‹ Saint-Quentin; de son commerce et de ses industries (volume 2)Chapitre 53 sur 66 · DBUXIIÎME PARTIE. — CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

DBUXIIÎME PARTIE. — CHAPITRE VU

Note de la page 315.

Sxpofitlon univenelle de 18S5.

Cette exposition a eu sur le commerce du monde entier et sur la réalisation du système économique inauguré en 4860 une influence trop considérable pour que les documents qui émaneront d^ ceux-là mêmes qui furent chargés d'en apprécier les produits ne soient pas un jour utilement consultés. C'est avec cette pensée, qu'à l'occasion de cette exhibition, nous plaçons dans les pièces justiôcatives de cette étude le résumé d'une autre étude qu'en notre qualité de membre du jury international de la 19* classe, nous avons rédigé ^n 4855 sur les tissus en coton qui y ont figuré.

Tout le monde a reconnu que l'exposition de Paris avait été magnifique et que de toutes les parties du globe on était venu en admirer les beautés et les splendeurs.

En rappelant aujourd'hui la place distinguée que le coton y a occupée, nous n'entendons pas établir des comparaisons de détail entre chacun des produits qui y avaient été envoyés, mais dire exactement et simplement quelle était en 1855, parmi les difiérentes nations qui avaient pris part à ce concours, la situation de cette industrie.

Noua commencerons par TAngleterre, qui n'avait que 38 exposants dans la classe qui comprenait depuis le coton brut, préparé ou ûlé, jusqu'aux tissus en blanc et en couleurs unis ou façonnés, forts ou légers, gros ou ans, qui peuvent s'obtenir avec le coton.

Au nombre de ces. exposants figurait, ^ous la modeste indication de « District de Manchester et de Salford » , la réunion de tout ce que le coton pouvait produire de plus complet et de plus varié sous le double rapport de la qualité et des prix des tissus.

Soixante fabricants de Manchester et de Salford s'étaient en efiet réunis pour former le remarquable quartier qui renfermait leurs nombreux produits.

Les tissus exposés étaient très- variés ; nous n'en citerons que les principaux et indiquerons seulement : les fils de coton simples ou retors; les calicots écrus et blancs ; les toiles de coton, les madapolams croisés et coutils; les tissus pour jupes et doublures; les piqués pour gilets, pour lingerie, pour couvertures et courtes-pointes ; les basins, brillantes et autres tissus façonnés pour vêtements, meubles et literies ; les jaconats, cambrics, nansoucks, mousselines rayées et brochées, percales, satins, damas, tissus teints, et enfin les mouchoirs de cou, de poche, le linge de table, les serviettes de bains, etc.

Nous allons entrer dans quelques détails sur certains produits de l'Angleterre.

Des filateurs habiles de Manchester* qui avaient exposé une collection de filés de coton du n** 200 à 600 avaient poussé leurs essais jusqu'à obtenir quelques mètres de cotons filés n° 2,000 anglais, et le président de la XIX« classe du jury international, l'honorable M. T. Bazley, président de la chambre de commerce de Manchester, avait fait tisser à Dacca (Indes-Orientales) avec des cotons n° 500, filés dans ses manufactures de Manchester, un coupon de mousseline d'une telle transparence qu'elle surpassait les plus belles anciennes mousselines des Indes.

Le centre manufacturier de Manchester et de Salford renfermait à peu près tout ce que l'industrie du coton

1 MM. Holdsworth et C^^, de Maochester.

pouvait produire de plus complet. Cependant, sans parler de Nottingham dont on admirait les tulles et les dentelles de coton, il était juste d'ajouter combien les prix des nombreux tissus légers présentés par le district manufacturier de Glascow étaient remarquables, modérés et avantageux.

Il ne sera peut-être pas sans intérêt aujourd'hui de jeter un regard sur ces cours de 1855 et de se convaincre de ce que l'Angleterre pourra produire le jour où le marché du coton redeviendra pour les prix et l'abondance ce qu'il était à cette époque.

Le devoir des membres du jury était avant tout d'examiner avec soin les produits dont ils avaient à apprécier le mérite; ce devoir, pour plusieurs, se trouvait augmenté de l'extrême désir de connaître tout ce qui se rattachait à leur fabrication, à leurs qualités comme à leurs prix. Nous étions de ce nombre, et ce fut pour être enfin fixé sur les avantages très-vantés de leurs principaux tissus, qu'aidé par l'un de nos honorables collègues de la Suisse, avec un compte-fil à l'œil et un mètre à la main, nous en fîmes un consciencieux examen.

Nous restreindrons nos citations et nous dirons que les prix que nous indiquons sont très-exactement ceux qui nous furent affirmés par les exposants eux-mêmes ou par leurs commissaires. Comme on ne demandait d'autres garanties de leur sincérité que leurs déclarations, les factures et les notes qu'ils montraient, nous ne pouvions, quant à nous, qu'inscrire ces prix, et ce sont eux qui servirent de base au travail auquel nous nous sommes livré.

Après ces explications préliminaires, nous revenons aux étoflPes en coton exposées par les fabricants de Manchester et de Salford.

" Avec leurs calicots, leurs croisés, leurs toiles de coton dont ces manufacturiers produisent un grand nombre de pièces, ils font aussi avec succès le cambric, qui est un genre de tissu similaire de celui connu en France sous le nom de percales apprêtées.

Dans tous ces produits qui rentraient dans la catégorie des tissus forts, ils excellaient par leurs prix et aussi par leurs apprêts. Ces fabricants commençaient leurs séries de jaconets ou jaconat en 80 centimètres de largeur, à

15 centimes le mètre, età 34 centimes en 98 centimètres^ En 95 centimètres de largeur ils avaient une sort^ avec 24 fils en chaîne à 49 centimes ; en 98 centimètres une autre avec 34 fils en chaîne et 39 en trame à 1 fr. 19 centimes, et enfin, en la même largeur, une autre de 40 fils en chaîne et 44 en trame à 1 fr. 48 centimes.

Ces prix nous étonnèrent et cela devait être, car ils étaient excessivement bas. Ceux des pièces de nainsooks ou nansouks n'étaient pas moins surprenants .

Leurs sortes de 24 fils en chaîne et 28 fi s en trame, en 90 centimètres de largeur, se vendaient à 47 cent, les 26 fils en chaîne et 2S en trame à 67 »

les 34 fils en chaîne et 38 en trame à 1 f. 12 »

et les 46 fi)s en chaîne et 50 en trame à 2f. 25 »

11 se fabriquait également en plusieurs largeurs, à Manchester et à Glascow, un tissu de coton appelé Victoria Lawns', qui était remarquable par un apprêt qui lui donnait une apparence de batiste de fil.

Voici les prix et largeurs des pièces particulièrement examinées : Les 18 fils en chaîne et 20 fils en trame, toujours comptés avec le quart de pouce, se vendaient en 102 centimètres de largeur. 33 centimes

les 28 fils. ' 88 B

les 41 fils. 1 fr. 77 »

Les Ënglish Books sont les tissus connus en France sous la dénomination de mousselines organdies d'Ecosse.

La largeur des pièces exposées était' de 94 centimètres: les 16 fils en chaîne se vendaient à Manchester 36 centimes; les 24, 89 centimes; les 42, 1 fr. 85.

Sur plusieurs de ces prix Glascow présentait encore une diminution^; mais leurs tissus étaient un peu plus clairs qu'à Manchester.

Les English-Mulls ou mousselines claires, apprêt

i Nous ne citons que quelques prix de ceux mentionnés dans notre rapport de 1855.

2 Le Victoria Lawns est rétoffe de coton connue en France sous le nom de batiste d*Ecosse.

3 Nous ne pouvons donner notre opioion que sur les seuls tissus qui avaient été exposa.

4 Sur plusieurs prix des English-Books il y avait de 5 à 6 0/0 de différence entre les prix des &bricaats de Glascow et ceux de Manchester.

souple, se fabriquaient également à Glascow et à Manchester. A Manchester, leur largeur était de 90 centimètres.

Voici les prix auxquels ces English-Mulls se vendaient, eu égard à leur finesse : les 22 fils, 80 centimes; les 27 fils, Ifr. 11; les 44 fils, 1 fr. 94.

Nous ne prolongerons pas ces citations, qui suffiront pour établir le cours auquel les Anglais vendaient alors leurs tissus légers, dont la supériorité résidait toujours dans les prix comparés avec ceux des autres nations.

Les étoffes à bon marché, d'une consommation générale, étaient celles où excellaient particulièrement les manufacturiers anglais. C'est ainsi que le district de Manchester avait présenté des calicots de 80 centimètres de largeur d'une qualité passable à 17 centimes le mètre ; d'autres plus fins et plus larges , à 34 centimes, et des jaconats brillantes d'une fabrication pas trop mauvaise aux prix incroyables de 28 à 34 centimes le mètre.

Les piqués et les reps de Manchester avaient une supériorité incontestable, et l'un de ses fabricants exposait ce que Ton pouvait appeler un tour de force de bon marché : c'étaient des jupons en piqué ayant 88 centimètres de largeur sur 2 mètres 20 centimètres de longueur, qui étaient marqués 65 centimes le jupon.

Glascow est pour l'Angleterre ce que sont les villes de Rouen, de Saint-Quentin et de Tarare pour la France. Cette riche cité de l'Ecosse, outre ses English-Mulls, ses English-Books et ses Mull-Mull, sortes de mousselines plus ou moins serrées et de différents apprêts, qu'elle livrait à la vente dans des conditions très-avantageuses, exposait encore des cravates de mousselines et une série de dessins variés en tissus dits mousselines lancées ayant 18 fils, au quart de pouce carré, en chaîne et 14 fils en trame, en 88 centimètres de largeur, à 40 centimes le mètre ; une autre avec des brochés de deux couleurs, ayant 21 fils en chaîne et 17 en trame, d*une largeur de 75 centimètres, également à 40 centimes; une autre encore avec de grandes fleurs brochées en laine de couleur, en bonne marchandise, à 60 centimes ; et enfin dos mousselines organdies pour robes, de 75 à 80 centimes.

Voici quels étaient à peu près les principaux tissus de coton légers et blancs exposés par l'Angleterre en 1855.

Les Etats-Unis n'y étaient représentés que par une seule maison* de Boston (Massachusetts). C'était peu, mais cette exposition était remarquable par les produits qu'elle j faisait connaître. Les deux pièces qui y avaient été envoyées étaient: Tune, une toile de coton en 90 centimètres de largeur d'une qualité très-forte, du prix de

38 centimes le mètre; l'autre, un croisé parfaitement tissé qui ne valait que 4^ centimes.

Ces deux pièces, très-remarquées par toutes les personnes compétentes, faisaient pressentir Tavenir réservé aux manufactures américaines, qui ont en leur possession les matières premières et une navigation avancée, quand elles voudront s'occuper sérieusement de la fabrication des étoffes de coton*.

L'industrie du coton de l'empire d'Autriche était représentée à l'exposition universelle par les produits de

39 de ses fabricants. Trois ou quatre y avaient envoyé des tissus légers unis ou façonnés ; d'autres des fils de coton simples et doubles, des tissus de couleurs, laine et coton, une assez belle collection de mousselines imprimées, etdesveloursdecoton qui provenaientdelaBohéme^. Ces velours de coton méritaient surtout une mention toute particulière, leurs prix étaient de 2 fr. 25 à 2 fr. 50 le mètre ; ils étaient en toute nuance d'une qualité parfaite, et, en les comparant à ceux des autres nations, ils ne redoutaient aucune concurrence.

Il n'en était pas de même de leurs tissus blancs. Leurs mousselines , en toutes qualités , leurs piqués, gazes, devants de chemises et autres, laissaient à désirer sous le double rapport de la filature du coton et du tissage. Leurs produits et leurs dessins ressemblaient à ceux de l'Angleterre et de la Suisse, mais ils n'en atteignaient ni la perfection, ni les prix. Ils les vendaient à la pièce, dont le contenu variait suivant la spécialité du tissu.

La Belgique n'avait envoyé qu'un petit nombre de

1 Messieurs Meman-Brerver et Ci*.

S ('.es deux pièces de tissus croisés et unis de rÂmérique étaient, avec les molletons imprimés de U Prusse, les deux expositions les plus remarquables de la 19« classe.

3 Ces velours étaieut exposés par deux febricants de Neodergiond et de Geogenthal.

pièces de ses tissus blancs à Texposition. Les principaux produits de ses fabricants* se composaient de fils de cotons simples et retors, de cotonnettes, de molletons, d'étoffes pour pantalons et matelas, d'étoffes mélangées laine et coton, de siamoises et de peluches. Ils y avaient aussi des pièces de toiles de coton, des madapolans, des calicots, des piqués, des entre-deux, des mousselines imitation de la broderie, et quelques bons essais en jaconats et en batistes d'Ecosse ; mais les pièces de tissus qu'ils avaient envoyées à l'exposition étaient peu nombreuses, et elles faisaient regretter qu'elles n'y fussent pas en rapport avec l'importance productive de cette nation.

Les tissus de coton qui avaient été envoyés au Palais de l'Industrie par le royaume des Pays-Bas', par la monarchie danoise, par le Mexique, par le royaume de la Grèce et le grand duché de Bade, étaient encore moins nombreux.

Nous n'en parlerons pas et ne dirons que quelques mots de l'Espagne.

L'Espagne pour ses manufactures de coton, c'était Barcelone, et elle avait beaucoup à faire pour devenir une nation industrielle. En effet, les 24 fabricants de tissus blancs, imprimés et mélangés, dont les produits figuraient à lexhibition universelle, étaient tous de Barcelone. Ces produits étaient, quant aux genres, similaires de ceux de la France et de l'Angleterre ; c'étaient des indiennes, des mouchoirs de cou, des calicots, des mousselines unies, à carreaux et brochées ; mais ils étaient bien loin d'eux pour les qualités et les prix.

La compagnie des Indes, au contraire, brillait avec

1 La Belgique avait 38 eiposaots dans la i9« classe, mais cette nation t avait envoyé un trop petit nombre de pièces de ses tissus blancs, unis et façonnés. Depuis 1855 Tindustrie du coton y a fait des progrès et y a pris un grand développement

i Le royaume des Pays-Bas avait exposé des tissus de coton mélangés avec le lin, et quelques pièces de calicots blancs et imprimés. — La monarchie danoise des cbâles en coton, des gros calicots fabriqués à la mécanique. — Le Mexique, des filés, des calicots, des serviettes et nappes en coton, et une très-belle pièce de mousseline en laine. — La Grèce, des fils de colon de Fatras et de Lamie, des essuie-mains et des croisés en coton. — La monarchie danoise des mousselines et des indiennes imprimées.

éclat à Texposition; elle y représentait les lointains pays qui furent autrefois le berceau de la fabrication des principales étoffes en coton. Ses produits mélangés avec de la soie et de l'or étaient vraiment merveilleux. Ils furent mentionnés avec de grands éloges dans les rapports des jurys pour le goût particulier, la .patience d'exécution qui se faisaient remarquer dans Tassemblage des matières employées dans ces beaux tissus orientaux. Ce n'étaient pas seulement les conceptions du présent qui nous arrivaient de rinde, c'était l'originalité dupasse.

La Prusse n'avait pas envoyé à l'exposition des tissus blancs et légers, elle en fabriquait peu; mais ses produits en laine, en lin et en soie y étaient nombreux. Les seuls articles de coton, expédiés à Paris par les fabricants prussiens, étaient des fils de coton, des cotons à marquer teints en rouge, des indiennes pour l'ameublement, des siamoises, des peluches et des flanelles de coton ou kalemouck, imitation de la peau du tigre.

Cette dernière étoffe méritait une mention toute particulière.

On avait tout d'abord peu remarqué dan? l'exhibilion prussienne un tissu très-fort, fait avec de gros cotons, imprimé en dessins assez extraordinaires pour le goût et les couleurs, mais excellent de qualité et de confection. Cet article, qui pouvait servir à faire des vêtements chauds, y était indiqué comme se vendant de 40 à 70 centimes le mètre.

Les membres du jury ne purent croire à la vérité de cette annonce, et ils furent même un instant disposés à ne pas s'arrêter à une production dont le prix devait probablement receler une erreur qui, si elle eût été volontaire, eût mérité un blâme. Mais le délégué de la Prusse, chargé de représenter à Paris les fabricants à qui appartenaient ces étoffes extraordinaires, averti officieusement des doutes du jury, s'empressa de les lover immédiatement en faisant venir de Gladbach (Prusse Rhénane) les livres, prix-couranls et autres pièces justificatives, constatant régulièrement que les fabricants ^ livraient continuellement, depuis plusieurs années, au

X Ces fobricaDts se nommaient MM. Croon frères tt Wolff et Scblafhorst, de Gladbach.

commerce, des flanelles de coton imitant les peaux de tigres, similaires des pièces exposées, au prix réel de 40 à 70 centimes le mètre.

Cette exposition prouva les ressources extraordinaires de production dont pouvait disposer la Prusse avec les prix de ses salaires. Sa fabrication des étoffes en coton n'y était pas aussi développée que celle de la laine et de la soie; mais on pouvait prévoir, en 1855, l'avenir qui semble réservé aux tissus de cette nation.

Ceux qui avaient été exposés par les Etats Sardes étaient peu nombreux. Ceux-ci n'avaient envoyé que quelques pièces de calicots, des madapolans et des toiles imprimées de la manufacture d'Annecy-etrPont, des tulles de coton unis de Saint-Pierre d'Albigny et des tissus mélangés d'un fabricant de Gènes ; aussi disait-on que l'industrie manufacturière avait beaucoup à gagner en Italie.

On ne pouvait pas adresser la même observation à celle de la Suisse. La Suisse ne consommait encore en 1855 que 43 à 14 millions de kilogrammes de cotons en laine, transformés en fil par environ un million de broches; mais la perfection de ses tissus fins, les prix auxquels elle les livrait à la consommation, lui assignaient î;u Palais de l'Industrie la place très-distinguée qu'elle y occupait.

L'industrie du coton, en Suisse, était représentée au Palais de l'Industrie par les produits de 39 de ses fabricants. Les cantons de Saint-Gall, d'Apponzel, de Zurich, de Turgovie, de Glaris, d'Argovie et de Berne, y avaient envoyé ce qu'ils pouvaient offrir de plus remarquable en cotons filés, calicots, percales, nansoucks, mousselines unies et brochées, mousselines brodées en tous genres; tissus de couleur pour robes, pantalons, ameublement, et enfin tous les produits que, sous des formes différentes, d'intelligents manufacturiers savent tirer du coton.

Les mousselines, les rideaux, toutes les broderies exposées par la Suisse, étaient remarquables par la perfection, par l'exécution de leur travail, par des difficultés vaincues et par le choix et le bon goût de leurs dessins. On pouvait objecter que leurs grandes dispositions de rideaux avec des t^bleau^ et des personnages ne rentraient

pas dans les genres simples et légers préférés par les consommateurs français; mais on répondait à cette observation que la éuisse exportait généralement les deux tiers des marchandises qu'elle fabriquait et qu'elle devait avant tout rechercher le goût de ses acheteurs ordinaires.

La Suisse produisait en bonnes qualités et à bon marché les calicots, les percales, les tissus imprimés pour robes, les tissus mélangés, guingamps, mouchoirs et autres ; et bien que ses manufacturiers n'employassent encore, à cette époque, que peu de métiers mécaniques, les salaires de leurs ouvriers tissant à la main étaient si peu payés, que leurs marcliandises, pour certains genres, pouvaient Jutter avec avantage avec ceux de l'Angleterre. Nous dirons de plus que pour une partie de ses broderies et pour ce bon genre de tissu de coton clair, qui, sans être ni aussi léger ni aussi transparent que la tarlatane, était accepté en 1855 par la consommation comme la sorte de mousseline la plus généralement préférée, elle y avait conservé la supériorité qui déjà lui avait été décernée à l'exposition universelle de Londres.

La Suisse, pour ses tissus de coton fins, était la grande rivale de l'Angleterre et de la France.

La concurrence d'une nation dont les avantages de la production sont dus à la nature de son sol à la sobriété, au travail opiniâtre et peu rétribué de ses habitants, sera toujours dangereuse pour ses rivales en industrie.

La Saxe Royale avait aussi une exposition remarquable, et ses tissus de coton, surtout, avaient droit à une mention toute particulière. En effet, la perfection des produits envoyés par les manufacturiers de la Saxe fut, pour beaucoup de visiteurs et les membres du jury même, une suf prise. On ne s'attendait pas à trouver en Allemagne des qualités de marchandises aussi parfaites et des dessins de mousselines et de gazes pour ameublement d'un aussi excellent goût.

La Saxe montra dans son exposition au Palais de l'Industrie de magnifiques échantillons de ce que les fabriques de l'Allemagne peuvent produire. Les rideaux et les stores qui provenaient des manufactures de Plauen, pouvaient être comparés à ceux du district de Saint- Quentin pour la qualité, et ils leur étaient presque

supérieurs par leurs bas prix. Leurs dessins en étaient simples, gracieux, et les effets du gros coton, formant le broché, bien compris. Les fonds des tissus étaient trèsvariés et d'une incontestable réussite. On y remarquait un choix parfait de rideaux avec des bordures festonnées, en dispositions très-heureuses, exécutées avec succès en broché ordinaire ou en doubles maillons, soit sur des fonds en mousselines, en gazes unies, en gazes deux lils, soit en imitation guipure et en genre filoche, du prix de 11 à 18 francs les deux rideaux, larges de 1 mètre 04 centimètres, et longs ensemble de 7, mètres 04 centimètres.

La Saxe avait également exposé des qualités moins belles que celles dont nous .venons de parler et dont les prix étaient également avantageux. Les pièces de ses mousselines et de ses nansoucks mesuraient ordinairement 9 mètres 2 centimètres de longueur et avaient 1 mètre 13 de largeur. Elles étaient convenablement fabriquées, et les cotons employés assez bien filés.

Cette bonne situation de Tindustrie en Allemagne s'expliquait par le bon marché de la vie habituelle de ses habitants et do leurs salaires. Si on les comparait à ceux des ouvriers anglais ou français, on y trouverait de grandes différences. Ainsi, en 1855, les ouvriers de la filature de coton en Angleterre recevaient par jour, pour les gros numéros de 3,25 à 4 fr., et pour les fins de 4 à 6 fr. ; en France ils pouvaient gagner de 3 à4 francs. — En Allemagne et on Suisse, ces mêmes ouvriers étaient payés de 1,20 à 1,60*. La même disproportion se faisait remarquer dans les salaires dos tisseurs. Pour les Anglais, leur moyenne était de 3 à 5 francs; elle était de 1,50 à 3 francs en France alors qu'elle ne dépassait pas 1,25 et 1,50 en Allemagne. La journée d'une femme était en Angleterre de i h 2,25, de 1,25 en France, et seulement de 30 à 60 centimes en Allemagne. Les jeunes gens y recevaient de 20 à 30 centimes pour une durée de travail payée de 75 centimes à 1 franc en France.

Ces différences entre le prix de la journée d'un fileur ou d'un tisseur allemand, en le comparant à celui que

1 Ces renseignements nous furent donnés avec soin par des membres du jury de TAllemagne et de i* Angleterre.

gagnaient ces mômes ouvriers en Angleterre et en France, était trop importantes pour ne pas appeler l'attention de ceux qui voulaient se rendre compte des conditions particulières dans lesquelles se trouvaient les travailleurs de l'industrie.

Le Grand-Duché de Toscane, qui n'appartenait pas alors à l'Italie, était représenté à l'exhibition de Paris par deux manufacturiers: l'un de Pise et l'autre de Novacchio, qui y avaient envoyé leurs produits. L'un filait le coton, le teignait et faisait tisser ensuite mécaniquement divers articles unis et façonnés; l'autre fabriquait des étoffes en coton, en lin, et d'autres en laine mélangée avec du coton. La filature de Pise était assez importante, mais ses filés étaient d'une qualité très-ordinaire ; elle se ressentait de la situation de l'industrie du coton en Italie. Nous dirons toutefois que l'usage du tissage mécanique, chez un peuple qui s'en occupait si peu, indiquait une excellente disposition. Les étoffes de coton mélangées de la fabrique de Novacchio ne pouvaient pas entrer en lice avec les mêmes produits de la France ou de l'Angleterre ; elles dénotaient cependant une tendance à bien faire qui se sera sans doute développée.

L'industrie du coton dans le royaume de Wurtemberg, si on la jugeait sur les tissus envoyés à Texposition universelle par quatre manufacturiers de Stuttgard, d'Ebengen et de Jebenhausen, devait occuper en Allemagne un rang distingué. Il se fabriquait à Stuttgard des couvertures de piqués, des toiles de coton, des futaines piquées, des devants de chemises, des jaconats, des tissus façonnés dont les prix et les qualités furent favorablement appréciés et méritaient de l'être. Les velours de coton d'Ëbengen, sans valoir ceux de la Bohême, méritaient d'être mentionnés.

On disait à l'exposition de 1855 qu'il y avait beaucoup à espérer de l'industrie allemande, celle de 1867 montrera si les progrés que l'on en attendait se sont réalisés.

Le Portugal n'y avait que neuf exposants de fils de cot.on à tisser et à coudre, d'indiennes, de guingams, de mouchoirs de toile, de coton et de coutils. Les dispositions de leurs étoffes, leurs qualités et leurs genres laissaient sans doute à désirer, mais ils indiquaient chez leurs manufacturiers la volonté de reconstituer dans de

Portugal rindustrie du coton, qui, depuis longtemps, j est délaissée.

Des provinces du nord de TEurope, la Russie seule n'avait pas répondu à l'appel qui lui avait éiè adressé par la France.

La Suède y avait envoyé les produits de six de ses manufacturiers de fils et de tissus de coton. Ces produits étaient des étoffes de laines mélangées avec du coton, destinées aux usages particuliers des habitants de leurs campagnes.

La Norvège avait neuf exposants en 'toiles de coton, en tissus pour pantalons et pour Tameublement. Généralement ceux des provinces du Nord se composaient de cotonnades impriiaées, en qualités communes, de mouchoirs en tous genres, de gros calicots et de toiles de coton qui conviennent particulièrement à l'habillement peu recherché des populations de leurs campagnes.

Nous venons d'indiquer la situation de Tindustrie du coton chez chacune des nations représentées à l'exposition universelle, plusieurs y firent défaut ; on regretta que la République Argentine, que la Bavière, le Brésil, l'Egypte, le Hanovre, les Grands-Duchés de Hesse, du Luxembourg, de Nassau et de Saxe-Cobourg n'y aient pas envoyé leurs produits.

Nous allons maintenant dire quelques mots de l'exposition de la France.

Suivant le relevé oflSciel qui fut publié par ordre de la Commission Impériale, il y avait 410 exposants français pour la 19° classe, du n° 5,608 au n© 6,018 du catalogue, plus 8 qui n'en avaient pas ; total 418. Un supplément, distribué plus tard, augmenta ce nombre de 21 et le porta à 439. Toutefois, comme dans ce chiffre figuraient 45 industriels en tulles et en dentelles de coton de Calais, Saint-Pierre-les-Calais et de Saint-Quentin, reportés ensuite à la 23* classe, il arriva que le nombre des exposants pour les 10 sections de la 19* classe fut réduit à 394.

Ce nombre se décomposait ainsi : 79 pour la ville de Tarare, 60 pour les départements du Haut et Bas-Rhin, 60 pour la ville de Rouen et ses environs, 28 pour Condésur-Noireau, 18 pour Paris, 15 pour le département

— soldes Vosges, 13 pour ChoUet, 7 pour la ville de Saint- Quentin (les tulles et broderies appartenaient à la 28* classe et les laines à la 20e classe), 9 pour Roubaix, 8 pour Tourcoing, 8 pour Lille, ôpour AmierfS, autant pour Bolbec, 5 pour la Ferté-Macé, 4 pour Yvetot, 3 pour Nantes, également 3 pour Troyes, et 64, enûn, pour des fabriques disséminées.

Le coton se subdivisait en plusieurs sections; nous parlerons particulièrement des produits des industries Saint-Quentinoises, en commençant par la âlature.

La filature du coton pouvait, quant aux qualités de ses filés et à leur perfection, rivaliser avec celle de l'Angleterre et de la Suisse*. Le n® 600 métrique qui y figurait n'y était plus une nouveauté, puisque cette même finesse, également produite par l'Angleterre et par la France à Londres en 1851, n'y avait même pas été jugée « comme > un progrès ni assez réel, ni assez nouveau pour méri* » ter une médaille de première classe. »

Cependant, on constata dans la filature d'importantes améliorations qui, pour ne pas avoir été peut-être autant appréciées et remarquées que celles des métiers qui les avaient produites, ne mérita pas moins les honorables distinctions* quelle y reçut'.

Avant de nous occuper des étoffes de cotons blancs, nous mentionnerons celles en couleurs pures ou mélangées avec d'autres substances, comme celles de la soie, de la

1 M. Fortamps , membre du sénat belgn et du jury interoational, disait dans son rapport sur les cotons filés : « Le jury a pu constater que » la France, la Suisse et la Belgique, malgré la diversité de leurs conditions V de production, filaient les numéros fins aussi bien qu'en Angleterre. > Et plus loin il disait encore : « Le meilleur filateur n'est pas celui qui » donne le plus beau produit, mais celui qui fournit le plus utile, c*est- B à-dire le produit dont la qualité, combinée avec le prix, convient le » mieux à remploi auquel il est destiné.

2 Les plus grands progrès accomplis dans Tindustrie cotonnière et qui furent mis en relief à Texposition de 1855 sont d'abord Tintroduction de la peigneuse Heilmann qui, en enlevant au coton ses parties courtes et duveteuses, le rend susceptible d'atteindre une plus grande finesse do numéro, tout en donnant au fil une apparence plus brillante et plus lustrée, et ensuite la perfection de l'outillage des machines préparatoires de la filature.

3 3 grandes médailles d^faonnenr. — 3 médailles d'honnenr. — 10 médailles de première classe.

laine, ou du fil, qui étaient parfaitement représentées au Palais de Tlndustrie par les tissus de la France, par ceux de l'Angleterre, de la Suisse et de plusieurs autres contrées de TEurope.

Pour ces tissus et ceux de cotons imprimés, il a été reconnu que la France était supérieure aux autres nations, sauf à l'Angleterre qui remportait sur elle mais seulement pour certaines sortes et pour certains prix * . Pour le goût, pour rintelligence des combinaisons, des couleurs et pour la variété des dessins, il était difficile de produire mieux que Roubaix, Saint-Quentin, Tourcoing, Lille, l'Alsace, les Vosges, qui y avaient exposé en outre une grande variété d'étofi*es de coton fantaisie mélangées avec de la laine et de la soie, telles que celles appelées valencias, popelines, grenadines et autres.

Rouen', TAlsace, y avaient envoyé leurs percales et mousselines imprimées, Roubaix, Tourcoing, Chollet, Laval et Condé-sur-Noireau, leurs meilleures étoffes pour robes et pantalons .

Les qualités des indiennes et des jaconats imprimés présentés par l'Angleterre et la Suisse étaient également bonnes et leurs prix fort bas. mais leurs dessins n'avaient pas le cachet de la nouveauté et du goût, et leurs qualités l'extrême perfection que Ton remarquait dans les produits de la France; aussi, après examen, ses produits furent encore jugés en 1855, comme ils l'avaient été en 1851, supérieurs à ceux de leurs rivaux.

11 en tut de même pour les madapolams sans apprêt, les cretonnes, les croisés qui figuraient à cette exposition et qui, admirablement fabriqués, méritaient d'être mentionnés avec de grands éloges. Ils le furent, et en effet aucune contrée de l'Europe n'avait aussi bien produit que les fabricants d'Essonnes, de l'Alsace, des Vosges

1 Glasgow avait expose des tissus croisés faits sur des métiers à 3 et i navettes, mus par la vapeur. Le mètre se vendait 35 centimes en 6i centimètres de largeur.

3 Rouen et son district industriel, que Ton a quelquefois appelé la manufacture des petites bourses, occupaient en 1855, suivant un renseignement puisé à une source honorable, 200,000 ouvriers; ils faisaient tourner 1,800,000 broches, mettaient en œuvre 30 millions de kilogrammes de coton et imprimaient 800,000 pièces d*indiennes.

et de la Picardie, ces excellents tissus très-forts et souples, pour la confection desquels ils avaient employé les plus belles qualités de cotons qu'ils pouvaient alors ou filer ou se procurer.

Saint-Quentin, dont la fabrication des percales remonte à Torigine de cette production en France, y avait également envoyé ses plus belles qualités.

Ses autres articles en coton se composaient d*une magnifique collection de jaconats en toutes largeurs, tissés à la main et mécaniquement, depuis les prix les plus bas, c'est-à-dire depuis 25 centimes le mètre jusqu'à 6 francs 50 c; des nansoucks jusqu'à 8 francs, et des mousselines de 128 à 135 centimètres de largeur, de 80 centimes à 12 francs. Venaient ensuite une brillante série de tissus à dessins et brochés, dans laquelle on remarquait des collections de piqués, de jupons et de couvertures de toutes espèces, de mousselines, de gazes et de rideaux pour ameublement; de jaconats brillantes, de façonnés de tous genres pour la lingerie et pour robes; de devants de chemises plissés mécaniquement et de serviettes de coton. Ses vitrines renfermaient aussi des cotons et des laines filés, des tissus de laine, de laine et soie, et de laine et coton d'une grande variété; des rideaux brodés, des bandes et des broderies pour la lingerie, des tulles et des dentelles, du litige de table en fil et beaucoup d'autres produits.

Pour la filature et la fabrication des tissus de coton unis et forts, si l'on n'examinait que la perfection de ses produits, la France l'emportait incontestablement sur les nations les plus avancées en industrie, niême sur. 'Angleterre et sur la Suisse. Seulement, comme la belle et bonne qualité d'un produit n'est que l'un des éléments de sa perfection, et qu'il en est un autre non moins important qui est celui du prix, nous répéterons que, sous ce point de vue, la préférence devait être accordée aux tissus de l'Angleterre et surtout de^Amérique^

1 Uq membre du jury, M. Ernest Seillières, que la mort a enlevé trop tdt à son pays et à ses amis, ^vait fait un tableau très-curieux, où il avait établi la différence exacte des prix des tissus forts de la France, comparés avec cenx similaires de 1* Angleterre et de 1* Amérique. Avec T Angleterre, elle était, suivant ce travail, de 25 à 30 0/0 ; avec TAmérique de 3ft h iS 0/0.

TOMB II. 3g

Nous venons de dire quelles étaient à rexposition universelle les nations rivales de la France pour les jaconats*, les nansoucks', les piqués, les jupons, les mousselines unies, façonnées et brochées et les autres produits du coton.

Pour compléter cet examen, nous allons faire connaître notre opinion sur le rang que ces industriels y occupaient. Cette opinion n'est pas nouvelle et n'a pas été écrite en vue des faits accomplis, puisqu'elle a été imprimée en 1855', et formulée à une époque où les traités de commerce que la France a depuis conclus avec les nations du monde n'avaient pas encore changé son régime économique.

Il ne sera peui^étre pas sans intérêt en 1866 de constater que les appréciations qui furent publiées alors ont été depuis confirmées par les consommateurs, et que les manufacturiers français avaient été eux-mêmes les premiers à reconnaître la supériorité des qualités de beaucoup de leurs produits sur ceux des autres contrées.

Au moment où le palais qui avait été élevé en l'honneur de l'intelligence et de l'industrie allait se fermer, c'était un dernier devoir pour ceux qui avaient été appelés à en apprécier les merveilles, de se recueillir et de relire leurs notes pour indiquer d'une manière aussi précise que possible, et d'après les produits exposés, la situation réelle des industries de chacun des peuples qui avaient pris part à ce grand concours universel.

i En France^ les largeurs des jaconats varient de 60 à 160 centimètres ; celle que les anglais avaient exposée en 1855 était de 8i à 102 ; ceux de U Saxe avaient 1 mètre 13 ceut., et ceux de l'Autriche i mètre 90 cent. L'Angleterre ex[)Osa un jaconat de 84 cent, à 15 centimes, et sa plus fine qualité ayant iS fils en chaîne et 46 en trame sur 102 cent, de largeur, était estimée 2 fr. 17 c. La France avait des jaconats jusqu'à 6 fr. 50 le mètre; des nansouks à 8 fr. et des mousselines à 12.

2 Le nansouck anglais est moins serré que celui de U France ; Manchester en avait exposé de deux largeurs, Tune ayant 1 mètre pour les qualités ordinaires et l'autre 91 cent, pour les plus fines.

3 Rapport sur la situation de l'industrie des tissas de coton blancs à l'exposition universelle de 1855, présenté à la chambre de commerce de Saint-Quentin par M. Ch. Picard, son président, membre de la 19« classe du jury international. Ce rapport a été tiré à 200 exemplaires et envoyé aux chambres de commerce. ,

Ainsi se trouva confirmé en 1855 le jugement qui avait été formulé en 1851 à l'exposition de Londres* : le jury pensa en 1855, comme celui de 1851, a que pour le bon » marché les Etats-Unis et l'Angleterre marchaient en » première ligne; que pour l'importance de la fabrication 0 c'était encore TAngleterre, et pour la perfection des » tissus la France, TAngleterre et Ja Suisse. »

Cette opinion de Thonorable rapporteur du jury de 1851, avait également été celle de celui des membres du jury qui avait été chargé, à celle de 1855, de l'examen des tissus de coton légers.

Pour établir une classification aussi exacte que possible des difi*érents genres de ces produits, voici comment cette opinion* était résumée :

lo Pour les tissus forts, les calicots, les percales, les madapolans, les croisés et les cretonnes en fortes et belles qualités, la France était supérieure; seulement elle était inférieure pour les prix.

2 Pour les sortes extra-fines, jaconats et nansoucks, la fabrique de Saint-Quentin l'emportait par la perfection de ses produits; mais pour celles ordinaires, depuis 15 centimes jusqu'à i fr. 80 le mètre, l'avantage pour les prix restait aux produits de l'Angleterre.

3® Pour les mousselines moins claires que les tarlatanes, pour celles appelées english-muls, muls-scolch, élastic-mul, bishops-lawn, mul-mul, english-books et victoria-lawn, depuis le prix le plus bas jusqu'à 1 fr. 50 le mètre ; pour les mousselines couleurs dites moustic ; les mousselines lancées et brochées en coton et en laine, de 40 à 70 centimes, les produits de Glasgow (Ecosse) avaient une supériorité incontestable, si ce n'est sur les qualités, du moins sur les cours des autres nations.

4<> Pour les autres genres de mousselines, cette supériorité était partagée : elle appartenait à Tarare pour les tarlatanes', les mousselines un peu plus serrées que les tarlatanes apprêt souple , pour les robes d'organdis

1 Voir le rapport de M. Mimerel, sénateur.

2 Rapport sur la situation de Tindustrie des tissus de coton, page 63.

3 Un fabricant de Tarare avait exposé une robe de tarlatane de 15 mètres de longueur tissée avec du coton, n* 510, qui pesait seulement 87 grammes.

brochées et brodées; à la Suisse pour une sorte de mousseline qui porte son nom*, pour plusieurs de ses genres de broderies et pour son magnifique étalage de stores et de rideaux; et à Saint-Quentin, pour certains prix de mousselines très-garnies, se rapprochant du genre de tissu que cette ville fabriquait déjà un siècle avant l'exposition universelie. •

5® Pour les piqués et jupons bas prix : les piqués unis à petits grains de 1 fr. 25 à 4 fr. 25 centimes le mètre , les couvertures et tapis de table en couleur et en blanc; le linge de table et de toilette en coton*, les basins, les india-twilled ou tissus unis satinés, les cambrics unis, croisés, et les dimities ou tissus imitant le satin, les produits anglais remportaient par leurs prix sur ceux des autres peuples;

6" Pour les piqués à gilets, grandes et petites dispositions, pour les genres nouveaux et les très-belles qualités, c'étaient ceux des districts de Reims, de Rouen et de Lille qui n'avaient alors aucune concurrence à redouter ; et , pour les piqués matelassés et molletonnés, les beaux jupons piqués, toutes les riches nouveautés en ce genre, les entre-deux et les mousselines brochées imitant la broderie sur fond nansouck, les devants de chemises avec imitation de plis tissés mécaniquement, la fabrique de Saint-Quentin était supérieure aux autres, comme elle l'était aussi pour toutes les espèces de mousselines et de gazes pour ameublement.

En effet, l'exposition des manufacturiers de Saint- Quentin l'emportait par l'excellent goût de s^ dessins, par la réussite de ses qualités et l'ensemble parfait de sa fabrication sur tous les produits similaires des autres nations; seulement, en ce qui concernait les grands rideaux sur de la gaze et de la mousseline, les prix côtés sur les marchandises de la Saxe-Royale étaient au moins aussi bas que les leurs.

1 La plus belle pièce de mousseline avait été exposée par une maison d*Hérisdu (Suisse); elle n*avait que 86 centimètres de largeur, tissée avec du coton 09 iOO en chaîne, elle valait 8 francs le métré.

•i 11 se fabriquait à Glasgow uu genre de linge de coton pour la toilette et la table, qui ne se faisait pas en France en 1855; cet article se nommait Hackaback les serviettes se vendaient depuis 2 francs 25 la doutaine to 85 centimètres de longueur jusqu'à 7 francs

Pour les étoffes et velours de coton à Tusage des pantalons, Qn bonne qualité ordinaire, nous disions que la palme revenait à l'Angleterre, comme elle appartenait à la Prusse pour ses grosses étoffes tirées à poil, de 40 à 70 centimes le mètre.

Telle avait été la position des différentes branches de la production du coton au Palais de l'Industrie ; et, si cette appréciation pouvait présenter quelques controverses qui ne se sont pas fait cpnnaitre elle était du moins le résultat d'un examen attentif et consciencieux, qui ne dura pas moins de trois mois.

Ce résultat, acquis par des comparaisons minutieuses faites à la loupe, donna à celui qui écrit ces lignes cette conviction profonde, que le caractère particulier de l'industrie de la France était l'uni versali té, le bon goût et la perfection, que la France faisait de tout, et qu'elle le faisait bien.

Chaque peuple avait montré à ceite exhibition tous ses avantages, il iallait les étudier. On avait vu ce que la Prusse et l'Allemagne pouvaient produire de remarquable et à quel prix elles manufacturaient les draps, certaines étoffes de laine et même de coton.

L'Angleterre, qui fabrique le coton avec de merveilleux avantages, était inférieure à la France pour ses tissus de soie, pour certaines espèces de draps et pour be goût de ses mousselines imprimées; mais dans d'autres produits, et surtout dans ses prix, elle lui était supérieure.

Les Etats-Unis n'avaient exposé que quelques pièces de tissus de coton en fortes qualités, mais sur ces quelques pièces on pouvait augurer qu'il y avait chez ce peuple tout un avenir industriel qui pourra devenir un jour redoutable à ses rivaux.

Quant à la France, elle venait de prouver par la perfection presque universelle de ses produits, qu'elle avait, sur toutes les nations l'avantage du bon goût, du beau et de la nouveauté; qu'elle était sans rivale pour l'application des couleurs sur les tissus, pour ses soieries, ses broderies^ ses tapis, ses étoffes de laine et ses dentelles. Tout le monde avait rendu hommage à ses fabrications; seulement on fut généralement d'accord pour reconnaître qu'il existait toujours une différence importante entre les prix auxquels elle pouvait vendre ses filés et

ses tissus de coton et ceux auxquels TAngleterre livrait les siens.

Dans une question qui touchait si directement les intérêts manufacturiers de Saint-Quentin, nous dûmes chercher à nous rendre compte des causes de cette diffé* rence, et en remontant à l'origine de cette industrie, et en en suivant la marche et les progrès, il nous fut facile deTexpliquer. En effet, les anglais nous ont précédés dans la manutention du coton, et ils ont marché si vite que nos manufacturiers n'ont pu les atteindre dans la course rapide de leur merveilleux progrès ; ils fabriquent cinq fois plus que nous; ils ont à Liverpool un immense marché où ils ont d'abord le choix des qualités, et où , ensuite , ils achètent le plus souvent cette matière première à meilleur compte que nous. La différence qui a souvent existé entre les cours du Havre et ceux de Liverpool s'expliquait d'ailleurs par cette raison que les américains ayant en Angleterre un plus vaste débouché de leurs produits qu^en France, ils les y envoyaient plus volontiers. Il est certain aussi que les cotons en laine revenaient à leurs industriels à un prix un peu moindre qu'aux nôtres, puisqu'il en coûte plus pour les transporter au Havre qu'à Liverpool, et plus encore pour amener ces mêmes marchandises du Havre à Lille\ à Mulhouse ou à Saint-Quentin qu'à Manchester ou à Glasgow. Si des conditions de l'achat du coton on passait à la filature, on trouvait encore en faveur de l'Angleterre une diminution considérable dans les frais de premier établissement.

Avant le traité de commerce de 1860, la broche qui, dans une de ses filatures avec renvideurs, coûtait 28 francs au plus, revenait à Rouen ou à Saint-Quentin à 45 francs au moins^ La matière première avait en outre à supporter en 1855 le droit de 24 centimes par kilogramme qui, avec le double décime et en raison du

1 En 1855, les industriels de Manchester faisaient venir de Liverpool leurs cotons en laine pour 6 ou 7 francs la tonne, quand ceux de Lille payaient 35 francs et ceux de Mulhouse 75 francs pour recevoir les leurs dn Havre.

2 La broche elle-même, qui coûtait 11 et 12 francs en France, ne revenait qu*à 6 fr. ^5 eo Angleterre. (Déclaration de Messieurs T. Barleyet Walter Crum, d'Angleterre).

déchet évalué au iO", s'élevait à 26 centimes et la différence énorme du prix de la houille et de Tamortissement des capitaux Immobilisés. On arrivait, en additionnant ces charges, à trouver que les frais généraux qui grevaient la filature française étaient le double de ceux que payait IMndustrie angfaise.

Ces causes étaient, suivant nous, celles qui firent qu'à l'exposition universelle les prix de nos tissus de coton, qui étaient généralement si bien fabriqués et de si bon goût, y étaient cotés plus cher que ceux de TAngleterre.

Nous venons de dire que si la France avait l'avantage pour le goût, pour la nouveauté, pour les fines et les belles qualités de ses étoffes de coton, l'Angleterre l'avait pour le bon marché. Nous ajouterons, en terminant, pour être vrai , que si ces mêmes étoffes coûtaient à Manchester et à Glasgow de 20 à 30 pour 0/0 meilleur marché qu'à Saint-Quentin ou à Mulhouse, les consommateurs n'en profitaient pas, car elles étaient vendues à Londres à peu prés les mêmes prix qu'à Paris, parce que les marchandises en Angleterre, avant que d'arriver aux consommateurs, passaient par les mains de nombreux intermédiaires onéreux qui en augmentaient considérablement les prix*. En est-il de même aujourd'hui ? c'est à ceux qui nous ont remplacé dans l'industrie à l'étudier et à nous le dire. Les rapports des membres des jurys à l'exposition de 1867 se chargeront sans doute de faire connaître la véritable situation des industries du globe au grand concours qui va s'ouvrir et dont ils auront à décrire les progrès; c'est un beau travail à entreprendre.

1 M. Miinerel a déclaré, dans son rapport sur les tissas de coton à Londres, y avoir acheté en 1851 da calicot, pour faire une chemise qui y revenait à i fr. 35, et qu'il obtint la même chemise au prix de 3 fr. 95 dans un magasin de blanc de la rue de la Ferme des Mathurins, à Paris.

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