‹ Saint-Quentin; de son commerce et de ses industries (volume 2)Chapitre 17 sur 66 · NATIONS · texte numérisé non relu

NATIONS

France.

ZoUverein.

Prusse.

Autriche.

Belgique.

Nous devions ces renseignements à M. Bauchartde la cliambre de commerce, qu'une mort prématurée d*enlever à m fkmille et à ses amis.

DemaroUe, membre et ngrettaUe vient

coton toutes les funestes conséquences que redoutaient ses manufacturiers, et la guerre d'Amérique surtout a été l'événement imprévu qui a détourné le coup dont elle était menacée.

Les importations des cotons en laine, qui avaient été de 85 millions en 1860 et qui s'étaient élevés à 121 millions en 1861,. par suite de cette guerre se sont trouvées réduites, en 1862^, à 36, et à 50 millions en 1863. Leurs cours (et pour cette citation nous prendrons le Louisiane, sorte ordinaire du coton américain), leurs cours qui étaient, le 1 janvier 1861, à 85 francs, à 138 à la même époque en 1862, étaient côtés, le 8 janvier 1863, à 290 francs et à 344 fr. en 1864.

Cette rareté et cette cherté étaient excessives, et plus que toutes les autres, la nation anglaise, atteinte dans la plus considérable de ses industries, eut à en souf* frir. Aussi, qu'arriva -t-il? c'est que ses manufacturiers, qui avaient à satisfaire aux besoins ordinaires de leurs immenses débouchés, recherchèrent peu la clientèle de la France...

La différence entre 36 et 50 millions de kilogrammes de cotons importés en 1862 et en. 1863, et celle de 12i en 1861 et même de 85 en 1860, jointe à l'augmentation que venait d'avoir à subir cette matière première de quatre fois sa valeur ordinaire, ne pouvaient que produire un grand vide dans cette fabrication. Ce vide.

1 Le manque du t^otOD a, dit-oo, fait perdre aux nations du globe six milliards de production et de travail (Discours de M. J Brame, députe, séance du corps législatif, du 18 janvier 1864.)

— 3TÎ —

estimé pour deux années à 600 millions de francs S fut nécessairement comblé par les autres industries teitiles. A défaut d'étoffes de coton, les consommateurs durent acheter des étoffes en laine et remplacer les toiles de coton par des toiles de lin ou de chanvre ; de sorte que l'argent , appliqué ordinairement aux acquisitions des tissus en coton, servit pendant 2 ou 3 ans à procurer une très-granrlo activité aux* manufactures de la laine et du lin.

Si la coïncidence du moment où les 'traités furent mis en vigueur avec celui où la guerre d'Amérique prit une grande proportion ne permet pas d'affirmer si lespertes qu'eurent à supporter les industries du coton, pendant les années 1860, 1861, 1862 et même 1864, doivent être attribuées aux conséquences des nouvelles réformes, ou au conflit américain qui privait ses manufactures de coton de ses matières premières, il est à croire que ces deux circonstances y contribuèrent, et que ce qui résulte de tous les faits connus, c'est que pour les industries textiles l'épreuve n'est pas terminée et que la prononciation du jugement définitif semble être réservée d'abord pour l'époque où les prix de cotons seront ce qu'en 1860 ils étaient, pour celle où la situation commerciale de l'Amérique sera redevenue ce qu'elle était avant la guerre, et pour celle enfin où les 40 millions de broches ^ que peuvent faire

i Discours de M. Pouyer-Qaertier au corps législatif, séance «lu 18 janvier 1864.

î Discours de M. J. Brame» séance du corps législatif du 18 Janvier 18<M.

ourner les filatures anglaises, rentrées sur les marchés du monde, pourront venir y faire concurrence à nos produits.

Une Justice doit toutefois être rendue aux manufacturiers français. Si, en voyant se dresser devant eux un avenir inconnu ils ne furent pas tous de chaleureux partisans des traités de commerce, parce qu'ils pensaient qu'un grand pays doit savoir faire ses affaires lui-même et rester libre de ses actions pour mieux apprécier les faits et réparer ses erreurs ; si plusieurs regrettaient même que ]^on ait soustrait à la discussion législative une réforme qui modifiait si radicalement notre régime douanier, tous, au moins, protectionistes, prohibitionistes ou libre-échangistes, s'inclinèrent devant un fait accompli, et se mirent immédiatement à l'œuvre pour faire apporter dans leurs usines les améliorations que leur outillage et leur fabrication pouvaient réclamer. Sans avoir égard aux sacrifices qu'ils allaient s'imposer, ils réunirent alors leurs forces et leurs intelligences pour triompher des périls d'une situation difficile, et avec leurs forces, leur courage et leur intelligence, ils sont parvenus non-seulement à conserver la consommation de leur pays et à rester en possession de son marché , mais encore à soutenir la concurrence des autres nations ^

C'est là un fait considérable à enregistrer dans les annales du commerce français.

1 D*après les documents statistiques réanis par radministration des

Mais si les traités, grâce aussi aux droits qui protègent nos industries, n*ont eu jusqu'à présent sur celles de Saint-Quentin qu'une influence peu sensible, doitr on en tirer cette conséquence que cette situation soit tellement garantie, qu'il n'y ait plus à se préoccuper de celle que ces mômes traités pourront produire, quand une très-sérieuse concurrence sera établie entre les différentes marchandises de toutes les nations? L'avenir semble-t-il donc tellement assuré que l'on ne doive plus se préoccuper des nuages un peu sombres dont naguères encore on redoutait les surprises? Ne citons qu'un fait, il est récent : il y a peu d'années, ne disait-on pas que les traités de commerce étaient appelés à consolider la paix, que les guerres devenaient presque impossibles et qu'elles devaient désormais être regardées comme une folie par l'argent qu'elles coûtent, la dévastation qu'elles sèment et le sang dont elles inondent la terre? Ne le disait-on pas? et cependant, en dépit des traités, n'est-il pas survenu une guerre peu prévue et meurtrière entre la Prusse, rAutriche et l'Italie? Dans cette situation, nous le demandons, l'industrie ne doit-elle pas se tenir sur ses gardes?

douanes, Totci le relevé des exportations françaises en tissus de coton écrus ou blancs, en Angleterre :

En 1861, 623,588 francs.

En 1862, 758,570 >

En 1863, 9,375,290 »

En 186i, 5,361,979 •

En 1865, 2,587.U1 »

Le montant total de nos exportations, en tissus de coton écrus et blancs, en y comprenant TAIgérie, s*est élevé en 1861 à 23,785.158 francs; en 1862. à 21,134,995 francs; en 1863, à i8,827,6i2 francs; en 1864. Il 44,61^,695 francs, et en 1865, & 45,382,245 francs.

Quant à nous, si nous avions à dire notre opinion, nous la formulerions ainsi : C'est que tout en se félicitant de la situation dans laquelle la conclusion des traités a laissé nos manufactures, celles-ci doivent se pr^arer à la lutte, en étudiant le caractère spécial des industries de leurs rivaux, les conditions de travail dans lesquelles ils se trouvent et les avantages des fusili à aiguillée, contre lesquels elles auront un jour à défendre leur commerce.

C'est dans ce but que nous rappellerons les principales conditions économiques dans lesquelles se trouvent aujourd'hui la France, l'Angleterre, la Suisse, la Belgique et l'Allemagne.

Nous le ferons en quelques mots, en parlant peu de la France qui, par la fécondité de son territoire et par le génie inventif de ses populations, est devenue la première puissance du continent.

Les avantages remarquables de sa situation sont connus, et l'on sait que ce n'est pas l'esprit mercantile qui a dirigé le développement de son commerce extérieur, mais bien plutôt l'excellence des produits de son sol et de ses manufactures ; nous dirons seulement que l'art et le goût qui dominent dans toutes les branches de son industrie et son inépuisable fécondité d'imagination sont des titres qui lui assurent l'empire de la mode. *

Aucune nation ne possède comme elle et au même degré le secret de rajeunir continuellement, par d'inimitables fantaisies, la forme et la disposition des couleurs ; c'est à ce don créateur de la oouveauié.

parfois si frivole en apparence, qu'elle doit certainement la préférence qu'elle obtient pour la plupart de ses produits. Cette préférence, qui semble s'étendre à tout ce qui sort de ses ateliers, est encore appelée à augmenter avec l'essor que reçoivent ses établissements industriels; aussi, ses manufacturiers aurontils raison de les diriger plus particulièrement vers les productions de goût où ils excellent,

La France a donc, sans partage, l'avantage de la nouveauté, et celui de faire habituellement de beaux et de très-bons produits. C'est à l'excellence de leurs qualités et à leur gracieuse variété qu'elle doit aussi d'avoir pu, avec un faible droit de protection, soutenir la concurrence redoutée de ceux des autres nations. Seulement, ce qu'il lui importe, c'est de savoir conserver les avantages de cette précieuse conquête, et de se rappeler sans cesse que le progrès qui marche est la vie de la civilisation, mais que si ce progrès s'arrête ou languit, c'est une preuve que la suprématie que l'on avait va vous échapper.

La puissance commerciale de l'Angleterre, on doit le reconnaître, a plus de grandeur ^ que celle de la France. Elle représente dans l'industrie la force du levier plutôt que l'art, l'utile et la quantité plutôt que l'agréable. Son industrie manufacturière n'a pas de rivale sous le rapport de la puissance d'organisation, et elle est favorisée par une abondance de ressources

1 Ch. Vogel. Du commerce et du progrès de la puissance commet^ dale de l'Angleterre et de la France, tome l«r, page 82.

tout à fait exceptionnelle en combustible et en piétaux utiles. La possession de ses vastes colonies, que ses produits alimentent, contribue aussi à multiplier ses débouchés.

Plus qu'aucune autre, l'industrie britannique porte le caractère de l'universalité; cependant, après ses travaux métallurgiques, c'est dans la filature et dans le tissage du coton que réside surtout sa puissance. Cette puissance est grande; car elle vend au monde pour 1 ,500 millions de tissus de coton, quand la France n*en vend encore que pour 96*, et avec un tiers d'ouvriers seulement en plus, elle en fabrique au moins cinq fois autant que celle-ci*.

L'immense développement d'une industrie^, dont rien n'approche l'essor, suffit pour assurera la Grande- Bretagne le premier rang parmi les pays manufacturiers. Ce rang ne peut lui être contesté, et la France doit, quant à présent, se contenter du second.

L'Angleterre fabrique particulièrement les produits d'une consommation générale, et ses efforts tendent chaque jour à substituer la force industrielle au travail de l'homme. Ses manufacturiers,aidés par la nature de leur sol, possèdent de plus cette patience d'investi gation et cette entente d'économie industrielle qui

1 Discours de M. Ch. Dupin, au sënat, le 11 mai 1866.

2 Discours de M. Baroche, président du conseil d*ë(at, du 19 mars 1862.

3 Les membres anglais du jury de la 19* classe à rexpo*ition de 1855 estimaient que le colon occupe dans le monde industriel environ 3 millions d*ouTriers, qui ordinairement produisent chaque année pour 3 milliards H di>mi ou 4 milliards de marchandises.

eonsiste à savoir fabriquer de tout, mais juste ce qui convient à leurs grandes consommations. Us produisent beaucoup des mêmes marchandises, afin de les produire à meilleur marché; et, s'ils recherchent peu les articles nouveaux, c'est qu'ils croient être plus certains d'écouler et avec plus d'avantages leurs bom anciens dessins dans les contrées où ils ont l'habitude de les expédier. En général les anglais créent peu; c'est le contraire en France, où les fabricants inventent sans cesse et où ils trouvent leurs inspirations dans leur bon goût, qu'ils savent imposer à leurs acheteurs. En France, pourvu que les étoffes que Ton y fabrique soient jolies, on s'occupe peu des contrées où on les fera réussir.

En temps de calme et de prospérité, la concurrence de la Grande-Bretagne peut ne pas être très-dangereuse; car avec ses débouchés, elle écoule la généralité de ses produits; mais en sera-t-il de même quand arriveront ces époques de crise qui se renouvellent si souvent aujourd'hui? n'est-il pas à craindre alors que ses manufactures, pour se procurer de l'argent, ne s'empressent de jeter à vil prix sur le marché français, non des fines ou nouvelles étoffes de coton qu'elles font peu, mais de grandes quantités de leurs cotons filés simples et retords, de leurs piqués, de leurs jaconats, nansoucks, calicots et des autres produits de quahtés moyennes dont elles fabriquent beaucoup? Là doit être la préoccupation de nos industriels , car là se trouve, suivant nous, un danger et une crainte.

La Suisse, dont le traité de commerce avec la France

est récent, occupe en Europe Tun des premiers rangs parmi les nations qui fabriquent le coton ; ce rang, elle le doit à la perfection de ses tissus et aux prix [auxquels elles les livre à la consommation; elle doit ensuite la prospérité de ses manufactures au bon marché de ses denrées alimentaires, à la sobriété de ses habitants, à la modicité du salaire de ses ouvriers et à ses nombreuses chutes d'eau qui remplacent le couibustible.

Mais c'est particulièrement, nous l'avons dit, pour ses mousselines brodées pour l'ameublement et pour la lingerie, que cette contrée parait devoir faire une concurrence très-redoutable aux produits similaires français, et cette concurrence, si l'on s'en rapporte aux plus récents documents statistiques, est appelée à devenir de plus en plus sérieuse ^ En effet, la Suisse fabrique maintenant avec des métiers mécaniques de nouveaux genres de broderies, qui chaque jour davantage viennent disputer le marché de la France aux produits de ses brodeuses.

Quant à la Belgique, qui forme une partie de cette ancienne province des Flandres qui, au xiii* siècle, s'était associée avec les villes de Saint-Quentin, d'Amiens, de Cambrai, Valenciennes et autres pour vendre ses draps à l'Angleterre, et qui, depuis sa révolution de 1830, constituée en royaume, est largement entrée dans la voie des progrès, elle a vu grandir ses

1 Poar raonée 1865, c*est-à-dire depuis la conclusion du traite de commerce avec la Suisse, il est entré en France, non-seulement pour 469,128 francs de broderies à la main, mais encore pour les trois premiers mois de 1866, ce chiffre s*cst élevé à 233,266 francs, et il tend encore i s'augmenter.

relations, 900 influence et ses ressources. Douée d*un génie éminemment pratique, elle a compris que le commerce et l'industrie ne pouvaient, au sein de la paix publique, que se développer sous l'égide des lois et de la liberté. Son sol fertile b'est couvert de chemins de fer, de canaux et de routes, et son intelligente et laborieuse population est venue remplir ses ateliers. La Belgique est une nation essentiellement industrielle, et sa vitalité est aussi ardente, aussi énergique qu'à l'époque où elle était le berceau de l'industrie. Les produits principaux qu'elle fournit à la France sont ses houilles ^, ses fers, ses toiles, ses flls écrus et ses dentelles. Nous avons également fait connaître que, depuis son traité de commerce, elle y envoyait d'assez grandes quantités de filés de coton, de grosses étoffes, des piqués et des couvertures de coton ^. Ses conditions de production sont trop favorables pour que toutes ses marchandises ne viennent pas bientôt sur tous les marchés faire concurrence à celles des autres nations.

L'Allemagne, ce pays des hanses et du commerce ancien, qui, par sa réformation, contribua si puissamment au développe uient du genre humain et à qui il arriva ce qui arrive souvent, c'est qu'il tut de tous les peuples celui qui retira de cette source de prospérité le

1 Voici le relevé des boailles belges et anglaises, entrées en France: Eo 1863, de Belgique. s*élevaDt à 51,465,989; d'Angleterre, 21,800,465 En 1864, » • 60,277,100; • 23,896,898 En 1865. n » 65,367,345; » 28,289,352

(Documents statistiques de la douane).

2 C'est la ville deGand, particulièrement, qui fournit d'excellents cotons Ulés en gros numéros, et des étoffes en coton, que la Belgique produit en très -bonne qualité.

plus mince avantage, l'Allemagne est une contrée qui fabrique généralement bien tout ce qu'elle fait ; ses étoffes en coton, en laine, en fil ou en soie, sont de bonnes qualités. Si elles ne sont pas remarquables par le goût et la nouveauté, elles le sont par l'extrême modicité des prix auxquels elles sont vendues.

La Saxe fait à Plauen des rideaux et des stores en gaze et en mousseline brochée, aussi bien et meilleur marché peut-être que n'importe dans quelles contrées de l'Europe; et l'Autriche a des manufactures de velours et de tissus en laine et en coton qui méritent tout le bien que l'on peut dire de marchandises qui, sous beaucoup de rapports, laissent fort peu à désirer. Nous avons, en 1855, appelé l'attention du commerce^ sur des siamoises, peluches, flanelles en coton, imitation de peaux de tigre, qui figuraient à cette exposition. Ces étoffes étaient bien le produit le plus extraordinaire qui fut soumis à l'appréciation des jurés de la XIX* classe. Appelé Kalmouck et fait à Gladbach (Prusse-Rhénane), ce tissu était très-fort et fabriqué avec de gros cotons ; il était large de 60 à 65 centimètres, épais comme Tune de nos meilleures qualités de molleton, et son prix inconcevable, et cependant certifié^, n'était que de 40 à 70 centimes le mètre.

Pour beaucoup de ses produits, l'Allemagne possède de véritables éléments de réussite. La vie ordinaire et les salaires y sont à bon marché, les ouvriers

1 Rapport 9ur la sittiation de Vinduttrie du coton, page 26.

2 Voir le compte-reDdu de l'exposition de 1855 aux pièces justificatives.

y ont*des habitudes d'ordre et, qualités bien rares, ils ont non-seulement Teiactitude du travail, mais encore la discipline de l'atelier.

Cet empire, on le verra un jour , est appelé à faire une très-sérieuse concurrence à nos industries textiles et sucrières, et les manufacturiers français auront bien raison d'y penser et d'y prendre garde.

Dans une étude consacrée au commerce et mx% industries d'un district manufacturier, étude écrite peu d'années après l'époque où les barrières des douanes venaient d'être abaissées, nous ne pouvions pas nous dispenser d'examiner les conséquences du nouveau régime économique qui allait remplacer l'ancien et de dire les appréhensions qui restent comme celles qui ont été dissipées. C'est ce que nous venons de faire avec franchise, et nous le pouvions d'autant plus facilement, que nous avons toujours été* de ceux qui, en voulant les progrès de la puissance industrielle de la France, n'ont jamais demandé pour ses manufacturiers que la diminution successive des droits qu'y payaient à leur entrée leurs matières premières, et l'équitable protection dont avaient besoin leurs produits fabriqués.

Telle est notre opinion sur des traités très-vite conclus, mais qui ne doivent pas ôtre jugés avec la mt^me célérité. Nous la compléterons en nous associant sans réserve à l'opinion exprimée, à leur sujet, par un honorable sénateur que l'industrie française a toujours considéré comme l'un de ses plus dévoués et savants défenseurs, et en citant les paroles prononcées au

sénat, le 11 mai 1866, par M. le baron Gh. Dupin, nous nous associons, nous le répétons, à la déclaration qu'elles expriment :

a J'avais conçu, tout d'abord, y a-t-il dit, de très- )» sérieuses appréhensions au sujet du traité de corn-* » merce, non pas que je doutasse de la sagesse du » gouvernement, mais ayant étudié depuis longtemps » les anglais et l'immensité des ressources dont ils » disposent, je craignais que les précautions prises 9 par ce traité ne fussent pas suffisantes pour nous » permettre de lutter contre la redoutable concurrence » de l'Angleterre . J'avais tort, les précautions étaient 1» suffisantes, et la meilleure preuve , c'est que le cbif- » fre de nos exportations en Angleterre, qui était en » 1860 de 1)98 millions environ, est aujourd'hui de » 874 millions, ce qui présente 46 pour 0/0 d'accrois- 0 sèment. Eh bien! je suis heureux de ce résultai qui » a dépassé nos espérances, et, en faisant cette décla* Y) ration, je donne la mesure de ma sincérité, i»

Cette opinion sage et juste est aussi la nôtre. Elle servira de résumé et de conclusion à ce que nous avons écrit sur l'une des plus importantes réformes économiques du xix*" siècle.

Et maintenant, en quittant un aussi grave sujet, nous dirons à la gloire de nos manufacturiers que les traités que la France vient de conclure avec les autres nations étaient l'épreuve la plus redoutable qu'ils pussent jamais avoir à traverser, et que cependant, gr&ce à leur énergique intelligence et à d'onéreux sacrifices, l'épreuve s'est faite mieux qu'on ne le croyait. Toutefois

nous conseillerons aux industriels du district de Saint- Quentin de ne pas trop compter sur une victoire qui n'est pas encore complètement définitive, et de se souvenir, quand arriveront les crises de marchandises, que ce qu'ils ont le plus à redouter, c'est surtout la concurrence des filés , des tulles et des étoffes en coton de l'Angleterre ; c'est celle des broderies de la Suisse et même celle des sucres de betteraves de l'Allemagne.

Nos lecteurs connaissent maintenant les noms et les genres des produits qui, depuis le xi^ siècle, se sont fabriqués dans les environs de Saint-Quentin, et dont, dans les différents chapitres de cet ouvrage, nous avons cherché à relater les origines et l'importance. Il ne nous reste plus qu'à leur indiquer ceux qui s'y font au moment où nous allons le terminer.

Saint^Quentin, qui fut l'un des berceaux de l'industrie du coton, ne possède qu'un trop petit nombre de filatures^, que ses habitants voudraient voir augmenter, parce que les filés qu'elles produisent sont tout-à-fait insuffisants pour les besoins de sa fabrication de tissus.

Toutefois si le nombre des filatures de coton n'y augmente pas, il n'en est.pas de même de celles qui filent la laine^. Jamais ce district n'en avait eu autant,

1 On estime à 80,000 broches environ le nombre de celles qui tournent dans les 8 ou 9 Glatures de Saint-Qupntin, de Roupy et de la Bussière; de 15 à 17 millions le chiffre des filés qui s*y vendent, et de 25 à 30 millions ce!ui des tissus en coton qui s*y fabriquent annuellement (Nous devons ces appréciations sur la moyenne présumée des affaires qui, approximativement, ont pu s'y traiter depuis 2 ou 3 ans, à plusieurs de ses honorables négociants )

S n y a en 1866, dans la ville de Saint-Quentin i filatures en laine, qui ont de 28 à 30,000 broches, avec peignages et tissages mécaniques.

et cependant leurs produits sont encore loin de suffire à alimenter une partie du travail des milliers de tisseurs qui continuent à y être employés^ non-seulement par les contre-maîtres des maisons de Paris, de Saint-Quentin, de Bohain ou d'Origny, mais aussi par ceux des villes de Roubaix, de Reims et de Rouen.

Les genres des étoffes de coton qui s'y font sont principalement des mousselines et des gazes. pour Tameublement^, des piqués de mille espèces, desjaconats, nansoucks, mousselines unies, plumetis; des tissus plissés pour devants de chemises, article qui date de 1839 et dont la consommation devient importante, des calicots, des percales, des cretonnes, des basins, des brillantes, des jaconats façonnés, des tulles unis , des tulles brodés et des dentelles*. Il s'y fabrique encore quelques gazes unies, joncs et lapins, et autres articles anciens, mais en petites quantités.

Le commerce de la broderie continue à y prospérer et à y occuper toutes ses ouvrières ^.

Ce commerce se divise pour ainsi dire actuellement en deux catégories : celle de la broderie à la main et celle à la mécanique. La broderie qui se fait à la mécanique est un nouvel exemple -de Tavenir considérable réservé au travail qui se produit avec des machines ;

1 Le nombre des maisons qui y vendent en blanc des lissas en coton est de 68. Celui des commissionnaires de tissus écrus, de ii, (Statistique de 1865.)

2 Celui des négociants qui font le commerce des tulles unis et brodés est de 38. (SUUstique de 1865.)

3 Celui de ceux qui se livrent à Tindustrie de la broderie est de 57. (SUtistique de 1865.;

car ce genre de broderie -paMIt appelé à fournir une bien plus grande quantité de marchandises à la consommation que celle à la main. — L'une est l'avenir et Tautre le passé.

A ce commerce est venu s'en joindre un autre y qui prend de l'importance et qui consiste, comme nous l'avons dity à faire, avec les métiers à coudre, de petit^, . articles de lingerie gén^Talement demandés. pour les confections de lingerie. Cette nouvelle industrie est tellement florissante qu'elle va rechercher des ouvrières jusque dans l'arrondissement de Laon ^.

Quant à la fabrication des étoffés en laine^, elle n'est plus comme autrefois circonscrite dans les deux . cantons de Bohain et de Ribemont, elle s'est aujourd'hui répandue dans presque toutes les communes des arrondissements de Saint-Quentin, de Vervins et de Cambrai. C'est désormais une grande industrie qui y varie ses productions à Tinfini. Voici celles qui, en 1866, y sont plus particulièrement recherchées: en tissus de laine pure: les mousselines, les cachemires d'Ecosse, les mérinos, les toiles reps, les popelines et les organdis ; en tissus coton et laine : les toiles de l'Inde, les valencias , les taffetas, les gazes barége anglais, les mozambiques et les crêpes de Nice ; en tissus soie et laine : les crêpes d'Espagne, les taffetas

1 Une maison de Paris ayant à Saint-Quentin one succursale pour ses achats de tissus et sa fabrication de broderies, vient de créer à Tergnier un atelier de broderies.

t II n*y a que 9 maisons importantes à Saint-Qnenttn qui s*occupent de la fabrication des étoffes de laine, mais il y en a un bien plus grand nombre à Bohain, Fresnoy et à Origny-Sainte-Bénolte.

de Paris y les linons, grenadines, florentines et bizan* tines; en tissus soie pour voiles: les gazes doua, gazes grenadines, gazes de soie, fichus et voilettes.

Ces industries en entratnent d'autres à leur suite. Ainsi, après lesfilateurs et les fabricants de tissus^, il y a les mécaniciens constructeurs de machines, les pareurs de coton ^, les grilleurs', les découpeurs ^ , les blanchisseurs'^, le» teinturiers^, et les apprêteurs d'étoffes^

Après ceux-ci, il y a encore d'autres établissements industriels ^, et un entre autres où l'on fait des ressorts de jupons qui servent aux crinolines.

Les caprices des lois de la mode n'ont le plus souvent qu'une courte et éphémère durée, et sans pouvoir préciser ce que sera celle de ce produit, nous dirons seulement que voilà plusieurs années que pour cet emploi l'on fabrique à Saint-Quentin des ressorts de jupons, lesquels se font dans une usine parfaitement dirigée et dans laquelle se trouvent deux machines à vapeur de la force de 60 chevaux ; nous dirons encore que cette usine contient 600 métiers à couvrir l'acier, qui pro-

1 Saint-Quentin possède 7 tissages mécaniques.

S 10 parages de coton.

3 A grillages.

A 2 découpages de tissus avec machines mécaniques.

5 8 blanchisseries de tissus.

6 1 teinturiers de cotons, soie et laine.

7 10 apprêteurs de tissus.

8 Fabriques de savon vert, de chocolat, de jus de réglisse, etc. (Renseignements puisés aux statistiques industrielles et dans VAlmanach annuaire de l* arrondissement de SainUQuentin,

duisent chaque jour de 15 à 1600 pièces de ressorts, c'est-à-dire environ 25 millions de mètres d'acier par année ^. Cette fabrication est une nouvelle industrie qui mérite d'être connue, appréciée et encouragée.

La ville de Saint-Quentin est aujourd'hui Je centre, non-seulement d'une grande fabrication de tissus de mille espèces, mais enct)re celui d'opérations très-considérables en banque', en sucres, en iflcools', en huiles, en vins^, en bois'^ en farines, en toiles, en denrées coloniales^, en carrosserie, en charbons de terre ^, en meubles et en bien d'autres produits. Elle est tout à la fois une cité industrielle de premier ordre et une grande cité de commerce,

Son arrondissement marche, quant à l'importance des affaires qui s'y traitent, à la tête de ceux qui for-ment le département de l'Aisne. Ce département n'est pas seulement un de ceux où l'industrie et le commerce tendent à prendre le plus grand développement, mais il est encore de ceux qui se distinguent le plus par leurs

. 1 Renseignemeots qui émaneot de Tbonorable maoïifacturier, propriétaire de celte usine.

2 Le chiffre des affaires traitées par les maisons de banque de Saint- Quentin, ayant succursales à Parts, qui n*ëtail que de 2û4,(h25,129 francs en 18i7, et, en 1856, de 1,043,599,492 francs, s*est élevé, en 1863, à 1,543,282,982 francs.

3 Saint-Quentin possède dans sa banlieue rétablissement le plus considérable d*aIcools qui soit en France, et dans la ville des fabriques trèsbelles et importantes d^huiles.

4 11 y a à Saint-0>ientin 30 maisons qui font le commerce en gros de» vins et eaux-de-vie.

5 7 des bois de constructions.

6 23 des denrées coloniales.

7 82 de charbons de terre.

cultures industrielles, leurs nombreuses usines agricoles, leurs races de bestiaux, leurs mines et leurs bois.

On y cultive le froment^, les légumes et le lin, et on y cultive avec le même succès les graines oléagineuses et la betterave. La betterave, pour ne citer qu'un exemple, a permis de quadrupler les existences de son bétail et de porter le rendement de ses céréales au chiffre le plus satisfaisant. Ainsi, a dans les meilleures fermes de la région, i> a dit un écrivain spécialiste auquel nous laissons la responsabilité du renseignement^ : a lorsque les saisons ne sont pas » trop contraires, le blé sur betteraves ne donne pas )» moins de 30 à 3S hectolitres par hectare, et parfois » même il en donne exceptionnellement jusqu'à 40; » avec ce rendement ses prix de revient devraient y » varier de 10 à 13 francs Thectolitre. »

La betterave, depuis quelques années, est devenue Tune des plus importantes cultures d'un département 011 chacun des arrondissements a un plus ou moins grand nombre de fabriques de sucre*.

1 Pendant les 15 années qui unt précédé la révolution de t789, le froment s* est vendu dans la circonscription territoriale qui forme aujourd'hui le département de TAisne 8 livres 4 sols 11 deniers le quintal ancien, en moyenne.

2 M. Jacques Valserres. — Situation économique de la région du Nord {Journal de l'Aisne du 22 mai 1866).

3 Voici ce qu'ont produit pour la campagne 1865-1866, et par arronrondissements, jusqu'au 26 avril 4866, les fabriques de sucre du département de TAisne :

L'arrondissement de Laon 20,897.966 kilogr.

Celui de Saint- Quentin 18,82i,568 •

Celui de Soissons 8,053,178 »

Celui de Vervins 2,302,063 •

Celui de Château -Thierry 647.755 »

Ce renseignement officiel permet d'apprécier le rang qu'occupent ces cinq arrondissements dans la production du sucre du département.

Si nous avioDS à rendre compte de son agriculture, nous aurions à montrer que, uuUe part, elle n'est plus développée, ni plus avancée ; mais laissant à d'autres, plus autorisés, le soin d'en faire connaître le brillant avenir, nous allons seulement, en terminant cette étude, montrer les progrès obtenus depuis 60 ans par son commerce et ses industries ^

Les huit cent trente-sept communes dont se compose le département de l'Aisne et qui forment ses cinq arrondissements, c'est-à-dire ceux de Saint-Quentin^, de Laon. de Vervins, de Soissons et de Château- Thierry j ont des productions différentes les unes des autres. Les industries de ceux de Saint-Quentin et de Vervins ne sont pas celles de ceux de Laon, de Soissons ou de Château-Thierry ; chacun d'eux a sa richesse particulière.

En en rappelant sommairement les principales, nous commencerons par celles de celui de Saint- Quentin qui a été plus particulièrement l'objet de cette étude.

Dans la plupart des communes de son canton et de celles des cantons du Câtelet et de Vermand les ouvrierss'occupent plus spécialement du tissage du coton.

1 An chapitre iv de ce volume, nous avons, diaprés un rapport de la chambre consultative, fait connaître c« qu'étaient, en 1806. les industries du département de TAisne, nous avons cru utile de montrer ce que sont, d*aprés les documents que nous avons pu nous procurer, ces mêmes industries en i866.

S L'arrondissement de Saint-Quentin a 7 cantons et 127 communes.

Celui de Laon il • 288 »

Celui de Soissons G » 166 »

Celui de Vervins 8 > 132 »

Et celui de Château-Thierry 5 » 124 »

On fait toujours de la rouennerie à Flavy-le -Martel*, grande commune de celui de Saint-Simon; et depuis quelques années on a joint à cette fabrication celle d'étoffes connues sous le nom de toile de Saxe ou de cretonne, dont la chaîne est en coton et la trame en laine. Il y a aussi dans ce catiton une fabrique de produits chimiques, 2 huileries, une corderie, 8 usines à farines, des fours à chaux, des fours à plâtre, des briqueteries, une fabrique de tuiles et 14 fabriques de sucre.

Dans ceux de Bohain, de Ribemontet dans les communes de Fieulaine, Fonsommes et Fontaine-Notre- Dame (canton de Saint-Quentin) la plupart des ouvriers tissent de ces charmantes étoffes en laine et soie qui sont recherchées pour leur bon goût sur tous les marchés du globe. C'est encore dans ces contrées que se produisent les magnifiques châles qui rivalisent maintenant avec ceux de Tlnde.

Dans le canton de Bohain, qui est très commerçant, il y a 56 fabricants ou contre-mattres qui dirigent un môme nombre d'établissements distincts de tissage, lesquels occupent 8,000 personnes des deux sexes et de tout âge, qui font mouvoir 4,300 métiers. Il y existe aussi des distilleries, une fabrique de sucre, une huilerie, des houblonnières et un certain nombre d'ouvriers

1 La rouennerie occupe à Flavv-le-Martel et dans les environs de 7 à 800 ouvriers, les autres tissus de 3 à 400. Au xi" siècle, la grande commune de Flavy-le-Martel n'était qu'une censé appartenant aux comtes de Vermandois ; son surnom lui vient de Tun de ses seigneurs nommé Martel (Marteau) à cause sans doute de ses exploits guerriers. Ce seigneur vivait dans la seconde moitié du xii« siècle (Melleville, tome !«', page 391).

qui tissent des étoffes de coton dans les communes de Montbrehain et de Ramicourt.

Ribemont possède une filature de laine qui est Tune des plus anciennes du département , et, à cette filature parfaitement montée, on a joint depuis, un peignage pouvant alimenter de 9 à 10,000 broches. Il y a également, dans cette ville, un autre peignage de laine important, et, dans le même établissement, un tissage mécanique de mérinos; une fabrique d alcool, deux tanneries et plusieurs mégisseries, et dans le canton des fabriques de piqués et quatre fabriques de sucre. A Thenelles on trouve un tissage et un apprêt de gazes en soie et de gros linons pour coiffes à chapeaux. Dans cette môme commune 90 à 100 ouvrières sont occupées à fabriquer des formes pour chapeaux de femmes, et pareil nombre à Séry-lès-Mézières.

Dans le village de Sissy, il y a 8 ou 10 établissements où se travaille la vannerie commune qui se compose de paniers à vins de Champagne, de claies pour les sucres et de paniers pour renfermer les touries à acides. Il y a de plus un assez grand nombre d'ouvriers vanniers qui travaillent isolément pour leur compte. Pendant les mois d'avril et de mai, un nombre considérable d'habitants, auxquels viennent se joindre beaucoup d'ouvriers des communes voisines, sont occupés au pelage, ou, autrement dit, au blanchissage de rosier. Ces osiers, divisés par bottes qui pèsent de 30 à 35 kilogrammes, se vendent, dans certaines années, jusqu'à 5 francs, et dans d'autres de 1 fr. 50 à 2 francs seulement la botte.

La culture du lin, si ancienne dans Tarrondissement de Saint -Quentin et qui y a été apportée des cantons limitrophes de la Belgique, est restée presque totalement concentrée dans les cantons de Moy, de Ribemont et de Saint-Simon. A Hamégicourt se trouve une filature de lin qui a 1,300 broches et qui utilise les étoupes, et à Alaincourt, à Brissay-Choigny, à Moy, à Brissy et autres villages, des rouissages à vapeur, des teillages de lin, et des commerçants d 'étoupes. A Vendeuil, où l'on filait autrefois du coton, il y a des fabriques d'huile et de farine. Le canton de Moy, qui a 220 teillages de lin, possède en outre une sucrerie, une distillerie, un tordoir, une brasserie et de nombreux moulins à farine; le plus important de l'arrondissement se trouve à Mézières. Peu de contrées offriraient plus d'avantages que les bords de l'Oise à ceux qui voudraient créer de grandes filatures de lin et des fabrications mécaniques de toiles.

Dans le canton du Câtelet, qui occupe plus de 6,000 ouvriers et enfants au tissage, il y a 14 brasseries, 5 fabriques de sucre et 9 magasins de charbons ; et, dans celui de Vermand*, dans lequel se trouve la filature de Roupy, la doyenne de celles du département et où il y a un très-grand nombre de tisseurs, il se trouve au&si 7 fabriques de sucre et des distilleries.

Quelle que fût l'importance qui était déjà acquise au commencement du x£x° siècle à l'arrondissement

1 II y a à Fluquières une fabrication de tissus de coton par métiers mécaniques.

de Saint-Quentin, il sera facile de reconnaître par ces renseignements statistiques et par les documents qui les ont précédés, combien il a progressé depuis 60 ans et de prédire la grande situation industrielle, agricole et commerciale qui, dans l'avenir, lui est réservée.

Nous avons dit, dans les premières pages de la seconde partie de cette étude, qu'en 1806, la manufacture des glaces de Saint-Gobain, qui est située dans l'arrondissement de Laon^, était le plus grand établissement industriel du département de TAisne. Depuis elle est devenue Tune des plus considérables associations manufacturières, non de la France, mais du monde entier.

La fabrication des glaces coulées y remontée Tannée 1665. L'invention des procédés qu'elle emploie est, comme on le sait, d'origine française, et leur application a donné lieu, quelques années après, à la création, au milieu des bois de Saint-Gobain et en face de son vieux château, de la manufacture qui porte ce nom.

Cette manufacture a été elle-même l'origine de toutes les fabriques de glaces qui existent en Europe. La belle découverte de leur coulage a été généralement attribuée à Abraham Thévart ; mais on assure que des recherches, faites dans les archives de la compagnie et qui s*accordent avec les traditions conservées par quelques ouvriers, établissent que Thévart n'a été que le

1 Autrefois rarrondlssement de Laon avait 3,600 hectares^de terre plantés en vignes, et il est celui du département qui, dans h campagne 1865-U'66, a fabriqué la plus grande quantité de sucre de betteraves. Cette industrie y est en voie de grands progrès.

pféte-nom d'une société de capitalistes qui demandaient le privilège d'exploiter les nouveaux procédés*. L'invention doit appartenir , dit-on , à Lucas de Néhou^, gentilhomme normand, écuyer, qui était le propriétaire de la verrerie de Tour-la Ville et qui devint, en 1705, l'un des premiers directeurs de l'usine de Saint-Gobain . C'est lui qui, pour étendre le verre, inventa le premier l'usage d'employer la table et le .rouleau, au lieu de l'instrument faible etpromptemenl épuisé de la poitrine humaine. Il fut l'inventeur de la glace moulée, c'est-à-dire de la glace proprement dite. Ce coulage ne réussit pas de suite, et pendant un assez grand nombre d'années, il ne donna que des produits irréguliers. Ce ne fut qu'en 1756 que Pierre Deslandes reconstruisit les halles de coulage et apporta h l'industrie des glaces de grandes améliorations, tant sous le rapport de la qualité qu'au point de vue delà couleur du verre. Depuis cette époque la manufacture de Saint- Gobain a été prospère, et elle n'a pas cessé d'améliorer et d'augmenter ses produits.

A la fin du siècle dernier, elle faisait des glaces qui avaient de 1 mètre 10 à 1 mètre 15 centimètres de hauteur et de 72 à 75 centimètres de largeur; en i855,

1 Par suite d'une rivalité survenue e.itrn les établissements de Saint- Gobain et de Tour-la- Ville en Normandie, il intervint, eu 1695, des le très-patentes par lesquelles le roi Louis XIV « voulant conserver dans » le royaume une entreprise aussi importante et Tempécher de s*établir 9 dans les états voisins, arrêtait : qu'il n*y aurait plus en Fiance qu'une » seule et unique manufacture de glaces, et que ce <:erait celle de Saint- » Gobain. »

2 C'est en 1 702, en Normandie, que do Nëhou imagina k procédé de couler les glaces.

elle en exposait une à Paris qui avait 5 mètres 37 de hauteur sur 3 mètres 36 centimètres de largeur, soit 18 mètres 04 de superficie, et cette glace n'était pas un tour de force industriel, car cet établissement est en mesure d*en fabriquer de cette dimension, toutes les fois que la consommation les lui demandera.

La compagnie de Saint-Gobain s'est fondue, en 1855, avec celle de Cirey, et elle a pris le nom de Compagnie de Saint-Gobain, Chauny et Cirey. A Chauny , elle a de vastes usines de produits chimiques; et, en outre de ses établissements de Saint-Gobain, elle en a maintenant trois autres : Tun à Cirey, dans le département de la Manche, et les deux autres en Allemagne, à Aix-la-Chapelle et à Mannheim. Elle fabrique aussi des pièces de verre moulées qu'elle livre aux constructeurs de phares et de fanaux, des verres épais pour dalles et trottoirs, des glaces courbes, brutes et doucies, et des plaques de verre à glace blanc qui sont employées en grande quantité par les opticiens pour servir de crown-glass dans les objectifs achromatiques.

Mais ce qui distingue surtout la compagnie de Saint- Gobain, c'est le soin qu'elle prend de ses ouvriers et de ses employés, c'est son esprit de famille. Saint- Gobain n'est pas seulement une association de grands capitaux, d'intérêts matériels ou une réunion de forces productives admirablement administrée; Saint-Gobain est plus et mieux que cela, c'est une famille, une grande famille qui comprend les actionnaires , les administrateurs, les directeurs, les contre-maîtres, les

ouvriers, et qui les réunit dans un même sentiment d'affection et de bienveillance réciproque. C*est l'esprit de famille qui a fondé Saint-Gobain et qui a fait sa prospérité *; nous ajouterons qu'il ne pouvait en être autrement d'une compagnie industrielle qui a pris pour devise: a Tradition dans le progrès et hérédité » dans l'honneur. »

La ville de Chauny, qui est reliée aux manufactures de la compagnie de Saint-Gobain par un chemin de fer qui lui appartient, est sous une habile et sage administration particulièrement en voie de progrès*. Chaque recensement quinquennal fait connaître dans sa population une augmentation. Elle est le siège des usines hydrauliques qui servent à doucir et polir les glaces qui se coulent à Saint-Gobain et celui de ses immenses fabriques de potée d'émeri en poudre , d'étain en feuilles, d'acide muriatique, acide sulfurique, soude brute, sel de soude, chlorures de chaux, d'étain et autres produits chimiques. On fabrique dans cette ville des toiles, des treillis, des toiles pour sacs, des instruments aratoires, des pâtes à papier, delà potasse, de la bonneterie, des chaussons de laine tricotés et bien d'autres marchandises.

Près de cette cité se trouve situé le village de Sinceny où, depuis 1735, il y a une manufacture de faïence ;

i Discours prononcé par le duc de Broglie, vice-président du conseil d*admimstraUon de la Compagnie de Saint-Gobain, pour célébrer le 200* anniversaire de sa fondation.

2 En 18ii, Chiuny n*avait que 5,154 habitants; cette ville en avait plus de 9000 en 1866.

on y fait aussi de la porcelaine et des sabots. Sinceny a appartenu aux comtes du Vermandois ^, qui, vers 987, le donnèrent à Téglise de Saint-Quentin et dont celle-ci se dessaisit en 1155 en faveur de Tabbaye de Long-pont. Il y a également dans le cantQn de Ghauny des fabriques de sucre et des (jistilleries. Il en existe aussi plusieurs dans le canton de La Fère, cette jolie petite ville ^ de l'ancien LaonnoiS| bâtie au confluant de la Serre et de l'Oise, où se trouve une école renommée d'artillerie, qui date de 1719, et un arsenal de 1666, et que les Pru^^siens ne purent prendre après la bataille de Waterloo.

La Fère est le centre d'un commerce important de chanvres, de toiles, de treillis, d'huiles et de blé ; il y a dans ses environs d'importantes fabriques d'alun, de couperose, de faïence, et plusieurs usines industrielles qui s'y montent.

Marie, située dans une autre partie de l'arrondissement de Laon, est une ville dont l'époque de la fondation est inconnue, mais dont il est question dans l'his* toire au ix" siècle , et dont les habitants , dans la seconde moitié du xu* , obtinrent d'un sire de Coucy, leur seigneur, une charte communale^. Elle est située au milieu de très-riches contrées agricoles et de fermes considérables. Cette ville, dans les environs de laquelle on fabrique aussi des toiles et où il y a une grande

1 Melleville, tome II*, page 333.

2 Melloville, tome l*', page 374.

3 Melleville, tome II«, page 79.

agence pour la vente des grains, desservie bientôt par des chemiqs de fer qui la relieront à Paris, au Havre, à rAllemagne et à la Belgique, va nécessairement prendre une grande importance commerciale. En 1862, il existait dans son canton 17 moulins à farine, parmi lesquels se trouvaient ceux de la Plaine et de Thierny, puis une fabrique de sucre et 6 distilleries agricoles.

Dans cet arrondissement il y avait en l'année 1828 six filatures de coton, et en 1 865 il n'y en a plus qu'une à Bléraoconrt, laquelle a également un tissage. Mais si leur nombre a diminué, celui des filatures de laines peignées y a sensiblement augmenté. Il y en a à Agnicourt, à Evergnicourt, à Charmes et dans le canton de Rozoy-sur-Serre*.

Les usines vitrioliques, d'alun, de couperose, de sulfate de fer, de produits chimiques y sont importantes; les principales se trouvent à Quessy, à Urcel, à Chailvet, à Bourg-Cornin, à Quierzy, à Andelain et dans plusieurs autres communes. On fabrique à Anizy, dont la terre fut donnée, dit-on, par Clovis à saint Remy^, de la pDterie, du plâtre, de Talun, des briques réfractaires et du sucre. On fabrique de la faïence à Autreville, de la chicorée et des produits chimiques à Craonne; de la bdnneterie à Bruyères; du miel à Pouilly-lès-Chery ; des tuiles et des briques à Dizy-le-Gros.

Dans le canton de Crécy-sur-Serre on trouve également des distilleries, des fabriques de sucre, de pianos,

1 Mien, le Canton de Ro*oy, page 30.

2 Melleville, tome I», page 25.

un atelier de carrosserie, 8 moulins à eau, 1 moulin à vapeur et un tordoir mû par Teau ; et dans celui de Laon des fabriques de sucre, des distilleries, des tanneries et un grand commerce de céréales et de légumes.

Dans le canton de Rozoy Tindustrie du lin, du chanvre et des toiles dites de la Thiéraehe est presque entièrement tombée. Cette fabricatioa, qui était une ressource pour ses ouvriers, leur manquant, ils tissent aujourd'hui des étoffes de laine pour les manufactures de Reims. Celle de la vannerie fine, qui avait essayé de s'y introduire, n'a pas pris d'extension, et les seuls établissements qui y fonctionnent sont des filatures de laine cardée, des briqueteries, des tanneries et une fabrique de poterie^.

A Autremencourt et à Bertaucourt-Epourdon on distille de la betterave, et c'est à Juvincourt que se trouvent les troupeaux de mérinos de la soyeuse et belle laine de M. Graux, de Mauchamps, qui sont si renommés. La ville de Liesse, qui a une société d'apiculture et qui fait beaucoup de miel, a aussi beaucoup augmenté son commerce de bimbeloterie et de pieux objets de pèlerinage.

Tergnier, où la compagnie des chemins de fer du Nord a établi des ateliers de réparations, de construction de machines et de fabrication de voitures, et qui est de plus l'un des centres de ses services d'exploitation, de traction et des travaux de surveillance, est

1 Mien, le Canton de RoAoy-iur'Serre, page 81 .

situé dans l'arronâissement de Laon^ Ce village qui, en mai 18S6, comptait à peine 300 habitants, se trouvait en mai 1 866 y en avoir 1 807 . Ce que sera Tergnier en 1876, et ce que seront, à la même époque, les chiffres des populations des communes de Fargnier, Quessy et Vouêl, avec l'augmentation toujours croissante du trafic de la compagnie du Nord, il serait difficile de le fixer, mais ils sont appelés à devenir considérables.

Il se construit dans le village de Tergnier une fabrique très-importante de fa!ence et une de broderies sur tissus^ et dans celui de Fargnier, qui y touche, il existe déjà une fonderie de cuivre, de fer et de bronze.

C'est dans le canton de Coucy-le-Chàteau, non loin des ruines du magnifique monument militaire élevé par Enguerrand III, sire de Coucy, non loin de ces ruines des temps anciens qui passent à juste titre pour être les plus belles que Ton puisse voir, que se trouve la belle fabrique de bouteilles fondée, en 170S, par le sieur Thévenot*, à Folembray. Cette fabrique, dont les produits sont très-recherchés pour les vins de Champagne et lès eaux -de -vie de Cognac, est devenue aujourd'hui l'un des plus importants établissements qui existent en France. Le village de Folembray, dans

1 En août 1863, le personnel des trois divisions attachées au chemin de fer du Nord à Tergnier se composait : Texploitation, de 183 employés ; la traction, de 1 75; Tatelier des machines, de 127; celui des voitures, de 107; travaux de surveillance, de 5i; pour les magasins, 8; total, 654. Le personnel est beaucoup plus considéiable aiyourd'hui. Si on ajoute à ce nombre celui des femmes et des enfants, on se fera une idée de ce que sont pour Tergnier les établissements de la compagnie du chemin de fer du Nord,

2 Voir le rf chapitre de cette étude.

lequel est située cette manufacture de bouteilles, est très-ancien. Plusieurs rois delà troisième race, et surtout Henri IV, affectionnaient ce séjour, qui est célèbre en outre par Tédit qui amena la paix entre ce roi et le chef de la ligue et qui y fut rendu en 1596^.

Le canton de Goucy est riche de ses nombreuses industries, et Ton y trouve aussi des fabriques de sucre, de tuiles, de pannes et de tuyaux, plusieurs moulins à farine, des cendrières, des carrières de pierres et un commerce de chanvre important.

Dans celui de Sissonne, il y a sucreries, distillerie et cendrières; dans celui de Graonne, une fabrique de produits chimiques, des tuileries et des moulins à eau. Dans celui de Neufchàtel il y a sucrerie, filature, tuileries, et enfin, si nous voulions indiquer tous les produits des industries des 288 communes de Tarrondissement de Laon^, nous en aurions encore beaucoup à citer. Mais celles-ci suffiront pour justifier sa grande importance historique, agricole, manufacturière et administrative.

Des cinq arrondissements administratifs qui composent le département de l'Aisne, celui de Vervins est celui dans la circonscription duquel se trouve le plus grand nombre d'industries; il y a plus, disons-le, c'est qu'il y en a fort peu en France qui, comme lui.

1 Melleville, tome !«', page 396.

2 La plupart des communes de Tarrondisfement de Laon ont des indostries différentes; les unes font du sucre, de Talun, des produits chimiques, des sabots, du plâtre, des briques; d'autres des toiles, du chanvre, do blé, des légumes, exploitent des cendrières, etc.

présentent une série aussi nombreuse et aussi variée d'importantes productions.

Cet arrondissement, comme celui d'Âvesnes, dont il est le voisin et dans lequel se trouve la petite ville de Fourmies, fourmilière de filatures, de peignages de laine, dont la quantité et Timportance augmentent de telle sorte , qu'incessamment ces deux arrondissements seront pour le filage de la laine ce qu'est l'Alsace pour celui du coton ; l'arrondissement de Vervins a, non-seulement de nombreuses filatures de laine et quelques-unes de coton^, mais il est de plus le centre d'une fabrication considérable d'étoffes de laine pure et mélangée, de châles et autres tissus en coton et en lin. Il renferme aussi des forges, des fonderies, des affineries, des clouteries, des laminoirs à tôle, des sucreries de betteraves^, des verreries, des ardoisières^ des papeteries, des briqueteries, des moulins à blé, des vanneries, des fabriques d'appareils en fonte montées pour le chauffage, des manufactures de machines, de fers à repasser, d'articles de quincaillerie, de tuyaux de drainage, de tuiles, de toiles de ménage dites de la Thiérache, de fils à dentelles, de fromages, de chicorée et de bien d'autres produits.

Chacun de ses cantons, comme ceux de l'arrondissement de Laon, a pour ainsi dire des richesses industrielles et agricoles qui lui sont propres, et elles sont

1 \ FIavigny-1e-Graod et BeauraÎD se trouve la filature en coton de la Bussière, qui a 20,000 broches et 256 métiers de tissage mécanique. Il y en a également une à Voulpaii.

S Les fabriques de sucre de l'arrondissement de Vervins ont produit 2,302,063 kilogrammes de sucre en 1865-1866.

tellement variées qu'il nous parait utile de les faire connaître.

Ainsi 9 dans ceux de La Capelle et du Nouvion, où l'on s'occupe beaucoup de l'élevage des chevaux, beaucoup aussi de pâturages, de l'engraissement des bestiaux, de l'exploitation des bois^, de la préparation des fils, de la fabrication de la chicorée, du cidre et des fromages de MaroUes, on s'occupe également de différentes cultures, et entre autres de celle du lin. Il y existe une verrerie où l'on fait des verres blancs, des poteries et des brasseries ; on y file^ et on y tisse de la laine. Les femmes y brodent, et dans certaines communes, comme à Buironfosse, on exerce le commerce de la boissellerie.

Dans celui d'Hirson, la vannerie fine est l'industrie dominante. La Bouteille et Le Chaudron sont les centres de la culture de losier, et la commune d'Orignyen-Thiérache celui de la vente de ces produits, dont l'importance ne s'élève plus annuellement comme en 1806 à 100,000 francs environ, mais bien à 4 ou 5 millions^. Elle occupe, dans ce canton, plus de 1200 ouvriers et près de 1500 ouvrières.

La laine y a deux filatures. Tune à Effry et l'autre à Saint-Michel, qui en a aussi une de coton. Cette commune est le siège d'une industrie qui, en peu de

1 La forêt dite du Nouvion, jadis la propriété da prince de Condé, qui est magnifique, se trouve dans ce canlon.

2 II y a, presque au centre de la ville dn Nouvion, une filature de laine, mue par une force motrice de 35 chevaux de vapeur.

8 On commence à introduire la mécanique dans la préparation de roiler.

temps, a pris une certaine extension, et qui parait appelée à en avoir une plus grande encore : c'est celle de la fabrication des chaussures. Cette fabrication, qu'un homme de bien^ y a créée, donne déjà du travail et des salaires avantageux à près de mille ouvriers*.

C'est dans le canton d'flirson, dans une dépendance de la commune de Saint-MicheU que sont situés les fonderies et les laminoirs de Songland, et dans celle de Wimy que se trouve l'ancienne verrerie de Quicangrogne ou de Quincangrogne, dont l'origine remonte, dit-on, au xiu* siècle, et dans laquelle on ne fabrique plus que des bouteilles à vin de Champagne qui sont très-renommées.

Au chef-lieu de ce canton si manufacturier, continue d'exister sa très- vieille industrie de la clouterie et de la ferronnerie, plus généralement connue sous le nom de cameloteriej à cause du peu de valeur de ses produits, qui consistent en chaînes, en étrilles, en pelles à feu, pincettes et autres instruments pour les cuisines. Il y a encore à Hirson une fonderie et un laminoir qui occupent 1 40 ouvriers, deux scieries mues par un appareil hydraulique, et enfin, une usine à vapeur où l'on fabrique des cuillers et des fourchettes avec un métal qui ressemble à celui avec lequel on argenté les couverts par le procédé Ruolz. Il y a dé plus encore dans ce

i M. Savard.

2 Renseignements dus à Tobligeance de MM. les juges de paix du département.

canton où les femmes s'occupent généralement de broderie, de nombreuses briqueteries, des fabriques de carreaux à paver, des ardoisières et un commerce de bois qui, à Saint-Michel, à Mondrepuis et à Hirson, occupe environ 600 ouvriers.

Le canton de Wassigny est un de ceux du département où l'on tisse le plus des étoffes en laine. Le nombre des ouvriers qui s'y livrent ordinairement à la fabrication des mérinos, des châles, des nouveautés, dépasse 3,000, et il s'élève même à 3,S00 quand cette industrie prospère. Il se trouve dans ce canton, dans la commune d'Etreux, une fonderie de métaux, où l'on fait de la quincaillerie et des fers à repasser, et une fabrique de sucre à Oizy.

Celui de Sains est également l'un de ceux où il y a de nombreux tisseurs en laine et où il y a de plus des filatures et des peignages de laine; il y en a une à Sains et une autre à Saint-Gobert.

Dans celui d'Aubenton, où l'on tisse aussi, l'on trouve au chef-lieu du canton une filature de laine cardée, une autre de laine peignée à Leuze, puis une fabrique de fer en barre et une de vannerie à Landouzyla-Ville.

A Guise, cette cité jadis le siège d'un bailliage ducal qui paraît s'être formé sous la protection de son château, plus ancien qu'elle, et qui lui a donné son nom^; dans cette cité de la Thiérache devenue depuis un grand centre d!industrie et de commerce, il y a d'importantes

1 Mellerille, tome \^, page i3i.

manufactures, des filatures, despeignages, des tissages et des établissements considérables de fonderies.

Le canton de Guise possède 12 fabriques de tissus à la main, une filature de coton, 3 peignageset filatures de laine, 2 fonderies de fer et de fonte, 3 distilleries et sucreries, 3 tanneries, 1 0 moulins à blé mus par Teau ou par la vapeur, et 4 vanneries.

Une maison originaire de Saint-Quentin y a deux établissements de filatures qui ont 10,000 broches et 200 métiers mécaniques. Guise est le siège d'une immense fonderie qui fabrique des cuisinières, des calorifères, des cheminées, des poêles et différents ustensiles de cuisine. Dans cet établissement, qui occupe près de 900 ouvriers, bâti sur un terrain de 12 hectares de superficie et dont Tusine a un développement de 6 hectares de toiture, se trouvent les fours à fusion, les fours à émailler, les ateliers de coulage, d'ajustage, de polissage, et ceux où se composent les modèles et les moules^. Il y a de plus dans cet établissement une institution philanthropique connue sous le nom de Familistère, qui tend à améliorer le sort de l'ouvrier tout en cherchant à le moraliser, et dont la plupart des personnes admises à le visiter font le plus grand éloge.

Vervins, dont l'origine remonte, dit-on, à l'occupation romaine et qui, autrefois , faisait un grand commerce de bonneterie , est le chef-lieu de ce^

1 Cet établissement fabrique aonuellemeot 60,000 fourneaux économiques et autant au moins d*autres objets de ménage. (Lettre $ur le dépar^ ment de l*Aiêne. Journal de C Aisne du 22 août 1866).

arrondissement dont nous venons d'indiquer une partie des richesses industrielles et commerciales. Cette ville fabrique encore des chaussons en laine, et l'on y construit en outre une usine pour le tissage du lin et la fabrication de la toile à sacs. Cette usine doit contenir 60 métiers et avoir une machine à vapeur de la force de 25 chevaux qui les mettra en mouvement.

Ce qui a manqué jusqu'à présent à l'arrondissement de Vervins pour qu'il puisse développer complètement toutes ses richesses agricoles, industrielles et métallurgiques, ce sont des canaux et des chemins de fer. Les chemins de fer, en provoquant avec une extrême énergie les échanges du commerce, lui donneront les moyens de les faciliter; et si, comme on doit l'espérer, cette riche contrée est appelée à jouir bientôt des voies hâtives de communication qui la relieront à celles où elle vend ou achète des produits, on peut lui prédire la grande prospérité qu'elle est en droit d'attendre de l'exploitation de toutes les richesses de son sol et du travail et de l'intelligence de ses habitants.

Les arrondissements de Sàint-Quentin, de Vervins et celui de Laon, à cause de ses cantons de Chauny et de La Fère, étaient en 1806 ceux du département où l'on s'occupait le plus d'industrie; et ceux de Soissons et de Château-Thierry, ceux qui étaient plus particulièrement agricoles. Les soixante années qui viennent de s'écouler n'ont pas modifié cette situation.

La ville de Soissons est toujours plutôt commerçante qu'industrielle. Ainsi cette antique cité qui, soit comme bourgade ou ville, existait déjà lorsque les Romains

entreprirent la conquête des Gaules, et dont le nom est mêlé aux événements qui signalèrent le commencement de la monarchie des Francs^; Soissons, qui a dans son canton des moulins à blé, des scieries mécaniques, des carrières de pierres et des sucreries, qui renferme aussi dans ses murs des maisons qui font un important commerce de blé, de laine, de bois, de haricots et d'autres denrées, n'a encore que quelques fabriques d'instruments aratoires et de bonneterie, des fabriques d'appareils de distillerie, de soie, de cordes, et des tanneries.

Il est vrai que très-près de cette ville se trouve la belle el grande manufacture de Vauxrot, qui fabrique des bouteilles pour les vins de Champagne, et des cloches pour les jardins. Cette usine, qui possède six fours, occupe 250 ouvriers, presque tous mariés et pères de famille. Chaque ouvrier est logé et chauffé gratuitement. C'est là un ancien usage qui remonte à l'époque où cette industrie fut introduite en France.

Dans ses environs se rencontrent également Vauxbu in avec ses fabriques de soie, et les bâtiments de l'ancienne communauté des religieux de Prémontré, qui furent d'abord vendus nationalement en i795 pour y fonder une fabrique de salpêtre. On y a établi ensuite une verrerie qui fut supprimée en 1846. Le conseil général de l'Aisne vient depuis d'acheter cette propriété pour y établir un asile d'aliénés.

L'arrondissement de Soissons a de nombreuses

1 Melleyille, II* volume, page 350.

tuileries, des usines sucrières ^ dont le nombre tend à augmenter, et des fabriques de sabots ; il a aussi des moulins à farine et quelques autres établissements industriels.

Dans Tun de ses cantons, celui de Vic-sur-Aisne, il y a des féculeries, des distilleries, des amidonneries, des huileries et des moulins à farine; dans celui de Braisne, des sucreries, des distilleries, des carrières,* 23 moulins à blé et une fabrique de chicorée, et dans celui de Vailly se trouvent des distilleries, des briqueteries, des tuileries, des poteries, des carrières, des moulins, une tannerie, une mégisserie, une usine pour le polissage et l'étamage des glaces, et deux fabriques. Tune d'engrais et l'autre de clous d'épingles.

On rencontre dans celui d'Oulchy plusieurs distilleries ; dans Tune de ses communes, à Rosoy-le-Grand, on se livre au commerce des laines et des peaux ; et à celui des bois, des pierres, de la soie, de la boissellerie, des jouets d'enfants, des bois de copeaux, et de la vannerie dans celui de Villers-Cotterest.

L'arrondissement de Château- Thierry, comme celui de Soissons, n'a pas encore un nombre considérable d'établissements industriels; ses habitants s'occupent plus particulièrement de la culture et du commerce des bois en tous genres, des grains, des laines, de la tannerie, de la mégisserie et de la fabrication du plâtre.

A Château- Thierry, qui doit son origine et son nom

1 L*arrondissement de Soissons a produit 8,053,178 kilogrammes de sucre de betteraves^dans la campagne 1865-1866.

au château qui est bâti au nord de cette cité, lequel aurait été, dît-on, construit au vin* siècle par Charles Martel, pour servir de prison au roi Thierry II *, il y a d'abord des commerçants en bois et en peaux, des scieries mécaniques, des fabriques d'instruments de musique en cuivre, en bois, à cordes, et d'instruments de mathématiques, puis, deux autres de productions bien différentes, l'une de cheveux et l'autre de moutarde, n y a aussi une fabrique de chaussures dans la commune d'Ëssommes.

Dans le canton de Fère-en-Tardenois il y a 3 fabriques de bonneterie et de chaussures, 8 platrières, 7 tuileries, 1 fonderie et 2 distilleries de betteraves.

Dans celui de Neuilly-Saint-Front, où l'on s'occupe de rélevage des moutons, on fabrique de la bonneterie, et, dans celui de Charly, des boutons d'os, des fils de caoutchouc, des peignes de corne et de la passementerie.

A Connigis, dans le canton de Condé-en-Brie, on fait aussi le commerce des boutons d'os, et celui de la ville et du canton de la Ferté-Milon consiste particulièrement dans le trafic des bois, des pierres, des peaux, et dans l'exploitation de mégisseries, de briqueteries et de blanchisseries de toiles.

Une statistique de chacune des communes qui ont une industrie quelconque dans le département eût pris une place très-grande dans cet ouvrage ; nous avons

1 Melleville, I«r volume, page ÎU.

pensé que ce résumé suffirait à en faire connaître les principales.

En commençant ce second volume et en nous servant de documents recueillis par la chambre consul* tative de Saint-Quentin ^, nous avons fait connaître ce qu'y étaient, en 1806, son commerce et ses manu- Êtctures, nous venons de dire ce qu'ils y sont aujourd'hui. Nos lecteurs pourront se rendre compte de leurs progrès depuis 60 ans, et de cette comparaison, comme de tout ce que nous avons écrit sur ce sujet, il résultera sans doute pour eux, comme pour nous, cette satisfaisante conclusion : c'est qu'il y a peu de contrées qui, sous le rapport du développement delà production agricole et industrielle, aient été aussi complètement favorisées que le district de Saint-Quentin et que le département de l'Aisne.

Nous reprendrons ce sujet dans le résumé qui terminera cette étude.

Le département de l'Aisne est aussi l'un de ceux qui ont le plus de chemins de fer: il est desservi par deux tronçons principaux. L'un y arrive de Paris à Chauny; il se dirige sur Tergnier, Saint-Quentin et Bohain, et le met en communication, par l'embranchement de Laon à Tergnier, avec les principales villes du département du Nord, de la Belgique et de l'Allemagne. L'autre vient de Paris à Villers-Cotterest et à Soissons;

1 Voir le rapport de la chambre coDsultatÎTe des maau&chires de Saint- Quentin, da 23 juin 1806, que nous croyons toutefois ne pas avoir été aussi complet que Fapercu des diverses industries du département que nous venons de donner, avec Taide des renseignements que l'on a bien voulu nous envoyer.

il gagne, d'une part Laon, d'où il be dirigera bientôt vers Marie, Yervins, Hirson et la Belgique ; de l'autre il va à Reims, Rethel, Mézières, Givet et dessert une autre partie de la Belgique.

Le département, outre ces deux lignes principales, a encore d'autres embranchements ; il a celui de Tergnier à Laon, déjà indiqué ; celui de Laon à Reims; celui de Saint-Quentin et de Tergnier à Rouen et au Havre, par Ham et Amiens ; celui de Chauny à Saint- Gobain, et enfin celui de Villers-Gotterest au Portpaux-Perches. De plus, la ville de Château-Thierry est desservie par le rail-way de Paris à Strasbourg, qui passe par celles de Meaux et d'Epernay. Un autre embranchement est également appelé à être profitable à ses intérêts, c'est celui d'Aulnoye à Hirson, qui mettra plus directement plusieurs de ses arrondissements en communication avec celui de Valenciennes et avec la ville de Mons et la Belgique.

Le département de l'Aisne est également traversé et desservi par de nombreux canaux^. Le canal de Saint- Quentin, la gigantesque entreprise dont nous avons entretenu nos lecteurs dans notre premier volume, qui est digne de figurer parmi les grands travaux d'utilité générale conçus par le xviu'' siècle, fait partie de la 1" section du canal de Saint-Quentin, comprise entre Cambrai et l'écluse de Lesdins, et la seconde s'étend

1 lo Le canal de Saint-Quentin qui va de Cambrai à Chauny, et qui comprend un embranchement de Fargnier à La Fère; 2» le canal de Manicamp et le canal latéral de TOise depuis Chauny jusqu*à Janviile; 3» le canal de jonaion de la Sambre à TOise, qui va de Landrecies à La Fère. — 11 y a ensuite les services des canaux de TAisne» de la Marne, de U Somme, etc.

entre Tédose de ^^m^ns^ Chaony et Ia Fkre. Depuis le 28 ami 1810, oà, deiant rempereur Xapoléon I" et une cour briDante et nombreuse, œ'eanal fiit ouTert à la navigation, nous n*en avons {dus reparié.

Nous allons combler cette lacune en disant que cette entreprise, qui fut Tune des plus importantes de cette grande époque, eut pour pmnier résultat d'amener plus économiquement dans son district les bouilles du nord. Mais pour les transports vers P&ris cette œuvre restait en partie stérile, à cause du mauvais état de la navigation de TOise et de la Seine. Ce ne fut réellement qu à partir de 1838, époque de son complet achèvement, que le canal de Saint-Quentin a commencé à rendre d'immenses services au commerce et qu'il s'est trouvé placé à la tête des voies navigables les plus considérables de la France.

Déjà, depuis l'année 1831, où fut livré à la navigation le canal latéral à l'Oise avec celui de Manicamp, le U'afic des voies navigables s'était sensiblement accru, et l'on aura une idée de ses résultats par les chiffires ci-dessous, qui donnent la moyenne de recettes annuelles^ faites à trois époques par la compagnie^, à laquelle le canal avait été concédé de 1827 à 1849. De 1828 à 1831 la recette moyenne fut de 536,512 fr.

1832 à 1837 de 826,757

1838 à 1848 de 1,491,783

1 Nous devons ces intéressants renseignements à Tobligeance de M. Laterrade, ingénieur de Tarrondissement de Saint-Quentin.

S CeU« compagnie était représentée par M. Honoré.

Ce relevé prouve, que, grâce aux nouveaux débouchés ouverts au canal de Saint-Quentin , cette compagnie avait réalisé des bénéfices là où Crozat et ses héritiers n'avaient trouvé que des pertes. Cette voie d'eau fit, en 1849, retour à l'état qui, en même temps qu'il diminua de moitié le droit de navigation, réalisa d'autres améliorations importantes, telles que l'augmentation du tirant d'eau, qu'il porta de 1 mètre 6S centimètres à 2 mètres. Enfin, par le décret du 22 août 1860, il réduisit encore les droits à 0,006 par tonne et par kilomètre sur les houilles et les autres marchandises pondérantes.

Sous l'influence de ces divers progrès, le mouvement commercial du canal de Saint-Quentin a sans cesse progressé. Ainsi, en 1850, qui est l'année qui a suivi l'expiration de la concession, le canal a été parcouru sûr toute sa longueur par 838,000 tonnes de marchandises. En 1862, il l'a été par 1,446,000 et en 1863 par 1,518,000.

Avec de pareils chiffres, il serait difficile de méconnaître les succès de la navigation et les services qu'elle rend au commerce.

*Le port de Saint-Quentin et ceux de son arrondissement participent dans une large proportion à cet immense mouvement. En 1862, il a été, en effet, chargé et déchargé sur les divers ports ^ de Saint- Quentin: * 144,844 tonnes

de marchandises ; et sur les autres

de son arrondissement 207,320

Total : 352,164 tonnes.

Le prix du fret est variable comme le travail, comme toutes les choses qui se vendent et s'achètent ; il est plus ou moins élevé suivant l'offre et la demande; voilà pourquoi nous ne pouvons l'indiquer.

Si nous prenons pour base moyenne par b&teau complet de 220 à 270 tonnes, celui de 0,02 centimes par kilomètre et par tonne, dans lequel sont compris les droits de navigation pour 0,006, on trouve que celui du transport ne dépasse pas celui de 0,014. Or le prix du fret entre Saint-Quentin et Anzin, d'où son rayon industriel tire une partie de ses houilles, étant en moyenne de 17 centimes 1/2 par hectolitre, il en résulte que le prix de l'hectolitre de charbon, qui est souvent de 1 fr. 30 ^ pris à la fosse, ne revient pas à plus de 1 fr. 60 à 1 70 tous frais compris aux industriels de SaintnQuentin, c'est-à-dire à peine plus cher qu'à ceux de leurs confrères qui sont placés à côté des extractions houillères ; car il en coûte aussi à ces dernières pour amener la houille de la mine à leurs usines.

Le canal de Saint-Quentin ne profite pas seulement à son commerce par les transports qu'il effectue, mais aussi parce qu'il limite forcément ceux des chemins de fer, qui ne peuvent conserver leur important trafic qu'à la condition de ne pas dépasser de beaucoup les prix de la navigation.

C'est surtout pour les transports de la houille et des marchandises pondérantes que la concurrence s'exerce

1 Tous ces prix, notes et calculs, qui sont de 4864, font partie des renseignements que nous devons à Tobligeance de H. Laterradet ingénieur.

sur une grande échelle. La ville de Saint-Quentin et son arrondissement se trouvent donc placés dans les conditions les plus favorables pour tous leurs transports, et Ton doit espérer que certaines industries en profiteront pour y prendre un plus grand développement et une nouvelle extension.

Dans notre première partie*, nous avons fait connaître quelles étaient, au moment où la France commençait sa révolution politique, les diverses autorités qui régissaient Tancienne capitale du Vermandois. Nous allons rappeler celles qui l'administrent aujourd'hui.

La ville de Saint-Quentin, qui appartenait alors à la province de la Picardie, fait, on le sait, actuellement partie du département de l'Aisne.

Depuis 1790^, les départements ont été substitués aux anciennes provinces, mais ce n'est que de la loi de l'an vin' qu'ils ont reçu Torganfsation qu'ils ont conservée jusqu'à présent et qui est sanctionnée par une longue et favorable expérience. Par cette loi un préfet, nommé par le chef du gouvernement, est seul chargé de leur administration. A côté de lui, un conseil de préfecture, tribunal administratif qui juge les affaires contentieu^-es, et un conseil général qui vote et répartit, chaque année , les contributions locales et éclaire l'administration.

1 Page 250, premier volume de cette étude.

2 Lois des 22 décembre 1789 et 8 janvier 1790.

3 Loi du 28 pluviôse an viii (17 février 1800).

La ville de Laon^ est le chef-lieu du département de l'Aine, qui a une superficie de 735,774 hectares divisée en 837 communes^. Il forme le diocèse deSoissons, fait partie du ressort de la cour impériale d'Amiens, de Tacadémie de Douai', et est compris dans la circonscription du septième arrondissement forestier et de la quatrième division militaire, qui a son siège à Châlons-sur-Marne. Ses contributions directes annuelles s'élèvent en r.e moment à9,502, 389 f. 85 c., laquelle somme représente le montant des impôts rais au 30 juin en recouvrement sur l'exercice de 1866, et les produits des contributions indirectes à 8,772,086 francs*.

Les départements sont divisés en arrondissements, lesquels remplacent les districts supprimés parla constitution de 1793. Dans chacun d'eux réside un souspréfet et un conseil d'arrondissement qui, de son côté,

1 Uon, ville antique, bâtie sur une colline élevée et isolée, étail autrefois le chef-lieu du bailliage du Vermandois. — U y a peu de villes en France qui soient aussi riches d*un brillant passé et qui aient une histoire aussi intéressante.

î L'étendue du déparlement de rAisne se subdivise ainsi par arrondis-

semeots :

Arrondissement de Saint-Quentin . . . 112,234 hectares.

> de Vervins 146.000 ■

, de Uon 246.400 »

. > de Boissons .... 125.366 »

I de Château-Thierry , . 118,000 »

(Brayer, StalisUque du déparlement de l'Aisne.) Celte subdivision de 1854 présente une différence de 13 hectares avec le chiffre actuel de la siiperlicic générale du département.

3 On comptait en 18C3 dans le département de l'Aisne 1,214 écoles publiques ou libies, lesquelles réunissaient l^ASt g.irçons et 2^,069 ailes; 43 salles d'asile, qui compUièul 5,017 enfants; 39 cours d adultes donnant de l'inslruciion à 700. jeunes gens; 2 écol'S d'apprentis qui recevaient 250 élèves. La population totale de ces divers établissemenU était donc de 81,534 élèves, soit 14 environ par 100 habitants.

i Exercice de 1865.

procède à la répartition des contributions entre ses diverses communes.

Saint-Quentin est le chef-lieu de l'un de ces arrondissements, lequel comprend sept cantons et 127 communes. Le canton de Saint-Quentin a 14 communes et une superficie de 12,084 hectares.

Voici les renseignements généraux dont, quoique connus, nous avons cru devoir faire précéder ceux qui regardent particulièrement la ville de Saint-Quentin.

Dans cette cité, comme dans toutes les communes de France, le conseil municipal se compose du maire, de ses adjoints et de conseillers^ Elle est le siège d'un archiprêtré^, d'un consistoire du culte protestant', d'un tribunal civil de première instance, d'un tribunal et d'une chambre de commerce, d'une chambre consultative d'agriculture, d'une justice de paix et d'un conseil des prud'hommes. Elle a un ingénieur ordinaire des ponts-et-chausséeb , un agent-voyer pour son arrondissement, un receveur particulier des finances, un inspecteur divisionnaire des contributions indirectes, un inspecteur spécial du service des sucres , des receveurs de l'enregistrement, un conservateur des hypothèques, un garde-mines, etc.

A Saint-Quentin, l'instruction primaire est libéralement et gratuitement donnée. La ville entretient à

1 D'après le dernier recensement, Saint-Quentin a droit à avoir 30 conseillers inunicipanx. (Loi du 5 mai 1855, article 6.)

t Le culle catholique, pour supplément de traitement à M. rarcbiprélce, pour celui de 8 vicaires et les grosses réparations de Téglise, coûte à la ville, en dépenses ordinaires, 10,400 fr. — Budget 1865.

3 lie culte protestant 1,iOO francs.

ses frais cinq asiles, deux écoles mutuelles, une des frères de la doctrine chrétienne, une des filles dans les locaux hospitaliers de la charité, et une pour les protestants des deux sexes.

Elle a, en plus de ces écoles*, un lycée impérial qui est Tun des plus beaux et des plus importants de l'académie de Douai ^; une crèche, des écoles gratuites de dessin, Tune fondée par notre grand pastelliste Delatour*; Tautre de dessin industriel à Tusage des ouvriers adultes*, et, de plus, une école gratuite de musique instrumentale fondée par la société chorale.

Des quatorze églises qui existaient à Saint-Quentin au xvui" siècle, la collégiale, ce magnifique édifice bâti en partie au moyen des quêtes, des aumônes des bourgeois de Saint-Quentin, et des libéralités des

1 Ces écoles prennent annuellement sur le budget de la ville la somme de il à 4^,000 francs, et elles sont oriiinaireraent fréquentées par environ 3,000 à 3,?00 enfants. — Ces chiffres souvent varient. En voici les principales dépenses fixées d*après les comptes pour 1866 :

L'école Siinte-Anne .... 4,336 francs.

Celle Jumentier 4,546 >

Celle des Frères 8>163 »

Celle des Filles 6,163 »

Celle de Oestres i ,600 »

Celles des Protestants . . . 1,200 »

Frais généraux de ces écoles . 4,700 » Asiles 10,486 . •

Total. . . . 41,194 francs.

2 Nos lecteurs se rappellent la somme à laquelle revient à la ville son magnifique lycée impérial, sans les terrains sur lesquels il a été édifié et ceux qui, depuis, ont été gratuitement abandonnés à son administration pour en augmenter Timportance L'entretien et les rép:irations des bâtiments coûtent de plus chaque année une somme de 1 ,500 francs.

3 La ville donne une subvention annuelle de 1 ,500 francs à Técole gratuite de dessin.

4 Cette école de dessin industriel coûte à la ville de 15 à 1,600 francs.

anciens rois, et particulièrement de celles de Louis XI et des fonds du chapitre, est la seule, depuis la révolution de 1789, qui soit restée livrée à l'exercice du culte catholique.

Cette église, dont la structure a toute l'élégance et la délicatesse du beau gothique, est une des plus belles de France*. Son ensemble est vaste ot Tharmonie de toutes ses parties est admirable. Il y en a déplus grandes, mais peu de plus hardies*. Placée sur le sommet de la commune où elle domine la contrée, son élévation a peu de rivales, et à son aspect tout est petit. Depuis le portail jusqu'à la chapelle de la Vierge qui est derrière le chœur, elle développe une étendue de trois cent quatre-vingt-dix pieds, non compris le parvis du grand portail qui est encore d'une assez grande dimension. Sa hauteur, depuis le pavé jusqu'au haut

1 Outre la collégiale , il existe plusieurs chapelles : Tbôtel-Dieu, les dames de la proix, les dames do la Charité et les petites sœurs des pauvres où Ton dit les offices divins.

Cette église si remarquable par la hardiesse de sa con>truciioD, ce si charmant monument du goût du moyen âge que Ton appelle Tbôlel- Je-ville de Saint-Uuentin, son musée et son ancienne église Saint-Jacques, ont été classés, en 1844, au nombre des monuments historiques de la France. — Un crédit spécial pour la conservation de ces monuments est inscrit chaque année au budget du ministère d*état, et In )-é|)artition de ce crédit est faite sur Tavis d'une commission. — Depuis 8 à 10 ans celte commission, avec raison, a accordé des subventions importantes pour faire des réparations â la cathédrale de Laon ; mais ces réparations vont être terminées... ne serail-il pas équitable maintenant de penser à réparer la collégiale de Saint- Quentin ?

2 Voici sur cette belle collégiale une note qui se trouve à la page 116 des mémoires de Dom Grenier. « L*église roialle et collégiale de Saint- 1 Quentin dunsée en Tannée 1 ,203 par le cardinal de Courtonne qui élablit » 9 curez dans Saint-Quentin dont le revenu fixe est depuis 100 jusqu'à » 800 ; ils sont sous la juridiction de.> chapitres. Il y a, ou're cela, » 2 autres curez de la juridiction de l'evesq* de Noyon et 2 dans des faux • bourgs de i à 500 livres de revenu. >

de la voûte sous clef, est de cent vingt pieds, et sa nef, depuis la* porte deTéglise jusqu'à rentrée du chœur, en a ceni quatre- vingt-dix-neuP. Les grandes croisées du chœur et de la nef, au nombre de cent dix, ont quarante pieds de hauteur.

Cette église a souffert plusieurs incendies, et sans citer ceux qu'elle a eu à subir de la part des Normands, elle fut ruinée dans ses parties supérieures par le feu du ciel en 1S45, et en 1669 par la négligence d'un couvreur qui fondait des plombs. En 1793, les cloches, la lanterne et la flèche disparurent; le beffroi seul resta et il est occupé maintenant par six nouvelles cloches qui furent fondues en 1803; celles qu'elles remplacèrent portaient la date de l'année 1677*.

Peu de villesé^nt autant d'établissements hospitaliers que Saint-Quentin. A toutes les époques de son histoire, celle-ci, nous l'avons dit', fut toujours citée pour le grand nombre de ses établissements hospitaUers et de bienfaisance.

L'HAtel-Dieu en est le plus considérable et le plus ancien. Il doit son origine à l'afQuence des pèlerins que la dévotion amenait au tombeau de Saint-Quentin pour y prier et pour être délivrés de leurs maladies*. Les défauts d'hôtelleries, l'indigence de la plupart de

1 Saint-Quentin ancien et moderne , par Kouquier-Chollet, page 86.

2 A celles-ci de nouvelles cloches vont ôtre ajoutées.

3 Voir le 1*^ volume de cet ouvrage, page lli.

i Statistique des hospices de Saint -Quentin, par M. de Bucelly d'Entrées, page 303. {Mémoires de la Société académique, de 183i à 1836.)

ces pèlerins les forçaient à passer les nuits dans les places ei dans les rues de la ville ; la communauté des prêtres qui desservait Téglise se décida à établir un hospice, que le chapitre, dans la suite, dota d'une partie de ses biens. Diverses fondations, les libéralités de saint Louis et de quelques chanoines enjaugmentèrent plus tard les revenus.

Tellefut lorigine de l'Hôlel-Dieu, désigné sous le nom du Grand Hôtel- Dieu.

En 1557, il fut détruit et on le transporta dans Thûpital Buridan, rue Saint-Martin, où il est encore. Ses titres furent brûlés et il n'est resté que la tradition pour appuyer lajouissance et l'emploi des revenus de cet hospice qui ne contenait alors que 36 lits, dont moitié pour les hommes et moitié pour les femmes.

De temps immémorial, ce sont les religieuses de Saint-Augustin qui étaient chargées de donner leurs soins aux malades. En 1813, l'IIôtel-Dieu était encore dans les anciens bâtiments de l'hospice de Buridan. Une seule salle au rez-de-chaussée composait le local destiné aux malades ; une grille en bois séparait les hommes d'avec les femmes ; les fiévreux et les blessés y étaient confondus. Aujourd'hui tout est changé, augmenté et amélioré. Toutes les sources de la charité admirablement concentrées sous une sage et libérale administration, tous les services pour traiter les malades et donner des soins aux vieux hommes*, aux vieilles

1 La fondation de r hospice des vieux hommes date de 17ii; on la doit à Jacques Lécot, avocat.

femmes, comme aux orphelins des deux sexes, sont installés dans de vastes et beaux locaux, et Thôtel- Dieu de Saint-Quentin est non- seulement à la tête des établissements hospitaliers du département, mais encore de la France*,

Le bureau de bienfaisance est, après Thôtel-Dieu, son plus ancien hospice. Il était autrefois connu, ou sous le nom de Bornival, nom d'une maison acquise, en 1584, par Quentin Barré, maire de la ville, pour y recevoir les orphelins, ou sous celui à'aumône cornmunej qui lui vint d'un arrêt du conseil d'état de 1696, rendu sur le projet de former à Saint-Quentin un hôpital général.

Les titres qui auraient pu fournir des renseignements certains sur l'époque de sa fondation ont été détruits en 1557. Le seul authentique qui existe ne permet pas de remonter les recherches au-delà du mois de mai 1295 ; mais déjà, à cette époque, de nombreuses donations avaient été faites aux pauvres de la

1 Le budget des recettes des hospices civ'ds de Saiot-Queutio s*est ëlevë eo 1865 :

Recettes en argent à . . . . 2i5,757 francs Recettes eo nature à . . . . 1i,93l ■

Total. . . . 260.688 francs La moyenne des trois dernières années des journées de malades a été de

3i,95l pour une année. — Il y a à Thôlel-Dieu 280 lits de malades et

15 berceaux.

Le prix de la journée s*est élevé pour les malades à 1' 51<^ 80, pour

les vieux hommes à 1^ 36^ 69, pour les vieilles femmes à 1^ \^^ 02, et pour

les orphelins des deux sexes à 1^ 13<: 19. Les hospices donnent en outre de

nombreux secours. — En 1865 ces secours se sont élevés à 15,966 francs.

— (Nous devons ces rensrignements à M de Girardin , administrateur des

hospices.)

ville, et elles constituaient un fond de revenus considérables qui fut alors placé sous Tadministration de diverses corporations*.

Ainsi, Ton distinguait alors : l"" les biens dits du chapitre oix les donnés; 2" ceux de la maladrerie de Saint-Lazare; 3° ceux de V hôpital Saint-Jacques, et i'* ceux des pauvres communs. Les biens de ces pauvres communs devaient être considérables si Ton en juge parles revenus qu'ils produisaient; ainsi, en 1661, les recettes de r aumône commune ne s'élevaient pas à moins de 2,000 setiers de blé et à 5,000 livres en argent, somme considérable pour Tépoque,

Une gestion de biens des pauvres, confiée à quatre corporations, présentait des inconvénients que fit cesser Tarrét du conseil d'état dn 10 décembre 1696, qui ordonnait leur réunion en une seule, qui serait désignée sous le nom du bureau de l'aumône commune et placée sous la direction des mayeur, échevins et de membres pris dans le chapitre et parmi les notables de la cité^.

En 1789 les seuls biens des pauvres communs formaient un total de terres labourables de 1,352 setiers, produisant un revenu de 1,600 setiers de blé environ et 496 livres en argent outre les pots-de-vin. Pendant la révolution, ces biens furent en partie vendus ou aliénés, et le service charitable qui incombait au

1 Extraits d*aa excellent travail dû à Tobligeance de H. Charles, secrétaire du bureau de bienfaisance de Saint-Quenlio.

2 Voir De l'institution de l'Aumône commune dans la ville de Saint ^ Quentin {\103, un vol. in-12).

bureau de bienfaisance fut mis, pendant près de vingt ans, à la charge des hospices civils de Saint-Quentin.

En 1807, eut lieu la reconstitution de Tancien bureau de Taumône commune, sous le nom de bureau central de bienfaisance, qui tint sa première séance Ie29janvierl807. De 1807 à 1827 le nombre des pauvres assistés varia de 630 à plus, mais sans jamais dépasser le chiffre de 3,600. En 1830, il était de 1790 et de 5,099 en 1831 ; de 8,792 en 1848, et il était de 10,036 en 1849*.

L'augmentation ou la diminution du nombre des nécessiteux assistés par le bureau de bienfaisance a suivi généralement la situation de l'industrie, et les tableaux qui en donnent les relevés sont, à cause des charges qu'ils imposent, des renseignements que doivent ou devront consulter souvent ceux qui sont ou seront chargés d'administrer Saint-Quentin.

Cette ville a toujours ses nombreux bv5guignages*, dont les premières fondations remontent aux anciennes époques de son histoire^. Dès le xiv* siècle, où ils furent nombreux, on trouve: en 1303*, celui de Gossuin-le-Grenetier et de sa femme; en 1334, celui de Robert de Suzanne; en 1338, celui de Catherine

1 En 1851. le nombre des assistés n*(>tait plus que de i,469 ; il était de 6,922 en 1856; de 7,840 en 1861 et de 10,965 en 1864. — Eu 1849, les dépenses du bureau de bienfaisance ?^e sont élevées à 86,954 ; à 97,932 en 1860, et à 112.736 francs tn 1864.

2 Les béguina<;es <|ui existent en 1 866 à Sair.t-Qnentin sont aa nombre de 87, dont 66 logés avec prêt, 8 non luges cl i3 logés s;ms prêt.

(On appelle prêt un «ecoursde 15 fr. par mois, plus 6 livres de pain).

3 l^r volume, page 116.

4 Saint-Quentin ancien et moderne, page 82.

Chalot; en 1344, celui do Gérard d'Esquéries, et en 1356, celui de Sîmon-le-Tonnelier. Nous avons déjà parlé de ceux qui furent fondés en 1550, 1554, et 1570^, celui d'Etreillers par un inconnu, celui de Gibercourt par Catherine Lallier, et celui de Villecholles par Jean Carpentier^

Dans le xiv* siècle, sept hôpitaux furent également créés à Saint-Quentin : celui de Saint-Nicolas est fie 1330; celui de Saînt-Lambais de 1339 ; ceux dits du Porchet, des Lorges et du Roi, de 1340, et celui du Petit-Pont est de 1352. La religion multipliait alors ces établissements, dans lesquels des générations malheureuses ont, pendant si longtemps, oublié leurs misères, et des milliers de douleurs reçu de bienfaisantes consolations.

Saint-Quentin possède encore d'autres fondations, une entre autres, dite du blé de chapitre, qui consiste à constituer chaque année une dot à quatre filles pauvres et vertueuses^ ; une autre *, à soigner deux femmes aveugles, et enfin, plusieurs associations charitables parmi lesquelles nous citerons Thospice de la Charité, dans lequel les bonnes sœurs visitent les malades et

1 l*r volume, page 116.

2 Les béguinages ont pour but de venir au secours de femmes veuves ou de demoiselles âgées appartenant à de bonnes familles de la bourgeoisie de Saint-Quentin.

3 M. Jacques Chantrel a laissé une propriété rapportant ^40 setiers de blé, pour former ces quatre dots.

4 La dame Morel, veuve du sieur Delavierre, a -laissé sa maison et sa fortune pour recevoir deux femmes aveugles, nées à Saint-Quentin, pauvres, pour être logées, nourries, et soignées pendant leur vie.

donnent des layettes; celui des Petites-Sœurs-des- Pauvres, et les sociétés de Saint-Vincent-de-Paul, des Dames de la Providence, et de Saint-François de Régis.

Cette ville a, en outre, deux sociétés de secours mutuels, une société alimentaire, une caisse d'épargne, un mont- de-piété, une assistance judiciaire, un conseil d'hygiène publique, un marché aux sucres, une agence aux grains, trois journaux politiques, plusieurs cercles, des sociétés de tir à la carabine, à Tarbalète, à Tare, etc.

Saint-Quentin possède, on le voit, un grand nombre d'établissements publics qui ont pour but de venir au secours de la classe ouvrière.

En 1861 une société s'était créée pour y fonder une société des cités ouvrières au capital de 200,000 francs. Le capital avait été réuni par des souscriptions ; seulement il avait été stipulé expressément dans l'acte que le projet ne pourrait se réaliser qu'après l'allocation par le gouvernement d'une subvention proportionnellement égale à celle qu'avait obtenue la ville de Mulhouse ^

Par suite de l'épuisement du crédit^ le gouvernement n'ayant pu en promettre qu'une partie à cette société, celle-ci, en 1865, a été dans la nécessité de se dissoudre.

Les œuvres originales des écrivains, des peintres,

1 La subvention demandée devait être de 65,000 francs, et celle proposée irétait que de 30,000 francs.

2 Le crédit accordé était de 10 millions.

des graveurs ou des savants, appartenant à Saint- Quentin, sont religieusement conservées dans sa bibliothèque publique. Celle-ci possède aujourd'hui 30,000 volumes environ, dont font partie les œuvres de ses plus illustres enfants, ceux de Michel Dorigny, Jean Papillon, Henri Martin, Félix Davin, Charlevoix, Delafons, Lenin, Bovelles, Poiret, d*Achery et de tant d'autres. Tous ces ouvrages qui lui ont été donnés ou qui ont été acquis, sont placés dans ce dépôt chargé de les conserver. La bibliothèque de Saint-Quentin n'est peut-être pas une des plus riches de la province, mais elle est certainement une des plus complètes dans toutes les branches de la science, et l'une des meilleures à consulter.

Son musée renfermait, en 1861, cent soixante -dixsept œuvres d'art, en y comprenant les tableanx que la société académique y a déposés ; ce nombre est depuis augmenté et augmentera chaque année. 11 est de plus en possession d'une richesse que les plus grandes collections de France, sans en excepter le Louvre, peuvent lui envier: les quatre-vingt-quatre dessins de Maurice-Quentin Delatour *.

Près de la bibliothèque et du musée, dans les vastes bâtiments de l'ancienne abbaye de Fervaques, préparés pour servir de lieux de réunions aux tribunaux, aux chambres de commerce et d'agriculture, à la télégraphie et aux nombreux services publics qui y sent

i Revue européenne, du 15 février 1861, par Olivier Merson.

convenablement installés, se trouvent le comice agricole de Tarrondissement, qui est Tun des premiers de la région du nord, et la société académique, qui fut fondée à Saint-Quentin en i825 et qui, depuis cette époque, s'est occupée de tout ce qui pouvait être le plus utile aux lettres, aux sciences, à la ville et à sa population. Recherchant Torigine de cette cité dans les débris du passé, éclairant les faits principaux de sa curieuse histoire, propageant les éléments de la science, des lettres et du goût, cette société, après avoir créé différentes expositionr^ intéressantes, a fondé, en 1864, une bibliothèque et des cours populaires où sont exposés les principes et l'application des divers ordres des connaissances élémentaires.

Saint-Quentin est à la tête de tous les progrès et de toutes les améliorations. Ainsi, son théâtre est Tun des plus beaux des grandes villes de France de second ordre*. Convenablement situé et disposé pour la scène et les spectateurs, il est digne de l'importance de cette cité.

1 Voici les recettes de 1851 à 1860 da théâtre pendant les six premiers mois de ces neuf années, commençant au mois de septembre et finissant en mars :

DirM^t^urs

1851 à 1852 — Saint Ange — .53,925 80

1852— 18:)3 — Dubuisson — 50,932 25

1853-185i — Dubuisson — i7,99i 80

1854—1855 — Dubuisson — i7.070 40

1855—1850 — Guille — 48,394 60

1856—1857 — Parizot — 50.314 40

1857-1858 — Zérëzo — 57,963 15

1858—1859 — Zérëzo — 59,138 65

1859-1860 — Zérézo — 60,144 10

'^ ville de Saint-Uuentin possède un second théâtre et un cirque.

Bien que la 42* de l'empire par sa population au recensement de 1861, elle se trouve, par le montant de ses opérations financières, presque toujours placée de la septième à la neuvième dans le classement annuel des succursales de la banque de France ; el la gare de ses chemins de fer est l'une des plus considérables de la compagnie des chemins de fer du Nord*.

Saint-Quentin a vu naître un grand nombre de personnages distingués.

Parmi eux, on compte plusieurs dignitaires civilj ou ecclésiastiques, savoir: saint Gilbert, évoque de Meaux, mort en 1009; Isaac de Saint-Quentin, ministre du roi Philippe P' ; Jean de Meulan, évoque de Noyon ; Jean de Saint-Quentin, abbé général de Prémontré, habile jurisconsulte, mort en 1343; Mathieu-Ferrand, chanoine, et, vers cette époque, chancelier de France Quentin le Museur, évoque de Warvick,morten 1S45 Jean deGuyencourt, abbé de Saint-Georges de Rouen Nicolas d'Y , chanoine et chancelier de Téglise d'Amiens, et enfin Jacques Lescot, évéque de Chartres et confesseur de Richelieu, mort en 1636.

Parmi les historiens qui y sont nés, plusieurs jouissent également d'une réputation méritée^. Nous citerons Dudon, qui est connu par son histoire des

1 Voir, aux pièces justificatives, les produits de la gare de Sainl- Quenlin dt'puis Touverture de rexploilalion jusqu'au !«»■ janviir 1865.

2 Nous av(jns puisé la plupart de ces renseignements dans le Dictionnaire historique du département de l'Aisne, de M. Melleville, à qui le département doit en outre les intéressantes histoires des villes de Laoa, de Cbauny, de Coucy, etc.

Nous avons eu plusieurs fois recours à ses ouvrages, et nous nom plaisons à le reconnaître

Normands, écrite en latin; N. Lenain; Charles de Croix ; Claude Héméré : Quentin et Claude de la Fons, qui vivaient au xvii^ siècle, et qui ont laissé des mémoires plus ou moins importants sur l'histoire locale ; le capucin Pierre de Saint-Quentin, qui s'est occupé de l'histoire générale, et le savant bénédictin Jean-Luc d'Achery-, mort en 1685, qui a rassemblé sur celle-ci un très-grand nombre de pièces inédites.

Nous ajouterons à ces noms ceux de CoUiette, qui est l'auteur des mémoires surle Vermandois, de Louis Hordret, qui est celui des recherches sur les prérogatives et franchises de Saint-Quentin ; ceux du jésuite Pierre-François-Xavier de Charlevoix, mort en 1761, qui a publié plusieurs histoires fort estimées sur différentes parties des Indes, et celui de M. Duplaquet, qui vivait au xvm* siècle.

Ses littérateurs, poètes et autres écrivains sont également nombreux. On peut, parmi eux, citer : Gilles deRoye, né en 1413, qui est l'auteur d'un abrégé estimé de la chronique de Brandon ; Charles de Bovelles, vivant au xvi' siècle, qui joignait au titre de littérateur ceux de géomètre et de grammairien.

Grégoire Gourdy et Claude Lemaire étaient deux poètes du même siècle ; mais le premier a écrit en français et le second en latin. Deux autres poètes, Michel Bruneau et Nicolas Desjardins, principal du collège de cette ville, étaient du siècle suivant, et à la môme époque appartiennent les littérateurs Claude Bendier, Jacques- Armand Cromelin et Charles Gobinet, principal de collège de Plessis, mort en 1690.

Le xviii* siècle a vu naître du Trousset de Valincourt, membrederacadétnie française, mort en 1730; Jean-Bapliste Gossart et Isaac Mathieu Cromelin. Enfin nous terminerons cette liste des noms d'écrivains nés à Saint-Quentin, par celui d'un homme de cœur et de talent, par celui du romancier Félix Davin, qui avait un brillant avenir, s'il n'avait été, si jeune encore, enlevé à son pays et à ses amis...

Des professeurs et prédicateurs de renom sont aussi nés dans cette ville. On cite parmi eux Ives, moine de Cluny, qui vivait au xi' siècle; Orner Talon, professeur d'éloquence à l'université; Martin Grandin, mort en 1691, qui professa la théologie à la Sorbonne, et enfin Jean Heuzet, célèbre professeur de l'université, mort en 1728, qui a écrit un livre: le Selectœ e profanis scriptoribus, resté en usage dans les collèges et dans la mémoire des collégiens.

Gomme prédicateurs, on cite aussi le minime Jean de Hans, qui se rendit célèbre du temps de la Ligue, et Nicolas Jérôme le Couturier, chanoine et prédicateur du roi au siècle dernier.

L'ancienne capitale du Vermandois a de plus produit des artistes éminents dans différents genres. Ainsi, maître Jean, bourgeois de Saint-Quentin, fut l'architecte du chœur de sa collégiale. Valerand Allard, un célèbre sculpteur, et Mathieu de Blévilleou Bleuville un habile peintre sur verre du xvi* siècle ; Michel d'Origny, Jean et Nicolas Papillon furent d'habiles graveurs du xvn" siècle, et tout le monde connaît le nom et les œuvres du grand pastelliste Maurice-Quentin Delalour.

Les médecins et chirurgiens qui y sont nés sont ; Jean de Saint-Quentin, médecin de Philippe-Auguste; Jean Langlet, médecin de Charles VIII; Isaac ou Isale Lelièvre, mort en 1604, et Henri-Emmanuel Meurisse, mort en 1694, Tun habile médecin et l'autre chirur» gien distingué.

Salnlr-Quentin est aussi la patrie de Hugues de Yermandois, archevêque de Reims; d'Herbert de Vermandois, qui, après avoir assassiné Charles-le- Simple, enleva et épousa la reine ; de Hugues-Ie- Grand, ce comte de Vermandois qui s'est rendu si célèbre dans la première croisade; de Jean Leleu et Charles Hennuyer de la Mothe, deux partisans renommés du xiv* et du xvi* siècle ; de Pierre Ramus, fameux dans l'histoire littéraire de la France, par son opposition à la philosophie d'Âristote, et dans son histoire morale par les discussions singulières et les désordres dont ses systèmes furent la cause ; d'Antoine Beneret, l'un des plus zélés défenseurs de la liberté des nègres ; des Cromelin , importateurs de son commerce de linons , fils et petits-fils de Jean ; du général de brigade Paulet, qui servit le premier empire ; des deux habiles industriels, Henri et Daniel Cottin ; de Babœuf, l'auteur de la république des égaux ; du naturaliste Jean-Luuis-Marie Poiret, qui, le premier, a donné la description des mollusques vivant dans nos contrées, et du botaniste Jean-Marie Neret, l'un de ses anciens mayeurs*.

1 LUIlaslre auteur de VHistoire de France, Henri MarUn, est également né à Saint-Queiitui.

Parmi les hommes connus nés dans Tarrondissement de Saint-Quentin, nous citerons : à Ribemont le célèbre Condorcet, Télèveet Tami deTurgot, Témule de d'Alembert l'illustre savant, qui y est né en J743y et l'architecte Blondel; à Montigny-Carotte , Galon ou Walon de Montigny, qui portait Toriflamme de Philippe-Auguste à la bataille de Bouvines; à Flavy-le- Martel,le fameux Guillaume, sire de Flavy, gouverneur de la Fère et de Compiègne, qui se couvrit de gloire à la défense de cette dernière ville contre les anglais au xv* siècle; à Fontaine-les-Clers, Pierre de Fontaine, bailli de Yermandois, qui vivait en i272, et qui était le meilleur conseiller du roi saint Louis; et à Caulaincourt, Jean de Caulaincourt qui se signala héroïquement en 1557, lors de Tattaque de Saint-Quentin par les Espagnols, le général de Caulaincourt, tué en Russie, et le duc de Vicence, ministre des affaires étrangères sous Napoléon P'.

Nous omettons des noms que nous aurions pu citer peut-être, mais à défaut de documents précis sur ceux que nous oublions, nous avons préféré nous renfermer dans une liste sufQsante pour démontrer que Tancienne capitale du Vermandois et des vieilles franchises communales du xu* siècle avait aussi donné naissance à un grand nombre de citoyens illustres.

Pour écrire une étude dont le principal but était la recherche des faits qui se sont successivement passés dans la ville et dans le district manufacturier de la ville de Saint-Quentin, nous avons été forcé d'emprunter à l'histoire un grand nombre de ses événements

politiques dont Tappréciation. ne rentrait pas dans le cadre de cet ouvrage ; aussi, en les citant, avec les impressions de nos souvenirs d'autrefois, ne nous en sommes-nous servi qu'avec une extrême réserve et en évitant d'écrire ce qui pouvait irriter ou diviser.

Pour la rendre moins incomplète, nous eussions désiré, en la terminant, faire ressortir les incidents historiques qui ont donné une nouvelle vie aux nations et examiner les merveilleuses transformations qui, depuis plusieurs siècles, se sont opérées, dans l'industrie et dans les procédés mis en usage par l'homme pour satisfaire ses besoins. Sans môme remonter au moyen âge, on pouvait essayer d'expliquer l'influence bienfaisante des faits anciens et des faits nouveaux sur les destinées du genre humain , et exposer les résultats immenses de l'agrandissement du domaine de la production et de l'accumulation des capitaux par l'épargne sur le bien-être général. On pouvait aussi rechercher ce qu'ont produit sur la civilisation et sur les conditions physiques de l'existence humaine, les armées de travailleurs qui construisent des routes, qui creusent des canaux, qui inventent des machines et qui ont créé les voies rapides de communication.

Ce travail, qui présentait un certain intérêt à écrire, nous étions disposé à l'essayer, mais ayant dû y renoncer*, nous le recommandons à ceux qui nous remplaceront dans la carrière où nous-même nous avons

i Nous avions en effet l^inlenlion de nous livrer à cette nouvelle étude, qui se rattachait à celle que nous allions finir, lorsque nous avons été cruellement frappé dans nos plus chères affections Après un pareil malheur,

DOS lecteurs comprendront pourquoi nous y avons renoncé

succédé à ceux qui nous avaient précédé. Ce sont eux

qui auront la mission de juger définitivement les grandes réformes économiques de 4860, et de dire quelle a été sur l'existence et sur les habitudes des classes laborieuses l'influence de nos révolutions économiques

Forcé, quant à nous, de restreindre cet ouvrage à son titre, nous allons le terminer en résumant dans un huitième et dernier chapitre les principaux faits historiques ou commerciaux, les documents ou usages locaux qui se rapportent spécialemen t à notre chère ville natale, à ses habitants, à son commerce et à ses industries.

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