‹ Saint-Quentin; de son commerce et de ses industries (volume 2)Chapitre 15 sur 66 · id. du 25 février 1848, id · texte numérisé non relu

id. du 25 février 1848, id

Par suite des événements politiques qui venaient de s'accomplir, les industriels rencontraient des difficultés à escompter leurs lettres de change; pour leur en faciliter les moyens, le gouvernement provisoire décréta^ : <r que dans toutes les villes industrielles » ou commerciales^ il serait créé un comptoir national D d'escompte, destiné à relever le crédit et à l'étendre » à toutes les branches de la production. » Son capital devait être ainsi formé : un tiers en argent par les associés souscripteurs, un tiers en obligations par les villes, et un tiers en bons du trésor par l'état. De plus, pour aider à la création de ces comptoirs, il fut décidé qu'une somme de 60 millions serait mise à la disposition du ministre des finances pour être répartie entre ceux qui en avaient le plus besoin.

La mesure fut insuffisante. Chaque jour, à chaque heure, la réserve métallique de la banque de France baissait tellement que l'on se demandait comment on subviendrait aui besoins du trésor et des services publics ?

Le gouvernement s'en préoccupa et décréta, le 15 mars : a qu'à partir dudit jour les billets de la banque 0 seraient reçus, comme monnaie légale, par les » caisses publiques et par les particuliers, et que, » jusqu'à nouvel ordre, cet établissement serait dis- V pensé de l'obligation de les rembourser avec des Y) espèces. » On l'autorisa, en outre, à émettre des coupures qui ne pourraient, toutefois, être inférieures à cent francs.

1 Décret da 7 mars. 1848^ bi)U^a des lois.

La circulation de sa monnaie fiduciaire, au moment où éclata la révolution de février, ne dépassait guère le montant de l'encaisse de la banque; elle s'élevait à 226 millions. En quinze jours, cet établissement escompta la somme de 120 millions ^, et sur les 125 qu'il devait au trésor, il en remboursa à Paris 77, et 11 dans les provinces, lesquels aidèrent à subvenir aux besoins les plus urgents des services publics.

Les hommes honorables qui étaient chargés de son administration virent de suite les dangers dont le crédit de la France était menacé, et, en se plaçant à la hauteur de la situation, ils mirent résolument toutes ses ressources à la disposition du commerce et du trésor. Cette attitude, qui était faite pour rétablir la confiance, ne sufQt cependant pas pour la raffermir. Du 26 février au 14 mars, sa réserve se trouva diminuée de moitié, et de i40 qu'elle était, elle tomba à 70 millions. Le 15, dans une seule journée, plus de 10 millions de billets furent échangés contre des espèces, et il n'y restait plus en numéraire que 59 millions.

Aussitôt ce décret rendu, le numéraire se cacha ; on devait s'y attendre: la peur ne raisonne pas. Les primes pour avoir de l'or ou de l'argent devinrent trèsélevées, et après les journées de juin elles baissèrent. La confiance commença seulement alors à revenir, et, avec la confiance, l'argent.

Ce résultat fut dû aux sages mesures de conservation que l'on prit, à la limitation du nombre des

i Wolowski. La quuiion da banques, page 3i7.

billets, et surtout à Tunité de la circulation que généralisa de plus en plus l'usage de la monnaie fiduciaire.

Les sinistres financiers étaient devenus tellement nonibreux, que, pour diminuer les déclarations de faillites, le gouvernement décréta, le 19 mars « que » provisoirement les tribunaux de commerce pour- » raient, sur requêtes à eux présentées, accorder à V tout commerçant, par jugement en dernier ressort, 1» un sursis de trois mois au plus, centre les pour- !► suites de ses créanciers. »

Cette mesure diminua le nombre des déclarations de faillites, mais elle augmenta celui des maisons qui suspendirent leurs paiements.

Il y avait aussi à venir en aide à ceux des industriels qui avaient des matières premières ou autres objets fabriqués sur lesquels ils ne pouvaient pas trouver à emprunter ; un décret du 20 mars ordonna qu'il serait établi, à Paris et dans les autres villes où le besoin s'en ferait sentir, des magasins généraux où les négociants et les industriels pourraient déposer les marchandises dont ils seraient les propriétaires, et qu'il serait délivré aux déposants des récépissés qui pourraient en transmettre la propriété par voie d'endossement.

Cette situation, grave à Paris, ne l'était pas moins dans les provinces.

A Saint-Quentin, comme dans plusieurs autres centres manufacturiers, la proclamation de la république, à laquelle les populations ne s'attendaient pas, causa d'abord un sentiment d'appréhension, puis, chacun

se préoccupa de faire ce qu'il croyait le plus utile pour sauvegarder ses intérêts.

Le 26 février, le maire exposait à son conseil municipal que : a pour assurer la tranquillité de la cité, )> il avait fait ouvrir à Thôtel-de-ville des listes pour » recevoir les inscriptions des ouvriers qui étaient 9 sans ouvrage; que déjà plus de 250 étaient occupés à m des travaux de terrassements, -d et il ajoutait : a que • dans l'état actuel des finances, pour pouvoir les » payer, il y avait lieu d'affecter à ces travaux un cré- » dit de 7,000 francs*. »

Ce magistrat demandait, en outre, la nomination d'une commission pour chercher les moyens de pourvoir aux nécessités du moment, et, quelques jours plus tard, l'ouverture de nouveaux crédits.

Le mois de février était une des époques de l'année où s'opéraient ordinairement les achats des étoffes légères pour la consommation du printemps; sans ^'Ire actives, les affaires commerciales, a cause de la saison, se trouvaient dans d'assez bonnes conditions, quand arrivèrent en France les événements qui changeaient la forme de son gouvernement.

A peine ces événements furent-ils connus , qu'à Saint-Quentin, la vente des marchandises s'arrêta; celles qui étaient commissionnées furent contremandées ; celles expédiées, refusées ; en un mot, la panique la plus générale s'empara de tous les esprits.

La plupart de ses établissements industriels, sui-

1 Procès*verbal de la séance du conseil municipal du S6 février 1848

vant les ressources financières dont ils disposaient, se fermèrent, les uns de suite, d'autres en partie ou uu peu plus tard. Il y avait peu de distinctions à faire entré ses diiférentes industries; toutes se trouvaient délaissées par les suites de l'orage politique dont les coups venaient de tomber sur la France.

Ces conséquences se résumèrent par des pertes sur les marchandises, par des suspensions de paiements et par quelques faillites.

Le discrédit était si exagéré que certains négociants, pour éviter de se servir d'intermédiaires, chargeaient directement les messageries de rencaissement de leurs effets de commerce.

En regard du nombre croissant des ouvriers sans ouvrage qui demandaient à entrer dans les ateliers de terrassements, bien des villes de commerce se trouvaient sous le coup de graves difficultés. Celle de Saint- Quentin était de ce nombre. Pour faire face aux nécessités du moment, sa municipalité fut forcée de demander aux porteurs des titres de l'emprunt remboursable en 1848, de consentir à reculer d'une année leur échéance*, et de décider un autre emprunt de 100,000 francs, hypothéqué sur la totalité des terrains de ses anciennes pépinières.

On s'occupa ensuite d'y organiser un comptoir national, et, le 8 avril, le maire demandait qu'il fftt spécialement alloué à la ville de Saint-Quentin, sur le

1 Extrait du procès-verbal du conseil 'municipal, de la séance du S5 mars 1848,

produit des centimes départementaux, une somme de 100,000 francs, afin de pouvoir procurer à la classe ouvrière le travail dont elle manquait. La ville dépensait alors 1200 francs par jour pour ses ouvriers sans ouvrage*.

Le 3 juin, le nombre de ceux qu'elle employait s'élevait à 1,070, et ceux qui étaient occupés au chemin de fer par la compagnie du Nord, à 550. Au mois d'octobre, le compte de ces travaux était de 167,763 fr. 91 centimes^, et il y avait encore 1,057 ouvriers sur les chantiers. Pour subvenir à ces dépenses extraordinaires'^, son conseil municipal fut forcé de recourir à l'émission d'un autre emprunt de 300,000 francs, pour la moitié duquel il ne trouva de souscripteurs qu'en en payant l'intérêt anquel à six pour cent.

Saint-Quentin était devenu une ville de garnison, et sa situation, comme celle de ses industries^ était loin d'être dans de brillantes conditions.

Le gouvernement connaissait cette situation, et il faisait ce qu'il pouvait pour venir en aide à l'industrie et relever le crédit public. Il s'adressa aux chambres de commerce, qui furent unanimes^ pour lui répondre : « que plutôt que de continuer à enfouir des mil- A lions dans des ateliers nationaux, elles pensaient

1 Procès -verbal de la séance du conseil municipal, du 5 mai.

2 Extrait du procès-verbal de la séance du conseil municipal, dn U octobre 1848.

3 La somme totale dépensée parait être, d*après les relevés faits sur les comptes de i8i8, 1849 et 1850, de 212,.S91 fr. 76. (Renseignements dus à Tobligeance de M le secrétaire de la mairie.)

A Procès-verbal de la séance de la chambce consultative, du 6 juillet 1848.

i> qu'il serait plus utile d'accorder des primes à la sor- 0 tie des marchandises ; car, en facilitant aux manufac- » turiers Técoulement de leurs produits, on leur don- 9 nait les moyens d*en fabriquer de nouveaux. >>

Le gouvernement entra franchement dans cette voie; il augmenta de suite les primes d'exportation sur les tissus de coton et sur ceux de laine de SO pour cent.

La mesure était excellente, et le sacrifice imposé fut loin d'être aussi considérable qu'on pouvait le penser ; car une plus forte exportation amena une plus forte importation de matières premières, laquelle remboursa au trésor public une partie des millions qui étaient donnés en prime aux marchandises qui étaient vendues à l'étranger.

Pendant une partie de Tannée 1848, l'industrie ne fabriqua que peu de marchandises, et le travail ne reprit que lorsqu'il ne fut plus question de l'organi- , ser. Puis, il arriva ce fait, qui n'était pas nouveau, c'est que le salaire de l'ouvrier ne fut jamais aussi bas que le jour où l'on avait eu la prétention d'en augmenter forcément les tarifs. Tant il est vrai qu'à toutes les époques de l'histoire du commerce, la liberté a été l'âme de l'industrie et du travail.

Aussitôt que le décret, qui accordait un surcroît de primes à la sortie des tissus fut connu, les acheteurs étrangers arrivèrent et, vers le mois d'octobre, les maisons qui les faisaient reprirent leurs travaux. Dès ce moment, les ouvriers commencèrent à être plus recherchés, et les prix de leurs façons retrouvèrent des cours qu'elles n'avaient même pas atteints avant la

révolution de 1848. Le mouvement devint même à peu près général, et Ton vit Tindustrie des tulles, qui avait beaucoup souffert depuis plusieurs mois, secondée par un nouveau genre de produit, nommé passementerie, reprendre son activité habituelle.

La fabrication du sucre de betteraves, seule, souffrait encore et se ressentait de la situation critique dans laquelle elle s'était trouvée dans les premiers jours de Tannée 1848. — Cette situation avait été telle que la chambre consultative de Saint-Quentin avait cru de son devoir, dans un mémoire qu'elle fit publier et que nous rappelons*, d'intervenir près du gouvernement pour défendre une industrie dont l'existence paraissait sérieusement menacée.

Nous avons dit qu'un gouvernement provisoire avait été chargé, dès la fin de février, d'organiser la nouvelle république. La situation qui lui était faite par la révolution était hérissée de grandes difficultés, et s'il ne les surmonta pas toutes, il est juste de reconnaître qu'il lutta avec courage contre les périls de la première heure*, et qu'il s'efforça ensuite de déjouer les excès d'une portion de la population, enivrée de son triomphe. Il tenta aussi de rendre à l'autorité vaincue quelques-uns de ses prestiges, mais la tâche était difficile.

La majorité des membres qui le composaient avait hâte de convoquer une assemblée constituante, que la France ne désirait pas moins que lui.

1 Ce mémoire imporUol se trouve dansMe livre des délibérations de la chambre consultative.

t Voir aux pièces justificatives.

Lé 23 avril 1848, cette assemblée fut élue, et, parmi ses membres, le département de TÂisne en comptait 14 ^

Le 4 mai, le gouverriement provisoire déposa entre ses mains le pouvoir illimité dont la révolution l'avait investi, et le 7, chacun de ses membres lui rendit Compte de son administration. Elle nomma ensuite , dans son sein, une commission composée de 5 membres^, qui furent chargés du pouvoir exécutif.

Les événements qui eurent lieu à cette époque sont trop récents, ils appartiennent trop à l'histoire contemporaine pour que nous les rappelions; nous ne parlerons donc ni de la journée du 15 mai, dans laquelle eutlieu la tentative d'attentat contre l'assemblée nationale, ni de la dissolution des ateliers nationaux, qui amena l'insurrection socialiste des 23, 24 et 25 Juin ; nous nous contenterons de dire que ce fut le 4 novembre que fut promulguée la nouvelle constitution de la république française, adoptée après une mémorable discussion par l'assemblée nationale.

L article 43 *de cette constitution disait : o que le » peuple français déléguait le pouvoir exécutif à un

1 Voici les noms de ces députés et le nombre des suffrages qu'ils obtinrent :

Lberbette, 1^4,898; Quinette, 123,394, Raudelot. 115,339; Odilon Barrol. 107,005; Nachel. 95,202; Vivien, 88,215; Théophile Dufour, 81,8iO; Tillancourt, 80,i20; Maxime Lemaire, 77,620; Plocq, 68,068, Qiientin Bauchart, 65.105; Desabes, 53,635; J. Leproux, 52,683, et Debrotonne, 48,203.

2 Le résultai du scrutin secret fut de sommer membres du pouvoir exécutif MM. Arago (François), par 725 voix; Garnier- Pages, par 705; Marie, par 702; Lamartine, par 645, et Ledru-Rollin, par 458 voix.

» citoyen qui recevrait le titre de Président de la j> République »

Cette élection, vivement attendue, eut lieu le 10 décembre, et ses résultats, pour celui qui fut appelé à cette dignité, furent un véritable triomphe^.

Le souvenir de Napoléon I" était loin d'être efiEacé ; il était surtout vivace dans les cœurs de ses vieux compagnons de gloire, qui avaient redit à leurs enfants ses conquêtes et ses revers. Aussi, lorsque Ton sut que l'un des candidats à la présidence de la république était le neveu de Tempereur Napoléon, vit -on, particulièrement dans les campagnes, les électeurs accourir au lieu du vote pour y déposer leur bulletin en sa

faveur et cinq millions cinq cent soixante-deux

mille huit cent trente-quatre suffrages lui confièrent les destinées delà France....

Ce fut le 20 décembre que le prince Charles-Louis Napoléon, qui était le troisième fils ^ de Louis Bonaparte et de la reine Hortense Beauharnais, fille de l'impératrice Joséphine, fut proclamé Président de la République.

Le prince Louis-Napoléon arrivait au pouvoir en homme qui avait foi dans sa mission et dans sa force^.

1 Le général Cavaignac obtint 1.469,166 voii; Ledru-Rollin, 370,119; Raspaii, 36,920; Lamartine, 17,910; le général Cbangarnier, i,790, et 12,600 voix furent perdues.

2 Le premier fils du roi Louis et de la reine Hortense était mort en bas âge, et le second, Napoléon-Louis, en 1831.

1 Ce fut en 1836 à Strasbourg qu*eut lieu sa première tentative pour revenir en France ; le 9 novembre, le prince fut conduit à Lorient, et de là, embarqué pour 1* Amérique. La seconde eut lieu à Boulogne, le 6 août

Etranger au découragement, il avait toujours eu confiance en lui-même et en sa destinée.

Le ministère^ qu'il nomma e^^pliqua par l'organe de son président son programme pacifique. Ce pro- ' gramme se terminait ainsi : « Ce que le pays veut, » c'est l'ordre , l'ordre sur la place publique , » dans les ateliers, dans l'administration et dans les » esprits. »

Ces paroles étaient rassurantes, et le gouvernement, tenant à faire connaître ses loyales intentions, saisissait avec empressement toutes les occasions de les répéter. Ainsi, avait-il des communications à adresser aux corps qui représentaient les intérêts du commerce? il leur disait, pour les rassurer : a Qu'il considérait » comme l'un de ses devoirs de rappeler qu'en thèse » générale la liberté du travail voulait que chacun 9 restât maître de sa chose : l'ouvrier de son labeur, » comme l'entrepreneur de son argent, a

L'année 1849 fut une époque assez favorable pour le commerce. Elle aida à réparer, en partie, les pertes de 1848. Les marchandises anciennes s'écoulèrent, on en fabriqua de nouvelles, et leurs prix augmentèrent.

Le gouvernement crut le moment opportun pour décider qu'une exposition aurait lieu à Paris. Il avait pensé d'abord à y admettre les produits de toutes les

1840. Le 6 octobre, il fut condamné à un eroprisuonement perpétuel et transféré dans la prison de Ham, prés de Saint- Quentin.

1 Le président de ce ministère était M. Odilon BaiTOl, alors député de TAisne, et parmi ses membres se trouvaient MM. Drouyn dt^ Lliujs, président actuel du conseil général de ce département, Hippuiyte Passy, Léon de MaileTilie, dd Falloax, etc., etc.

nations du monde; mais, prenant en considération les souiFrances que venaient d'avoir particulièrement à supporter les manufacturiers français, par suite de la crise politique, financière et commerciale de 1848, il décida que, pour cette fois, il ne serait pas donné suite à ce projet, mais qu'il serait fait un pressant appel aui agriculteurs.

En effet, l'exposition de 1849 présenta un développement considérable des produits agricoles qui, jusque là, n'avaient pris part aux exhibitions que d'une manière fort] restreinte. Cette innovation fut unanimement approuvée.

Les circonstances dans lesquelles se trouvait alors le pays étaient bien différentes de celles où avaient eu lieu les expositions de 1839 et de 1844. La France jouissait à ces époques d'une paix profonde. H n'en était pas de môme en 1849, et cependant celle qui eut lieu à Paris fut généralement considérée comme supérieure à celles des années précédentes.

Le département de l'Aisne s'y distingua d'une manière remarquable, et plusieurs de ses industriels et de ses agriculteurs y reçurent la plus haute comme les plus honorables récompenses ^

Le chemin de fer de Creil à Saint-Quentin avait été

1 M. Lehoult père, très-honorable manuftictarier de Saiot-Qoeotîn, fat nommé chevalier de la Légion d*honneur. — La même distinction fut accordée à M. Martine, agriculteur à Aubigny. MM. Défontaine et O eurent une médaille d'argent, ain^ que MM. David; MM. Bontbors et Dereins, et Brio-Lalaui, d*HombIières, y eurent des médailles de bronze.

adjugé, le 21 décembre 1848, à une compagnie représentée par M. le baron James de Rothschild , moyen*nant une concession qui n'atteignait pas une durée de vingt-cinq ans. Suivant les prescriptions de l'article 1** de son cahier des charges, cette ligne devait être terminée dans le délai de trois années, à dater du jour de l'ordonnance qui en approuverait l'adjudication. Cette approbation eut lieu le 29 décembre 1845, et celle qui autorisait la société anonyme formée à Paris sous la dénomination de Compagnie du chemin de fer de Creil h Saint-Quentin, fut rendue le 24 avril 1846 ^

Sans la crise générale qui suivit la révolution de 1848 et qui retarda tous les travaux, l'embranchement de Creil à Saint-Quentin pouvait être terminé en trois années, c'est-à-dire dans le courant de 1849, et cela était d'autant plus facile que, depuis le mois d'octobre 1847, la ville de Compiègne était reliée à celle de Creil. Mais, par suite des derniers événements politiques , l'exécution de cette ligne se trouva retardée, et ce ne fut qu'en février 1849 que put avoir lieu son inauguration jusqu'à Noyon.

Cette inauguration fut une des premières à laquelle assista le président de la république. Elle attira beau* coup de monde, et les autorités des autres villes qui s'y rendirent lui furent présentées. Le prince leur exprima les regrets qu'il éprouvait de ne pas pouvoir prolonger

1 Les actionnaires de cette compagnie, r<^unis extraordinairement en assemblée générale, le 8 avril 1846, avaient donné les pouvoirs nécessaires à son conseil d'administration pour sa fusion avec la compagnie du themîn de fer du Nord.

son voyage, et il donna l'assurance à celles ^e Ham et de Saint-Quentin qu'un peu plus tard il visiterait ces deux villes. Celle de Ham lui rappelait six années de captivité et d'étude^; c'est peut-être pour cette raison qu'elle fut, une des premières, choisie pour recevoir sa visite. Elle eut lieu le 22 juillet 1849.

Aussitôt qu'à Saint-Quentin on eut connaissance de ce voyage, le conseil municipal nomma une commission de neuf membres^, chargée de lui renouveler l'invitation qui lui avait été faite à Noyon, par son maire, de venir visiter cette ville. Sa garde nationale y envoya un détachement ; son tribunal de commerce, sa chambre des manufactures , son conseil des prud'hommes s'y firent représenter par leurs présidents et plusieurs de leurs membres , auxquels se joignirent un grand nombre de ses habitants.

Le prince arriva à Ham, accompagné de plusieurs de ses ministres, de députés du département de la Somme et de quelques-uns de ses compagnons de captivité. Après avoir reçu les autorités et visité le château dans lequel se trouvait la chambre où il avait passé six années de sa vie, il y accepta un banquet où il répondit à une réception brillante par des paroles chaleureuses de gratitude '.

1 Le prince Napoléon, condamné à un emprisonnement perpétuel et incarcéré à Ham, s'échappa de sa prison, le 25 mai 1846, vers sept heures du matin, se dirigeant sur Saint- Quentin, qu*il traversa après s*étre défait du déguisement à la faveur duquel il avait pu opérer son évasion.

1 Extrait de la délibération du conseil municipal, du SI juillet 1849.

8 Voir, aux pièces justificatives, le discours prononcé k Ham par le prince-président.

Le gouvernemeat s'efforçait de donner à la France toutes les garanties qui pouraient consolider à Tintérieur Tordre et le bien-être du pays, et à Textérieur la dignité nationale. Toutes ses pensées étaient à la recherche des institutions utiles à fonder et des progrès à stimuler.

Le ministre de l'agriculture et du commerce, préoccupé du soin d'améliorer le sort de ceux qui s'occupaient du tissage, et voulant se rendre compte des avantages qu'ils retireraient d'un enseignement industriel et pratique, avait eu l'intention, dans les premiers mois de Tannée 1849, de créer, à titre d'essai, dans un centre manufacturier, une école de fabrication.

La ville de Saint-Quentin se proposa au choix du ministre, en lui demandantque l'apprentissage fûtgratuit^.

Nous pensons que la question fut examinée et nous regrettons qu'il n'ait pas été donné suite à un projet utile, resté à l'état d'étude, mais qui sera probablement un jour exécuté.

La situation de l'industrie continuait à être prospère et celle de ses travailleurs en ressentait naturellement les effets. Pendant le dernier semestre de 1849, les salaires des tisseurs d'étoffes en coton ou en laine, en faisant entrer dans cette moyenne ceux des enfants de 12 à 15 ans, s'élevaient de 1 fr. 75 à 2 fr. 25 par jour; ceux des tullistes, de 2 fr. à 3 fr., et ceux des brodeuses, de 1 fr. à 1 fr. 50^. C'était déjà une grande

1 Voir, aux pièces jostiflcatifes, les propositions de la chambre. S Rapport de la chambre consultative, du 6 août 1849.

amélioratioQ matérielle obtenue, et le gou?ernemeat, s'efforçant d'augmenter le bien-être de la classe ouvrier^ déclarait qu*il voulait rechercher les avis des hommes les plus compétents pour préparer au pays de longs jours de prospérité.

En efféty le 1*^ février 1850, il réorganisa sur de nouvelles bases le conseil général de Tagriculture, des manufactures et du commerce, qui devait se réunir, le 7 avril, dans la salle des séances du palais du Luxembourg. Ce conseil était composé de 236 membres, nommés : 86 agriculteurs par le ministre, SI industriels par les chambres consultatives, 61 commerçants par les chambres de commerce, et 34 appartenant à ces mêmes catégories, par le ministre.

Pour étudier et résoudre avec maturité les graves questions sur lesquelles le gouvernement désirait consulter le conseil général, il eût fallu, au lieu des 40 jours qui lui avaient été accordés, prolonger plusieurs mois la durée de sa session.

Voici quelles furent les questions principales soumises à son examen par le ministre de Tagriculture et du commerce^ : un projet de loi sur les sucres, puis un autre sur la création des chambres d'agricultnre ; d'autres, sur l'organisation de la boulangerie; sur le crédit foncier; les irrigations; le commerce des grains; la culture du lin ; les engrais artificiels; la perception des droits sur les bestiaux ; les concours relatifs aux

1 M. Dumu, aujoard'hui sénateur et président de la commission municipale de la Seine.

animaux de boucherie ; la médecine vétérinaire ; l'amélioration de la race chevaline; Télève des vers à soie; le tarif d*importation des bestiaux étrangers ; la législation des brevets d'invention; le travail des enfants dans les manufactures ; le travail des adultes ; le travail du dimanche ; les livrets d'ouvriers ; les caisses de retraite; la police rurale; les sociétés de secours mutuels; les lavoirs et bains publics; les marques de fabrique; les règlements de comptabilité pour les concordats par abandon ; les modifications à apporter à la section II du livre 1*' du code de commerce qui régit les contestations entre associés; la législation maritime et commerciale en Algérie ; et enfin les sociétés d'exportation.

Ces questions étaient certainement trop nombreuses et trop importantes pour qu'elles pussent recevoir une solution définitive; aussi plusieurs furent-elles ajournées, et d'autres restèrent-elles à l'état de rappel.

Toutes celles qui étaient appelées à être discutées en séances du conseil étaient déposées sur le bureau par M. le ministre du commerce, qui présidait lui-même l'assemblée générale. Ces questions étaient ensuite renvoyées aux trois comités de l'agriculture, des manufactures et du commerce, qui les examinaient, et nommaient par tiers les commissions générales qui étaient chargées de les étudier, d'en faire les rapports et d'en soutenir les discussions.

La question des sucres vint la première ; cela devait être, c'était la plus importante et celle dont, avec raison, on se préoccupait le plus, car elle mettait en

présence plusieurs intérétô : d'abord ceux des consommateurs, des fabricants du sucre indigène, du sucre colonial, et ensuite ceux de notre commerce maritime et du trésor public^.

Le projet de loi qui fut soumis au conseil général consistait : l' à réduire de 45 fr. à 25 fr. par 100 kilogrammes, non pas d'une manière immédiate, mais au moyen de réductions successives de 5 fr. par année, le droit sur le sucre colonial et sur le sucre indigène; 2* d'abaisser de 5 fr. la surtaxe sur les sucres étrangers, qui était alors de 20 fr. ; et S"" de faire également subir une diminution aux droits sur les cafés et le cacao.

Le conseil général décida, après une longue discussion, qu'il y avait lieu à apporter à la législation sur les sucres les modifications suivantes : d'abaisser les droits sur les sucres de 20 francs en quatre années, de maintenir l'égalité entre les deux sucres français, de réduire à 10 francs la surtaxe sur le sucre étranger, et de prendre pour base du droit, pour toutes les natures de sucre, la richesse saccharine constatée au point de vue du rendement en sucre raffiné.

Voilà où en était, en 1850, la question du sucre, qui est peut-être, de toutes les marchandises ou denrées, celle qui, depuis le commencement du siècle, a le plus occupé les financiers et les hommes d'état.

1 Cette commission était composée: pour Tagriculture, de MM. Ch. Dapio, Tourret.de Beaumont de la Somme, Darblay et Fouquier-d'Hérouel; pour les manufactures, de MM. Benoist, d*Azy, Lanyer, Charles Picard, Lestiboudois et Bazin ; et pour le commerce, de MM Ducos, Devinck, Galos, Bayret et Clerc.

Les autres questions qui reçurent une solution et sur lesquelles des rapports furent présentés au conseil général, concernaient les marques de fabrique, le cré* dit foncier, le tarif d'importation des bestiaux étrangers, la police de la reproduction chevaline en France, l'organisation du commerce de la boucherie dans Paris, celle du conseil général des manufactures et du commerce et celle des chambres d'agriculture.

Il formula aussi une série de vœux qui, pour la plupart, se réalisèrent aver. le temps; mais le plus important et le plus remarqué fut celui où, en réponse à celui qui appelait l'attention du gouvernement sur la détresse persistante de l'agriculture, sur les souffrances de certaines parties de notre commerce et de nos industries, il déclara: «Qu'il appartenait aux D grands pouvoirs de l'état d'aviser sans retard aux 0 moyens qui pourraient garantir au pays, par la » puissance des institutions et l'autorité de la loi, » l'ordre et la sécurité, sans lesquels il n'y avait pas de » prospérité possible. »

On commençait alors à se préoccuper des difficultés et des inquiétudes qui pourraient surgir en France pour l'époque où expiraient, d'après les termes de la constitution, les pouvoirs du président de la république.

Le président de la république, en inaugurant, le 7 avril, ses travaux, avait dit : e Au lieu de se lancer » dans les vaines théories, les hommes sensés doivent » unir leurs efforts aux nôtres, afin de relever le cré- » dit, en donnant au gouvernement la force indispen- 9 sable au maintien de l'ordre et du respect à la loi. n

Par le vote qui lermiaait ses travaux, le conseil général des manufactures s'était associé à ce désir en déclarant : «i Que le premier besoin de Tagriculture » comme des manufactures, était d'obtenir la sécurité » pour le présent, et pour l'avenir la conGance, qui est » la plus grande garantie du travail. »

Saint-Quentin qui, au mois d'avril 1804, avait été une des premières villes qui fut dotée d'une chambre consultative, réclamait, depuis longtemps, sa transformation en chambre de commerce.

Cette demande, complètement justifiée par l'importance toujours croissante de son mouvement commercial et par le nombre des industries de son ressort manufacturier, devait être favorablement accueillie par le gouvernement, et elle le fut en effet. Le 1 S avril 1850, celui-ci faisait parvenir à l'administration préfectorale le décret du 1" mars, qui déridait que Saint-Quentin serait désormais le siège d'une chambre de commerce dont le ressort comprendrait tout le département de l'Aisne.

Ce fut peu de temps après que la population de cette ville se vit en possession de son chemin de fer, de cette admirable invention qui est maintenant jugée comme le plus éclatant triomphe que l'industrie humaine ait encore remporté sur l'espace, et l'espace sur le temps.

n y avait dix-huit ans qu'il était attendu^, et, depuis

1 Ce fut en 1833 que le conseil municipal demanda au gouvernement que le chemin de fer de Lille à Paris passât par SaintHUuentin.

i La ligne de Paris à Creil et à LUIe a été ouYcrte le 20 juin 1846,

le 21 décembre 1845 qu'il avait été concédé à la compagnie du chemin de fer du Nord, Saint-Quentin le désirait impatiemment. Cette ligue, appelée àétre bientôt prolongée vers la Belgique, par Maubeuge, avait été successivement ouverte aux villes de son parcours *, et enfin celle de Saint-Quentin allait être favorisée de ce moyen hâtif de circulation, si utile au commerce.

Depuis le 23 mai, la compagnie du chemin de fer du Nord avait organisé son service de transport entre Saint-Quentin et Paris, mais inauguration ofBcielle de la ligne ne devait avoir lieu que le 26. Elle fut ensuite ajournée.

Une certaine agitation, qui régnait dans la capitale, à l'occasion de la nouvelle loi électorale, avait décidé le prince qui devait la présider à renoncer à son voyage, et, dans une lettre écrite de sa main, il avait exprimé au maire les regrets qu'il éprouvait de ne pouvoir Texécuter.

Cette nouvelle était k peine connue dans la ville qu'elle y causa un vif sentiment de désappointement , qui ne se calma que lorsqu'à la suite de voyages du maire à Paris, on y apprit que le président de la repu* blique viendrait à Saint-Quentin le 9 juin*.

Le prince Louis-Napoléon arriva, en effet, ledit jour, à une heure et demie, à la gare du chemin de fer. Une

celle de Creil k Compiègoe le 91 octobre 1847, celle de Compiégne i Noyon le S6 février 18i9, de Noyon à Chauny le îl octobre, de Chaony à Tergnier le 1" janvier, et de Tergoier à Saint-Quentin le tS mai 1850.

1 Voir la proclamation dfj maire, M. Bourbier, dans les registres municipaux

foule immense d'étrangers, venus de Paris, des cités voisines et des campagnes^, encombraient les rues et les promenades de la ville', ornées de guirlandes, de hauts mâts et de drapeaux.

Amiens, Péronne, Ham, Noyon, Laon et Soissons avaient envoyé 1 ,600 gardes nationaux, et les bataillons cantonaux en avaient fourni i ,900.

Dans la gare, on avait élevé une chapelle, et un amphithéâtre garni de dames. Après la bénédiction de la voie ferrée et des locomotives par Tévêque de Soissons et Laon', après la revue et le défilé des gardes nationales, le présiflent de la république se rendit à Texposition de Tindustrie, dont il examina les produits.

A un discours que prononça le président de la société académique, en lui présentant les ouvriers, <r cette ruche d'abeilles laborieuses qui, avait-il dit, » ne demandaient leur bien-être qu'au travail , » le prince avait répondu : «Je suis heureux de me trouver 1» parmi vous, et je recherche avec plaisir ces occasions » qui me mettent en contact avec ce grand et généreux v> peuple qui m'a élu; car, voyez-vous, mes amis les

1 Les journaux dn l'époque évaluèrent à plus de 100,000 le nombre des étrangers qui se rendirent à Saint-Quentin pour 1 inauguration de son chemin de fer.

S Le prince Louis -Napoléon était accompagné de ses aides -de-camp et officiers d'ordonnance Fieury, Edgard Ney et Toulongeon, des ministres de la guerre, de l'intérieur, du commerce et des travaux publics; du prince llurat, et d'un tré?-grand nombre de membres de l'assemblée législative. Une partie du conseil d'administration du chemin de fer du Nord assistait aussi à l'inauguration de la ligne de Creil à Saint-Uuenlin.

3 Monseigneur de Garsignies, qui était assisté de ses vicaires généraux et suivi d'un nombreux clergé.

> plus sincères et les plus dévoués ne sont pas seu- « leinent sous les lambris dorés, ils sont aussi dans » les ateliers, sur les places publiques et dans les cam- » pagnes. Je sens, comme disait Tempereur, que ma » fibre correspond à la vôtre, et que nous avons les » mêmes intérêts ainsi que les mêmes instincts. Per- » sévérez dans celte voie honnête et laborieuse qui 9 conduit à Taisance, et que ces livrets que je me plais » à vous offrir comme une faible marque de ma sym- » pathie, vous rappellent le trop court séjour que j*ai » fait parmi vous^. »

Après ce discours , un incident heureux et bien accueilli causa dans l'assemblée une vive émotion. Le président de la république, à qui l'on venait de signaler la louable conduite d'un, valet de labour' qui, à la suite d'un incendie qui ruinait ses maîtres, leur avait abandonné le fruit de ses économies et le concours de son travail, s'était levé pour aller attacher, lui-même, la décoration de la légion-d'honneur sur la poitrine du vieux serviteur de l'agriculture. Cet épisode fut chaleureusement applaudi par l'auditoire.

Avant le banquet, qui fut servi dans la salle de spectacle et qui offrait un aspect magnifique, la présentation des corps constitués et des autorités avait eu lieu, et au toast que le maire de la ville avait porté en son

1 Extrait da journal le Conititutionnelf du 11 juin.

t Ce valet de labour s'appelait J.-B. Pruvot, garçon de ferme à Aubeocheul-anx-Bois.

honneur, le président de la république avait répondu par un discours qui fut vivement applaudi^.

Le soir il y eut bal', spectacle, feu d'artifice, et Tordre le plus parfait régna pendant les fêtes, qui ne se terminèrent que le lendemain'.

Avant de quitter la ville de Saint-Quentin le 10 juin, le président visita plusieurs de ses établissements^, et partout il adressa à ceux qui l'approchaient les plus gracieuses paroles.

Ses habitants se réjouissaient d*autant plus d'être en possession du rail-way qui reliait directement leur cité à Paris, qu'ils savaient que son conseil municipal et sa chambre des manufactures^ devaient être saisis de plusieurs autres projets de chemin de fer.

Des délégués furent plus tard nommés avec la mission de s'entendre avec les compagnies qui se

1 Voir le discours prononcé par le Président de la Républiqae au banquet de Saint-Quentin, aux pièces justificatives.

2 Avant de se rendre au bal, le prince désira faire le tour de la ville, et c'est avec un vif sentiment dMntérét qu*il reconnut , au faubourg Saint- Martin Tend roi t où il s*était arrêté, dans ss fuite de Ham.

3 Le banquet qui fut offert , le lendemain du jour de l'inauguration du cbemin de fer, par les ciiefs d'ateliers à leurs ouvriers, réunissait 900 convives; il se passa avec beaucoup d*ordre. Le sous -préfet, le maiie, le président du tribunal de commerce et de la chambre consultative, le colonel de la garde nâtionsJe, le président des prud'hommes assistaient à cette fêle de famille.

i Le prince visita les ateliers de MM Joly frères et G**, Cambronne frères, Heatcoat et C*«, Tausin-Rondot, Jacquemin et Millon. .

Il donna, avant de quitter la ville de Saint-Quentin, 1,000 francs pour ses pauvres, 3,000 francs pour les livrets de la caisse d'épargne, et 1 ,500 francs pour les ouvriers des fabriques qu'il venait de visiter.

5 15 février 1851. Extrait du procès-verbal du conseil municipal ; — 25 février, lettre de la chambre consultative de Saint-Quentin an président de celle de Cambrai.

présentaient et de ne rien négliger pour obtenir la concession définitive de ces divers projets.

Nous dirons, à l'époque où ces démarches ont abouti, quelles ont été celles qui ont été obtenues.

En Tannée 1850^, l'industrie était prospère. La consommation qui, depuis 1848, s*était ralentie sous rinfluence des appréhensions d'une grande crise et qui avait diminué ses achats habituels, venait de les reprendre. Les filateurs et les fabricants de tissus de coton et de laine écoulaient non-seulement tous leurs produits, mais encore ils les écoulaient facilement et avec des résultats très-avantageux.

La chambre des manufactures disait, dans ses dépêches au ministre du commerce^, en 18S0: « L'ordre a » rendu la confiance, et en rendant la confiance au pays, » l'ordre a ramené le crédit qi\i est l'âme du commerce. » L'état actuel du travail manufacturier du district » industriel de Saint-Quentin, soit au point de vue » de la production, soit au point de vue des facilités » d*écouIer les marchandises, est très-satisfaisant. »

Cette amélioration, signalée par la chambre des manufactures de Saint-Quentin dans la situation de ses industries, était générale, quand arriva, en mai 1851, l'exposition de Londres.

Depuis plusieurs mois l'Angleterre avait convié toutes les industries du monde à se réunir k Londres.

1 Le roi Louis-Philippe mourat le 26 août 1850.

2 Délil)éralions de la chambre consultative, des 20 juillet et 22 novembre 1850. Celte chambre, bien que transformée en chambre de commerce, par un décret du mois d*avril 1850, n*avait pas encore été installée avec son nouveau titre.

La Fnjon^ à qui retient llioiuieiir d*a¥air initié rEufOpe i taot de grandes choGes et d avoir organisé et déf eioppé soceeâsifement les expositions de ses prodiulSy arait en, en 1 849, le désir et la pensée de rendre Texhibition qn'dle venait de décréter uniivrsdle; maiselle en fut empêchée par de ces événements qui sont pour les nations ee qu'est un malaise pour Tespèce humaine*

Le district de Saint-QwQtin n'envoya pas un grand nombre de ses produits à cette exposition ; peut-être craignait'il les dangers de la concurrence et de la supériorité, si vantée, mais certainement surfaite, des tissus anglais sur les siens^ Cependant plusieurs de ceux de ses industriels qui s'y firent représenter obtinrent d'honorables distinctions ^.

Les expositions des produits de Tindustrie venaient

1 L*e<pèce de défiance, que nous sigiialoiis pour les nuoobctariers de eotoo de Saiotr-Qoeotia à exposer à Londres, élail partagée par ceux des autres districts, puisqoe les induslrieU français qoi j enToyèreot leors prodvUs ne se composaient que de six filateors, sept fabricants de tissus épais, dan de tissas de coulenr, cinq de tissus légers, ensemble S3 exposants.

t M. Alphonse Daodrille y reçut une médaille. Le rapport du jury contient ee renseignement sur Tesposilion de M. Alphonse Dandrille, industriel trè^Hnlelllgent, manuCaclurier capable, né i Saiot-Ouentin, qui vient de mourir, sans avoir joui des services qa*il a rendus an commerce de son pays : • A Texposition de Londres M. Alphonse Daud ville brillait parmi

• ses concurrents Un store allégorique, cheTnl* œuvre d'exécution, mais

• hors de prix dans U commerce, fixa d'abord l'attention : ce rideau

• offrait 4 la fois du fini et de Teffet, de la douceur d'aspect, de Tharf monie et de U perspective. Deux autres, d'exécution charmante et i des f prix modérés, entraînèrent la résolution du jury en faveur de cet indus-

• triel. » M. A. Daudré et MM. Férouelle et Rolland, qui ont des maisons de fol)rication à aainl- Quentin, y obtinrent également d'honorables distinctions.

de recevoir à Londres un caractère nouveau et complet, et celle de 1851 j qui avait réalisé une pensée française, fut considérée comme l'un des événements les plus importants de Thistoire de l'économie politique. Ju:»que là , chaque exhibition locale n'avait été qu'un inventaire plus ou moins exact de la puissance manufacturière de chaque peuple. L'Angleterre, appelant le monde à ce concours mémorable, avait mis tous les hommes d'étude en position de connaître l'ensemble des produits du globe, et de constater chez les différents peuples les conditions et les nécessités de cette production.

 l'exposition de Londres il ne s'agissait plus de celle de l'Angleterre. Tous les peuples venaient d'exposer à côté des anglais les produits de leurs industries, et pour la première fois, la France avait été admise à faire admirer à la population de la Grande-Bretagne ceux dont, jusqu'alors, elle avait elle-même ignoré la valeur industrielle et surtout le mérite artistique. La France y brilla par la puissance de son initiative, par le bon goût de ses dessins et la perfection de ses marchandises; seulement, on doit ajouter, ce qui était vrai, c'est qu'elle ne s'était peut-être pas assez préparée à prendre part à ce concours international. Elle fut prise un peu à Vimproviste, et, cependant, elle y eut un remarquable succès. Sur 18,000 exposants environ l'Angleterre en compta 9,734, la France 1,760.

L'Angleterre y obtint 79 grandes médailles, 1 ,265 médailles de 2* classe et 2,089 mentions honorables ;

La France 57 grandes médailles, 622 de seconde classe et 1 ,050 mentions honorables ^

L'année 1851 venait donc de produire un fait des plus importants et des plus féconds en heureuses conséquences. Une exposition universelle et internationale s'était ouverte à Londres, et presque tous les peuples de l'Europe y avaient envoyé les produits de leurs industries. Tout le monde avait applaudi à cette lutte pacifique qui inaugurait une nouvelle ère dans les relations des peuples, et l'industrie française y avait obtenu un grand et légitime sucrés.

Le président de la république voulut marquer tout le prix qu'il attachait à ce résultat, en récompensant les plus habiles exposants par des décorations de la légion d'honneur, qu'il distribua avec sol.ennité. Le 25 novembre fut le jour choisi pour cette distribution. L'auditoirejétait nombreux. Le discours que le prince y prononça fut vivement applaudi : après avoir rendu hommage à l'idée de l'exposition universelle, et félicité l'industrie française des succès qu'elle venait d'y obtenir, le prince aborda les questions politiques qui, à cette époque, étaient l'objet des préoccupations les plus graves et de l'anxiété générale.

Ce discours^ laissait pressentir d'énergiques résolutions, que bien du monde prévoyait, et que les uns

1 Voir, aux pièces jnstiflcatives, la situation des industries du coton, de la laine et du lin à rexposition de Londres en 1851, diaprés les rapport» des membres du jury^de res diverses classes.

t Voir ce discours aux pièces justificatives.

attendaient de l'initiative du président de la république et les autres des pouvoirs de rassemblée.

Depuis plusieurs mois l'incertitude qui régnait dans les esprits avait eu une fâcheuse influence sur le commerce, si prospère depuis deux ans, et l'industrie ne vendait que très-(]ifBcilement ses produits.

Voici en quels termes la chambre des manufactures exposait, le 31 juillet 1851*, au préfet de l'Aisne, la situation du commerce à Saint-Quentin: a L'année > dernière nos produits fabriqués, disait ce rapport, » s'écoulaient à mesure de leur rentrée de la fabrica- » tion, et cette année il en est autrement. La défiance » dans l'avenir est telle que les acheteurs ne prennent o que ce qui leur est indispensable ; et il en résulte » une agglomération de tissus qui en fait baisser les » cours. »

Cette situation se continuait lorsqu'arriva le grand événement politique du 2 décembre 1851.

Ce fut le moment où l'assemblée nationale discutait la proposition dite des questeurs que le prince président choisU pour faire le coup d'état.

Cet événement appartient à l'histoire, qui dira un jour quelles furent se^ conséquences sur l'avenir de la France.

A Saint-Quentin, des voyageurs qui arrivèrent dans la soirée du mardi 2 décembre, y apportèrent la ni)nvelle du coup d'état qui venait de s'accomplir à Paris. Chacun se la disait tout bas et la commentait suivant

1 Délibérations de la chambre consultative du 31 juillet 1851.

ses impressions, mais elle ne fut généralement connue par la population que le lendemain 3 décembre.

Voici comment elle fut annoncée par un des journaux de la localité^.

« Des nouvelles importantes arrivent de Paris ; on » comprendra, après les avoir lues, que nous soyons » obligé de nous abstenir de toute réflexion ; la pa- » rôle est aux événements, nous rapporterons les » faits^. )»

Ce journal, d'après le Moniteur j faisait connaître les proclamations du président de la république au peuple français , la composition de son nouveau ministère et les décrets qui dissolvaient l'assemblée nationale et le conseil d*état; qui convoquaient le peuple français dans ses comices, à partir du 14 jusqu'au 21 décembre, et qui proclamaient Tétat de siège dans toute l'étendue de la première division militaire.

Le président de la république avait décrété, le 2 décembre, que tout citoyen serait appelé à se prononcer par un oui ou par un non sur le plébiscite qui devait lui maintenir l'autorité pour 10 ans et lui déléguer le droit de faire une constitution.

Ce fut le 20 et le 21 décembre que la France répondit à cet appel. Le vote eut lieu, et 7,439,216 bulletins

1 Le Courrier de Saint-QuefUin du mercredi 3 décembre 1851, n»99.

t Voir les faits, eo ce qni concerne la ville de SainH}aentio, an procès^ -▼erbal de la séance du conseil municipal du 3 décembre 1851. (Uvre des délibérations.)

portèrent le mot oui, et 640,737 le mot non^. La décision ne pfmvait être plus significative^.

Le 31 décembre, au soir, lorsque le dépouillement des votes fut terminé, la commission consultative se rendit au palais de l'Elysée, et le vice-président en présenta le résultat au prince Louis-Napoléon, en ajoutant : <r que jamais, dans aucun pays, la volonté natioo nale ne s'était aussi solennellement manifestée. »

Le prince prit la parole et dit à la commission : a La » France a répondu à l'appel loyal que je lui avais fait. » Elle a compris que je n'étais sorti de la légalité que » pour rentrer dans le droit. Plus de sept millions » viennent de m'absoudre, en justiiSant un acte qui n'a- )» vait d'autre but que d'épargner à la France et à 0 l'Europe, peut-être, des années de troubles et de » malheurs. »

Une nouvelle période allait s'ouvrir pour l'histoire de notre pays ; mais la présidence décennale qui venait d'être proclamée ne devait pas durer longtemps, et en effet, après une année d'existence, elle fut continuée par l'empire.

L'année 1852, dont on appréhendait généralement la venue, commençait sous des auspices, sinon riants.

t II y eut 36,820 balletins annulés.

î Dans la ville de f)ainH}uenlin, il y avait 6,933 électeurs inscrits, il y eut 4,699 votants, dont 3,790 oui, 873 non et 38 bulletins nuls.

Dans le canton de Saint- Quentin, il y avait 8,859 électeurs inscrits, 6.456 voUnls: 5,462 oui, 952 non, et 44 bulletins nuls

Dans l'arrondissement de Saint -Quentin, il y avait 36,698 électeorK inscrits, 31,892 voUnts : 30.249 oui, 1,466 non et 133 voix perdues

Dans le département de TAisne, il y avait 160,049 électeurs inscrits, 143,049 votanU: 137,062 oui, 5,383 qoo et 604 bulletins nuls.

puisque toutes les agitations politiques n'étaient pas encore calmées, du moins plus rassurants.

La France paraissait disposée à entrer dans une voie à la fois de calme et d'action : de calme, parce que l'on espérait qu'aucune secousse ne viendrait plus, à l'intérieur, ébranler sa tranquillité; d'action, parce qu'elle se disposait à se mettre, avec une merveilleuse ardeur, à la poursuite de toutes les grandes améliorations.

Cette année, que des prédictions annonçaient comme devant être peu favorable à Tindustrie, fut, au contraire, inaugurée par un mouvement d'activité qui fut signalé au gouvernement par les rapports des chambres de commerce. C'est ainsi que s'exprimait celle de Saint-Quentin dans une de ses dépêches adressée au préfet de l'Aisne* : «L'année dernière, nous étions » inquiets, disaient les membres de la chambre, sur » l'avenir, nous n'osions nous livrer à aucune opéra- » tion sérieuse et de longue haleine; aujourd'hui, » nous sommes rassurés. »

La France sentait le besoin de développer en paix ses richesses, et stimulée par les progrès matériels qu'avaient acompUb les nations voisines, comme Texposilion universelle do 1851 l'avait démontré, elle semblait rechercher les moyens les plus certains pour arriver à ce but.

Le gouvernement de juillet n'avait pas pu donner aux chemins de fer tout le développement qu'il désirait et qui, de toutes parts, lui était réclamé. Depuis sa

l Extrait d'une délibérs^tion de U chambre, du 3 aofti 1952.

présidence, le prince Napoléon n'avait rien négligé pour imprimer à leurs travaux une vive impulsion ; mais, gêné parles rivalités des villes traversées par des voies ferrées ou désirant en obtenir, il avait été souvent empêché de réaliser des projets utiles. Débarrassé de gênantes entraves, il s'appliqua, avec la plus grande ardeur, à presser Tacbèvement du réseau français qui devait donner, au point de vue de la prospérité générale, de merveilleux résultats.

Il ordonna la prompte exécution du chemin de fer de ceinture destiné à relier à Paris les gares des différentes lignes, puis concéda le chemin de fer de Lyon à Avignon, le chemin entre le Mans et Laval, de Dijon à Besançon, de DôIe à Salins, le chemin de fer destiné à relier Strasbourg à la frontière bavaroise. L'état se déchargeait ainsi, et avec raison, sur l'industrie privée, du soin de construire les voies ferrées.

Un décret du 28 mars régla lachèvementdu réseau du chemin de fer du centre et du sud-ouest de la France et la fusion des quatre compagnies des chemins de Paris à Orléans, du Centre, d'Orléans à Bordeaux et de Tours à Nantes. En même temps le gouvernement s'occupait de l'établissement de la télégraphie électrique, cet auxiliaire puissant des chemins de fer, et il affectait divers crédits à l'amélioration de la navigation, au rachat par l'état du canal de Bourgogne, du canal du Rhône au Rhin et des quatre canaux.

Depuis la fin de l'année 1848, la ville de Saint- Quentin avait demandé, par l'intermédiaire de ses organes municipaux et commerciaux, que son chemin

de fiff fnl proluoeé ^-irïbqî'^ne»'. afta d'Are le&ée plas dîivcUiDcol d par ose voie ^as eoattie. à b BdçkpK d'aboni, cl k l'AIHiusiie ensoite. La créalïoe ëe cette n-MireUe Itene znit poor but de sopprimer le tnasit bolUndaif, de fiTori^er nos eiportatioos et nos iiDp>rtatiâfiâ, et de piicer a-yi oane^. qni taient particulièrement alîmeol^ pv les houillères belses. près du basait de CharieroT, l'ua des plos ricb^ et l'un de ceux oii l'estraftîooeiiïeait le moins de frais. Ce chemin, vivement déliré, était d'une utOilé incontestée.

Poil r l'obteDir. le conseil mnnictpil et la cbambre des manufactures «nient nommé des dâé^ués diareés dn soin de poursuivre sans relâche cette concession, qui était sollicitée par plusieurs compisnîes financières.

Un autre projet de chemin de fer, qni émanait de l'initiative de Cambrai et pour lequel cette viOe avait demandé l'appui de celle de Saint-Quentin, lui avait également été soumis dansles premiers mens de l'année 1850. Il consistait à réclamer, en faveur d'une compagnie anglaise, l'autorisation de construire un raîl-way qui partirait de Douai pour aboutir ï Reims, en passant par Cambrai, Saint-Quentin, La Fère et Laon.

Cette ligne, dont la concession devait ^tre demandée au gouvernement moyennant une garantie d'un minimum d'intérêt, était appelée k relier l'Angleterre k l'Allemagne et les provinces du nord à celles de l'est de la France. Il devait partir de Douai, oi'i passait le «■■hemin de fer du Nord, et aboutir à la ville de Reims |iii i-tait desservie par celui de Paris à Strasbourg.

Ce projet, également utile aux intérêts génémux de

la France et à celui des localités que cet embranchement devait desservir, occupa pendant une année les délégués des villes de Cambrai, Sain^rQuentin, Laon et Reims ^

Mais le gouvernement, qui avait reconnu les inconvénients des concessions partielles accordées aux petites compagnies, qui avait vu que les forces isolées ou de rétat ou de l'industrie privée même étaient insuffisantes pour une œuvre aussi grande que la construction du réseau des chemins de fer français, avait résolu de les faire concourirrunetl'autre à son exécution. Il avait cherché à placer, autant que cela était possible, les embranchements nouveaux dont Tutilité générale lui était justifiée entre les mains des sociétés financières déjà chargées d'exécuter les lignes principales.

Le gouvernement désirait surtout voir la France dotée d'un grand nombre de voies ferrées, et, pour y parvenir, il se montra disposé à autoriser la prolongation de la durée des concessions déjà accordées aux grandes compagnies ; seulement il leur imposa la condition d'e:(écuter les lignes secondaires qui se rattacheraient à leurs principaux réseaux.

C'est ce motif qui fit que les embranchements de Saint-Quentin vers la frontière de Belgique par Maubeuge et de Douai à Reims par Cambrai, Saint-Quentin

1 Ces délégués avaient été nommés par les conseils municipaux de ces quatre villes. Celui de Cambrai était M. Minangoy* colonel de sa garde nationale; celui de Saint-Quentin, M. Charles Picard; celui de Laon, M. R. de Campeau, recHveur-général et membre du conseil municipal; t;t celui de Keims, M. Werlé, adjoint au maire de cette ville, et ancien président de son tribunal de commerce.

et Lion, si chileureusement deiiiiQ'ies au gouvernement par les dél&rués de ces diverses cités, au lieu d'être donnés, Tun à la société Cordier, lautre à la société Pelo-Geâch el C*, qui en réclamaient la coneession, furent accordés à la compaenie des chemins de fer du Nord*.

Cette nouvelle, la plus heureuse que pouvait recevoir la ville de Saint-Quentin, dirait le journal qui Tannonçait', y était parvenue le jeudi 19 février 1 852, par une lettre de son 'délégué. U Tiisait savoir à son administration municipale que le gouvernement avait concédé à la compagnie du Nord : 1* le prolongement du chemin de fer de Saint-Quentin à la frontière de Belgique ; 2* un chemin de fer du Cateau à Somain ; 3* un autre de Tergnier à Reims; 4* et un autre, enfin, de Noyelles à Saint- Valéry.

Cette convention provisoire, passée entre M. le ministre des travaux publics et MM. les administrateurs de la compagnie du Nord, reçut plus tard certaines modifications qui se trouvèrent rectifiées dans celle du

1 Voici dans quelle proponion les grands travaax en chemin de fer ont éié eiécutés on concédés ; nous les prenons de 1823 à 1858 seulement: di< l^^r janv. 1823 au 1«rjanv. 1828 U2 kil. concédés 18 eiécutés. » 1828 » 1812 806 t 569 •

Ainsi la moyenne par chaque année a été : du l'rjanv. 1823 au l^'janv. 1828 28 kil. concédés A exécutés • 1828 » 1842 58 » i9 •

» 1852 • 1858 iOO > 555 -

% Le Courrier de Saint-Quentin, du 22 fémer t852, u^ \h.

i3 août 18S3. Elles consistaient à remplacer la concession delà ligne du Cateau à Somain par un chemin de fer passant près ou par la ville de Cambrai.

Ainsi celle de Saint-Quentin, qui était déjà en communication avec Paris, centre de tout notre grand réseau ferré, venait d'obtenir d'être reliée directement avec la Belgique, avec TÂllemagne, et les cités du nord et de Test de la France. C'était un immense avantage pour son présent, et surtout pour son avenir, qui lui était accordé par les dernières conventions intervenues entre l'état et la compagnie du Nord; aussi cette nouvelle y fut-elle reçue, comme le dirent les journaux locaux, avec des témoignages d'une grande satisfaction.

Un autre projet y fut aussi parfaitement accueilli, ce fut celui de l'établissement d'un lycée. Depuis longtemps le conseil municipal de Saint-Quentin s'en était occupé. En 1845 et en 1846, il n'avaitpu se mettre en position d'obtenir le privilège d'un collège royal qu'en avisant à accroître ses ressources disponibles à l'aide d'un remaniement des tarifs de son octroi. Cette question, par plusieurs motifs, avait alors été ajournée. Mais une loi, qui concernait l'établissement des lycées dans les départements^ayanl été rendue le 1S mai 1850, les dispositions annoncées du gouvernement sur la nouvelle constitution de l'instruction publique firent craindre que si Saint-Quentin n'obtenait pas de lycée, une autre ville du département pourrait bien en être immédiatement dotée. Cette loi de 1850 disait: «qu'ils 9 y seraient fondés et entretenus par l'état avec le

« concours des départements et des villes. Que celles • dont les collèges communaux seraient, sur la demande » du conseil municipal, érigés en lycée, devraient » faire les dépenses de construction et d'appropriation B requises à cet effet, comme de fournir le mobilier » et les collections nécessaires à l'enseignement et 1» d'assurer l'entretien et les réparations des bâti- I» ments. »

Dans cette situation, il fut proposé par son administration au conseil municipal de demander au gouvernement rétablissement d'un lycée dans la ville de Saint-Quentin ; de décider l'offre d'un grand terrain au champ de Mars, entre la place qui termine la rue du Palais-de-Justice, le boulevart et les rues Racine et La Fontaine, pour l'y placer, et de voter un emprunt de 450,000 francs pour couvrir les dépenses de construction et d'acquisition de son mobilier.

Cette proposition fut adoptée par le conseil, et l'administration municipale chargée de faire dresser sans retard les plans et les devis.

Ce lycée, parfaitement situé, très-convenablement établi, répondait à l'importance toujours croissante de la cité; seulement les plans et devis qui, outre Tabandon gratuit des terrains, s'élevaient à 450,000 francs, se sont trouvés depuis considérablement dépassés *.

Les derniers mois de l'année 1852, de cette année

1 Le lycée a coûté & la ville la somme de 724.738 fr. 15 c^nt., c'est-àdire ce.le de 27i,738 fr 25 cent, en plus que ne portaient lejt plans et devis. Le Momteur du 11 août 1853 a fait connaître le décret qui transformait en lycée le collège comiAuual de Saint-Quentin.

qui avait été si prospère pour le commerce, virent changer la forme du gouvernement delà France.

Le 29 octobre, le Moniteur publia un décret qui convoquait le sénat pour le 4 novembre. Ce décret était précédé de quelques considérations sur les manifestations qui venaient de se produire dans le pays et qui imposaient au président le devoir de consulter le grand corps de Tétat chargé du maintien et du développement de la constitution. Ce message fut bien accueilli. Sa communication ne pouvait pas donner lieu à une longue discussion, et la commission nommée par le sénat chargea immédiatement un jurisconsulte éminent* de présenter son rapport.

Ce rapport concluait à la présentation d'un sénatusconsulte dont voici les principaux articles :

Article 1". La dignité impériale est rétablie. Louis- Napoléon Bonaparte est empereur sous le nom de Napoléon lU.

Article 8. La proposition suivante sera présentée à l'acceptation du peuple français dans les formes déterminées par les décrets des 2 et 4 décembre 1851 : « Le a peuple veut le rétablissement de la dignité impérial^ » dans la personne de Louis-Napoléon Bonaparte, A avec hérédité dans sa descendance directe, légitime » ou adoptive, et lui donne le droit de régler Tordre » de succession au trAne dans la famille Bonaparte, 0 ainsi qu'il est prévu par le sénatus-consulte du 7 y> novembre 1852. o

1 M. Troploog.

Le sénat délibéra sur chacun des articles du sénatusconsulte, lesquels furent ensuite adoptés par 86 voix sur 87 votants ^

Le rétablissement de l'empire venait d*ôtre prononcé par le sénat; mais sa décision ne pouvait avoir de force qu'autant qu'elle serait ratifiée par la nation.

Le peuple français fut en conséquence convoqué dans ses comices pour les 20 et 21 novembre, et le corps législatif chargé de dépouiller les votes.

Il procéda au compte des suffrages, et il se trouva qu'au i*' décembre 7,824,189 voix s'étaient prononcées pour le rétablissement de l'empire; 253,145 seules l'avaient repoussé.

Le nombre des suffrages afSrmatifs fut plus tard grossi par ceux de l'armée et par celui de quelques communes dont les résultats n'avaient pas été connus le 1" décembre. Il s'éleva définitivement au chiffre de 8,157,752».

L'année 1853, qui devait finir au milieu d'une crise de céréales et de bruits de guerre, avait commencé au milieu des plus riants présages.

L'empereur Napoléon s'était marié le 30 janvier

1 On altribue cet unique vote négatif à M. Vieillard. (Hiitoire populaire de la France» 2* volume, page 370).

2 Voici les résultats des votes des ville, cabton, arrondissement de Saint- Quenlin el du département de TAisne pour le rétablissement de l'empire :

Ville de Saint-Quentin, électeurs inscrits 6,243, i,i03 votants: 3,715 oui, 609 non, 79 bulletins nuls.

Canton de Saint-Quentin, électeurs inscrits, 8,353, 6, (Si votants: 5,327 oui, 710 non et 124 bulletins nuls.

Arrondissement de Saint-Quentin, 36,i53 électeurs inscrits : 30,364 oui, 1,235 non et 194 bulletins nuls.

Département de T Aisne: 137,684 oui, 4.367 non.

avec Mademoiselle Eugénie de Montijo, comtesse de Téba, fille du comte de Téba, grand d'Espagne de première classe, qui, sous le premier empire, avait servi la France. Ce mariage avait été la cause de fêtes nombreuses et brillantes qui, comme toujours, avaient été favorables à l'activité de son commerce.

Cette année fut également profitable aux manufactures de la ville de Saint-Quentin, qui éotiulèrent avec facilité leurs marchandises, et à ses ouvriers, qui obtinrent constamment des salaires rénumérateurs.

Ce fut en 1853, que fut décidé rétablissement du musée communal et de la télégraphie électrique, dans les locaux de Fervaques ; qu'eut lieu, les 49 et 20 mai,

le premier concours des animaux reproducteurs pour les huit départements de ta région du Nord; Tinstallation de la chambre de commerce, et que surgit à Saint-Quentin un nouveau projet de chemin de fer qui y prit pour ainsi dire naissance.

Toutefois, Ton doit ajouter que Ton commençait déjà à cette époque à s'y préoccuper de la très-grande quantité des étoffes de coton que les industries de l'Alsace et des Vosges envoyaient y vendre. Cette nouvelle concurrence, que ces fabricants venaient faire à ceux de Saint-Quentin, était de nature à alarmer la sollicitude de sa chambre consultative, qui considéra comme un de ses devoirs d'en signaler à plusieurs reprises les dangers.

Ainsi, dès le 27 mai 1852, l'un de ses membres, en faisant à cette chambre la proposition de créer à

Saint-Quentin un entrepôt réel de marchandises, disait^: a Nous sommes tous d*accordpour reconnaître I» la triste situation qui serait faite avant peu d'années ) à notre industrie des tissus de coton, si Ton n'avisait » pas, par de nouveaux progrès ou de nouvelles corn- » binaisons, à s'opposer à l'envahissement de notre » marché par des produits similaires aux nôtres. »

Ces moyens de résister à la nouvelle concurrence qui était faite aux manufactures de Saint-Quentin, chacun les indiquait, seulement, trop peu cherchèrent alors à les réaliser. . . .

Nous reviendrons sur ce sujet, qui a eu sur leurs industries une grande importance.

Nous venons de dire que ce fut en 1 8S3 que s'élabora un projet de chemin de fer qui, appelé h relier les provinces de l'ouest de la France avec celles de Test, devait mettre en communication directe la ville de Saint-Quentin avec celles de Ham, d'Amiens, de Rouen, du Havre et la mer.

La première pensée de ce nouveau rail-way est due .à une initiative Saint-Quentinoise,et voici dans quelles conditions : La proclamation de l'empire venait de donner un grand développement à Taugmentaticn de notre réseau de chemins de fer.

Chaque jour de nouvelles lignes étaient concédées

1 Procès-verbal d*une délibëratioo de la chambre consultative, du 27 mai 1852, cootenaot la proposition faite par Tuo de ses membres d*obtenir rétablissement à Saint-Ouenlin d'un entrepôt réel de marchandises. Les dépenses que devait occasionner cette création ont fait tourner l'exécution de cet utile projet.

et certaines obtenaient des garanties d'un minimum d'intérêt qui étaient accordées aux compagnies qui se présentaient pour les exécuter. De toutes parts, on voyait surgir des projets d'embrancliements pour rattacher les unes aux autres les lignes qui étaient déjà ou qui allaient être bientôt mises en exploitation.

Les administrateurs de ces compagnies étaient ordinairement des capitalistes, des anciens fonctionnaires distingués ou des banquiers de la France ou de Tétranger, lesquels eurent, plus tard, la pensée de s'adjoindre quelques habitants des localités qui devaient être desservies par ces nouveaux embranchements.

Ce fut, sans doute, avec le désir de donner une couleur locale au personnel du conseil d'administration de la compagnie qui devait se former pour créer une ligne ferrée entre Saint-Quentin et Amiens, qu'il fut proposé à un habitant^ de cette première ville de faire partie de ce conseil, de le présider et de choisir ses collègues.

Le Saint-Quentinois à qui cette proposition avait été adressée, plus habitué aux affaires du commerce qu'à celles des chemins de fer, l'eût certainement refusée, sans les conseils de ses amis, et si, sur sa demande, on ne lui eût pas accordé que cette ligne, qui ne devait d'abord relier que la ville de Saint-Quentin à celle d'Amiens, serait ensuite prolongée sur Rouen et vers l'Océan.

1 L*habitaiit de Saint-Quentîo à qui ces propositions fareat adressées ^ l*autear de celle étude.

Avec cette condition, ce rail-way avait seulement sa raison d*être, car il ne pouvait présenter des résultats satisfaisants à la compagnie qui le soumissionnerait qu'autant qu'il mettrait en communication la Normandie et la mer avec les bassins houillers de la Belgique, avec les provinces rhénanes, une partie de TAllemagne et les départements des Ârdennes, de Test et du nord de la France*.

Ce chemin avait, surtout, l'avantage, aux yeux de ceux qui allaient l'entreprendre, de desservir plus particulièrement les intérêts des commerçants de Sain t-Que.n tin, en leur donnant l'immense avantage de recevoir plus économiquement et plus directement d'Amérique leurs cotons en laine et toutes leurs denrées coloniales.

Ce projet, si utile pour l'avenir de cette ville, ne pouvait être que favorablement accueilli par sa population, et il le fut en effet.

On s'empressa d'y nommer des délégués chargés de seconder les efforts d'une compagnie qui ne s'était formée qu'avec le désir de contribuer à faire exécuter un chemin de fer avantageux aux intérêts généraux des pays que chacun de ses membres représentait*.

1 Ce chemin, qui est le prolongement de celui deSerquigny qu*il complète, avait en outre pour but d*abréger les distances par les voies ferrées de Rouen à Amiens de 163 kilomètres; de Saint-Quentin à Rouen de 94 et de Saint-Quentio à Ainiens de 91 kilomètres.

2 Cette compagnie avait également pour administrateurs des représentants des villes de Ham, Amiens et Rouen.

Cette compagDie fut plus tard chaleureusement patronée par les hommes les plus considérables et les plus influents des contrées qu'il devait desservir* ; et quant à elle, se conformant aux prescriptions de la loi pour la formation des sociétés qui veulent soumissionner un chemin de fer, elle fit immédiatement les démarches nécessaires pour être agréée par le ministre des travaux publics et autorisée à déposer sa demande de concession. Elle s'occupa ensuite de recueillir une statistique exacte des produits présumés de sa ligne et de faire dresser les avant-projets de ses études.

Après quatre années de travaux préparatoires et de démarches, les administrateurs de cette ligne, voyant le gouvernement résolu à concentrer entre les mains des grandes compagnies les nouveaux embranchements de chemins de fer qui lui étaient demandés, s'empressèrent d'entrer en pourparlers avec celle du Nord, et de lui en céder les études et la concession.

Le réseau de la compagnie du Nord était déjà important. Le 13 août i853, elle avait obtenu la concession d'une ligne ferrée :

1^ De Saint-Quentin à la frontière belge par Maubeuge ;

1 En tête du comité de patronage se trouvait le comte de Beaumonl, sénateur, qui a particulièrement contribué par ses démarches, ses conseils et son influence, à la réussite du chemin de fer de Saint-Quentin à Rouen et qui vient d'être enlevé à son pays et à ses amis ; puis ensuite MM le duc de Vicence, de Fourmedt, sénateurs^ Hébert, comte de Cambacérés, comte de Kergorlay, docteur Gonneau, Corneille, Debrotonne, membres du corps législatif, des conseillers généraux des départements de l'Aisne, de la Somme» de la Seine-Inférieure, etc.

2* Du Gâteau à Somain, en passant près ou par Cambrai.

3* De Tergnier à Reims par Laon ;

4* De Noyelles à Saint- Valéry;

Puis ensuite elle avait pris à bail : i* celle de Charleroi à Erquelines; 2* celle de Namur à Liège en * Belgique, ety enfin, le 26 juin 1857, après la cession par l'ancienne compagnie de la ligne de Saint-Quentin à Rouen, le gouvernement lui concéda en outre les chemins de fer: 1"* de Paris à Soissons; 2* de Boulogne à Calais avec embranchement sur Marquise; 3^ d'Amiens vers un point de la ligne de Creil à Saint- Quentin à déterminer de Tergnier à Saint-Quentin ; i'^d'Arras à Hazebrouck avec l'embranchement de Lens; 5*" de Chantilly à Senlis ; 6"* de Pontoise vers un point à déterminer de la ligne de Paris en Belgique près de Saint-Ouen- l'Aumône ; T d'Ermont à Argenteuil.

La ligne d'Amiens à Rouen, avec possibilité d'un raccordement sur celle du Havre, faisait également partie de cette concession ; mais par suite d'une décision du gouvernement, elle fut ainsi accordée : les deux tiers à la compagnie des chemins de fer du Nord, et l'autre tiers à celle de ceux de l'Ouesl. Une décision pareille enleva à la compagnie du Nord le chemin de Laon à Reims, pour lui donner en échange celui de Creil à Beau vais.

Le parcours qui devait réunir par une voie terrée la Normandie et TOcéan à la ville de Saint-Quentin entrait trop complètement dans le réseau déjà exploité

par cette compagnie pour qu'il ne lui fût pas, au moins pour la plus forte part, définitivement concédé : c'est ce que comprirent parfaitement- et ce que facilitèrent de leur mieux ceux qui avaient été, en 1853, les promoteurs de ce raîl-way.

Depuis^, le réseau de la compagnie du Nord s'est à peu près complété par les concessions des chemins de fer:

V De Beauvais à Gournay ; 2° de Senlis à Crépy ; 3° deSoissons à la frontière belge ; 4° de Valenciennes à Aulnoye; 5° de Lille vers Tournay; 6° d'Aulnoye à Hirson; 7** et enfin, avec partage avec la compagnie de l'Ouest, de celui de Rouen à Biichy.

Les chemins de fer sont d'une importance trop considérable pour l'exercice et le développement de la sociabilité humaine, examinée dans ses divers aspects, et pour tous les intérêts commerciaux d'une contrée, pris dans leurs moindres détails, pour que dans une étude consacrée aux industries de Saint-Quentin, nous ne nous soyons pas attaché à y relater tous les faits qui se rapportent à la création des voies hâtives de communication dont ce centre manufacturier est ou

1 Le chemiD de Saint-Quentin à Hautmont avait été ouvert aux voyageurs le 21 octobre 1855: celui de Tergnier à Laon et de Creil à Beauvais le furent le l^r septembre 1857; de Hautmunt à la frontière belge, le l'»" janvier 1858 ; de Noyelles à Saint- Valéry, le 5 juin ; de Busigny à Soroaio, le 15 juillet de la même année

te chemin de Saint-Denis à Creil par Cbaiittlly fut livré à Texploitatioa le 10 mai 1859; celui de Lens à Os^ricourt, le 6 octobre 1860; de Chauiiy à Sainl-Gobain« le 2 janvier; de Déthune à Hazebrouck, le 5 septembre; de Lens à Rëthune, le 15 octobre 1861 ; celui d*Arras à Lens, le i janvier ; de Paris à Soissons, le 2 juin ; de Chantilly à Senlis, le 9 août 1862; et, en 1863, ceux d*Argenteuil à Krmont et Tembrancbement de Pontoise.

va se trouver doté. Les chemins de fer sokit appelés à établir de plus en plus entre les peuples l'harmonie des intérêts et à ouvrir à l'industrie le champ indéfini de l'avenir, aussi sommes-nous heureux de dire qu'il y a peu de cités en France qui en soient autant favorisées que la ville de Saint-Quentin.

Nos lecteurs savent que ce fut également en 1883 que fut installée sa chambre de commerce. Cette installation eut lieu le 2 août, dans des locaux convenablement disposés dans l'abbaye de Fervaques pour se^ travaux et ses services^.

Vers la fin de cette même année la guerre avait éclaté entre la Russie et la Turquie, et déjà l'on prévoyait que la France ne pourrait pas se dispenser d'aller soutenir l'empire Ottoman.

La perspective d'une guerre est souvent une cause de ralentissement pour les manufactures, surtout quand elle survient dans une année où la récolte a été insuffisante. C'est ce qui arriva en France en 1884. D'après les m eilleurs renseignements statistiques, on pouvait craindre dans celle de 1883 un déficit de 10 millions d'hectolitres de blé environ.

Ce déficit semblait d'autant plus difficile à combler que l'Angleterre, T Allemagne et le Piémont, qui nous fournissaient ordinairement ce qui nous manquait de céréales, se trouvaient, comme nous, forcés d'aller s'approvisionner aux Ktats-Unis et en Russie.

1 Le 12 aoôt 4853, le conseil municipal ▼ota une somme de 10,567 fr. pour y faire les réparations nécessaires. La chambre s'engagea à payer i la ville un loyer annuel de 800 francs.

Le gouvernement se préoccupa de cette crise alimentaire et fit tout ce qu'il put pour en amoindrir les eifets; il laissa le champ libre au commerce, il abaissa le tarif des canaux, diminua dans des proportions considérables les droits d'entrée sur les bestiaux étrangers, et il créa à Paris la caisse de la boulangerie.

L'année 1864 commençait donc assez tristement. L'hiver était rigoureux, le pain cher et le travail peu abondant. La société était menacée d'une grande soufirance, si les efforts de la bienfaisance , dont le gouvernement donna l'exemple, ne s'étaient pas élevés à la hauteur de la situation. Déjà un décret impérial^ avait ouvert un crédit de quatre millions pour aider les communes à donner du travail aux bras inoccupés, etun autreplusrécent^ venait d'accorder deux millions de secours aux établissements de bienfaisance.

Dans la ville de Saint-Quentin , on rivalisa de zèle non-seulement pour nourrir ceux qui avaient faim, mais pour couvrir ceux qui avaient froid. La charité prit toutes les formes pour soulager ceux qui souffraient^.

1 Décret du 23 noyembre 1853.

S Décret da 16 janvier 185i.

3 Le conseil municipal décida quMl serait fait anx familles nécessiteuses, une distribution de pain à prix réduits; pour lesquelles distributions, il fota, du 26 octobre 1853 au 31 octobre 1854, différents crédits s*éleyaiit ensemble à 51,810 francs. 2,770 familles prirent part à ces secours extraordinaires soit 11,080 personnes. La chambre de commerce organisa de son côté des distributions de soupes qili s'élevèient à plus de liO,000; la compagnie du chemin de fer du Nord Ut don de 12,000 pains de 1 kilo, et pour répondre à une généreuse pensée de Tévéque de Boissons monseigneur de Garsignies, la société de Saint Vincent-de-Paul fit une quête de maisons en maisons, pour y recueillir tous les vieux vétemeotf.

Grâce à l'impulsion dooDée à la bienfaisance et aux travaux publics, la France traversa, sans secousses et sans de trop grandes difficultés, une crise cruelle. On admira la résignation de ceux qui souffraient, et la sagesse du pays qui sut payer le pain un peu plus cber sans en faire remonter la faute au gouvernement, qui venait de prouver toute sa sollicitude pour les classes pauvres. Puis on vit un peu plus tard ce même pays, quand Tintérét de la France le demanda, prêta soutenir de son sang et de son or une guerre dont les difficultés ont rehaussé la gloire.

Le 6 mars, le gouvernement présenta au corps législatif un projet de loi pour solliciter l'autorisation d'ouvrir un emprunt de 250 millions de francs.

n eut recours aune combinaison nouvelle et profondément politique. Il pensa avec raison qu'il y avait quelqu'un de plus riche que telles ou telles puissances financières, et que ce quelqu'un était tout le monde. Il s'adressa donc, pour obtenir de l'argent, à toutes les bourses et à toutes les épargnes. La souscription, ouverte du 14 au 25 mars, atteignit le chiffre de 467 millions^, presque le double de la somme demandée. Le nombre des souscripteurs s'élevait à 99,224.

1 Dans rarroodissemeot de Saint-Quentin il fut souscrit à cet emprunt par 345 personnes pour 31,750 francs de rentes, et il fut versé par elles a cet effet la somme de 455,750 francs. Sur le second emprunt, également pour la guerre de Crimée, du llO janvier 1855, de 500 millions, il fut, dans Tarrondissement, souscrit par !2,<17 personnes pour 150,825 francs de rentes pour lesquelles elles versèrent la somme de 2,243,2*25 francs. (Renseignements dus à l'obligeance de M. Girardin, ancien receveur particulier à Saiot-Queotin).

Cet empressement du public à couvrir l'emprunt, et au-delà, était une preuve de confiance dans le crédit de la France ^

Quant au commerce, diverses circonstances avaient concouru à déprécier la belle situation qui avait été faite en 1852 et en 1853 à 1 industrie. En première ligne on plaçait la cherté des subsistances, qui avait ralenti l'essor de la fortune publique ; la rareté du numéraire, qui s'était exporté pendant plusieurs mois pour acheter des céréales; l'élévation du taux de l'argent par la banque de France, qui de 3 avait été forcée d'élever son escompte à 5 O/q, et enfin les conséquences de la guerre qui venait d éclater en Orient.

Il serait cependant injuste d'attribuer la faiblesse qui se faisait remarquer dans Tactivité du commerce du pays à la guerre ou à tont autre motif politique ; la marche des affaires s'était ralentie par cette cause qui a sa raison d'être et qui a presque toujours été vraie : c'est que les années qui suivent celles qui furent prospères le sont rarement elles-mêmes, et que celle de 1 855 eut à sa charge de faire écouler une partie des marchandises qui avaient été fabriquées en trop en 1852 et en 1853.

On commençait alors à se préparer à l'exposition universelle qui avait été décrétée le 8 mars 1853, et

1 On se rappelle la réponse hantaine de la lettre en r empereur de Russie à celle de l'empereur Napoléon qui se terminait ainsi : « Ma oon- 0 fiance est en Dieu et dans mon droit» et la Russie, j*en suis c»'rtain, t saura montrer en 1851 ce qu'elle fut en 1812... » Nos soldats se chargèrent de la réponse...

qui s'orf^nisait par les soios d'une commission présidée par le prince Napoléon*.

Les manufacturiers et les agiiculteurs du département de l'Aisne recherchèrent l'honneur d'y envoyer leurs plus beaux produits, et les demandes d'admission adressées k ses comités d'arrondissement furent plus nombreuses qu'elles ne l'avaient jamais été'.

L'exposition qui allait s'ouvrir à Paris devait étrele grand fait industriel de l'année i$5S; son but n'était pas seulement d'offrir à ses visiteurs un concours de curiosité, mais bien de produire un grand enseignement pour l'agriculture, l'industrie et le commerce du monde entier. Elle était appelée à être une vaste en* quête pratique, un moyen de mettre toutes les forces industrielles en rontact , les matières premières à la portée du producteur, et Ibs produits à c6té du consommateur.

Le gouvernement avait déclaré qu'il voulait, avant tout, que l'exposition fût une vérité, une instruction; qu'elle fût un pas nouveau vers le perfectionnement, et surtout un moyen d'obtenir des renseignements précis sur la situationdel'industrie française comparativement avec celle des autres nations du globe.

Ce fut, en effet, une grande et intelligente pensée que celle qui rendit les expositions univeneltet ; car

1 Le Aécnt qui instituait I* commiuloii impériale est daté du t^ décembre 1853.

S 53 eiposanis s'éui«iit tûl inscrire pour l'aiTondissement Je Saintenlin; 18 pour celui de Ijon; IS pour celui d« Veivius, et I leuleaienl ur celui du Ctiilcau-TliierTy. Ce nombre a eosuile été modiOé.

elle servit à mettre en présence les produits de chacune des grandes industries de toutes les nations. Elles n'eurent pas seulement une immense influence sur leurs progrès, sur les perfectionnements apportés dans les différents modes de fabrication, mais elles apprirent aussi aux peuples à mieux se connaître, et à s'estimer ce qu'ils valent.

Si Texposition universelle fut le fait industriel le plus considérable de l'année l'855, elle en fut aussi, par ses conséquences, l'acte le plus grave; car elle donna les moyens au gouvernement d'apprécier la situation de nos manufactures^.

Nous avons dit qu'en iSSl nos manufacturiers ne s'étaient pas tous préparés également à figurer à l'exposition de Londres, mais son succès excita cepen* dant si vivement l'émulation française, que les portes du palais de cristal étaient à peine closes, que, de toutes parts, on se mit à réclamer pour Paris l'honneur d'un semblable concours.

Cette exhibition s'ouvrit le 15 mai 1855, et ce fait, qui, en tout temps, eût été considérable, devint un acte unique dans l'histoire par la gravité des circonstances au milieu desquelles celle-ci se produisit. La France se trouvait engagée, alors, dans une guerre sérieuse à huit cents lieues de ses frontières, et ce fut

1 Pénétré de Timportance de cette exhibition, nous avons, en ce qn| nous concerne, donné à l'exarifen des produits du coton qui y furent envoyés la plus scrupuleuse attention, et nous en avons f^it une éludai spéciale que nous résumoQS et qui se trouve aux pièces Justilicat|ves.

au Milieu des péripéties de cette grande lutte qu'elle eut lieu.

Un édifice destiné à recevoir les expositions nationales avait été construit dans le grand carré des Champs-Elysées ^ Mais celui-ci ne présentait qu'une surface de 45,000 mètres, c'est-à-dire un emplacement inférieur de moitié à celui de l'exposition de Londres/ L'examen du local fit reconnaître qu'il faudrait y ajouter deux constructions supplémentaires, reliées au bâtiment principal, l'une dans la direction de la place de la Concorde, l'autre vers l'avenue d'Antin. On pensa ensuite qu'en utilisant le bâtiment du panorama^ on obtiendrait pour l'exposition de l'industrie, une surface d'environ 73,000 mètres carrés.

Cet espace, joint aux 12,000 mètres de constructions réservées à l'exposition des beaux-arts, devait présenter un ensemble de 87,000 mètres. La commission impériale^ demanda avec instance que celle dont elle pourrait disposer ne fût pas moindre de 10S,000 mètres. Puis enfin, par d'autres adjonctions, on parvint à obtenir que la superficie de l'exposition fût définitivement de 117,480 mètres, dont 53,900 mètres carrés de surface exposable.

Des jurés internationaux, au nombre «le 390, étaient chargés d'apprécieret de juger les produits industriels, agricoles et artistiques qui , d'abord divisés en huit

1 Décret du 27 mars 1852.

t Séance du 23 janvier 1854, de la commission impériale.

groupes et ensuite en trente-et-une classes, y avaient été exposés. Leur mission était des plus délicates, car en formulant équitablement leurs jugements, ils faisaient aussi connaître la situation et le rang que ces diverses industries occupaient vis-à-vis de leurs rivaux.

Jusqu'à l'exposition de Londres, toutes celles qui avaient eu lieu en Russie, en Autriche, en Belgique, en Prusse, en Espagne ou en Suisse, n'avaient pu servir d'étude au point de vue des comparaisons auxquelles, d'ailleurs, on ne pensait pas encore. Jusque-là,* ces nations n'avaient exposé chez elles que leurs propres produits, et elles avaient seulement tourné leurs regards sur elles-mêmes, sans s'occuper de ce qui se faisait chez leurs voisins.

Pour la France, c'était aussi la première fois qu'elle ouvrait les portes de sa capitale aux productions de tous les peuples du mcnde*.

L'exposition de 18£'5 fut jugée l'un des plus magnifiques spectacles qu'on ait pu organiser. Jamais, en effet, la puissance humaine ne s'était affirmée avec plus d'éclat. L'esprit demeurait saisi devant l'examen de ces mécanismes ingénieux qui multipliaient nos forces. On y voyait tout ce qui avait été inventé pour soulager et embellir les existences, toutes les formes

\ La Russie seule n'avait pa.-^ répondu à Tappel qu'on lui avait fait :

« La pui>sance que nous combatlons, disait à ce sujet, le prince Napoléon ,

• n*a pas été exclue. Si les industriels russes s*étaient présentés, en se » soumettant aux régies établies pour toutes les nations, nous les aurions » admis, afin de bien fixer la démarcation à établir entre les peuples slaves, « qui ne sont pas nos ennemis, et le gouvernement, dont les nations

• civilisées doivent combattre la prépondérance.

que Ton avait pu donner à la matière, tout Féclat dont on avait pu la revêtir. Pour se représenter le magnifique aspect de ces salles sans nombre à travers lesquelles circulait une foule curieuse et ravie, il faudrait se représenter toutes les richesses manufacturières du monde.

A côté de l'exposition de l'industrie^ celle des beauxarts témoigna que l'industrie n'avait pas tué l'art en* Europe et que le culte du beau ne s'y affaiblissait pas.

Le nombre des exposants au palais de l'industrie avait été de 20,709. La France, l'Algérie et ses colonies figuraient dans ce chiffre pour 40,691 ; l'Angleterre pour 2,445; la Prusse peur 1,213; l'Autriche pour 1,233; la Belgique pour 696, etc.

On y décerna 1 12 grandes médailles d*honneur, 252 médailles d'honneur, 2,300 médailles de première classe, 3,900de deuxième, et 4,000 mentiohs honorables. La France obtint 70 grandes médailles d'honneur; l'Angleterre et ses colonies 21 ; la Belgique 7 ; la Prusse 5 ; l'Autriche 3, etc.

Pour les beaux-arts, on accorda 16 grandes médailles d'honneur, 67 médailles de première classe, 87 de deuxième classe, 77 de troisième classe et 222 mentions honorables.

Le département de l'Aisne eut pour l'industrie une grande médaille d'honneur*, 17 médailles de première classe, 26 de deuxième, et 15 mentions honorables.

1 La grande médaille d*hoQDeur fut accordée à rétablissemeot des gUtces de Saint-Gobaia. Sod directcar, M. BÎTert, fut nommé chevalier de là Légion d'honneur.

Dans ce nombre, rarrondissement de Saint-Quentin eut 14 médailles de première classe*^ 17 de deuxième, et 13 mentions honorables.

L'exposition de Paris dura 6 mois^: du 15 mai au 15 novembre. Lejouroù ses portes furent ouvertes, on n*espérait pas son immense succès. L'opinion publique se préoccupait des difficultés de la situation politique« Une guerre lointaine et acharnée, un siège opiniâtre, sans précédents dans l'histoire, attirait au loin les regards inquiets du pays. Mais en France, les succès se mesurent à la grandeur des entreprises', et

2 M. Edouard Berooville, de la maison Bernoville frères, Larsonnisr frères et Cbenest, qui était liors de concours, fut également nommé chevalier de la Légion a*honneur.

Les médailles de l^* classe furent, pour Tarrondissement de Saint- Quentin, accordées :

Pour la filature de coton à MM. Ârpin et fils.

Pour les tissus de coton à MM. Lehoult et C« et Cambronne frères.

Pour les tulles et broderies à MM. Cliff frères, Robert-Belin, Eug. Lebëe, Coulon et Rousseau, et Huet-Jacquemin.

Pour les tissus de laine, à MM. Cambronne frères, David frères et G*.

Pour la production de la laine, à MM. Camus, de Bertaucourt, et Monnot-Leroy, de Pontru.

Pour les machines, à MM. Lecointe et à M. Trézel.

Pour les produits chimiques, à M. Robert de Massy.

Parmi les lauréats des médailles de 2« classe, nous citerons : le comvr-e de l'arrondissement, MM. Boucly-Marcband, Guilbert et Wateau, Rosey et Ch. Lebée, Cazalis, Tbéry, Mariolle, A. Daudré, Auguste Baucbart, Brin- Lalaux^ etc.; et parmi les coopérateurs, contre-maîtres et ouvriers récompensés de médailles de première, de seconde classe, et de mentions honorables : Louis Bobeuf, Narcisse Béranger, Alexandre Quérette, Victor Lesourd, Auguste Lafosse, Auguste Denis, etc. (Documents de TexposiUon de 1855).

S L*arrondissement de Saint-Quentin avait envoyé à Tex position en 9 colis 1,002 kilogrammes ; celui de Laon, en 10, 887 ; celui de Vervins, en i, 233, et celui de Château-Thierry, en un, 152 kilogrammes.

2 Discours du prince Napoléon, à Toccasion de la fermetore de rexposition, le 15 novembre 1855.

pendant sa durée, la Russie, qui avait éprouvé de nom breuses défaites, fut forcée, cédant à la valeur de nos soldats et de nos marins, d'abandonner la ville de Sébastopol.

L'exposition fut non-seulement un événement commercial considérable, mais aussi un événement politique qui contribua d'une manière puissante à ce rapprochement des peuples qui doit être l'œuvre de la civilisation moderne. Elle ne fut pas un fait stérile ou isolé, car elle laissa après elle d'immenses matériaux qui, réunis avec soin, permirent plus tard de constater l'état du commerce du monde.

Les expositions universelles venaient d'entrer dan€ les habitudes de l'industrie européenne, et celle de 1855 devait être pour la France, non-seulement un événement, mais surtout une étude.

Pendant l'été et l'automne de 1833, Paris fut le rendez-vous de l'Europe*. Déjà visitée au mois de mai par le roi de Portugal, cette capitale le fut en août par la reine de la Grande-Bretagne, qui s'y rendit avec sa famille, comme pour offrir à la France un éclatant hommage de ses sentiments sympathiques et de ceux de la nation anglaise ; elle le fut ensuite en octobre par le duc et la duchesse de Brabant, et en novembre, par le roi de Piémont Victor-Emmanuel.

Ces visites royales, ces fêtes nombreuses, le bruit

1 î^ cbaojbre de commerce, à cette même époque, avait envoyé 10 contre-maîtres on ouvriers, visiter l'exposition ; la ville de Saint-Quentin en avait également désigné plusieurs.

des victoires de nos soldats^ donnèrent alorsàla prospérité de la France} un éclat inaccoutumé, et cette prospérité eût été complète sans la continuation de cette crise des subsistances qui, depuis près de deux ans ^, pesait|d'un poids si lourd sur la partie la plus nombreuse de la population, sur l'industrie et sur ses travailleurs.

L'on espérait voir^bientôt finir une^disette qui avait engendré à la fois j]tant de souffrances, de misères et d'inquiétudes, et l'on attendait avec une vive impatience la récolte de ISfSS.

La récolte arriva, mais sesJSrésultats annoncèrent encore dans son rendement une insuffisance qui préoccupa le^gouvernement ; il ne pouvait ni créer, à son gré, d'abûpdantes récoltes, ni garantir le bas prix des céréales. IlprUde nouveau toutes les mesures possibles pour atténuer le mal; il défendit d'exporter les blés, les sarrasins, les pommes de terre, et il prohiba la distillerie des|grains. Toutes les faveurs [possibles furent accordées aux importations, et les} tarifs des chemins de fer, pour les transports des céréales à l'intérieur, furent abaissés.

1 Après les victoires de TAIma, d'Inkermann, de Traktir, d'Eupatori» et de MalakofT, la ville de Sébastopol avait été évacuée et prise. Il ni* nous appartient pas de mentionner tout ce qu*il a fallu de courage, de patience et d^abnégatioo dans les chefs et dans les soldats pour résister, durant un siège de 11 mois, à tant de fatigues, à de si cruels combats, aux tempêtes, à la neige, comme aux ardeurs d'un soleil brûlant ; nous sommes heureux toutefois de saisir cette occasion |pour exprimerp'admiration et Tenlhousiasme avec lesquelles ces victoires furent saluées à Saint-Quentin.

2 Le 8 juin 1855 le prix du pain de la 2«'qualilé était à 1 fr. 90 les i kilogrammes.

Chacun se déToua pour combattre cette crise; Tautorité par sa Tigilance et par les secours qu'eUe distribua^, les administratioos par leurs efforts en rapport avec les difficultés du temps', et les particuliers par la spontanéité et Tampleur de leurs dons'.

Quant à l'industrie, considérée dans son ensemble, sa situation, comme en (854, laissait beaucoup à désirer, a Ses transactions étaient devenues bornées à n cause de la cherté des denrées alimentaires, qui » absorbait presque toutes les ressources du consom- » mateur, et qui ne lui permettait d'en consacrer » qu'une faible partie à l'achat de ses vêtements^, i»

L'année 185S qui venait de finir avait été glorieuse pour la France ; car elle avait non-seulement ouvert à toutes les nations le temple de TinduAtrie et des arts, secouru ceux des siens qui souffraient de la faim, mais encore, pour soutenir la gloire de son drapeau, elle lui avait donné ses enfants pour combattre et son

1 Le goaTeroement tffocU uu crédit de 10 millions pour secours i distribuer dans les trois derniers mois de 1855. Sur cette somme le dëpar^ tement de TAisno reçut une première allocation de 100,000 francs, sur ces 100,000 francs, la ville de Saint-Ouenlin fui comprise pour 25,000 francs et le reste de l'arrondissement pour 5,000 francs.

2 M. le préfet de TAisne Tint lui-même organiser dans les arrondissements du di^partement des comités cantonaux de bienfaisance qui y fonctionnent encore. Le conseil municipal vota 10,000 francs pour des bons de pains à prix réduit, puis ensuite des distributions de bons de légumes.

3 A Saint-Quentin, jamais la charité privée ne se montra plus digne d*éloges; toute la population aisée s'empressa de secourir celle oui no Tétait pas. Le prix uioyen de rhectolitre de froment s'éteva en 1855 i 80 fr. tt c. et celui de seigle à U fr. 75 c.

i Rapport de U chambre de commerce, du 6 toAt 1855.

argent^ pour finir la guerre. Ses derniers jours avaient également vu rentrer en France une partie de cette admirable armée qui, victorieuse de la Russie, venait de venger nos désastres de 1812 ^

L'année 1856 commençait sous de plus favorables auspices. Toutes les misères n'étaient |)as calmées mais elles avaient été de plus en plus soulagées^. La France venait de sortir avec gloire d'une guerre redoutable, et la paix, qui avait été signée le 30 mars, avait été accueillie avec joie par ses populations.

Au moment où cette paix fut décidée, la situation du commerce s'était sensiblement améliorée, et les manufacturiers, pleins de confiance dans l'avenir meilleur qui s'offrait à eux, avaient acheté de grandes quantités de matières premières*, et s'occupaient d'agrandir leurs usines, pour augmenter et perfectionner leurs moyens de production. L'industrie, remise des crises passées, paraissait disposée àreprendre une grande activité quand, au mois de juin, fut présenté au corps législatif un projet de loi qui proposait

i Voir, aat pièces justificaUves, une note à ce sujet.

2 Tous les héros qui s'étaient illustrés en Crimée n*en revinrent pas vivants. Saint-Quentin avait appris avec douleur, le 25 novembre, que Tamiral Bruat. dont la veuve se trouvait à cette époque chez M°>« Emile Paul, sa sœur, femme de son sous-préfet, venait de succomber en rentrant en France. Toute la ville s'associa à ce malheur...

3 Le préfet de TAisiie vint de nouveau à Saint -Quentin, dans le mois de janvier, pour y organiser une société alimentaire. Le conseil général s*atôembla aussi extraordinaire Mtent et vota sur Texercice de 1857 nue imposition de 3 centimes additionnels au principal des quatre contributions directes, pour subvention à des travaux d'utilité communale et départementale. Cet impôt devait produire au moins 120,000 francs.

4 Délibération de la chambre de commerce, du 26 juillet 185t>.

de remplacer par des droits les prohibitions qui interdisaient à certains produits étrangers d'entrer en France*.

* Ce projet causa d abord une certaine agitation dans les districts manufacturiers les plus opposés à cette réforme, et il eut pour effet de paralyser le mouvement de reprise que faisait renaître pour l'industrie l'amélioration de la situatiouT. Ce temps d'arrêt apporté à l'activité commerciale fut ensuite augmenté par les inondations' qui venaient de jeter la désolation dans un tiers de la France.

Les industriels du district de Saint-Quentin se préoccupèrent naturellement d'un projet de loi appelé à décider immédiatement une réforme importante qui n'était ni prévue ni attendue.

Les délégués chargés de défendre leurs intérêts furent entendus par M. le ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics, et par la commission

i Ce projet, modifié, portant retrait des prohibitions, décriait qu*il serait perçu :

1<» Sur les tissus de colon (autres que les Nankins), 35 0/0 de la ▼aleur, à convertir ensuite, sur l*avis du comité consultatif des arts et manufactures, par un décret tendu en la forme de règlement d*administration publique, en droits spécifiques;

2» Sur les tissus de laine 30 0/0;

30 Sur les habillements et vêtements confectionnés iO 0/0 de la valeur : ces valeurs à convertir également en droits spécifiques.

2 Les inondations de la Lo re et du Rhône furent, pour la France, une nouvelle occasion de montrer la générosité et les sentiments dMiumanllé de ses habitants envers leurs frères malheureux. Une souscription ouverte dans toutes les villes en leur faveur, et dans laquelle celle de Saint-Quentin et les communes de son arrondissement prirent une grande part, produisit près de 15 millions.

Le corps législatif avait, dans le même but, voté un secours dt 12 millions.

du corps législatif chargée de Texamen du projet de loi. I^a chambre de commerce fit, en outre, parvenir au gouvernement ses observations sur la mesure proposée, et ces observations, nous tenons à le mentionner, ne demandaient pas le maintien absolu du régime prohibitif ^mais seulement qu'il fût accordé à ses manufacturiers le temps nécessaire pour écouler leurs marchandises y et celui de se préparer à la réforme commerciale proposée^.

Les doléances du commerce furent accueillies et, quelque temps après, le journal officiel annonçait': « que le gouvernement, voulant s'entourer de toutes 9 les lumières, avait décidé qu'une enquête serait ou- > verte sur les questions qui touchaient à la levée des 9 prohibitions. Qu'éclairé par le rapport du ministre » sur la véritable situation de l'industrie, l'empereur » avait également décidé que le projet de loi soumis D au corps législatif serait modifié, en ce sens que » cette mesure n'aurait lieu qu'à partir du 1*' juillet » 1861. »

Beaucoup de commerçants pensèrent, alors,. que cet ajournement cachait un abandon définitif de la réforme. Ils se trompaient ; le gouvernement devait, en 1860, décréter la levée des prohibitions, et nous allons avoir bientôt à dire quelles en furent, en ce qui concerne le district manufacturier de Saint-Quentin, les conséquences.

1 Voir, aux pièces justificatives, ropinion de la chambre de commerce à ce sujet.

2 Moniteur du 18 octobre 1856.

Ce fut en 18S6, le 2 mai, que fut inaugurée à Saint- Quentin la statue de l'un de ses plus illustres enfants, de Maurice-Quentin Delatour, qui y naquit le 5 «septembre 1704.

Un artiste de talent^ avait fait proposer à son conseil municipal de modeler la statue du grand pastellite, ne demandant pour rémunération de son œuvre que le paiement de ses déboursés, dont, si Ton s'en rapporte à ce qui fut dit alors, il ne fut même pas couvert.

Le conseil municipal accepta avec empressement cette offre et décida^, en principe, l'érection de la statue de Delatour, en votant un crédit suffisant pour faire face aux dépenses que des souscriptions complétèrent.

Maurice-Quentin Delatour était fils d'un chantre attaché au chapitre de la collégiale de Saint-Quentin. Il passa les premières années de son enfance à son collège, et après quelques leçons de dessin qu'il y reçut, il vint à Paris, où il entra dans l'atelier d'un peintre. Il désirait, dit-on, aller d'abord en Italie étudier les chefs-d'œuvre qui s'y trouvent, mais la chose indispensable pour voyager, l'argent, lui manquant, au lieu de prendre le chemin de Rome, il s'en fut à Reims, à Cambrai, puis en Angleterre.

Il revint ensuite en France, où il adopta le pastel, ce genre peu pratiqué autrefois, mais auquel il imprima avec un grand talent la fixité, et avec lequel il reproduisit les plus délicieuses couleurs et les plus

i M. Armand Langlet.

2 Délibération du conseil municipal, du 30 septembre 1853.

charmants contours. « Après 10 ans d'étude et d'efn forts, Delatour se produisit avec éclat, et pendant y> 36 ans le public et les critiques eurent à enregis- » trer les succès de l'artiste, justifiés par le perfec* v> tionnement de sa méthode. Nommé successivement » peintre du roi et conseiller de l'Académie royale de » peinture et de sculpture, il s'éleva par le pastel seul » aux plus hautes positions qu'il soit donné à un » artiste d'occuper, et il laissa après lui une renommée » qu'aucun critique n'a jamais cherché à amoindrir. » Ses portraits sont restés vrais et réels, et quelque « altération que le temps ait déjà, hélas ! produit dans » leur coloris, ils ont conservé Taccentuation de la » vie et la vérité de la nature. Quentin Delatour, à » une époque où chaque artiste se distinguait par D une manière particulière, fut, avec Chardin, )> l'amant du vrai et le portraitiste le plus réaliste de » son siècle ^ »

Ses relations avec une société polie et élégante appelèrent sur lui l'attention publique et mirent le sceau à sa réputation. Aussi son existence fut-elle aussi brillante qu'utile.

Saint-Quentin, sa ville natale, l'objet tout particulier de sa prédilection et de ses pensées , eut une part importante dans ses libéralités. Il lui fît une donation pour y fonder une école de dessin, et pour y secourir

t Ces phrases sont textuellement extraites dn diaconrs proooDcé à Saînt- Quentin par le comte de Nieuwerkerke, alors directeur géoéral des musées impériaux, conseiller général de T Aisne et aujourd* faui sénateur et surintendant des beaux-arts.

les vieillards et les femmes en couche. Â cet effet Jes mayenr et les échevins avaient pris, le 21 juillet 1781, une délibération conforme au vœu du donateur ; mais ce ne ne fut qu'en 1782, et après de vives sollicitations , qu'ils obtinrent des lettres patentes du roi Louis XVI, qui autorisaient rétablissement d'une école gratuite de dessin à Saint-Quentin, au moyen d'un don de 18,0001ivres dû à la libéralité de Delatour. Celle école fut ouverte en 1782*.

En décidant qu'une statue en pied de Maurice- Quentin Delatour serait érigée sur Tune de ses places publiques, et qu'elle contribuerait de ses deniers à celte dépense^, la ville de Sainl-Qucntin avait voulu perpétuer le glorieux souvenir du prince du pastel, du grand peintre né dans ses murs, et honorer la mémoire de celui de ses enfants à qui elle devait la généreuse pensée de la création de son école gratuite de dessin'.

Au mois de juillet de la même année, sur le renvoi qui lui avait été fait d'une pétition, produite par plusieurs de ses commerçants, demandant au gouvernement l'autorisalion d'y créer un entrepôt réel des sucres, son conseil municipal décidait que temporairement cette concession serait accordée à un ou plusieurs adjudicataires qui se chargeraient de la dépense du

i Elle fut inaugurée par le mayeur Margerin.

t La statue de Delatour a coûté à la ville i,583 francs tl. Le surplus a été payé par les souscriptions. (Renseignements dus à robligeance de M. Ancelet, secrétaire de la niairie).

3 Voir aux pièces justificatives une noto. à ce sujet.

local, de la construction et de l'entretien des bâtiments, en expliquant expressément que l'exploitation serait laissée aux risques et périls des exploitants.

Outre cet entrepôt, il a été créé à Saint-Quentin un marché aux sucres et un cercle où se réunissent ses principaux fabricants^.

Les crises des subsistances qui venaient de finir devaient éveiller et éveillèrent l'attention du gouvernement, qui chercha les moyens de stimuler )a production des céréales et des bestiaux. Voulant donner à l'agriculture la même impulsion qu'à l'industrie, il organisa une exposition universelle agricole, qui s'ouvrit le 1" juin. Il fit appel aux principales régions de l'Europe, qui y répondirent en envoyant leurs plus belles races d'animaux et des collections de leurs meilleures machines.

Les bestiaux de toutes espèces vinrent à Paris avec leurs conducteurs, et ce ne fut pas une des choses les moins curieuses de ce concours que les costumes pittoresques des campagnards de la'Suisse, du Tyrol ou de la Hongrie qui les y amenaient. Celte exposition agricole, à laquelle prirent part les agriculteurs de l'arrondissement de Saint-Quentin, attira un grand nombre d'étrangers; et Paris eut un instant, en 1856, un aspect presque aussi brillant qu'en 18SS. Parmi les princes qui visitèrent cette cajiitale, on cita le duc de

I La création d'un marché aux sucres et alcools et d'un cercle des fabricants de sucre et distillateurs de Picardie est du 31 janvier 1858.

Cumberlandy le roi de Wurtemberg, Tarchiduc Ferdinand d'Autriche, le prince Frédéric-Guillaume de Prusse et d'autres..

L'année 1 856 se termina mieux sous le rapport des subsistances^ qu'elle n'avait commencé; une bonne récolle avait changé la situation^. Celle qui la suivit fut favorable à la plupart des industries du département de l'Aisne, et par l'élévation des salaires profitable à ses ouvriers'.

L'insufBsance de la dernière récolte du coton avait amené une assez forte augmentation dans le prix de cette matière, et il en résulta une hausse dans celui de ses produits qui permit aux manufacturiers d'écouler avantageusement beaucoup de leurs marchandises. Les filés et les tissus de coton se vendirent facilement, et les fabricants d'étoffes en laine et de broderies n'eurent également qu'à se louer des neuf premiers mois de l'année 18S7.

Malheureusement une crise qui commença en Amérique, chez ce peuple qui s'enorgueillissait si haut de la prospérité de ses finances, et qui eut un violent contre-coup en Angleterre, très-embarrassée alors par

1 La récolte de 1856 fut jugée, pour le département de TÂisne, d*aa dixième supérieure à Tordinaire et ayant produit 23 hectolitres à Thectare, au lieu de 12 à 16 en 1855. (Rapport au conseil général deTAisne).

2 L'année 1856 fut très-beureuse pour la famille impériale. Le prince impérial est né le 16 mars et la paix fut signée le 30. Le prince fut baptisé le 14 juin; seulement, les fôtes qui suivirent ces solennités furent Dialheureusement attristées par les inondations qui, comme nous Tavons dit, ravagèrent les départements compris dans les bassins du Rhône, de la Saône et de la Loire.

3 Rapport de la chambre de commerce, du 6 août 1857.

— asile soulèvement des Indes; une crise financière, comtne depuis longtemps on n'en avait vu de pareille en Europe, vint paralyser momentanément cette heureuse situation. L'argent devint toul à coup tellement rare que la banque de France se vit forcée^ d'élever le loyer de son escompte, pour les effets de commerce, à 30 jours à 8 pour 0/0; pour ceux de 31 jours à 60, à 9; et, à 10 pour 0/0 pour ceux de 61 à 90 jours ^

La durée de cette crise ne fut pas longue, mais elle avait suffi pour arrêter pendant quelque temps la marche de l'industrie. Une élévation aussi considérable que celle qui portait à lU pour 0/0 le taux de l'intérêt pour des effets de commerce à trois mois d'échéance, sans qu'aucune mesure ait-pu la conjurer, fut vue avec déplaisir par le commerce qui, en escomptant son papier, a besoin que le loyer de l'argent qu'il emprunte soit modéré, que les variations de ses cours soient rares, et qu'il soit toujours certain d'en trouver le jour où il en a besoin.

Mais cette fixité si utile et si désirée est devenue une presque impossibilité depuis que le crédit a reçu un développement tel, que ce qui fut praticable pendant

1 Le il nuTembre 1857.

2 La chambre de commerce m&M cette occasioa pour demander Tabrogalion de la loi du 3 septembre 1807, sur le taux de Tintérét de Targent

• s'étonnant de la situation anormale créée par Tarticle 8 de la loi du » 10 juin 1857, qui autorisait la banque de France à élever au-dessus de I 6 0/0 le taui de ses escomptes, quand la même foculté ét^it interdite » aux banquiers et aux négociants. (Délibération du 31 octobre 1857; de

• la chambre de commerce). ■

24 ans ne Test plus aujourd'hui^ L'argent est devenu une marchandise ordinaire, dont le loyer est appelé à varier suivant qu'il est plus ou moins demandé, et ses détenteurs ressemblent aux autres commerçants qui vendent teurs denrées partout et où ils espèrent les placer avec le plus grand bénéfice possible. H est désormais aussi difficile ^e s'opposer aux variations du taux de l'escompte que de régler les disettes, d'arrêter l'essor de l'industrie ou que de commander à l'imprévu, aux éléments, à la paix où à la guerre

L'année 1857 qui avait vu inaugurei à Paris deux monuments différents, l'Asile de Vincennes et le nouveau Louvre, qui avait vu en Afrique la conquête de la Kabylie, fut celle aussi où eut lieu à Saint-Quentin l'inauguration de son ly(!ée et la création , à l'aide de souscriptions et de dons , d'une maison de refuge pour la vieillesse, qui fut confiée aux soins si dévoués et si intelligents des petites sœurs des pauvres '.

Ce fut le 29 octobre que fut inauguré le nouveau lycée. Cette solennité, à laquelle se rattachait un légitime intérêt et qui était présidée par M. le recteur de l'académie de Douai, avait appelé à Saint-Quentin

1 De 1891 â 1816, le taui Je Tescompte de la banque de France n*avait

rs Tarie. En 185S-1857 rexporlation du numéraire, pour achat de grains Pétrangur, fit descendre, presque parallèlement, au plus bas chiffre que nous ayons vu depuis 1848, les encaisses de la banque de France et de la banque d'Angleterre.

t Dans une liste de souscription pour la création de Tasile dirigé par les petites sœuis des pauvres, qui s'élevait à 128,551 fr. 60, les ouvriers de Saint -Quenlin fl|uraieni pour 45 646 francs.

les notabilités du département de TÂisne^ et plusieurs parmi les plus distingués* des anciens élèves de son vieux collège des bons enfants.

La ville allait être dotée d'un grand centre d'instruction secondaire, avec la stabilité, la force, la moralité que l'état communique aux institutions qu'il fonde et qu'il soutient. Elle était appelée à recueillir les bienfaits d'une institution qui est le résumé brillant et solide des plus pures traditions du passé et des innovations les plus sages du temps présent.

La population de Saint-Quentin et celle des villes qui Tenvironnent comprirent de suite tout l'avantage que leur offrait pour l'éducation de leurs enfants, la création du lycée impérial, ei, dès la première année de son installation, cet établissement eut un brillant succès, qui s'est continué depuis et qui ne peut qu'augmenter avec la parfaite direction qui préside à tous ses services.

L'histoire politique de la France a peu de faits saillants à signaler pendant les années qui séparèrent les deux grandes guerres du second empire. Les difficultés qui avaient un instant marqué les premiers mois de 1858 avaient été aplanies^, la politique intérieure

1 Le préfet de T Aisne, Mv* Tévéque de Boissons, le député Je rarrondUsemenl et des membres du conseil général du département.

t M. Heari Martin, Témineni historien. M. Félix Le Serurier conseiller à la cour de cassation, M. Paul Desains, professeur à la Sorbonne, M. Maléiieux, ingénieur, etc.

3 Difficultés avec l'Angleterre à Toccasion de l'attentat du 1i janvier. Acquittement en Angleterre de Simon Bernard, accusé d*avoir participé in complot d'Orsint. (Avril 1858).

avait repris son allure. L'empereur devait inaugurer le chemio de fer de Paris à Cherbourg. La reine d* Angleterre, qui avait promis d'assister aux fêtes splendides qui avaient été préparées dans cette ville^ y vint en effet. Elle fit son entrée dans la rade le 4 août, vers 6 heures du soir, escortée par une partie de sa flotte, montrant à l'Europe, par sa présence, que la France et rAngleterrç étaient toujours unies. La reine Victoria resta trois jours à Cherbourg.

L'empereur et l'impératrice s'embarquèrent ensuite pour visiter le port de Brest et les principales villes de Bretagne; la réception qu'y reçurent leurs Majestés emprunta aux traditions locales une piquante diversité.

Ce fut également en 1858 que s'ouvrit en France la souscription pour le percement du canal maritime de l'isthme de Suez, qui est destiné à réunir la Méditerranée à la Mer Ronge. La construction d'un canal qui abrégera de 3,000 lieues la traversée entre l'Europe et la mer des Indes est une magnifique pensée qui fera éternellement honneur à la France et à son illustre auteur. Le commerce de Saint-Quentin fut un des premiers à accueillir chaleureusement ce projet.

Paris s'embellissait chaque jour de plus en plus^ ; de

1 Ce fut en 1858 qu*eut lieu à Paris Tinauguration du boulevard de Sëbastopol, et, le !•' décembre de ladite année, que le conseil municipal de Saint-Quentin donna son adhésion à l'établissement dfs deux sociôtéi de prévoyance et de secours niuiuels q li s'y créèrent et qui depuis y rendent de grands services à la classe ouvrit^! e: h société de Saiut-François-Xuvier a été approuvée par un décret du 29 janvier 1859, et celle de Prévoyance par un autre du 11 mars 1859.

nouvelles voies ferrées se décrétaient et les anciennes se complétaient. Rien ne faisait penser à une guerre, lorsque le 1" janvier 1859, l'empereur, recevant les hommages du corps diplomatique, adressa quelques paroles à l'ambassadeur d'Autriche^, qui passèrent d'abord inaperçues , mais qui , bientôt répandues , furent vivement commentées. Ces paroles révélaient l'existence des graves dissentiments qui allaient bientôt éclater entre les cabinets de Paris et de Vienne.

La guerre en fut la conséquence. La campagne d'Italie, qui commença au mois de mai et qui dura à peine cinq semaines^, sera l'une des plus grandes périodes de la vie de la France. Après deux grandes batailles , trois combats , l'armée autrichienne fut chassée de la Lombardie'. La France venait, encore une fois, de montrer sa force et sa puissance.

La nouvelle de la paix, que l'on n'espérait pas si tôt, fut reçue à Saint-Quentin avec la plus grande joie.

1 I Je regrette, avait dit l'empereur à M. de Hûboer, que nos relations ■ avec votre gouvernement ne soient pas aussi bonnes que par le passé, • mais je vous prie de dire à l'empereur que mes sentiments personnels » pour lui ne sont pas changés. >

t La France fut victorieuse, le 20 mai, à Montebello, leSt, à Palestro; le 2 juin, à Turbigo, et le i, à Magenta ; ses armées entrèrent à Milan, le 8, et elles remportaient, le 24, à Solferino, une mémorable et décisive bataille.

3 Le 7 mai, on ouvrit pour faire la guene une souscription pour un emprunt de 500 millions, i^lie fut close le 15 au suir Le nombre des souscripteurs dépassait 5'!5,000 et le capital souf^crit 2 milliards 500 millions. Daus l'arrotidissement de Saint-Quentin 3,800 personnes souscrivirent à cet emprunt pour 741,760 francs de rentes et versèrent pour leurs souscriptions nne somme de 5,215.670 fr. Cet emprunt fut suivi, en 1863, d'un autre dit pour La guerre du Mexique, de 300 millions, pour lequel le même arrondissement souscrivit ponr 121,080 francs de rentes, par 2,210 personnes.

Son commerce s'était ressenti, en 1858, delà crise américaine qui avait entraîné une dépréciation dans les cours de certaines de ses marchandises^, et l'industrie sucrière avait amèrement regretté les conditions auxquelles ses produits s'étaient vendus.

L'année 18S9 fut plus prospère, le travail y fut recherché et le salaire des ouvriers élevé ^.

Ce fut pendant cette campagne d'Italie que s'ouvrit à Saint^Quentin le concours régional des huit départements de l'Aisne, du Nord, du Pas-de-Calais, de la Somme, de l'Oise, de la Seine, de Seine-et-Oise et de Seine-et-Marne. Cette ville avait été désignée pour cette solennité agricole.

Le concours qui s'y tint fut magnifique, et, de l'avis de toutes les personnes éminentes et initiées à la science et à la pratique de l'agriculture, jamais on n'avait vu un aussi grand nombre de beaux animaux, des machines plus perfectionnées et de plus remarquables produits du sol.

La prime d'honneur fut accordée à un cultivateur distingué du canton de Vio-sur- Aisne '.

A cette occasioQ, la ville de Saint-Quentin avait fait organiser, non-seulement toutes les expositions agricoles qui se rattachaient à un concours régional, C'Omme celles des fleurs et des fruits, mais encore une exposition des produits de ses industries, une autre de

M Rapport de la chambre de oommerce, de jaillet 1858.

2 Rapport de la chambre de commerce, du 29 juillet 1859.

3 M. Vallerand, de Mouflaye.

peinture, et puis des concours d'harmonie et de chant pour tous les corps de musique et les sociétés chorales des villes et des communes des huit départements de là région du Nord.

Il y eut dans la salle de spectacle un banquet de 800 couverts, et, pendant la durée de cette fête, qui s'ouvrit le 12 mai, de beaux concerts et de brillantes représentations théâtrales.

L'hospitalité de la cité saint- quentinoise fut splendide et digne de son importance et de sa renommée^. Ses nombreux \isiteurs furent unanimes pour dire que le concours régional de 1859 occuperait une place distinguée dans les annales de l'agriculture française, et qu'il marquerait sa glorieuse étape dans cette voie féconde des progrès que les agriculteurs du Nord suivent avec tant de persévérance et de succès.

En 1 866, ce même concours de la région du Nord se tint à Laon, et, en cette circonstance, pour justifier la préférence qui lui fut accordée, cette ville fit très-convenablement tout ce qui pouvait être fait. La prime d'honneur fut décernée à un honorable et très-intelligent cultivateur du canton du Gâtelet^.

Lorsque pour la première fois, en 18S6, il fut question de la levée des prohibitions, le commerce avait demandé que cette mesure ne fût décidée qu'après une enquête. On allait y procéder en 18S9 , lorsque survint la guerre d'Italie.

1 Le concours régional de 1859 a coûté à la ville, en déduisant les receltes pour droits d'entrée, souscriptions, etc,, 37,190 francs 06 c.

2 M. Georges, culliTateur à Hargival, conseiller général de l'Aisne.

En face de cette situation, cette enquête fiit ajournée, et une lettre du 14 mai, du ministre de l'agriculture et du commerce, adressée à la chambre de commerce de Lille, fit connaître cette décision^.

Beaucoup de manufacturiers pensèrent alors la question ajournée au moins pour plusieurs aiméfs; il n'en fut pas ainsi, nous l'avons dît.

L'année 1859 n'avait pas seulement été glorieuse pour nos armes, elle avait été aujsi favorable à l'industrie, et Ton remarqua, comme une preuve de Famé-* lioration de la situation générale , que l'esprit d'entreprise semblait se réveiller.

Celle de 1 860 s'annonçait également sous d'heureux auspices; rien de funeste à l'horizon: ni disette, ni épidémies, ni guerre n'assombrissait le présent ni ne menaçait l'avenir. La paix était faite, et tandis que la révolution italienne suivait son cours et que le pays se livrait seulement aux préoccupations qu'excitait la question romaine, il parut dans le journal officiel une lettre de l'empereur au ministre d'état^.

Cette lettre était un événement; car elle faisait connaître les grands changements qui, résolus, allaient être apportés à Ja législation douanière. Elle se résumait ainsi :

1 Voir cette lettre reproduite par tous les journaux de Tëpoque, et qui w terminait ainsi : « Le gouvernement reconnaît sans difficulté que les com- » plications récentes de la politique extérieure rendent inopportune Tétude

• de cette réforme douanière; il est naturellement amené à igoumer

• Tenquéte et par cela même, U solution de la question du retrait des > prohibitions. •

S Lettre impériale à M. le ministre d*^, du 5 iamner 1860.

<r Suppression des droits sur la laine et !es cotoasr ; » réduction successive sur les sucres et les cafSs; » amélioration énergic[uement {)oursuivie des voies » de communication ; réduction du droit sur les ca- » naux; prêts à Tagriculture et à l'industrie; travaux D considérables d'utilité pubKque et traités de corn- » merce avec les puissances étrangères. »

Cette lettr^ contenait en outre le programme économique ^ui devait servir de base aux nouveaux projets de lois destinés à le réaliser.

* Le système des traités de commerce allait être inauguré. Ce système n'était pas positivement encore celui du libre-échange, mais il ouvrait la voie à celui qui pourra y conduire. Quant à celui qui était depuis longtemps connu sous le nom de système protecteur, le gouvernement venait de déclarer qu'il avait fait son temps....

L'origine de ce système remontait en France aux époques les plus reculées de notre vieille monarchie ; elle remontait, a-t-on dit, au moment où se formèrent les communes*, et cette supposition' nous paraît assez vraisemblable, si l'on veut se rappeler qu'à cette époque la plupart des communes, ennemies ou rivales les unes des autres, ne s'opposèrent pas seulement à la liberté des échanges, mais encore à la liberté du travail.

La commune était la patrie, et la patrie se trouvait circonscrite dans son enceinte étroite. Plus tard, lorsque l'industrie commença à se développer et la

i Paul Boiteau. — Des traités de commerce ^ introduction, page 12.

lumière à se répandre dans les esprits , les commerçants reconnurent qu'il serait utile à leurs industries qu'il fût établi entre les villes d'un même pays une certaine communauté d'intérêt et d'échange. Mais ils demandèrent avec instance que les produits des autres contrées ne pussent pas pénétrer dans leurs murs, soutenant^ « qu'une nation devait posséder chez elle 9 toutes les productions et industries nécessaires à sa » défense, et qu'en cas de guerre un peuple que ses » voisins peuvent assiéger n'avait pas moins besoin de » blé, de viande et de vêtements que d'armes pour » combattre. »

Les premiers traités de commerce datent en France de la fin du xv"* siècle, et avant le s:vii% il n'était d'usage chez aucune des nations européennes d'en faire qui fussent spécialement consacrés au développement des relations commerciales. On remarque bien, sous Louis XI, sous Henri IV et sous Richelieu, quelques ébauches d'une politique d'ensemble, en ce qui concerne le commerce et l'industrie; mais ce n'est réellement que sous Colbert que l'on voit s'établir un plan régulier et efficace, un système complet d'une sage protection pour l'industrie. Toutes les contrées industrielles, et l'Angleterre la première, s'efforçaient alors de s'assurer la consommation exclusive de leurs marchés, sans s'occuper alors d'examiner si celui de tout le monde n'était pas plus grand que le leur. L'Angleterre voyait avant tout ses intérêts, et quand

1 Extrait des Remontrancei du commerce.

en 1713 on signa le traité de paix d'Utrecht, ce fut elle qui insista le plus vivement pour faire supprimer les clauses qui, des deux côtés de la Manche, devaient faciliter réchange de ses produits.

Plus tard cette nation crut devoir en conclure un autre avec la France, en 1786\ et les conditions en furent si mal réglées qu'il fut la cause d'amères et de nombreuses récriminations. La plupart des droits d'importation étaient fixés à 10, à 12 et même à 15 0/0 de la valeur des produits, et comme il n'était pas plus douteux à cette époque qu'aujourd'hui que l'on peut éviter facilement une partie de la charge des taxes ^, il en résulta pour le commerce français de très-fâcheux résultats. Les événements, au reste, vinrent arrêter son exécution, puisque, conclu pour une période de douze années en 1786, on ne s'y conformait déjà plus en 1789, et qu'il fut complètement aboli par le fait de la guerre en 1793.

Le souvenir des plaintes et l'on peut dire des souffrances que cette négociation commerciale causa en Picardie, n'est pas encore effacé, et depuis cette époque, il était resté, sur les traités de commerce en général, un si fâcheux discrédit , que chaque fois qu'il s'était agi d'établir une convention quelconque surtout avec la Grande-Bretagne, on voyait se révéler avec

i A propos de ce traite de commerce, M. Troplong disait : ■ Le célèbre t traité de 1786 ne produisit des effets si désastreux sur certaines branches » de 1 industrie française que parce que ]e gouvernement ne s'environna > que de lumières partielles, laissant à Técart un grand nombre des ■ organes naturels du commerce et de la fabrication. •

2 Paul Boiteau. — Des traitée de commerce, page 1i.

animation, à Saint-Quentin et ailleurs, un reste de prévention qui n'est pas encore complètement dissipe • • • •

Dans le tarif décrété par l'assemblée constituante en 1791, nulle prohibition ne figurait et aucun des droit* qui le composaient n'excédait le taux de 15 0/0 de la valeur; mais on sait par quelles épreuves la révolution française devait passer avant d'avoir affirmé son droit par cent victoires.

En 1793, la république déclara la guerre à tous les rois, et elle déchira les traités qu'il ne s'agissait plus de critiquer au nom de quelques groupes d'intérêts, mais qui étaient répudiés parla haine de l'étranger.... par la haine de l'étranger, patriotique sentiment, qu'avec raison on peut considérer comme l'une des premières des vertus civiques! II

Lors de la paix d'Amiens, en 1801, on songea un instant à renouer, en matière de commerce, des liens que la politique avait intérêt à se rattacher; mais pendant que les négociateurs discutaient encore les conditionsdutraité à intervenir, l'orage de la guerre éclatait, et, cette fois, elle dura jusqu'à la fin du premier empire.

Nous avons dit ce que fit Napoléon I" pour l'industriel ce qu'elle doit à son règne, et ce que fut le blocus continental jusqu'au jour où il passa le Niémen à la

1 En 1786 rAngleterre commençait à avoir et avait d^à une partie de ses machines qui filaient la laine et le coton montées, tandis que la France, à peine délivrée des liens de ses règlements industriels, commençait seulement à inventer toutes ces sciences que depuis elle a su niener si loin.

tête de 600,000 hommes, pour aller imposer sa politiqae commerciale à l'empereur de Russie...

Nos lecteurs n'ont pas oublié non plus l'époque où l'Angleterre, maltresse des mers, faisait bloquer nos ports et prohibait sous peine de mort la sortie de ses machines, ni le dommage considérable que causa en 1814, à l'industrie du coton, l'introduction en France des produits des fabriques étrangères ; comme également les nombreuses discussions auxquelles donnèrent lieu, de 1846 à 1848, les enquêtes et les présentations des divers projets de lois sur les taxes des douanes. Nous avons pris le soin de les leur rappeler.

Jusqu'à l'époque du 2 décembre 1851, la solution de toutes ces grandes questions avait appartenu aux députés de la nation ; mais la nouvelle constitution de 1852, étendant les pouvoirs du chef de l'état, lui avait conféré celui de faire les traités de commerce et celui d'abaisser provisoirement par un décret les droits perçus par la douane.

Devant la disette de 1853, l'empereur usa pour la première fois de cette prérogative ; il suspendit l'échelle mobile, réduisit les droits sur les houilles, sur les laines, les fers, le bétail et les spiritueux.

En 1860 son gouvernement entra plus radicalement encore dans cette voie, en substituant des droits protecteurs au système prohibitif, et en signant un traité de commerce avec la Grande-Bretagne.

Nous venons de dire dans quelles conditions, et comment cette grande réfornoe fut décidée etannoncée à la France.

Le traité de commerce avec TAngleterre, que la lettre impériale faisait pressentir, signé le 23 janvier 1860, fut ratifié le 4 février de la même année. Par cette convention, l'empereur des Français s'engageait à admettre les objets qui y sont dénommés d'origine et de manufacture britannique importés du Royaume- Uni en France, moyennant un droit qui ne devait, en aucun cas, dépasser 30 pour 0/0 de la valeur , les décimes additionnels compris^.

La conclusion d'un traité de commerce avec la Grande-Bretagne devait en amener naturellement avec les autres peuples; il devenait nécessaire de mettre de l'harmonie dans nos relations internationales, afin d'éviter qu'un seul eût le privilège d'être le commissionnaire général des autres. De là est arrivé le traité avec la Belgique, celui avec la Zollwerein, avec l'Italie et la Suisse, traités qui un jour seront certainement suivis de bien d'autres. Avant que d'apprécier leurs conséquences sur l'avenir des industries de Saint- Quentin, nous avons dû rappeler les motifs qui portèrent probablement le gouvernement à les conclure.

Comme dans un certain nombre de centres manufacturiers, l'annonce de ce traité causa dans cette ville une très-vive émotion, n ne pouvait en être autrement. Cette surprise, cette mesure définitivement décrétée, au moment où l'on ne s'y attendait plus, était de nature à préoccuper sérieusement ses commerçants.

i Voir, aux pièces juslilicalives, le montant de ces droits pour les produits qui concernent spécialement les industries du district de Saint- Quentin.

n est d'ailleurs dans la nature humaine d'avoir peur de rinconnu.

On vit, en effet, toutes les contrées qui croyaient avoir à redouter les effets du traité de commerce, envoyer à Paris des délégués chargés d'en exposer les dangers.

- Le ministre de Tagriculture et du commerce, chez lequel ils furentd'abord reçus, s'empressa encore cette fois de les rassurer, et de leur rappeler l'excellente situation de la production française, et les bonnes dispositions du gouvernement impérial en faveur de leurs industries. Le ministre leur promit uxie enquête sérieuse, complète, où tous les intérêts seraient représentés et entendus. Cette nouvelle, favorablement accueillie, calma un peu les esprits.

On signa à Saint-Quentin une pétition à l'empereur*, où ses commerçants exprimaient respectueusement leurs craintes et leurs besoins. En en rappelant une partie, nos lecteurs verront la sagesse et le calme de ces réclamations. « Nous souhaitons que la vérité » apparaisse dans tout son jour, disait cette pétition ; » elle ne pourra que ressortir de la solennelle enquête » qui nous a été promise : nous demandons donc avec » confiance (fu'elle soit complète, et nous n'aurons » ensuite qu'à nous incliner, comme doit le faire le

1 Si la réforme économique du 5 janvier avait de nombreux adversaires, elle avait aussi, nous devons le reconnaître, de zélés patrons; et au moment où les provincis du Nord faisaient parvenir des paroles de découragement à Paris, celles du Midi y témoignaient leur joie dans des adresses dt* félicitations et de reconnaissance que publièrent iesjournaux de l'époque.

» pays, devant la hante sagesse qui a tant contribué n déjà à sa gloire et à son bien>étre. »

Ces paroles que les industriels de Saint-Quentin adressaient à l'empereur étaient parfaitement conformes aux vœux qui avaient été exprimés en plusieurs circonstances par sa chambre de commerce^.

L'enquête se fit*; elle mit en lumière la situation et les ressources de notre industrie, et les tarifs à annexer à la convention commerciale furent, le 16 novembre 1860, définitivement fixés.

Devant un traité qui était revêtu de la signature de la France, les commerçants de Saint-Quentin ne purent, comme le disait leur pétition à l'empereur, que se résigner et s'incliner

Une nouvelle voie allait bientôt leur être ouverte, voie hérissée de sacrifices, devant aboutir à une grande lutte, non comme autrefois de fabriques à fabriquesou de contrées à contrées, mais à une lutte entre toutes les nations dont les industries devaient bientôt se trouver confondues.

Le commerce de Saint-Quentin, disons-le de suite,

se plaça à la hauteur de la gravité des circonstances,

et se prépara à cette lutte pacifique en cherchant à

réunir immédiatement dans ses établissements toutes

leséconomies et tous les progrès de la production.

2 La chambre de commerce» de Saint-Quentin, constante dans ses vœux, a toujours demandé que les matières premières fuêaéfU aipranchies des eharyet qu'ellêt avaient à payer à leur entrée en France et qu'ensuite ses marchandises fussent équUMement protégées par des droits,

3 Voir dans Penquéte, à la date du 7 aoDt 1660, les dépositions des déUfnét de SainMhieotiD.

Pendant l'année (860, qui fut celle de la prise de Pékin et de l'annexion des principautés de Nice et de la Savoie à la France*, le commerce se ressentit naturellement des effets de l'incertitude qui existait sur les futures conditions réservées à ses industries; ses. manufacturiers ne pouvant encore se rendre un compte exact des résultats de la concurrence étrangère, cherchaient surtout à vendre beaucoup de marchandises et à en peu produire. Cette situation était inévitable, avec les délais qui avaient été indiqués pour l'exécution du traité du 23 janvier*, et elle se prolongea l'année suivante.

En 1861 et en 1862 de nombreuses questions politiques, dont la solution était diflicile, préoccupaient les esprits. L'année 1861, avec une mauvaise récolte à laquelle on n'avait pu suppléer que par d'onéreuses importations de céréales, avait légué à celle de 1862 la grande affaire de l'esclavage aux Etats-Unis. Un terrible orage survenu de l'autre côté de l'Atlantique venait encore d'assombrir l'horizon commercial. Les germes de division qui existaient depuis longtemps entre les

1 L*annexioa à la France obtint k Nice runanimitë, moins 160 Toix

Îoi votèrent non et 30 bulletins qui furent déclares nuls. En Savoie : sur 35,449 électeurs inscrits, 130,839 votèrent ain<;i sur cette question: 130,533 demandèrent l'annexion à la France, 235 s'y opposèrent, "^l mirent des bulletins nuls et 4,610 ne votèrent pas. K l'occasion de 1 annexion de ces provinces à la France un Te Deum fut cbanté dans la ville de Saint-Quentin.

2 La chambre de commerce, par sa dëlibëiatioo du 4 février, avait demandé que les délais fixés pour la mise à exécution du traité de commerce fussent avancés.

états abolitionnistes de l'union Américaine du Nord et les états du Sud, partisans du maintien de l'esclavage, venaient, sous la forme d'une lutte fratricide, de faire éclater une tempête.

Les événements qui agitaient si violemment ces contrées ne pouvaient manquer d'avoir un fâcheux retentissement en Europe, et cette guerre, par ses conséquences sur l'industrie, fit presque un instant oublier le traité de commerce avec l'Angleterre.

Toutes les pensées et les spéculations étaient alors dirigées vers l'Amérique. •

La question de l'esclavage pour une république était une cause de désaccord qui devait tôt ou tard éclater. Depuis les derniers jours du mois de décembre 1860, la Caroline du Sud s'était séparée de l'Union par un vote de ses législateurs, et cette décision, sévèrement jugée à Washington, y était considérée comme une trahison qui devait être écrasée par la force.

De là vint entre les deux Amériques une guerre longue, meurtrière et désastreuse, et pour la France nonseulement une diminution considérable dans ses débouchés, mais encore une extrême rareté dans ses approvisionnements, et une excessive cherté dans, le prix de ses cotons en laine

Cette guerre eut une grande influence sur le commerce de la France, et particulièrement sur celui de Saint-Quentin, et l'on vit, en 1861 et 1862, les industries de son district qui travaillaient pour l'exportation, obligées de beaucoup restreindre leur production.

Ce fut aussi en 1862 que Londres eut sa seconde exposition universelle*. Un décret de Tempereur, du 14juin 1861, institua une commission spéciale, sous la présidence du prince Napoléon, à l'effet d'organiser les mesures relatives à Tenvoi des produits français à l'exposition universelle de Londres, dont l'ouverture était fixée au !<"' mai 1862.

Le département de TAisne répondit avec empressement à rappel qui lui était fait^, et trois jurys locaux, Tun pour Tarrondissement de Saint-Quentin, l'autre pour celui de Vervins, et enfin le troisième qui comprenait ceux de Laon, Soissons et Château-Thierry, furent nommés par le préfet. Ces trois jurys se subdivisèrent en deux sous-divisions, Tune agricolej l'autre industrielle, et une commission fut instituée pour aviser aux moyens d'obtenir une étude aussi complète que possible de l'exposition de Londres, au double point de vue des intérêts agricoles et industriels du département.

De nonabreux exposants y prirent part*, et plusieurs de leurs produits , signalés à l'attention générale, y furent distingués entre tous^.

t Le nombre des exposants français y fut de i,671 pour la France et de 850 pour TAIgérie et les colonies. Ces exposants occupaient au palais de Rensington 13,720 mètres carrés.

t Voir, dans le livre de ses délibérations, une lettre de la chambre de commerce, du 10 août 1861, qui annonçait à celle de Rouen que les industriels de Saint-Queutin étaient, malgré le traité de commer\;e, trèsdisposés à y prendre part.

3 Le département de TAisne avait 73 exposants.

i Parmi ceux qui eurent une médaille, nous citerons : MM. Berooville frères; Larsonnier frères et Chenest; Buucly-Marcband; Ledoux-Bedu;

La commission départemeotale qui availété chargée d'aller étudier sur place les produits agricoles et industriels qui se trouvaient réunis au palais de Kinsington, ainsi que les procédés à Taide desquels ces produits avaient été obtenus, présenta à la commission centrale des jurys locaux huit rapports : ht preoûor concernait les céréales^; le socond, les produits divers'; le troisième, les engrais^; le quatrième, l'espèce bovine^ ; le cinquième, les machines ^; le sixième, les tissus de laine ^; le septième, ceux de coton ^, et le huitième, l'espèce chevaline^.

Ces rapports, qui empruntaient aux nouvelles conditioDS économiques dans lesquelles se trouvait la France une importance tout exceptionnelle, méritaient la distinction honorable qu'ils reçurent du conseil général du département, qui vota les fonds nécessaires pour les faire publier®. Nous y renvoyons nos lecteurs, en leur

Hugues-Cauvin; Huet-Jacquemia; Mennet-Possoz, David et Truuillier; Férouelle et Rolland; Clilî frères; J. Lecoinle; Camus; Huttn; Deviolaioe frères; de Poilly de Fitz James et Labarbe; rétablissement de Saint-Gobain; Cbauny et Cirey; Van Lempoêl et Vatin jeune. Parmi ceux qui eurent des mentions honorables : MM. Colombier frères; David frères; G. Rolland; etc.

1 Le rapporteur était: M. Malézieux, de Voharies.

M. Miuelle, de Villardelle.

M. Demoncy, de Fresoes.

M. H. Carrelle, d*An£rrique-et-Nogent.

M. Mariolle-Pinguet, de Saint-Quentin.

M. Ed. Bernoville, id.

M. Hugues-Cauvin, id.

H. MalédeuK, du Petit*Fresnoy.

9 Iblude de l'exposition uuivecseUe de 1S62, au point de vue des intérêts agricoles et industtiels du département

id.

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— Mri —

signabat toutefois les principales considérations coa* cernant les industries de la laine et du coton qui s'y trouvent*.

Pour compléter la partie commerciale de cette étude^ il nous reste à examiner une question délicate, non celle si grave d'essayer de préciser les effets généra ux déjà produits sur le commerce de la France par les réformes économiques inaugurées en 1 860 , mais celle très-possible de rechercher sincèrement quelle a été jusquà présent leur influence sur les principales industries du rayon manufacturier dont la ville de Saint-Quentin est le centre, c'est-à-dire sur celles du coton, de la broderie, de la laine, des tulles, et sur celles de ses établissements de constructions de machines et de ses usines sucrières. Nous devrons dire aussi quelle y a été depuis cette époque la situation de ces industries.

La première impression que causa à Saint-Quentia l'annonce d'un traité de commerce avec la Grande- Bretagne fut pour ses habitants celle d'un sentiment de profond étonnement, et elle fut aussi pour ses manufacturiers un sujet de crainte. Ses résultats furent d'arrêter en partie le mouvement ordinaire des a%ires et d'amener presque aussitôt une baisse de 15 à 20 0/0 sur les cotons filés en gros numéros^. Les tissus continuèrent cependant à s'écouler, parce que l'approche

1 Voir, aux pikes justificalifes, rappréciatioo de la commissioiL l'exposition de TAisne.

3 Poiir nous rendre compte aussi exactemeat que possible des effets da traité de commerce sur les dîTcrses branches de nos industries, nous aYooa

de la saison du printemps était le moment ordinaire des forts approvisionnements; mais s'ils se vendirent, ils se vendirent moins facilement qu'auparavant et avec une certaine dépréciation dans leurs prix.

A Roubaix, comme à Rouen, comme dans la plupart des grands centres manufacturiers, la nouvelle de ce traité fut également reçue avec un certain sentiment d'animation, qui était justifié alors, et qu'il est facile d'expliquer.

Les fabricants de Saint-Quentin se rappelaient avoir vu dans les vitrines des manufacturiers de Manchester et de Glascow, à l'exposition de 185S, des produits en coton, dont ils n'avaient oublié ni les qualités ni les prix excessivement réduits. Ils se rappelaient avoir examiné des pièces de jaconats, ayant une largeur de 80 centimètres et présentant au quart de pouce français li fils en chaîne et 14 en trame, du prix de 15 centimes le mètre ; d'autres en 95 centimètres à 34 centimes; des calicots larges de 80 centimètres à 17 centimes; des jaconats brillantes à 24 et à 38 centimes; et enfin des jupons piqués de 2 mètres 20 centimètres de longueur avec bordures cotés à 6S centimeiile jupon^

demandé sur cette qoestioo des renseignements précis à d'honorables manufacturiers de notre région commerciale, au concours empressé desquels nous defons en partie ceux qui se trouvent dans ce chapitre. Ce concours nous a été utile et nous en remercions MM. Sarrazin, Jules Lehoult, Hugues -Caijvin, Bellet, Guilbert. Touron, Boucly, MariuUe, Lecointe, Ledoux-Bédu, Decroix, Jadas, F. Georges, David, Troullier et autres.

1 Rapport sur la situation de Tindustrie des tissus de colon à l'expositioQ de 1855, page 17. Les échaotilloos des tissus mentioooés dans ce

Ceux de^Roubaix y avaient également remarqué des étoffes pour pantalons, ceux d'Amiens des velours de coton, et ceux de Rpuen des percales imprimées, dans des conditions également très- extraordinaires ; aussi n'était-il pas étonnant que, comme ceux de Saint-Quentin , ils redoutassent l'époque où ces produits arriveraient sur le marché français faire concurrence aux leurs.

Si nous insistons sur cette circonstance que les commerçants français qui allèrent au mois d'octobre 1861 acheter des marchandises à Manchester et à Glascow, n'y retrouvèrent plus les cours extraordinaires dont ils avaient été si effrayés à l'exposition de 1855^, c'est que nous tenons à bien constater que les prix indiqués alors par les commissaires des districts anglais avaient été pour ces fabricants, comme pour nousmêmes, un motif de crainte et la cause principale de nos appréhensions sur les conséquences de ce traité sur nos industries.

Ce fut cette crainte qui était générale qui amena en 1860 et en 186i un ralentissement dans les affaires du marché de Saint-Quentin et une baisse sur les prix de ses tissus.

rapport avec les prix fixés par les commissaires des villes de Man chester et de Glascow sont, depuis le mois de décembre 1855, déposé au secrétariat de la chambre de commerce de Saint-Quentiu, où Ton peut les voir.

1 Depuis la conclusion du traité de commerce, nous nous sommes souvent demandé, en faisant la part de l'augmentation survenue sur la matière première, quelle avait pu être la cause de cette dilTt^rence? Nous n'avons pu l'expliquer qu'en ratlribuant ou à des erreurs dans les changes, ou à des indications mal copiées des fabricants de Manchester à leurs commissaires à Paris, ou à celles de ces commissaires aux membres du jury.

En 1861 y les cotons filé^^taient assez abondants en Angleterre et leurs cours avantageux; aussi à peine nos frontières leur furent-elles ouvertes que, particulièrement en numéros de 40 à 70, il en entra une certaine quantité*. . , ,^.

Cette i^o.uyelle concurrence produisit une diminution sur ces mêmes numéros français, laquelle aurait été plus considérablç sj,, quelques mois apr^s, par suite des nouvelles 4* Amérique o^ la guerpe prenait djimmenses proportions, les co^ps en laine et filés ne fussent devenus très- rares et encore plus chers qu'en i860<

I] est bien aussi d'ajouter qu'en 1862 les filatures de l'Angleterre se trouvaient généralement mieux approvisionnées de matières premières que les nôtres, et que celles de la Belgique, dont les métiers étaient montés pour filer des cotons des Indes, nous envoyèrent de leurs filés, en numéros 8 à 22^ qui offrirent à ceux qui les achetaient un certain avantage^.

En présence de la situation qui était faite ràux filateurs français, ceux-ci ne se découragèrent pas et ne reculèrent devant aucun sacrifice. Certains agrandirent leurs usines, d'autres les améliorèrent ou les renouvelèrent, et tous rivalisèrent d'énergie et de

1 En 1861, du mois o*octobre à décembre, c'est-à-dire en trois mois, il entra en France, eu fil de coton simple, pour 2, 438,345 francs ; en 1862, pour douze mois, pour 3,522,833 francs et en Taonée 1863, seulement pour 1,381,814 francs.

En 1860, en ûl de coton, 143 m/m et au-dessus, il en était entré pour 508,530 francs. (Documents statistiques officiels, année 1865;.

2 En cette dite année 1862, il entra en France pour 3,847^91 5 francs de cotons filés de la Belgique, et seulement 1,988,050 francs en 1863. (Documents statistiques de l'administration des douanes^ année 1863, page 45.)

zèle pour se placer dans la position de soutenir la concurrence étrangère. La tâche était difficile et onéreuse; cependant, jusqu'à ce jour, ils y ont en partie réussi; et, depuis 1863, sauf pour la fabrication des mousselines très-fines et pour les cotons retords , relativement à ce qu'il s'y consomme, la quantité de cotons anglais qui entre en France n'est pas encore considérable.

Les filatures de Saint-Quentin produisent particulièrement des filés en numéros 20 à 80 en chaîne et de 30 à 90 en trame. Le surplus que ses fabricants de tissus emploient et y achètent, ordinairement par l'intermédiaire d'entrepositaires, proviennent de celles des départements del'est, du Nord et de la Seine-Inférieure.

La vente des tissus de coton en 1860 et en 1861 s'y ressentit aussi des effets du traité de commerce; leurs prix baissèrent, et cette baisse était le plus généralement amenée par la peur; on se débarrassait avec empressement de ses marchandises, sans se rendre compte des cours de celles de la Grande-Bretagne dont on redoutait l'arrivée prochaine^.

Les maisons vendant en gros et en détail qui vinrent faire leurs approvisionnements à Saint-Quentin, ayant l'intime conviction que l'introduction en France des produits anglais devait amener une forte diminution dans leurs prix, réduisirent aussi pendant ces deux années l'importance de leurs acquisitions, et n'achetèrent que ce dont elles avaient strictement besoin.

Ce ne fut qu'en 1862, c'est-à-dire quand tous les

i L'introduction des tissas anglais en France est du mois d*ocU>bre 1861 .

grands entrepositaires d'étoffés de coton de Paris ^^ de Saint-Quentin et autres villes eurent fait leurs acquisitions en Angleterre; et après qu'ils eurent livré à l'avide curiosité de leurs acheteurs les pièces, les qualités, les genres, les apprêts de toutes les sortes de tissus qui se fabriquent ou se fabriquaient à Manchester ou à Glascow, que ceux-ci reconnurent qu'il y avait lieu de revenir sur les avantages présumés qu'ils s'attendaient à rencontrer dans les qualités et prix des tissus anglais. Ils reconnurent de suite que ceux-ci n'étaient ni mieux tissés, ni mieux blanchis, ni de meilleur goût que ceux des manufactures françaises ; que leurs pièces n'avaient ni les largeurs, ni le genre de confection qui conviennent spécialement aux besoins de leur clientelle et qu'ils s'étaient trompés en pensant les produits anglais très-supérieurs aux leurs.

Nous avions, quant à nous, déjà acquis cette conviction, après l'exposition de 1855, <i que pour la y> plupart des étoffes en coton, les qualités de celles D des fabriques de Saint-Quentin, de l'Alsace ou de » Tarare n'avaient pas à redouter d'être comparées » avec celles de Manchester et de Glascow * ; » mais, d'un autre côté, d'après les prix qui nous y avaient été indiqués, nous étions resté convaincu qu'il existait positivement entre ceux de l'Angleterre et de la France une différence importante en faveur des produits anglais.

Cette différence si redoutée s'est, nous devons le

1 Voir uoe note aux pièces jnstificatives à ce sujet.

2 Rapport sur la siluation de l'industrie des tissus de coton à Texpositioo universelle de 1855, pages 6i et 65.

dire, trouvée diminuée, à Tépoque où chacun a pu se rendre un compte fidèle des cours véritables des tissus des deux nations.

La consommation de la France en tissus de coton ^ est donc généralement restée à ses manufactures, sauf quelques produits, comme des tulles guipures pour Tameublement, certaines sortes de piqués, de couvertures et autres que l'on demande encore à l'Angleterre et à la Belgique.

Il est facile toutefois d'apprécier l'importance des importations anglaises, non-seulement par celle des droits acquittés par leurs étoffes en coton pendant les mois où en France ceux qui en faisaient le commerce voulurent en essayer', mais encore par celle de la valeur réelle de celles qui pendant ces cinq dernières années y sont entrées'.

1 Nous u*eoU»Ddons parler que des tissus qui se fabriquent dans le district de Saint-Qupntin.

t Pendant le mois d'octobre 1861, les droits acquittes par les tissus de

coton légers, s'élevèrent à 568,000 francs.

Dans le mois de novembre à 412,000

Dans celui de décembre à 3i5;000

Dans celui de janvier 1862 à 242,000

Dans celui de février » à 214,000

Depuis, ces chiffres ont encore été de beaucoup réduits.

3 Par les suivants, qui comprennent le relevé de la valeur réelle -des

étoffes de coton en France pendant ces cinq dernières années, on peut

juger que leur importation n'y augmente pas:

En 1861, tissus en coton écrus et blancs 3,272,288 francs. En 1862, id. 3,777,965

En 1863, id. 2,130,3r5

En 1864, id. 3,50'',763

En 1865, id 2,732,975

Cette catégorie comprend toutes les sortes de tissus de coton, sauf les

mousselines, les croisa, les badins, qui ne présentent que des importations

peu importantes.

Les conséquences de Texécution des traités sur le genre des tissus brodés qui se confectionnent et se vendent plus particulièrement à Saint-Quentin, furent d'abord d'en faire ralentir la production, déjà diminuée vers les derniers mois de 1860 par les effets de la guerre d'Amérique. Elles furent ensuite d'amener sur notre marché la concurrence d'une sorte de cet article que l'Ecosse fabrique avec avantage et que le commerce français s'empressa d'y aller acheter^.

Les broderies de Glascow eurent une certaine vogue dont se ressentit la fabrication Saint-Quentinoise', mais depuis 1863 celle-ci a repris à peu près son ancienne activité; elle a même multiplié ses produits, et en exécutant avec des métiers à coudre de nouveaux articles pour la confection, elle a donné à cette industrie un développement tel que les négociants qui font ce commerce paraissent peu s'apercevoir maintenant de la place que conserve , sur le marché français, le genre des broderies anglaises.

n n'en est pas toutefois de même de celles de la Suisse ^ qui paraissent appelées à faire à nos produits

1 Le rapport de la situation iodiistriene da premier semestre de 1862, adressé par la chambre de commerce de Saiot-Queotio au préfet de TAisne, estimait à 20 0/0 la baisse sur la main-d'œuvre des broderies, et elle attribuait cette baisse à l'introduction en France de ces broderies d'Ecosse.

2 D*après les documents (années 1863, page 30, et 186i, page 5i). Toici le chiffre de la valeur des broderies entrées en France:

En 1861, pour 104,855 francs.

En 1862, > U'9,443 > En 1863, > 264,421 • En 1864 > 394,636 t En 1865, » 310,784 ■

3 En 1865, il est entré en Franr«, en broderies de la Suisse, pour 489,128 francs. On craint que ce cbiffire ne soit bieotOt augmeoté.

une concurrence bien autrement sérieuse que celles deTAngleterre.

Quant au commerce des tulles, il fut Tun de ceux qui eurent le plus à souffrir des conséquences du traité du 23 janvier 1860. Les fabricants de cet article se trouvèrent placés dans la f&cheuse condition de lutter contre des tissus étrangers prônés et vantés comme devant être supérieurs aux leurs ; aussi pour liquider les années 1860 et 1861, eurent-ils de nombreux sacrifices à supporter.

Ceux qui le fabriquaient furent les plus malheureux; ceux qui Tachetaient le furent moins, car ils ne perdirent que sur les marchandises qui restaient dans leurs magasins. Quant à ceux qui faisaient des articles avec des dessins imitant les dentelles et les blondes, ils continuèrent à les écouler avec assez de facilités.

Ce ne fut guère qu'en 1862 que l'industrie des tulles commença à se relever de cette crise; toutefois, sa fabrication ordinaire se trouva naturellement diminuée de la quantité des pièces de provenance anglaise qui, prohibées avant 1861 , purent entrer ensuite en France* avec des droits. Dans cette catégorie, se trouvaient des genres spéciaux , comme des tulles guipures, points

1 La France a reçii de l'Angleterre, d'après les documents statistiques (années 1863, page ^0, et 1865, page 51), àfis tulles pour les ^m mes que voici :

En 1861, pour 3 mois, celle de francs 58^,531 En 1862. pour 12 mois, » 1,689.101

En 1863, » • 1,358,028

En 1864, » i 1.323,157

En 1865, • • i, 202,01 i

d'esprit et autres pour le tissage desquels leurs fabricants ont conservé sur les nôtres une certaine supériorité. Cette supériorité est attribuée au grand nombre des pièces qu'ils produisent, et à la quantité de leurs cotons retords que l'on continue d'employer en France dans une proportion assez considérable*; et à ce sujet, nous exprimons l'espoir de voir bientôt nos filatures en position de livrer à la vente d'aussi fins et d'aussi bons cotons retords que celles de la Grande-Bretagne.

Il faut cependant le reconnaître, avant que d'avoir en France la grande situation qu'elle a en Angleterre, cette industrie a encore beaucoup à faire. Ses imitations de dentelles de soie, ses voiles, voilettes, mantilles et autres articles de goût, s'y vendent sans doute avec succès et en assez grande quantité; mais, pour le commerce des tulles en général, pour celui des guipures et pour celui des tulles dits de Cluny et autres, les fabriques françaises sont encore loin d'avoir l'importance de celles de l'Angleterre^.

Mais si l'industrie des tulles fut de celles qui eurent le plus à redouter les effets du traité de commerce et qui en ont le plus souffert, il' n'en fut pas de même de

1 L'Angleterre, d'après les documents, a fourni à la France les cotons filés retords dont voici la valeur :

En 1861, pour une somme de francs 796,861 En 1862, » ■ 2,29i,290

En 1863, B t 1,353,569

En 1864, > » 1.985,782

En 1865, > <» 2,U5,798

L'année 1863 a é\é celle où, à cause de sa rareté, l'importation du coton a été la moindre .

2 Renseignements que nous devons à Tobligeance de M. Lecomte, de Paris.

celle de la laine. Ceux des manufacturiers de Saint- Quentin et de ses environs qui se livraient à la fabrication des tissus en laine en vendaient depuis longtemps à Londres et dans la Grande-Bretagne, et quant à eux ils ne furent nullement effrayés d'apprendre que les rapports commerciaux des deux nations allaient être resserrés par un traité*.

Ce traité n'eut en effet aucune influence sur cette industrie, et elle continua à beaucoup produire jusqu'au jour où les déplorables conséquences du conflit américain, augmentées d'une crise financière et alimentaire, vinrent tout à coup arrêter en France, comme en Angleterre, comme en Allemagne, le mouvement général des affaires.

L'industrie de la laine commença seulement alors à souffrir, mais elle souffrit comme celle du coton, comme celle de la soie et bien d'autres. Leurs souffrances à toutes avaient des causes différentes. A Rouen, le travail des veilles était supprimé et ses fabricants d'indiennes souffraient, parce qu'au lieu de leur acheter leurs rouenneries, on leur préférait les étoffes de Bradfort et d'Halifax ; à Roubaix, parce qu'en 1862^ chacun voulait essayer des tissus anglais

2 La France a exporté en Angleterre :

en tissus mërioos : en 1860, pour francs 12,U8,835

en 1861, 11,650,380

en 1862, 20,840,715

en étoffes de laine dites diverses: en 1860, 20,774,627

2 L'Angleterre a exporté en France en tissus mérinos, en 1862, pour 4, 4SI francs, et en étoffes de laine mélangée, rien en 1860, puisqu'elles

mélangés avec de la laine et du coton ; à Rethel et à Fourmies, parce que les matière^ brutes étaient trop chères en comparaison des prix* des filés ; à Lyon, à Saint-Etienne, à Reims et dans les autres contrées où Ton fabriquait des tissus de soie ou de laine, on souffrait également parce que les marchés américains qui, ordinairement, consommaient considérablement de ces produits, avaient cessé d'en acheter.

En 1862, toutes les industries de la France, comme celles de tous les pays où le commerce avait pris un grand développement, souffraient. La situation était généralement mauvaise, mais elle changea en 1863.

On vit alors TAngleterre, appréciant les bonnes qualités de nos tissus mérinos et de nos autres étoffes en laine, augmenter l'importance de ses commissions*, et le Chili et le Pérou venir faire sur notre marché de nombreux achats.

Mais ce qui surtout améliora la situation de cette fabrication, ce fut la préférence que les consommateurs français s'empressèrent de rendre à des étoffes dont ils avaient un instant méconnu la supériorité sur

éUient prohibées; en 1861, seolemeot pour 12,173,016 francs, et en 1862 pour 27,385,064 francs.

Depuis, pour les années 1863 el 186i, ce chiffre a été réduit à 18 millions environ, et de plus ces tissus sont à peu près les seuls en laine qui, Tenant d*Angleterre, entrent en France pour une valeur un peu importante.

1 En étoffes diverses en laine, la France a exporté en Angleterre, pendant Tannée 1863, pour 20,790,564 fr.; en 1864, pour 26,62*i,046 fr. En mi^nnos: en 1863, pour 31,469,2*78; en 1864, pour 26,992,573 fr.

Nos relations avec l'Angleterre, en mérinos, au;;mentent encore: nos exportations se sont élevées pour 1864, à 44,121,550 francs. (Documents statistiques réunis des douanes, année 1 865, pages 117 et 118.)

Nous avons déjà fait connaîtra dans les pa^es prédédentes l<is cfaHlIres de DOS exportations en ces étofles, pour les années 1860, 1861 et 1862.

celles de TAngleterre. Dès ce jour, cette industrie avait pris dans le Nord de la France un nouveau développement, qui depuis s'est rarement ralenti.

On peut donc dire que les traités de commerce n*ont eu, quant à présent, sur les genres des étoffes de laine qui se fabriquent dans le district de Saint-Quentm, aucune fâcheuse influence, et qu'au contraire, depuis 1860, des filatures de laine, des tissages mécaniques s'y sont créés ou améliorés, et qu'à Fourmies et dans les pays qui font plus particulièrement des filés, de nouveaux établissements s'y sont montés.

Les filatures de laines n'ont cependant pas été toujours prospères, et comme les autres industries, elles ont eu leurs moments de crise; ainsi en 1 861 , celles qui filaient des laines pour les tissus nouveaux qui s'exportaient en Allemagne, souffrirent pendant quelque temps sans que l'on puisse attribuer les malaises qu'elles eurent à supporter aux réformes économiques de 4860.

En laine, TAngleterre nous fournit peu de produits. En tissus, elle nous envoie particulièrement des OrléanSy en filés des Mohairs qui sont un composé de matières végétales, de laine, de poil de chèvre et de soie ; bet article vient de Bradfort. On y achète aussi des SchapSj espèce d'imitation de la soie qui est le produit de cocons avariés que l'on appelle Frisons; mais pour des laines longues peignées, retords ou autres, il n'en entre en France que pour une valeur peu importante*.

1 Nous devons ces renscignemtQts à robligeance de M. Guilbeit, membre de la chambre de cqmn^erce.

Depuis longtemps la ville de Saint-Quentin renfer mait dans ses murs des ateliers de construction de machines. En 1826, leur nombre était de li^, plus ou moins importants, mais suffisant alors aux besoins de ses usines. Quelques années auparavant, un établissement destiné à fabriquer des pompes à feu, des moulins à blé, des tordoirs pour les huiles et des presses hydrauliques, y avait été fondé. C'est de cet établissement, qui était dirigé par deux hommes capables et intelligents et qui obtenait à l'exposition de 1819 une médaille d'argent , qu'un rapport de cette époque disait : « Les machines exposées, par MM. Casalis et » Cordier, d'un nouveau modèle, apporteront à nos » manufactures une force infinie et une régularité » parfaite. Elles sont appelées à les vivifier et permet- » tront d'appeler dans nos ateliers de tissage et de » cardage, cette admirable uniformité de mouvement » sans laquelle la perfection des œuvres délicates ne » saurait être atteinte. »

Depuis, plusieurs de ces ateliers se sont fermés ; d'autres, dans de plus ou moins grandes proportions, se sont élevés; leur nombre est resté à peu près celui de 1826, mais avec le développement de nos industries et l'augmentation toujours croissante des usines sucrières, ils se sont considérablement accrus. Ils font aujourd'hui non-seulement avec le plus grand succès toutes les machines à vapeur nécessaires h la construction de ces établissements , mais en plus celles

) Rapport du 3 jaoner 1826, à la chambre des manafactures.

qui concernent les industries des chemins de fer, de la mouture des blés, les chaudières et les transmissions de mouvement pour les filatures et les tissages de la laine, du coton et du lin.

n y a donc lieu de penser que Tapplication des tarifs que le traité de commerce a mis en vigueur a presque passé dans le domaine des faits accomplis, sans que les constructeurs de Saint-Quentin s'en aperçussent^ et que ce résultat est dû, en partie, à ce que les fontes qui constituent la plus forte part des matériaux qu'ils emploient, grâce aux acquits-à-caution dont il a été fait un fréquent usage et dont on a su habilement se servir, sont entrées en France sans opérer de variations sensibles sur les prix.

On a écrit et dit que la concurrence anglaise avait été préjudiciable aux intérêts d'un grand nombre de constructeurs français; nous le pensons aussi, mais en ce qui concerne les établissements de cette ville, nous ne pouvons que constater ce fait : c'est que, jusqu'à présent, ils ne s'en sont pas plaints.

La concurrence des produits étrangers n'a pas eu non plus sur la situation de notre industrie sucrière de fâcheuses conséquences, et, si par la suite des traités avec le Zollverein, la Belgique, la Prusse et l'Autriche, il n'est pas possible de prévoir l'avenir qui lui e^l réservé, on peut au moins apprécier quel en a été le passé et ce qu'en est le présent.

i Nous devo&s ces renseignements à la bienveillance de MM. Mariolle frères, Lecointe frères et Villetle, qui, dans leurs notes, nous ont écrit : • que les traités de commerce avec l'Angleterre et la Belgique n'avaient » eu aucune influence sur la prospérité de leurs ateliers de construction. •

— oTO —

Il y avait £n 1860, dans le département de l'Aisne, 65 de ces usines, 66 en 1862 et 78 à la fin de 1864 V Dans l'aiTondissement de Saint-Quentin, il y en avait 30 en 1860, 30 en 1862 et 32 en 1864^ et tout porte à croire que ce nombre sera encore sftigmenté ; ce (fui ferait supposer que les fabricants^ de suci^e el: les cultivateurs ont confiance dans la prospérité c^oissàïfiië de cette industrie.

Il nous reste maintenant à analyser quelle a pu être sur la situation de cette production l'influence des traités. Voici comment des documents sérieux la résument' pendant ces six dernières années :

Nous y lisons: « qu'en 186(1-1861, l'humidité fut » la cause de la non*réussite des betteraves, qu'elles » étaient petites, mais que, quoique la production » du sucre ait été faible, les fabricants, par suite » de l'augmentation des prix, ne furent pas aussi » malheureux que leur mauvais rendement* pouvait > le faire craindre.

1 Eq 1860-61, le df^partemeot de r Aisne avait produit 19,162,316 kil. de socre; 33,795,067 en 1862-63; 16,981,051 en 1863-64; 23,395,572 en 186i-65, et enûn 50,725,530 kilogr. représentaient Timportance de sa production jusqu^au 26 avril 1666, dans la campagne de 1865-1866. (Renseignements dus à la bienveillaace de M. Jéronnei, inspecteur spécial des sacres de Saint-Quentin.)

2 De nouvelles fabriques de sucre se montent encore, et il y en aura probablement 83 en 1867 dans le département, et 3i dans l'arrondissement.

3 Extraits des rapports faits en 1861. 1862, 1863, 1864 et 1865 au conseil général sur la situation de Tindustrie sucriëreXdans le département de r Aisne.

i La production du sucre indigène pour 1860-61, fiit en France, de 100,876,006 lûlogramfflM.

Pour la campagne de 1861-1862, on trouve ce renseignement : a que la récolte de la betterave a été y> satisfaisante 9 que sa qualité a été excellente et facile » à travailler, et que cette année a été généralement A considérée comme ayant été bonne, malgré les » cours assez bas qu'eurent à subir les sucres et » les mélasses^.

En 1 862-1 863 la production en fut grande, mais les. prix encore peu élevés'. Les fabricants soufErirent.de la concurrence des sucres exotiques en faveur desquels un nouveau tarif avait été décrété. Ce tarif vint ensuite diminuer des résultats que Ton devait attendre meilleurs d'une année productive^.

En 1863-1864, le rendement delà betterave laissa beaucoup à désirer ; aussi, avant la fin du mois de décembre, la fabrication du sucre était-elle terminée. Sa rareté en fit augmenter le prix, mais cette élévation ne combla pas le déficit de Tannée^.

La récolte de 1864-1865 fut encore médiocre, un peu meilleure cependant que Tannée précédente, mais insuffisante ; elle n'eût donné que des bénéfices insignifiants aux fabricants, si le prix du sucre ne s'était pas généralement maintenu entre le cours de 65 à 71 francs les 100 kilogrammes*.

1 Elle fut pour 1861-62 de 146,iU,000.

2 Elle fut pour 1862-63 de 173,677,000.

3 La production du sucre indigène pour 1863-64 fut de 108,467,000 kil.

i Elle fut pour 1864-65 de 149.014,000 kil.

Eu 1850-51 cette production n'avait été en chiffres ronds que de

76 millions de kilogrammes; que de 68 en 1851-52; 75 en 1852-53;

77 en 1853-54; 44 seulement en 185i-55; 92 en 1855-56; 83 en

La campagne de 1865-1866 a été exceptionnelle dans ses résultats, exceptionnelle par la récolte de ses betteraves comme par la quantité de leur rendement. Elle a dépassé en France une production de 250 millions de kilogrammes et atteint une proportion telle que si, pendant les années qui la suivront, elle progressait encore, la sucrerie indigène suffirait seule aux besoins de la consommation nationale.

Dans l'ensemble des réformes économiques que le gouvernement présenta en 1860, il y en avait une qui pouvait avoir une certaine influence sur Tindustrie du sucre de betterave, c'était celle qui en réduisait les droits d'environ 40 pour 0/0. Cette réduction seule en amenait une sur le montant des contributions indirectes de 1861, comparé à celui de 1860, de 53,243,000 francs*.

Dans les ressources de l'état elle était considérable, et, en la décrétant, la législation avait eu l'espoir de faire augmenter la consommation du sucre dans une proportion qui, avant peu d'années, devait combler ce déficit. Mais il n'en fut pas ainsi, et par suite d'une demande formulée par les raffineurs, tendant à faire

1856-57; 151 en 1857-58; 132 millions 2/3 en 1858-59, et 126 millions 1/2 en 1859-60.

En 1859, le ZoUverein, la Prusse et rAutricbe. produisirent 214,137,000 kilogrammes de sucrer de beUera?es et 240,624,000 en 1860.

1 En proposant ses réformes, le gouvernement évaluait que les produits des contributions indirectes de 1861, comparés à ceux de 1860, présente raient une diminution de 40,119,000 francs, et ces réductions résulteiaient de celles sur les droits pavés par les sucres, les cotons, les laines, le café et la navigation, s'élevant à 88,594,' 00 francs; mais ramenés au chiffre de 40 millions par Télévation de Timpôt sur les alcools, etc.

recenser les sucres existants dans leurs magasins, au moment de l'application du droit réduit, et d'obtenir la remise de la portion de celui payé, reux-ci, pour échapper à la perte que ce refus pouvait leur causer, s'arrangèrent de façon à ne plus avoir pour cette époque des sucres ayant acquitté le droit. Il en résulta une interruption dans la fabrication et dans la vente de ceux raffinés, dont les cours s'élevèrent, tandis que ceux des sucres bruts restèrent fort bas ^

Pour s'approvisionner, le commerce d'épicerie fut alors forcé de subir des conditions peu favorables et notamment d'accepter pour des délais prolongés celles de marchés fermes el à des prix dont rien ne justifiait l'élévation. De là plusieurs effets fâcheux.

Le gouvernement se hâta de faire suspendre cette réduction et de rétablir les tarifs qui existaient. Ces tarifs se trouvèrent ensuite confirmés par la législation de 1863.

Ainsi, la culture de la betterave, après avoir subi les vicissitudes les plus diverses et failli être supprimée par le législateur, a fini par triompher et devenir une nécessité de l'époque. Installée d'abord dans les départements de l'Aisne, du Pas-de-Calais, du Nord, de la Somme et de l'Oise, elle tend depuis à se propager dans toutes les contrées où le climat et le sol paraissent lui être favorables, et elle sera bientôt pour les régions du nord ce qu'est la vigne pour celles du midi.

1 Renseignements que nous devons à Tobligeance de M. F. Georges, membre du conseil général de T Aisne.

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