PRÉFACE. VII
toutauire à notre travail ; il correspond à la variëlé des points de vue où nous nous sommes mis, à la multiplicité des questions que nous avons traitées.
Dans le premier livre, nous avons recherché tout ce qui peut jeter quelque jour sur saint Pothin et le berceau de l'Eglise de Lyon. Pour suppléer au silence des auteurs anciens, nous avons dû recourir aux données générales de l'histoire, tant ecclésiastique que profane, recueillir les traditions locales, étudier les monuments religieux.de notre ville qui remontent à l'époque des persécutions, éclairer notre marche des travaux récents sur l'archéologie et l'épigraphie lyonnaises. Avec ces éléments divers, nous avons essayé de retrouver la vivante image de saint Pothin, de placer le premier évéque de Lyon dans son cadre historique, d'assister à la naissance et aux progrès de l'Eglise fondée par lui au confluent du Rhône et de la Saône. Pour cela, il nous a fallu reconstruire le Lugdunum gallo-romain avec ses conditions politiques, administratives, con^merciales, littéraires et religieuses ; nous avons dû aussi tracer à grands traits l'histoire religieuse du ii* siècle, dépeindre l'Eglise primitive dans sa vie intime, avec ses rites, ses institutions, ses sacrements et ses usages.
Pour être mené à bien, un travail de cette nature demandait une sûreté de critique, une abondance d'érudition peu communes. Dans l'impossibilité de faire mieux, il fallait souvent procéder par induction, s'arrêter quelquefois à des probabilités et à des vraisemblances, se risquer même dans le champ des conjectures. Manifestement, une méthode aussi laborieuse n'était point de notre choix ; elle nous était imposée
Vni PRÉFACE.
par la nalure du terrain que nous avions à défricher. En tout, nous avons pris pour guide les règles d'une sage critique, allenlif à ne forcer pas nos conclusions, à les maintenir plulôt en deçà qu'à les pousser au delà des bases qui les appuient.
D'après ce simple exposé, on peut juger combien difficile, combien ardue est la lâche que nous nous sommes imposée dans ce premier livre. Assurément nous n'avons pas assez de présomption pour nous flatter d'y avoir pleinement réussi. A défaut d'autre mérite, nous aurons du moins celui d'avoir indiqué une voie nouvelle, d'avoir marché sur un terrain neuf et à peu près inexploré.
Avec le second livre, nous abordons la persécution de 177. A partir de cette époque, le jour se fait sur l'Eglise de Lugdunum, entrée en pleine adolescence. Pour dépeindre la crise religieuse, à laquelle se rattache le martyre de Pothin et de ses compagnons, nous avions sous la main un des monuments les plus remarquables de l'antiquité chrétienne. Grâce à la Lettre des Eglises de Vienne et de Lugdunum, les preuves positives abondaient ici de telle sorte, que nous n'avions plus à procéder par induction, encore moins par vraisemblances ou conjectures, ces pis-aller de l'histoire. Cette Lettre présente de la lutte et de ses différentes péripéties une peinture d'une beauté que Ton ne saurait trop admirer. Dès lors notre marche se trouvait toute tracée. Nous n'avions rien de mieux à faire que de traduire cette pièce avec une rigoureuse fidélité, puis d'en composer la trame de notre récit. Nous aurions pu commencer par dérouler notre traduction tout entière ; nous avons préféré