‹ Saint-Pol-de-Léon: la cathédrale--le kreiskerChapitre 13 sur 25 · ET DU DÉAMBULATOIRE · texte numérisé non relu

ET DU DÉAMBULATOIRE

construction très particulière et très précise,

Il n'est pas nécessaire d’ajouter que l’opinion d'après laquelle cette chapelle représenterait un reste d’une ancienne cathédrale romane ne soutient pas un moment l'examen. Les chapiteaux que l’on avait pu croire romans sont bien authentiquement du xvi* siècle ; celui de la colonne engagée dans le mur qui sépare la chapelle en question de la chapelle suivante, porte le même dessin que la clef de voûte du xvi° siècle que nous avons remarquée dans le porche des lépreux. Quant aux deux chapiteaux suivants ils surmontent les deux extrémités arrondies en colonnes d’un pan de mur conservé pour faire un pilier. Leur existence ne s'explique donc, comme celle du chapiteau-bas-relief de la colonne suivante, que par les remaniements exécutés dans la construction au xvi° siècle. Leur style accuse nettement l’art du xvi° siècle. Observons aussi que les extrémités des moulures horizontales qui les délimitent s’arrètent par une coupure nette sur la face intérieure du pilier. Plus bas le même pilier porte une sorte de console. Sur cette console entre les deux cordons des chapiteaux devait se trouver certainement une plaque d’armoiries en pierre, comme celle que nous avons vue dans le transept, mais qui, placée plus bas, n’a pas pu aussi facilement éviter les causes de destruction.

D'une facon générale, les chapiteaux de cette chapelle sont des chapiteaux-frises avec des dessins assez analogues comme style à ceux des chapiteaux du transept. On y retrouve comme élément

décoratif la bandelette enroulée sur elle-même. Le profil des ogives est tout à fait caractéristique du xvi° siècle le plus avancé : l’ogive est creusée de chaque côté d’un cavet énorme. Les voûtes d'ogives sont au nombre de quatre. Au milieu se trouve un gros pilier rond sans chapiteau dans lequel les moulures entrent à pénétrations. La forme de la chapelle étant irrégulière, deux des voutes ont des ogives inégales entre elles. Contre les murs, des culots supportent les retombées des nervures. Dans l'angle sud-est de la chapelle, le corbeau qui soutient l’ogive représente une figure de fou accroupi tenant une épée. Enfin les fenêtres sont tout à fait caractéristiques du xvi° siècle à la fois par l'énorme cavet qui les entoure et par les flammes de leur remplage.

Après cette vaste et curieuse chapelle, nous trouvons encore, donnant sur le déambulatoire du côté sud, trois autres chapelles dont les deux dernières sont simplement formées par un élargissement des travées du second déambulatoire. L'autre chapelle de forme irrégulière est limitée des deux côtés par des murs. La fenêtre de cette première chapelle est identique aux deux fenêtres de la chapelle précédente, mais le profil des ogives et le type des chapiteaux sont les mêmes que nous retrouvons dans le reste du déambulatoire. Le mur de droite présente des sortes d'ouvertures en meurtrières, maintenant bouchées, qui doivent remonter à l’époque où ce mur était un mur extérieur de l’église. Le mur de gauche ne paraît pas

avoir été complet du premier coup : la partie supérieure est une sorte de gros arc-boutant allant du mur extérieur à un massif de maçonnerie qui cantonne le pilier d'entrée de la chapelle : l’intervalle a été plus tard rempli par une mince cloison. Il est probable que d’abord cette chapelle communiquait avec la suivante. |

Les deux dernières chapelles ne sont qu’un élargissement des travées du déambulatoire ; la seconde un peu en retrait sur la première. Elles ne présentent pas de problèmes de construction. Leurs fenêtres sont du type courant du gothique flamboyant : soufflets et mouchettes. On remarquera que la fenêtre de la seconde chapelle est logée dans une embrasure plus large qu'il ne faut pour la contenir.

Nous passerons maintenant au chevet de l’église et aux travées en forme de trapèze qui tournent autour du chœur. La chapelle absidale est rectangulaire. L'église se termine ainsi par un chef plat : c'est là une disposition normande”. Les fenêtres dans toute cette partie de l’église sont de type flamboyant avec soufllets et mouchettes. La forme en plein cintre des doubleaux qui séparent de chaque côté de l’abside la travée trapézoïdale du déambulatoire de la voûte à trois branches d'ogives, (cf. le plan) indique comme date de ce travail le

1 Certains auteurs ont signalé dans cette disposition la marque d'une influence anglaise. Mais le chef carré des églises anglaises a en général sa paroi de fond ajourée d’une immense verrière (comme

au Kreisker). S'il y avait quelque chose d'anglais dans la cathédrale ce seraient plutôt certains remplages de fenêtres.

xvi° siècle. Les formerets de la chapelle absidale sont également en plein cintre

Le déambulatoire présente des dispositions identiques au nord et au sud. Le profil des ogives, les sculptures des chapiteaux sont identiques. Ici comme de l’autre côté les dernières chapelles sont constituées par un élargissement des travées du second déambulatoire. Ce sont cette fois les trois dernières au lieu des deux dernières de l’autre côté. Ces trois chapelles semblent avoir été construites du mème coup et par le même architecte. Les fenêtres du type flamboyant avec soufflets et mouchettes ont les éléments de leurs remplages ornés de fines moulures longitudinales. Le déambulatoire présente ensuite deux rangs de triples travées égales entre elles. Le mur extérieur de la dernière est en saillie sur le mur extérieur des trois chapelles précédentes. Enfin une chapelle carrée exactement de la taille des travées du déambulatoire est placée à l’angle du déambulatoire et du transept prolongeant le pignon du croisillon nord.

La chapelle de l’angle est séparée du transept par un mur; elle est élevée par deux marches au-dessus du pavé de l’église. La fenêtre du fond présente un remplage à flammes du xvi° siècle. Celle de droite est au contraire de type rayonnant : au sommet un cinq-lobes, de chaque côté un petit trilobe, au-dessous trois arcs trilobés barrés d’une traverse. Il faut admettre soit qu'il y a eu un archaïsme dans la construction de cette

fenêtre, soit que la chapelle a été remaniée. Elle présente d’ailleurs certaines anomalies de construction : la paroi du fond est sans formeret, sur la paroi de droite il y a seulement un tronçon de formeret du côté droit; on remarquera au fond de la chapelle dans chacun des angles deux colonnettes à bases primastiques surmontées d'énormes chapiteaux figurés, dont l’un, celui de droite, représente des fruits, l’autre deux dragons combattants. Le chapiteau de droite est trop grand pour l'ogive qu'il supporte et qui tombe dans son coin droit. Observons aussi que les deux ogives du fond sont en tuffeau, les deux autres en granit. La chapelle semble avoir subi des remaniements.

À droite de cette chapelle, une autre chapelle se trouve formée par la troisième travée du déambulaloire, séparée du côté droit par un pan de mur de l’ensemble des trois grandes travées qui suivent. Les fenêtres de cette chapelle sont du même type que celles que nous avons signalées dans Les trois grandes travées. Nous disons : les fenêtres, car nous verrons de l'extérieur qu'il y a une fenêtre actuellement bouchée dans la paroi orientale de cette chapelle. Le pilier qui soutient les retombées des nervures de cette chapelle et des trois travées environnantes du déambulatoire est un gros pilier rond dans lequel les nervures entrent à pénétration. Ceci est encore un indice pour ne dater le second déambulatoire que d’une époque assez tardive.

Nous pouvons maintenant, ayant achevé le tour de l’église, ressortir par le grand portail pour examiner l'extérieur.

L'extérieur de l’église. — La facade de la cathédrale nous présente un bel exemple de façade normande. Comme toutes les facades de cette école elle est dépourvue de sculptures et vaut seulement par la sobriété de ses lignes. Le porche qui fait saillie sur la facade est surmonté d’une plate-forme entourée d’une balustrade tréflée. Au-dessus de cette plate-forme un triplet dont la fenêtre centrale est plus haute ; puis au-dessus encore une galerie de quatre ares en tiers-point à redents avec une balustrade formée d’arcs en tiers-point qui se coupent. Enfin, couronnant le tout, une balustrade tréflée réunit les deux tours qui s'élèvent de part et d’autre de la facade.

La partie inférieure des tours est ornée d’arcatures aveugles avec ou sans chapiteaux. Les deux flèches présentent entre elles d'assez grandes différences. Toutes deux possèdent quatre elochetons d’angles et quatre lucarnes médianes; mais la flèche nord — d’ailleurs plus élancée que la flèche sud — est pourvue d'une galerie qui entoure la base de la pyramide et rejoint entre eux les clochetons et les lucarnes. En revanche, clochetons et lucarnes sont moins développés dans cette flèche que dans la flèche sud. Toutefois la flèche nord à cause de la présence de la galerie de pourtour semble marquer un progrès sur la flèche sud et

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doit être postérieure. Les flèches et la façade s sont. en granit.

Nous considérerons maintenant l'extérieur de la nef du côté sud. L'église n'étant pas très haute, les arcs-boutants ne présentent pas un grand développement. L’ornementation aujourd’hui très mutilée est de caractère bien normand ; elle consiste en une frise sous la corniche du mur extérieur de la nef et du mur du bas côté dans la partie qui est restée libre. Au-dessus des fenêtres on voit encore des débris de moulures en dents de scie, La pierre calcaire de la nef a mal résisté aux intempéries. |

L’extérieur du croisillon sud est assez curieux. On pourrait croire à première vue que le transept a été allongé. En effet jusqu’au niveau du mur du bas côté sud, le mur du transept est revêtu d’un enduit. Le reste qui fait saillie sur le mur du bas côté est en belle pierre de taille d’un granit un peu rougeâtre. La partie enduite est surmontée d’un rang d’arcatures aveugles en plein cintre reposant sur des modillons figurés. Nous verrons qu'un ornement tout à fait semblable se rencontre au Kreisker : un premier remaniement de l’ancien transept a pu avoir lieu à la même époque que la construction du Kreisker. Cette rangée d’arcatures est remplacée ensuite, dans la partie du mur en pierre de taille, par une corniche On pouvait done supposer qu'à une certaine époque le transept a été allongé. Nous croirions plutôt que le transept construit d'abord en appareil irrégulier,

FAGADE

DE

Photo Neurdein.

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