SCULPTURES DU PORCHE MÉRIDIONAL DE LA CATHÉDRALE
du trilobe. C’est une ornementation très normande.
La nef, élégante dans son ensemble, l’est aussi dans ses détails ornementaux. L’observateur patient peut s'amuser à y relever beaucoup de petits détails, exemples de cette variété dans l’unité si caractéristique de l’art très souple et très vivant du moyen âge.
Avant de quitter la nef, signalons les additions modernes qu'elle a reçues. La plus importante est : la voûte d’arêtes en anse de panier qui supporte la tribune d'orgue. Elle est datée de 1625 et porte les armes de Henri de Laval de Boisdauphin, évêque de Léon de 1651 à 1661. Il faut reconnaitre la hardiesse de cette voûte qui traverse d’une seule volée toute la nef, laissant le passage libre aux processions. Cette considération avait beaucoup d'importance pour les gens du xvn° et du xvimr siècle. On sait que dans plus d’une cathédrale, il a fallu au xix° siècle rétablir le meneau central du grand portail supprimé au xvin° siècle comme gênant lentrée des cortèges. C'est ce qui s’est produit à Saint-Pol même.
Notons encore, de chaque côté de l’entrée, deux bénitiers du xvn° siècle, puis, dans le haut de la nef, près de la chaire, un congé modelé en ciment il y a quelques années par un ouvrier du pays, employé aux restaurations de la cathédrale *.
Les bas côtés et leurs annexes. — Les bas côtés
font partie du même ensemble architectural que la
{ Cetouvrier, un couyreur nommé Prigent Banalan, a exécuté ainsi un certain .nombre de pastiches que nous signalerons à leur place.
nef: même pierre et même style, mêmes remarques à propos des chapiteaux et des bases. Le style des ogives est aussi le même. On observera que, dans le bas côté sud les premiers doubleaux sont constitués par un tore unique, tandis que l’on trouve ensuite deux tores accouplés. Peut-être faut-il voir là une preuve de la succession de deux campagnes. Le bas côté nord présente deux systèmes différents pour les chapiteaux des groupes de trois colonnettes adossées au mur et soutenant les ogives et les doubleaux. Dans les premières travées, le tailloir à bec a deux ressauts latéraux accusant la division du groupe de colonnes ; dans les travées suivantes, il est d’une seule venue.
La première travée de chaque bas côté, située sous la tour, communique avec le reste du bas côté par un arc à nombreuses archivoltes. Ces deux travées onl eu leurs ogives refaites en granit au xv1° siècle. Le bas côté nord n’a guère subi d'autre modification. Les fenêtres reproduisent le type des fenêtres de la nef. Quelques-unes seulement ont été raccourcies pour permettre l'établissement d’enfeux.
Le bas côté sud nous retiendra plus longtemps.
Remarquons d’abord la travée située sous la tour: celte travée s'ouvre directement sur la place par une porte qui permet d'y entrer ou d’en sortir sans passer par l’église. Ce coin de l'édifice était réservé aux lépreux qui pouvaient ainsi suivre l'office sans communiquer avec le reste des fidèles.
Encore aujourd’hui, cette travée a gardé le nom traditionnel de « porche des lénreux t ».
On observera que les ogives ont été refaites au xvi° siècle comme dans Îa travée correspondante du côté nord. Il faut noter le feuillage en faible relief qui décore la clef de voüte. Le même motif ornemental se retrouve sur un chapiteau de la chapelle xvi° siècle, ajoutée à l’angle du déambulatoire et du croisillon.
En sortant de la travée pour remonter dans le bas côté, on pourra remarquer dans les chapiteaux de gauche une particularité curieuse : quelques crochets prennent la forme de petites têtes humaines grimacantes. Voici un autre détail d’ornementation assez anormal : au pilier suivant, la colonnette médiane supportant le doubleau du bas côté est remplacée par une moulure verticale, filet entre deux cavets, sortant de la bouche d’une tête humaine monstrueuse, sculptée sous le chapiteau. Cette disposition insolite s'explique peut-être par une erreur dans la taille des pierres, l’ouvrier ayant à creuser des cavets profonds dans les pierres destinées aux angles du massif principal du pilier. Le motif sculpté aurait été imaginé comme moyen de transition entre le chapiteau normalet la moulure substituée par erreur à la colonne. En tout cas cette tête demi-humaine et demi-bestiale a un certain
! Il paraïtrait que cet endroit de l’église aurait longtemps été réservé aux cordiers, descendants des anciens lépreux. Sur la transformation des lépreries bretonnes en chantiers de corderie. Cf. Paul Viollet, Histoire du droit civil français, 3e éd. 1905, p. 374.
caractère ; il n’y a pas de mâchoire inférieure, la mâchoire supérieure mord la pierre.
Dans les travées suivantes nous remarquerons que les doubleaux, au lieu d'être constitués par un
Fa
E. Chauliat, del.