments beaucoup plus anciens. Seulement ces derniers éléments qui seraient les restes d’une église antérieure à la nef actuelle, ne présentent aucun détail caractéristique d’un style : en nous tenant aux faits précis, voici ce que nous pouvons constater :
Si nous faisons extérieurement le tour de l’église, nous voyons que les murs du croisillon nord, revètus à l’intérieur d’un placage en pierres de taille, sont en appareil irrégulier. Le croisillon sud a dû
être construit de même. Sa face orientale est maintenant noyée dans les constructions du xvi° siècle qui ont rejoint le déambulatoire au transept; son pignon, ajouré d’une rosace, a été refait auxv'siècle: : à la même époque, on a recouvert d’un placage la moitié de la face occidentale; mais la partie du mur comprise entre ce placage, le mur de la nefet le toitdes bas côtés doit certainement être construite en appareil irrégulier, car elle est aujourd’hui recouverte d’un enduit. Ainsi nous entrevoyons une époque où s'élevait un transept construit entièrement en appareil irrégulier. Ce transept était — et il est encore — plus bas que la nef actuelle. Peut-être enfin était-il plus large qu'il n’est maintenant.
Ce qui est certain, c’est que le transept a été modifié au xv° siècle par la construction de la travée centrale plus haute que les croisillons et la transformation du pignon sud qui a été ajouré d’une rosace. L'établissement de cette rosace parait avoir nécessité la surélévation du croisillon sud qui est en effet actuellement plus élevé que le croisillon nord, mais qui avait primitivement la même hauteur, Nous voyons du dehors des traces de surélévation très certaines. A l’intérieur, nous pouvons constater de part et d'autre de ia rosace des témoins d’un formeret maintenant détruit et qui n’aurait plus sa place, l’arc en plein cintre de la grande fenêtre tapant directement contre la voûte.
Il est donc certain qu'il y a eu au xv° siècle un aménagement d'un édifice antérieur dont la date
est difficile à préciser, mais qui avait peut-être subi déjà des reprises. En tout cas ce transept remanié au moins pour la seconde fois au xv° siècle a subi une transformation radicale, au xvi° siècle, la répartition des travées ayant été modifiée et les voûtes changées de place. Nous allons expliquer la raison probable de ce grand bouleversement. Il faut d’abord se rendre compte de sa réalité.
Tout un ensemble de faits prouve que les voûtes ne sont plus à leur place primitive. En regardant un plan du croisillon nord on s'aperçoit que les colonnes soutenant la voüte ne correspondent plus exactement aux contreforts extérieurs : cest la présence d’un de ces contreforts qui à empêché de mettre au milieu du mur la fenêtre de style xvi° siècle que l’on remarque dans la troisième travée. Le croisillon sud présente une preuve plus apparente du déplacement des voules. Examinons la fenêtre qui s'ouvre dans le mur occidental. Cette fenêtre, pratiquée à l’intérieur d’une embrasure trop large pour elle, remplace une grande fenêtre presque complètement bouchée, mais un second remaniement a eu lieu : un pan de mur vertical rasant la fenêtre occupe maintenant la partie droite de l’ébrasement et contre ce pan de mur s’appuie la colonne qui recoit la retombée des nervures de la voûte. On a donc bouché en partie celte baie pour pouvoir y appliquer la colonne. Les bases des colonnettes qui soutenaient l’archivolte de l’embrasure subsistent encore. Celle de
droite se trouve au delà de la colonne postérieurement ajoutée et témoigne ainsi de l’état primitif de l'ouverture. Il est donc évident que la disposition des voûtes a été changée, et la cause la plus vraisemblable de ce changement doit être le doublement du déambulatoire au xvi° siècle.
Les travées du transept primiluif devaient présenter une division irrégulière. La première travée de chaque côté à parlir de la croisée centrale avait forcément la même largeur que le bas côté correspondant qui régla la largeur du déambulatoire simple construit au xv° siècle. Mais quand on voulut construire un second -déambulatoire de mêmes dimensions que le premier, ce nouveau déambulatoire n'avait pas son débouché normal dans le transept, les travées n'étant pas régulières. Il fallut donc se décider à changer complètement les divisions du transept.
Cette refonte complète du transept a été commencée sous l'épiscopat de Guy Leclerc (1514-1520) dont on voit les armes dans un grand cartouche en pierre sur le mur oriental de la troisième travée du croisillon sud. Une des clefs de vouüte du eroisillon nord porte les armes de la famille de Chavigné. Deux Chavigné se sont succédés au xvi® siècle comme évêques de Saint-Pol, Christophe de 1521 à 1554 et Rolland de 1554 à 1562. On peut attribuer à Christophe de Chavigné la continuation du travail de Guy Leclerc son prédécesseur immédiat. Le style des éléments ajoutés à l'édifice du xv° siècle est bien caractéristique du xvi' siècle, Le profil des
ogives et doubleaux, d’ailleurs assez grossièrement taillés, est le profil connu au xvi° et qui peut