CHAPITRE IL
Les chrétiens de Lagdanom mis en évidence par leur nombre toujours croissaot. — Les collèges sacerdotaux s'émeuvent. — Préludes de la persécution ; ses causes. — Adresse de la Lettre des Eglises de Vienne et de Lngdunum. — L*Eglise de Vienne fondée par saint Crescent, disciple de saint Paul — Preuves à Tappui de cette origine apostolique. — Violence de la persécution à Lugdunnm. — Le obiUarque et sa cohorte. — Rôle rempli par les daumvirs en Tabsence du président de la Lugdunaise. — Est*on autoriaé à voir dans Septime-Sévère le gouverneur qui condamna le bienheureux Polhin et ses compagnons 7
Alors qu'elle était encore au berceau^ TEglise de Lugdunum ^l'avait pas trop de peine à cacher son existence modeste et son action latente. Le petit nombre des ch rétiens faisait leur sécurité; ils pouvaient, passer inaperçus dans une grande ville, tout emière w mouvement des affaires, aux jouissances, offertes par la civilisation romaine. Mais ce bénéfice du petit nombre ne devait pas durer longtemps ; il allait diminuant tous les jours dans la p-oportion des prosélytes qui venaient augmenter le troupeau de Pothin. A raison même de leur importance, les conquêtes du bienheureux évéque devaient attirer Fatlention de )a iftij^titudç, éveiller la jalou3ie des collèges sacerdotaux. La vî© chrétienne tranchait trop vivement sur celle des païens pour échapper aux regards les moins attentifs: les disciples
190 MVRE deuxième:.
du Christ se séparaient sur trop de points des adorateurs de Rome et d'Auguste, de Jupiter et de Mercure, pour que cette séparation ne les mit pas en éyidence.
Suivant la belle expression de Tertullien, le glorieux insigne des vertus distinguait les fidèles de tout ce qui les entourait dans la vie publique et privée (1). Ces femmes chrétiennes que Ton voyait ornées de la modestie comme d'un voile, de la pudeur comme d'un vêtement (2), formaient un contraste frappant avec les vierges et les matrones païennes de Lugdunum. Ces chrétiens d'une gravité plus que romaine, dont les regards s'élevaient vers le ciel avec une expression singulière; ces fidèles s'empressant aux demeures de l'indigence, traitant avec les plus- humbles comme avec les personnages de race sénatoriale; ces Hellènes portant les cheveux rasés à la manière des esclaves (3), bien qu'ils fussent de condition libre, il suffisait d'avoir des yeux pour apercevoir tout cela, un peu d'intelligence pour en saisir la signification.
(1) Qaid insigne praeferimas nisi primam sapientiam, qaa frivola hamanse manns opéra non adoramns; abstinentiam, qaa ab alieno temperamas;padiciliam, qaam nec oculis contaminamas; misericordiam, qaa super indigentes flectimor ; ipsam veritatem, qaa offendimas ; ipsam Ubertatem, pro qaa mori novimas? {Ad nationeSy 1. 1, c. iv.)
(2) S*adressant aax femmes chrétiennes, Tertallien lear dit : « Vestite vos serico probitatis, byssino sauctitatis, parpara padicitis... Taliter pigmentatae Deam habebitis amatorem. » {De cultu feminarum, 1. II, c. xni.)
(3) Dans les premiers siècles, \ei clercs ne portaient pas encore la coaronne : cette marqae distinctive eût été imprudente aa miliea des persécutions ; eUe aarait désigné les prêtres de Jésas-Christ à la haine des païens. En général, les clercs portaient les cheveax coarts et coupés ras. Cette coape de chereax n'offrait alors aacan inconvénient, paisqae les paavres, les esclaves, les prêtres d*Isis et de Sérapis, les initiés de plasiears mystères avaient aassi la tête rase. On attribae Tadoption de cet usage à saint Pierre, qui, par humilité et pour ressembler aax esclaves, avait coupé ses cheveux. Dans les Actes de saint Bénigne, nous lisons : « Vidi qaemdam hominem (Benignam) peregrinum capat habere tonsum. » (Apud Sariam, l* novembri^.)
Les chrétiens de Lugdanum ne se faisaient pas moins remarquer par leur éloignement des cérémonies païennes et des spectacles publics. Jamais on ne les voyait entourer Tautel de Rome et d'Auguste, porter leurs vœux aux autres divinités officielles de TEmpire. Ils évitaient même de passer devant les statues des dieux, devant leurs temples et leurs édicules. S'ils ne pouvaient prendre ailleurs leur chemin, du moins ils détournaient la face en passant, pour ne point souiller leurs regards. Le théâtre de la colline, insuffisant à recevoir une foule avide, ils s'en éloignaient comme d'un lieu où le démon tenait école de tous les vices (1). Ils fuyaient avec une égale horreur les jeux de l'amphithéâtre; leur conscience leur eût fait un crime de repaître leurs yeux du sang qui rougissait l'arène (2). Cette double désertion que Ton taxait d'impiété, que l'on interprétait à mépris pour les objets du culte et les usages de la vie romaine, signalait les chrétiens comme des hommes vivant à part, faisait planer sur leur tête les plus graves soupçons.
La présence du christianisme se révélait d'une manière non moins évidente dans la vie privée. L'épouse chrétienne ne pouvait cacher longtemps son secret à un époux païen, et réciproquement. Que si l'un et l'autre avaient donné leur nom à la religion du Christ, il leur était malaisé d'en faire mystère à leurs parents, à leurs esclaves, aux habitués de la maison. En s'installant dans une famille, le christianisme en bannissait les dieux lares, les amulettes, tous les symboles entachés de superstition et d'idolâtrie ; et, à la place, il in-
(1) Impttdiciliam amoliri jubemar. Hoc igitar modo ac théâtre separamur qaod est privatam consistorium impudicitiae, ubi nihil probatctr qaam quod alibi non probatur. (Tertul., De speciaculis, c. xvii.)
(S) Si saevitiam, si impietatem, si feritatem permissam nobis contendére possamus, eamas in amphitheatrum. (ïd , xix.)
192 LIVRE DEUXIËMR.
troduisait les symboles et les pratiques du culte chrétien. II suflSsait de pénétrer dans une maison chrétienne, pour reconnaître immédiatement la présence de la religion qui présidait à la vie de ses habitants. Ensuite, le signe de la croix dont les fidèles faisaient un usage si fréquent et si universel (1), les prières auxquelles ils s'adonnaient dans leurs demeures, leur attitude et la direction de leur corps en priant (2), l'exquise pureté qui respirait dans leur extérieur et toutes leurs paroles, leur charité réciproque, phénomène inconnu aux sociétés antiques, ces indices étaient assez parlants pour révéler la religion des chrétiens lugdunais à leurs parents, à leurs amis, à tout leur entourage.
Vainement eussent-ils espéré s'abriter dans l'ombre, leur existence à l'état de société religieuse ne pouvait rester longtemps un mystère. Bien avant l'année 177, la prédication de l'Evangile et la pratique de ses enseignements avaient mis en grande évidence la présence d'une communauté chrétienne dans la cité de Plancus.
(1) Terlullien nous apprend que, dans les premiers siècles, les chrétiens faisaient le signe de la croix dans une multitude de circonstances; qu'ils se signaient an commencement de toutes leurs actions. Voici ses paroleà : « Ad omnem progressum atque promotum, ad omnem aditum et exitum, ad calciatum, ad lavacra, ad mensas, ad lumina, ad cubilia, ad sedilia, quaecumque nos conversatio exercet, frontem crucis signaculo terimus. » [De eorona militiSf 0. m.)
(2) Illuc (in cœlum) suspicientes christiani manibus expansis, quia innocuis, capite nudo, quia nec erubescimus. (Tertul., Apol, xxi.)
Les premiers chrétiens avaient coutume de prier debout, les mains étendues, un peu élevées vers le ciel, la face tournée vers Torient. Les fresques, les sarcophages, les pierres sépulcrales, les catacombes, les verres historiés, offîrent des fidèles des deux sexes dans cette attitude. On donne à ces figures le nom à'orantes. La liturgie de Lyon a conservé ce rite des premiers siècles. Immédiatement après Télévation, le prêtre déploie les deux bras, à la manière des orantes.
La religion du Christ commençait à fleurir à Lugdunum, elle s'y posait en adversaire des religions de TEmpire ; c'était une société nouvelle qui Tenait, sur les bords de la Saône, disputer au paganisme Tempire des âmes et la direction de la vie. Les prêtres d'Âcrguste et des autres divinités n'avaient pas été les derniers à s'apercevoir de la position prise par les chrétiens en face du culte officiel. Leur intérêt, qui se trouvait lié à la cause du paganisçae, avait de bonne heure donné l'éveil aux ministres des dieux, attiré leur attention sur la marche et les progrès de la religion rivale. Dans l'organisation de la société romaine, en effet, le sacerdoce était une source de considération et de forlune. De plus, il ouvrait la porte des honneurs, pouvait mener aux plus hautes charges de l'Etat, comme le prouve un grand nombre de monuments épigrapbiques. Il n'est donc pas étonnant de voir les prêtres des idoles figurer souvent, dans les Actes des martyrs, comme les agents les plus actifs, sinon les plus apparents, des mesures prises contre les chrétiens.
La Lettre des deux Eglises, telle qu'elle nous a été conservée par Eusèbe, ne fait aucune mention des prêtres de Lugdunum. Nul doute cependant que les collèges privilégiés qui desservaient le temple de Rome et d'Auguste, ne se soient concertés ensemble et avec ceux qui étaient attachés au culte des autres divinités, pour combattre l'ennemi commun, arrêter ses envahissements progressifs. Or, pour parvenir à leur fin, les prêtres de Lugdunum n'avaient nul besoin de se mettre personnellement en avant ; ils pouvaient dissimuler leurs manœuvres derrière les masses, sur lesquelles leur influence était considérable. Dans les prolétaires et les désoeuvrés, ils trouvaient des instruments tout prêts à seconder leurs desseins, à servir leurs passions haineuses et intéressées. Au moyen d'agents habiles à remuer la multitude, il n'était pas difficile aux collèges sacerdotaux d'organiser une émeute,
194 LIVME DEUXIÈME.
de déchdiûer la populace contre les adorateurs du Christ.
L'an 177 de Jésus-Christ, rien ne semblait devoir faire obstacle à une démonstration de ce genre. Le gouverneur de la province se trouvait alors absent de Lugdunum. A Rome, le parti de Crescent et de Fronton n'avait rien perdu de son ascendant sur l'esprit de Marc-Aurèle. D'autre part, trois ans déjà passés depuis le miracle de la Fulminante avaient suffi, paraissait-il, pour mettre la reconnaissance de l'empereur en règle avec le christianisme. Quant à la douceur naturelle de ce prince, le sang déjà versé disait assez haut que les chrétiens n'étaient pas admis sur le même pied que tout le monde au bénéfice de son humanité. Tout faisait donc présumer que Marc- Auréle abandonnerait les contempteurs des dieux à la vindicte des lois et aux vengeances publiques.
L'émeute qui éclata contre les chrétiens de Lugdunum ne fut pas un fait isolé ; la persécution s'étendit, en dehors des Gaules, à plusieurs autres parties de l'Empire, t En ce temps-là, dit Eusèbe, les poursuites exercées en quelques lieux contre les chrétiens ayant allumé une violente persécution, des troupes innombrables de martyrs brillèrent dans le monde entier, comme il est facile de le conclure par ce qui arriva dans une seule province (1). » Le martyre du bienheureux Pothin et de ses compagnons a été détaché de l'ensemble par l'évoque de Césarée, afin de nous donner une idée des scènes qui se passèrent ailleurs qu'à Lugdunum.
A quelle cause rattacher la crise religieuse dont parle Eusèbe dans ce passage? Marc-Aurèle prit-il, par un édit, Pinitiative de cette persécution? La demande adressée à l'empereur parle président de la Lugdunaise, à propos d'Attale, citoyen romain, semble prouver le contraire. Une pareille démarche de la part
(1) Eus., Hist. eccL, 1. Y, in proœmio.
de ce haut fonctionnaire suppose queMarc-Aurèle, depuis le miracle de la Fulminante, ne s^ètait pas prononcé d'une manière formelle contre les chrétiens. Suivant toute vraisemblance, le signal des mesures persécutrices sera parti de ce groupe^de devins, d'enchanteurs, de philosophes et de sophistes qui avaient roreille et la confiance de l'empereur. Le mot d'ordre donné de toute part, les gouverneurs de province, les magistrats des villes se seront empressés de le suivre. Puis, avec son incurable faiblesse, Marc-Aurèle aura fermé les yeux, il aura laissé faire. Peut-être aussi un soulèvement religieux, éclatant à Lugdunom ou dans une autre ville de l'Empire, aura produit une conflagration générale ; ce soulèvement aura été comme Pétincelle qui allume un immense incendie. Ce qu'il y a de certain, c'est que nulle part la persécution ne sévit avec plus de violence que sur les bords de la Saône. Pour s'en convaincre, il suffit de lire la Lettre qui nous a été conservée par Eusèbe; les martyrs y entrent dans des détails qu'on ne peut lire sans frissonner d'horreur.
Le moment est venu d'aborder ce monument vénérable; nous allons le dérouler page par page, en présenter la traduction au lecteur par fragments successifs. Celte méthode nous donnera la facilité d'encadrer les différentes parties de la Lettre d'éclaircissements, de commentaires, d'observations propres à les faire ressortir, à les mettre en pleine lumière (1).
€ Les serviteurs de Jésus-Christ qui habitent Vienne et Lugdunum de la Gaule, aux frères d'Asie (2) et de Phrygie qui ont même foi et même espérance que nous en la rédemption, paix,
(1) Nous traduisons sur le texte grec donné par Tabbé Migne. {Pairol. grœe., t. V, c. 1409 et sequent.)
(2) Il est ici question de TAsie proconsulaire, dont Ephèse était la capitale.
grâce et gloire de la part de Dieu le Père et de Jésus-Christ notre Seigneur. »
' Ces premières lignes, qui constituent l'adresse de la Lettre, appellent tout d'abord notre attention sur la sainte Eglise de Vienne; elles nous donnent lieu d'expliquer comment cette Eglise fut associée à celle de Lugdunum dans un même combat, dans de communes souffrances. En outre, ce début n'est pas sans valeur historique; il renferme un témoignage en faveur do l'antiquité de l'Eglise viennoise. A ce point de vue, la Lettre des martyrs se lie à la fameuse question de l'origine apostolique des Eglises gallicanes.
Les hypercritiques du xvii« siècle ont fait grand bruit d'an passage ia^cceptable de Grégoire de Tours (1) et d'un texte mal interprété de Sulpice-Sévère (2). Sur ces autorités, Launoy, Baillet et autres se flattaient d'avoir clos définitivement le dé-
(1) Voici le texte de Grégoire de Tours qui a été le grand champ de bataille des hypercritiques :
tt Hujas (Decii) tempore, septem viri ordinati ad prœdicandaHi ia Gailias missi sant» sicat historia passionis sancti martyris Satarpini denarn^t. Ait enim : « Sab Decio et Grato coss., sicut fideli recordatione retioetor, pri- « mam ac sammam Tolosa civitas sanctnm Satominum habere cœperat sa- « cerdotem. » Hi ergo missi snnt : Turonis Gatianns episcopas; Arelatensibas, Trophimus episcopas ; Narbonae Paalas episcopas ; Tolosse Satarmnps epii^pas; Parisiacis, Dionysias episcopas; Aryernis, Stremonius episcopas; Lemovicinis, Martialis est destinatas episcopas. » {Hist. Franc., 1. 1, c. xxvin.)
On a démontré que ce texte est sans valeur, i® parce qa*il s'appuie sar une citation inexacte, 2° parce qall est en contradiction avec des écrivains antérieurs à Grégoire de Toars, 3<> parce qull est facile de (Remontrer la fansselé historique des faits mentionnés dans ce passage, 4^ parce que Grégoire de Tours y est en contradiction avec lui-même, 5? parce que les partisans de cet historien reconnaissent eux-mêmes que ce passage est très-défectueux.
Voir Tabbé Arbelot, Dissertation sur Vapostolat de saint Martial.
(2) H Sub Aurelio Anlonino visa primum in Galliis martyria, Dci religione irans Alpes serius suscepta. » (Sulp. Sev.) Sulpice-Sévère ne dit pas qu'il n'y eut point de martyrs dans les Gaules ayant Marc-Aurèle, mais il veut dire
LÀ PERSÉCUTION. i97
bal, mis à néant l'origine apostolique de plusieurs Eglises des Gaules. Cette question, faussée par une science incomplète et des préjugés de secte, a été reprise en sous-œuvre, étudiée à nouveau par Térudition contemporaine. Des critiques se sont mis courageusement à Tœuvre afin de retrouver les anneaux de la tradition sur ce point ; ils ont remonté aux sources, fouillé dans les trésors des bibliothèques et des archives. Pérès de FEglise, Actes des martyrs, Vies des saints, livres liturgiques, ouvrages antérieurs au xvw siècle, aucun monument de la tradition n'a été ûégligé par eux. Le succès a répondu à ces efforts. Après d'activés et patientes recherches, ces critiques ont trouvé de quoi prendre Launoy et son école en flagrant délit d'ignorance ou dé mauvaise foi ; ils ont pu justifier les croyances de nos pères sur l'origine apostolique des Eglises gallicanes, éflfln déterminer un salutaire retour (Je l'opinion, d'abord indécise ou égarée.
En ce qui concerne la sainte Eglise de Vienne, un trait de pltfme donné par Launoy (1), Baillet (2) ou Tillemont (3), ne saurait effacer les premiers noms inscrits par l'antiquité sur la liste des pontifes viennois. La mention expresse faite de ces premiers étéques par la Chronique et le Martyrologe d'Adon, |>ar les livres liturgiques de Vienne, par tous les mo-
qu'avant cette époqae il n'y eut point de persécutions qui auraient fait un grand nombre de martyrs, martyria. Il ne dit pas non plus qae la religion foft prêekêe, mais il dit qu'elle fut embrassée plus tard dans les Gaules, ce qui Mt fort différent.
(1) Launoy prétend que saint Crescent n'est jamais venu dans les Gaules. (De Dionysio.)
(2) Baillet renvoie à Tillemont pour la mission de saint Crescent; il souscrit i tout ce qu'en a écrit Tauteur des Mémoires pour servir â Vhistoire ecclénaslique.
(3) Sans aller si loin que Launoy, Tillemont élève difficulté sur difficulté; pourtant il n'ose pas conclure. (Mém., t. 111, p. 614 )
numenU de la tradilion locale, cette mention ne peut souffrir aucune atteinte d'auteurs venus bien tard pour s'inscrire en faux contre de si graves autorités. Et nous ne disons rien de Lelièvre (1), de Maupertuy (2), de Charvet (3), historiens locaux qu'il faut accepter au moins comme des représentants de la tradition, telle qu'elle avait cours de leur temps.
Après Crescent, envoyé par saint Paul, comme nous allons le prouver, l'Eglise de Vienne vénérait, dans leur ordre de suc- ' cession, les évoques Zacharie, Martin, Vérus, Justus, ce dernier contemporain du bienheureux Pothin. Les difiScultés qui se rapportent à la durée de leur épiscopat, à l'année précise de leur élévation au siège de Vienne ou de leur mort, ne sauraient évidemment atteindre l'existence de ces pontifes. Autrement que deviendrait l'histoire, si, pour rejeter des faits d'ailleurs incontestables, il sufiSsait de ne pouvoir les rattacher à un jour fixe, à une date certaine?
Saint Crescent, disciple de l'apôtre saint Paul, ouvre la série des pontifes viennois. Le premier titre de son origine apostolique, l'Eglise de Vienne le trouve dans la II* Epître à Timothée. Dans celte Epitre, composée à Rome l'an 63, après sa première captivité, saint Paul écrit : Abiit... Crescens in Galatiam^ Titus in Dalmatiam (4). La question relative à l'origine apostolique de l'Eglise viennoise se réduit à savoir si par Galatie il faut entendre la Gaule; car l'unique raison des hypercritiques pour nier l'épiscopat de saint Crescent à Vienne, consiste à dire que ce disciple de saint Paul n'est jamais venu dans les Gaules. Eh bien ! dans l'antiquité, le verset que nous venons de citer avait deux leçons : l'une portait in
(4) LeMèwre, Histoire de V antiquité et sainteté de VEglise de Vienne.
(2) Maupertuy, Histoire de la sainte Eglise de Vienne.
(3) CharFCt, Histoire de la sainte Eglise de Vienne. {\) Epist. 11^ ad Timnth , c. iv, v. 10.
Galliam, l'autre in Galatiam. Les auteurs les plus anciens ont admis la première de ces deux leçons. Nous lisons dans Eusèbe : € Des autres compagnons de saint Paul, Crescent fut envoyé dans les Gaules, comme cet apôtre lui-môme en rend témoignage (1). » Saint Epiphane assure que la Gaule a été évangér Usée non seulement par saint Crescent, mais encore par saint Luc. € Le ministère de la prédication évangélique, dit-il, ayant été confié à saint Luc, il Texerça d'abord en Dalmatie, en Gaule, en Italie, en Macédoine, mais particulièrement dans la Gaule, ainsi que saint Paul l'atteste de quelques uns de ses disciples. « Crescent, dit-il, a été envoyé en Gaule. » Car il ne faut pas lire en Galatie^ comme quelques uns le croient par erreur, mais en Gaule (2). » Nous lisons aussi dans la Chronique d'Alexandrie : f Crescent ayant proche TEvangile de Jésus-Christ dans les Gaules, mourut sous Néron (3). » Sophrone, évoque de Jérusalem, dit pareillement que t Crescent prôcha TEvangile dans les Gaules (4). » La version du texte de saint Paul portant in Galliam^ version autorisée par Eusèbe, saint Epiphane, Sophrone et la Chronique d'Alexandrie, tranche évidemment la question. L'autre leçon n'est guère moins favorable à la mission de saint Crescent dans les Gaules. En effet, dans l'antiquité, le pays des Gaulois était nommé indifféremment Gaule et Galatie, Nous en avons la preuve dans Théodoret. « Par Galatie, dit le
(i) Ex religuis Panli comitibus, Crescens quidem ab eo missus in Gallias Pauli ipsias teslimonio declaratur. (Hist. ecel.y 1. IV, c. iv, vers. Val.)
(2) Huic (Lucae) praedicandi Evangelii munns est creditam ; idque ipse primam in Dalmatia, GaUia, ItaUa, Macedonia praestitit ; sed in Gallia prse cœteris, ni de nonnaUis comitibus suis Paulus in Epistolis testatur : Crescens, inquit, in GalUam. Non enim in Galatiam legendum est, ut quibusdam placuit immerito, sed in GaUiam. (Advenue hœreses, hseres. 41.)
(3) Chron. Alex.fCcxn olymp.
(4) Crescens in GalHis prgedicayit Evangftiinîn. (De iHtis apost , Pair, lai., edit. Migne, t. XXIU, p. 722.)
savant évéque de Cyr, saint Paul enteûd les Gaules, ainsi nommées par Tantiqnilé et les païens de nos jours (1). » Appien dit formeliement : c Les Celtes, nommés également Galates et Gaulois (2). » Ammien Marcellin nous apprend aussi que les Grecs appelaient les Gaulois Galates (3). Effectivement, Polybe, Plutarque et Dion les dénomment ainsi. L^historien Joséphe donne à entendre la même chose lorsqu'il dit des Romains c qu'ils ont subjugué la Galatie et Tlbërie (4). t Manifestement il est ici question de la Gaule cisalpine, soumise aux Romains, ainsi que Plbérie, à Pépoque des Hacbabées dont parle cet historien. Le nom de Galatie ayant été donné par Tantiquité à la Gaule, la synonymie de ces deux vocables ramène les deux leçons du texte de saint Paul à signifier la Gaule transalpine. Donc, pour laquelle des deux leçons qu'on se prononce, impossible de révoquer en doute la venue de Crescent dans la Transalpine, et, par suite, de nier l'origine apostolique de l'Eglise de Vienne.
La tradition des siècles postérieurs se trouve en parfaite concordance avec ces conclusions. Qu'il nous suffise de citer Adon, le représentant le plus autorisé de cette tradition. Cet auteur, fort au courant des origines de l'Eglise viennoise, dont il était évoque, s'exprime ainsi dans son Martyrologe, pour le v des calendes de juillet : t En Galatie (5), le bienheureux Crescent, disciple de l'apôtre saint Paul. Etant venu dans les Gaules, sa
(1) « Crescens in Galatiam. » Gallias sic appetlavit; ita evm appetlabantor antiquitas; ita etiam nanc eas Dominant qui sont externsB doctrinse participes. {Pairol grœc.y t. LXXXII, c. 854, e<l. Migne.)
(2) De bellis fUspan .
(3) Amm. Marcell., 1. XV.
(4) Antiquit.y XII, xvii.
(5) D'après Adon, saint Crescenl ne mournt pas à Vienne. Après avoir séjonrné plusieurs années dans cette yill(;, il se rendit dans la Galatie d'Asie, où il fut martyrisé sous Trajan.
LA PERSÉCUTION. 20i
parole convertit bon nombre de fidèles à la foi du Christ. Il siégea pendant quelques années à Vienne, cité des Gaules, et il y ordonna ëréque, pour lui succéder, Zacharie, son disciple (1). »
Dans sa Chronique, le môme Adon écrit : c En ce temps-là (vers Tan 83), oii croit que saint Paul passa en Espagne, et laissa, pour y prêcher TEvangile, Trophime à Arles, Crescent à Vienne (2). » Un peu plus loin, après avoir mentionné le martyre de Zacharie,* successeur de Crescent, il ajoute : t Crescent, disciple des apôtres, siégea le premier à Vienne (3). » Adon, évéque de Vienne, figure parmi les plus savants et les plus illustres prélats du ix« siècle ; son témoignage tire de sa science et de sa position une autorité décisive. Aussi a-t-il été généralement suivi par les martyrologes et les auteurs occidentaux qni ont parlé après lui de saint Crescent.
L^glise de Vienne pouvait donc se glorifier d'être de fondation apostolique. Après saint Crescent, son premier évéque, vinrent successivement Zacharie, Martin, Vérus et Justus, quatre pontifes qui donnèrent leur vie pour Jésus-Christ. Cette succession sur le siège de Vienne de quatre évéques martyrs prouve combien tourmentés furent les commencements de celte Eglise.
D'après ce que nous venons de dire, il n'est pas diflkile de rendre compte de l'adresse qui ouvre la Lettre des deux Eglises. Etablie, constituée par saint Crescent, vers Tan 63 de Jésus- Christ, l'Eglise de Vienne vit, moins d'un siècle après, naître et grandir sur les bords de la Saône celle de Lugdunum ; elle applaudit aux succès obtenus par le zèle du bienheureux Pothin, peut-être même y aida-t-elle par le concours de ses ministres.
(1) Martyr. y v kal. julii.
(2) Chron.
(3) Id.
202 LIVRE DEUXIÈMR.
Grâce à la proximité des lieux el aax rapports favorisés par ce voisinage, les deux chrétientés s^onirent par les liens d'une intime charité. Ces nœuds devaient plus tard se resserrer par la communauté des mêmes souffrances endurées pour la foi. L'Eglise de Lugdunum eut Phonneur de fournir le théâtre du combat, et aussi de donner un nombreux contingent à la légion des martyrs. De son côté, celle de Vienne ne fut pas absente de la lutte; elle y fut noblement représentée par le diacre Sanctus, peut-être par Attale, et plusieurs autres connus de Dieu seul. Le triomphe ayant été commun aux deux chrétientés, toutes les deux devaient figurer au bulletin de la victoire. Puisqu'une lettre, où seraient retracés les détails de la persécution, devait être adressée aux frères d'Asie et de Phrygie, rien de plus naturel qu'elle fût collective, qu'elle émanât des deux Eglises qui avaient combattu dans la personne de leurs enfants.
Comme on l'a remarqué, dans l'adresse de cette Lettre, l'Eglise de Vienne occupe le premier rang. Cette particularité, si minime qu'elle paraisse, a pourtant sa signification historique ; elle s'explique autrement que par une humble déférence des frères de Lugdunum, ou bien par une primauté hiérarchique qui n'existait pas et n'a jamais existé. L'Eglise de Vienne était de fondation apostolique, elle avait vu naître celle de Lugdunum; il était donc convenable qu'elle eût le pas sur celle-ci; que, née la première, elle inscrivît son nom en tête de la Lettre destinée aux frères d'Asie et de Phrygie.
Nous l'avons dit, l'Eglise de Lugdunum n'avait pu se produire au grand jour sans froisser des passions de tout genre. Les chrétiens de cette ville furent bientôt signalés à l'animadversion publique par les prêtres des idoles et tous les gens intéressés au culte des dieux. De sourds murmures se firent d'abord entendre ; aux murmures succédèrent les menaces :
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c'étaient les préludes de Torage. Dans l'intention des principaux meneurs, ces manifestations, plus bruyantes qu'offensives, avaient pour but de monter les têtes, d'irriter les masses, de les préparer aux derniers excès. Après avoir fermenté dans les conciliabules secrets, s'être répandu en furieuses déclamations ail forum et sous les portique^ des édifices publics, le fanatisme populaire ne «e contint plus, il éclata contre les saints de Lugdunum avec une violence inouïe. Les premières lignes de la Lettre sont consacrées à donner une idée générale de la persécution et de ses rigueurs.
€ La violence de la persécution déchaînée contre nous, la fureur des païens contre les saints, la variété des tourments endurés par les bienheureux martyrs, il nous serait impossible d'exprimer cela de vive voix, ou de le retracer par écrit. En effet, l'ennemi se jeta sur nous avec une violence extrême, préludant ainsi aux maux qui marqueront son futur avènement. En attendant, il n'oublia rien pour dresser d'avance, pour former ses ministres à la guerre contre les serviteurs de Dieu. Ainsi on nous interdit l'entrée des maisons, des bains et du forum; on alla jusqu'à nous défendre de paraître en public, quelque part que ce fût. »
'Celait réduire les chrétiens au domicile forcé.
Tout d'abord les martyrs signalent le chef invisible de la persécution, le démon, l'ennemi de Dieu et de son Christ, celui qu'ils appellent en d'autres endroits le dragon, l'adversaire. Le président, les prêtres des idoles, les bourreaux et la multitude, aveugles instruments de sa fureur, exécutèrent les ordres de celui qui fut homicide dés le commencement. De son côté, le Seigneur ne pouvait abandonner les siens dans un combat engagé pour sa gloire. La Lettre nous le représente intervenant du ciel en faveur des martyrs, les forti-
fiant de sa grâce, leur administrant jusqu'à la fin les secours nécessaires à la lutte.
Semblable à un babile général, qui n'oppose à Tennemi que des troupes d'élite. Dieu avait fait choix pour le martyre des fidèles les plus généreux. Pour les chrétiens ordinaires, il leur avait fait comprendre qu'ils devaient se tenir à l'écart et ne pas se commettre avec l'ennemi. Suivant la parole du Sauveur (1) et l'exemple des saints, plusieurs donc s'étaient dérobés au danger par la fuite ; la Providence l'ordonnait ainsi afin d'épargner leur faiblesse, afin de mettre en ligne ce qu'il y avait de plus solide dans la milice chrétienne de Lugdunum.
« Or, disent les martyrs, la grâce de Dieu combattit pour nous. D'abord le Seigneur lira les faibles à» l'écart ; ensuite il opposa au démon des chrétiens, colonnes inébranlables, capables par leur fermeté d'attirer à eux tout l'effort de l'ennemi. »
Malheureusement, quelques uns comptèrent trop sur leurs propres forces. Au lieu de fuir, comme les y invitait le sentiment de leur faiblesse, ils s'exposèrent aux coups de l'ennemi, et tombèrent victimes d'une aveugle confiance. Bien différent fut le sort des confesseurs qui, se défiant humblement d'euxmêmes, s'appuyèrent uniquement sur le secours du ciel.
« Les martyrs, dit la Lettre, en étant donc venus aux mains avec l'ennemi, souffrirent toute sorte de tourments et d'opprobres. A la faveur de ces souffrances, à leurs yeux bien légères, ils se hâtaient de se réunir au Christ, nous apprenant par leur exemple que les afflictions de cette vie n'ont aucune proportion avec la gloire qui doit éclater en nous (2). D'abord ils suppor-
(1) MaUh.,c.x, V. t\
(2) Ad Roman., viii, 18.
tèreut vaillamment tous les excès d'une foule ameutée contre eux : les vociférations, les coup^, les mauvais traitemeats, les grêles de pierres, le pillage des biens, la réclusion, tout ce qu'une populace égarée par la fureur a coutume d'exercer contre des ennemis privés ou publics. »
Connivence des magistrats ou impuissance de leur part, les fidèles de Lugdunum se trouvèrent exposés sans défense aux emportements d'une vile populace. Les lois protectrices des biens, de l'honneur, de la liberté des citoyens, furent lettre morte à leur égard. Aux yeux des païens, le nom seul de chrétien constituait un crime qui légitimait tous les excès (1). Ennemis des dieux, dont ils désertaient les temples; de l'empereur, pour lequel ils reûisaient d'offrir de l'encens et des sacrifices ; de leurs concitoyens, dont ils se séparaient pour vivre à part, appartenait-il aux sectateurs du Christ d'invoquer la protection des lois, d'en appeler à César, de revendiquer à leur profit le bénéfice des institutions de l'Empire? Voilà ce que l'on pensait généralement sur le compte des chrétiens. Aussi le champ demeura-t-ii libre à la populace de Lugdunum; elle put se ruer impunément sur les fidèles de cette ville, se donner contre eux libre carrière, s'abandonner aux mille inspirations de la haine.
Cette liberté laissée aux masses de se jeter sur les chrétiens, de piller leurs biens, de les réduire au domicile forcé, de se livrer contre eux à tous les excès, donne une triste idée de l'ordre public chez les Romains, pendant la période impériale. Dans les soulèvements religieux de cette époque apparaissent des symptômes de défaillance politique que les historiens n'ont pas assez fait remarquer. Des scènes pareilles à celles que décrit la Lettre, pouvant se produire dans une grande cité,
(1) Tertul., Apolog.
20H UVRK DKUXIÈMR.
sans répression aucune, accusent une insigne faiblesse dans le pouvoir vis-à-vis de la multitude. A Rome, Fempereur luimôme, avec son omnipotence, avec ses prétoriens, se voyait réduit à caresser le peuple. Le chef de TEtat avait à sa disposition les jeux, les distributions de blé, les gratifications extraordinaires, tout un système organisé pour flatter les masses, les adoucir au besoin. Avec une autorité moindre et des forces inférieures pour la faire respecter, les gouverneurs dans les provinces, les magistrats municipaux dans les cités, devaient à plus forte raison compter avec la multitude, ménager son caractère et ses passions. Aussi ses exigences entrainaient-elles souvent la volonté des proconsuls et des duumvirs.
Cette influence du peuple ne manquait pas de se faire sentir, lorsque le vent soufflait à la persécution; c'est de quoi les Actes des martyrs, et spécialement la Lettre des deux Eglises, fournissent abondamment la preuve.
Mais poursuivons la lecture de cette Lettre.
< Ensuite, les fidèles furent conduits au forum par le chiliarque et les magistrats de la ville. Aux questions qui leur furent posées en présence du peuple, ils répondirent en confessant leur foi; après quoi ils furent rais en prison, en attendant l'arrivée du président. »
La force publique intervenait bien tard au milieu de ces désordres; elle avait laissé à la populace tout le temps nécessaire pour assouvir sa fureur contre les chrétiens, mettre leurs biens au pillage. Celte lenteur pouvait avoir été calculée par les duumvirs de Lugdunum ; elle pouvait tout aussi bien avoir été imposée par une multitude assez redoutable pour arrêter ces magistrats dans l'exercice de leurs fonctions légales.
Le chiliarque qui arrêta les chrétiens de Lugdunum était un tribun militaire, un ofTicier supérieur qui commandait, comme
son nom Piadique, une cohorte de mille hommes. Au temps de Marc-Aurôle, le cadre régulier de la légion romaine comprenait six mille soldats, répartis en dix cohortes. La première de ces cohortes, plus forte que chacune des neuf autres, comptait mille hommes ; elle était commandée par un tribun militaire nommé chiliarquey à raison de ce nombre.
Les légions romaines campaient sur les bords du Rhin et sur les autres frontières de l'Empire, afin de tenir en respect les Barbares et de les repousser au besoin. Des cohortes étaient détachées des légions pour tenir garnison dans les grandes yilles de rintérieur. Ces détachements de troupes étaient chargés de faire la police dans les cités, de maintenir leurs habitants dans le devoir. En deux endroits de ses écrits. Tacite nous parle d'une cohorte cantonnée à Lugdunum (1). Dans les Actes des apôtres, nous voyons un chiliarque accourir avec ses légionnaires et arracher saint Paul aux mains des Juifs de Césarée (2).
Le chiliarque dont il est question dans la Lettre, se trouvait donc en garnison à Lugdunum ; il devait avec ses mille hommes prêter main forte au gouverneur et à la curie. Outre le service de la police, les soldats romains étaient requis pour appliquer les supplices aux condamnés : ils étaient les exécuteurs des hautes œuvres. Ce service ne répugnait pas, il ne dérogeait aucunement à la dignité militaire comme on la comprenait alors : le légionnaire devait débarrasser l'Empire des ennemis du dedans aussi bien que des ennemis du dehors. Les supplices que subirent les martyrs de Lugdunum furent donc préparés et appliqués par les soldats de la cohorte qui se trouvait alors dans la ville.
Saisis par le chiliarque, les chrétiens furent traduits devant
(1) Annal., I. III, xli. Hist , 1. I, lxiv.