DEUXIEME PARTIE. — CHAPITRE VII
Note de la page 290.
Exposition univeneUe de 185Z à iKincIre».
Avant que de faire connaître ce qu'était à l'exposition universelle de 1855 la situation générale de l'industrie du
coton, nous avons pensé utile de rappeler préalablement ce qu'avait été à celle de 1851 celle des principaux tissus qui se fabriquent ou se sont fabriqués dans le district manufacturier de Saint-Quentin.
Les industries du colon*, des laines foulées* et peignées', des soieries\ du chanvre et du lin*, des châles et des tissus mélangés*, formaient à l'exposition de Londres, la première partie du III* groupe, qui composait les XI% XIP, XIII% XIV et XVe jury.
La France n'avait à Londres, pour les industries des cotons que 23 exposants, elle obtint 8 médailles, TAngleterre qui en avait- 62, n'en eut que 17, et la Suisse 9 sur 41 exposants.
Les résultats de cette exposition firent déclarer la France «^ l'égale de l'Angleterre'^ pour filer le coton, ne » connaissant pas de supérieure dans la fabrication des tis- » sus serrés; égale, sinon supérieure, dans les tissus de cou- » leur; inférieure encore dans l'art d'enluminerte piqué; no » connaissant que la Suisse qui puisse concourir avec » elle pour la mousseline claire unie, et la première » pour la mousseline brochée. »
Dans l'industrie des laines foulées, où la France obtint 8 médailles, la suprématie* lut acquise à ses produits pour la variété de ses différents genres de draps, qui avaient été surnommés à l'exposition de Londres, les nouveautés françaises. Aucune nation n'avait jusqu'alors su tirer partie, comme elle, de la fécondité des combinaisons du métier à la^ Jacquard appliqué à la draperie.
Dans le XIIP jury, sur 23 exposants, elle avait eu pour ses fils de laines, 9 médailles*, 17 pour ses tissus,
1 Monsieur Mimerel était rapporteur de rindastrie des cotons.
2 Messieurs Randoing, des laines foulées.
3 Monsieur Frédéric Bernoville, des laines peignées. i Monsieur Arles Dufour, des soieries.
5 Monsieur Legentil, du Un.
6 Monsieur Gaussen, des châles et des tissus mélangés.
7 Rapport de Monsieur Mimerel.
8 id. id. Randoing.
9 C*est à une grande manufacture des environs de Saint-Quentin, ceile du Gâteau ^Nord) que Ton a dû, à Texhibition de Londres, les plus hauts numéros de trame exposés ; ils étaient filés à 110 m/m pour la chaîne et 200 m/m en trame.
et dans le XV*, 4 médailles pour ses tissus de laines et de cachemires.
Ses produits en laine peignée y figuraient, en première ligne et à la hauteur de ses objets d'art ; elle y excita l'admiration des consommateurs «de tous les pays. Par les seuls progrès accomplis dans la construction des machines à filer et des moteurs à vapeur et hydrauliques, l'établissement d'une filature de laines peignées avait, depuis quelques années, réalisé des économies considérables; elle coûtait en 1851, 40 pour 0/0 de moins qu'en 1835, et 50 pour 0/0 de moins qu'en 1816. La production de 1,000 broches, qui était en 1835 de 6,000 kilogrammes, était arrivée en 1851 à être de 10 ou de 12,000 kilogrammes, selon que l'usine filait une trame n° 50 ou une trame n** 40 en moyenne.
La situation des châles et des tissus de laine mélangée avec de la^soie, qui se fabriquent depuis très-longtemps dans les cantons de Bohain et de Ribemont, était ainsi appréciée par le rapporteur du XV* jury* qui disait : c La supériorité de nos châles, comparés aux différents I) produits en laines des autres nations, est tellement » évidente qu'un premier coup d'œil jeté à Londres sur » l'exposition universelle a suffi pour le constater. On » peut dire avec orgueil que nous sommes sans rivaux « dans l'article riche, broché et imprimé. »
Des pièces de batistes et de linons, de ces beaux tissus de fil qui furent, pendant plus de deux siècles, l'objet principal du commerce de la ville de Saint-Quenlin et de ses environs, avaient été également exposées à Londres par des maisons de Cambrai et de Valenciennes. Elles n'y rencontrèrent pas de rivaux sérieux.
En 1851, comme autrefois, comme toujours, la France l'emportait pour ses batistes et pour ses linons sur Tirlande et l'Allemagne qui sont les autres nations qui continuent cette fabrication, mais dont les efforts n'aboutissent encore qu'à produire une étoffe qui imite un peu le linon, mais qui ne ressemble pas à la batiste. Leurs tissus sont très-clairs, assez inégaux et n'ont pas le fond serré et brillant qu'avaient nos belles batistes.
1 Monsieur Maxime Gausseo.
Suivant les conclusions du rapporteur du XI V* jury*, deux médailles de première classe et trois mentions honorables furent accordées aux maisons françaises qui avaient exposé de ces tissus de fil*.
2« Note de la page 290.
Le discours du Président de la République à la distribution des récompenses aux exposants français se terminait ainsi :
< En présence de ces résultats inespérés, ie dois le répéter, comme elle pourrait être grande la République Française, s'il lui était permis de vaquer à ses véritables affaires et de réformer ses institutions au lieu d'être sans cesse troublée, d'un côté parles idées démagogiques, et de l'autre par les hallucinations monarchiques!
> Mais ces efforts seront vains. Tout ce qui est dans la nécessité du temps doit s'accomplir. L'inutile seul ne saurait vivre.
» Cette cérémonie est encore une preuve que si certaines institutions tombent sans retour, celles, au contraire, qui sont conformes aux mœurs, aux idées, aux besoins de l'époque, bravent le» attaques de l'envie ou du puritanisme.
» Vous tous, fila de cette société régénérée qui détruisit les anciens privilèges et qui proclame comme principe fondamental l'égalité civile- et politique, vous éprouvez, néanmoins, un juste orgueil à être nommés chevaliers de la Légion d'honneur; c'est que cette institution était, ainsi que toutes celles créées à cette époque, en harmonie avec l'esprit du siècle et les idées du pays.
» Avant de nous séparer, messieurs, permettez-moi de vous encourager à de nouveaux travaux. Entreprenezles sans crainte, ils empêcheront le chômage cet hiver.
t Monsiear Ch. Legentil, ancien pair de France et président da conseil général du commerce.
2 Sur M\ exposants dans Tindustrie du chanvre et du lin» TAngleterre obtint 22 médailles, et la France 8 sur 26 exposants ; le Zollverein 6 sur iOO et la Belgique 7 sur 48.
Ne redoutez pas l'aTenir.La tranquillité sera maintenue, quoi qu'il arrive.
» Un gouvernement qui s'appuie sur la masse entière de la nation, qui n'a d'autre mobile que le bien public, et qu'anime cette foi ardente qui vous guide sûrement, niême à travers un espace où il n'y a pas de route tracée, ce gouvernement, dis-je, saura remplir sa mission, car il a en lui le droit qui vient du peuple et la force qui vient de Dieu. »