PRÉFACE. III
l'historien, la difficulté lui devient un stimulant, un attrait.
On ne peut se le dissimuler, essayer de résoudre les questions relatives à la fondation de l'Eglise de Lyon et à son premier évéque, c'est une entreprise épineuse, difficile. La raison en est dans la pauvreté des sources. Effet du temps, des Barbares, ou toute autre cause de destruction, l'Eglise de Lyon a perdu tous ses monuments écrits, un seul excepté. Ses archives primitives renfermaient certainement bon nombre de pièces se rapportant à saint Pothin et à sa mission dans les Gaules. D'autre part, saint Irénée et d'autres écrivains de l'école lugdunaise avaient trèsprobablement enregistré dans leurs ouvrages plus d'un détail sur celui qu'ils vénéraient comme leur chef, comme leur mattre dans la foi. Â part la Lettre des Eglises de Vienne et de Lugdunum, tout a péri, rien n'a échappé au naufrage. Cette perte en a malheureusement entraîné une autre. Dans le principe, la tradition avait été vivement saisie de tout ce qui se rapporte à la mission, aux travaux de saint Pothin, à sa vie et à celle de ses compagnons. Dans la suite, ne pouvant se retremper aux sources écrites, elle s'est effacée peu à peu quant aux détails, et la mé^ moire des fidèles n'a plus retenu que les grands faits, ce qui avait été gravé trop profondément dans les souvenirs pour être jamais oublié.
On a bientôt fait l'inventaire des passages que Ton rencontre chez les auteurs anciens touchant la première légion de nos martyrs. Et encore les quelques mots que Ton parvient à glaner dans Grégoire de Tours etAdonsont'^ils d'une mince ressource, attendu
IV PRKFACE-
que ces deux évéques ne nous apprennent rien dsi plus que la Lettre des Eglises de Vienne et de Lugdunum. Quant aux auteurs lyonnais, relativement récents, annalistes, historiens, hagiographes, tous se bornent à analyser cette Lettre ou à la traduire in extenso; tout au plus Taccouipagnent-ils de réflexions pieuses, d'observations trop rares ou trop peu auto* risées pour être d'une grande utilité. Les Bollandistes eux-mêmes, ordinairement si riches de préambules, de dissertations , de documents de tout genre, se sont bornés à la reproduire, dans la traduction de Rufîn, avec accompagnement de notes insuffisantes. La Lettre des Eglises de Vienne et de Lugdunum retrace admirablement les combats et la mort de Pothin et de ses compagnons, mais elle nous renseigne fort peu sur les antécédents de ces martyrs. Heureusement elle entre dans quelques détails sur plusieurs, une dizaine environ. Ces martyrs d'élite, elle se plaît à les mettre en relief, à nous donner une partie de leur signalement. En partant de ces indications, ne serait-il pas possible de faire plus ample connaissance avec eux, de soulever un coin du voile qui nous cache leur vie et leur personne ? Pour saint Pothin en particulier, il en coûte d'être réduit au passage, quelque brillant qu'il soit, qui lui est consacré. Ne pourrait-on pas arriver, non sans doute à pénétrer tous les Secrets de sa jeunesse, de sa mission et de ses travaux dans les Gaules, à l'asseoir dans le plein jour de la vérité historique, du moins à entrevoir les principaux traits de son caractère, à suivre les grandes lignes de son existence, à reconnaître le sillon tracé de ses mains apostoliques sur les bords du Rhône
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et de la Saône? Nous Tavons pensé ainsi. Voici comment cette idée a pris naissance dans notre esprit^ comment elle nous a poursuivi jusqu'à ce que nous lui ayons donné satisfaction par le travail que nous offrons au public.
Nous étions jeune sous-diacre, lorsqu'en disant notre bréviaire, il nous arriva de lire pour la première fois la Lettre des Eglises de Vienne et de Lugdunum, Lettre à laquelle sont empruntées les leçons pour la fête et Toclave de saint Polhin. A cette lecture, qui revêtait sur nos lèvres le caractère d'une prière, nous fûmes saisi d'une vive admiration. Bien que les faits retracés nous fussent connus dans leur ensemble et leurs principaux détails, ces pages magnifiques avaient pour nous le charme de la nouveauté, elles produisaient sur nous l'effet d'une découverte. Nous en étions à nous reprocher d'être demeuré si longtemps étranger à ce monument, chef-d'œuvre de la littérature chrétienne. Et pourtant nous n'avions sous les yeux qu'une traduction latine, pâle reflet de l'original. Nous avions hâte de recourir au grec, à la langue dans laquelle cette Lettre a été rédigée. Bientôt après, nous la parcourions d'un œil avide dans la belle édition d'Eusèbe donnée par H. Valois, avec traduction latine en regard. A cette lecture, le sentiment de notre admiration redoubl§. Nous trouvions là, sans altération aucune, les couleurs premières du récit, le véritable accent des martyrs, la chaude flamme qui embrasait leurs cœurs, et tout cela dans une belle langue, dans un grec qui sent moins les bords de la Saône que ceux du Mêles. Souvent dans la suite, nous sommes revenu sur