‹ Saint-Quentin; de son commerce et de ses industriesChapitre 22 sur 42 · A NOS SEIGNEURS DU CONSEIL DE COMMERCE · texte numérisé non relu

A NOS SEIGNEURS DU CONSEIL DE COMMERCE

Les marchands de toiles batistes et linons de la viUe de Saint-Quentin vous remontrent humblement que le

mauvais blanchissage de leurs marchandises décrédite entièrement leur manufacture, et qu'il n'est pas en leur pouvoir ni même à celui de leurs magistrats de remédier aux inconvénients qui se rencontrent.

Les susdits magistrats ont fait plusieurs ordonnances à ce sujet, et notamment parcelle du 29 février 1716, il est défendu à tout blanchisseur du commencer à travailler avant le 15 mars, et de recevoir des toiles crues après le 10 d'octobre ; mais comme il se trouve des blanchiries dans les villes voisines hors de la juridiction des susdits magistrats, leurs défenses ne peuvent pas subsister, ou si elles subsistoient, ce seroit au grand dommage des suppliants qui ne pouroient point avoir des marchandises blanches aussitôt que les autres marchands de la manufacture, qui s'étend dans toute la Picardie, l'Artois, et la Flandre françoise.

Les supppliants sont très-persuadés qu'il est essentiel que leurs toiles soient blanchies dans la belle saison, pour estre d'une bonne qualité, ils supplient très-humblement le conseil de faire un règlement à ce sujet pour toute la manufacture, et d'imposer de grosses peines aux contrevenants; ils continueront leurs vœux pour votre prospérité et santé.

Avl« des marohanda de la ville d*AiTaB.

Les marchands de la ville d'Arras qui ont eu communication de la requête présentée au conseil de commerce par les marchands de toiles, batistes et linons de la ville de Saînt-Quentin, disent qu'il y avoit autrefois dans l'Artois des blanchiries en plus grand nombre qu'aujourd'huypour ces sortes de toiles, et que les anciennes guerres ayant ruiné le commerce de cette province, les principales blanchiries se sont établies à Saintr-Quentin, Cambray etValentiennes; que le peu qu'il est resté dans l'Artois sont en si petite réputation que la plupart des marchands de cette province envoyent blanchir leur toiles de batistes et linons, à Cambray et à Valentiennes. — Qu'à l'esgard des blanchiries de Saint-Quentin, ils n'ont pas la mesme commodité à cause des droits d'entrée et de sortie du royaume, mais ils peuvent dire que le peu d'attention qu'ont certains marchands de ladite ville à faire blanchir leurs toiles

dans la bonne saison afin d'en conserver la qualité déshonore beaucoup leur manufacture dans le pays et qu'ils croyent être du bien public et de ces manufactures en général que la cour fasse un règlement là-dessus conformément à ladite requête.

Avî» dM marehandt de la ville de Fèronne.

Les marchands de toilles, batistes et linons de la ville de Saint-Quentin demandent un arrest du conseil de commerce qui défende le blanchissage des toilles avant le 15 mars et d'en recevoir des crues après le 10 octobre.

Le mémoire communiqué aux marchands de la ville de Péronne, disent que n'i ayant pas de blanchirie en ladite ville, ils sont sans intérest et n'ont rien à dire, mais leur silence n'empêchera pas d'entrer. dans l'examen du bien public et particulier.

Pour le bien public, on ne peut pas disconvenir que l'année aiant ses âges contre les croutures elle agit avec bien plus de vigueur dans un tems que dans un autre.

Or il est de rexpérience que l'hiver, commencement de l'année, met les créatures dans une sorte d'assoupissement pour le recouvrement de ses forces et pouvoir agir avec plus d'efdcacité pour la maturité des choses de la terre.

Sur ces principes les eaux dans l'hiver sont pour ainsi dire inanimées, acres, grossières et moins coulantes; mais quand elles se retrouvent échauffées par le soleil, elles se raniment, elles agissent et recouvrent leurs propriétés ; d'où il faut conclure qu'elles commencent à avoir beaucoup plus de force au 15 mars qu'auparavant, et que croissantes en âge cette vigueur s'augmente et se trouve dans un âge virile jusqu'à sa vieillesse qu'elle rencontre vers le 10 octobre pour insensiblement tomber dans la . décrépitude ; et par conséquent que les toilles blanchies depuis le 15 mars jusqu'au 10 octobre sont beaucoup mieux blanchies successivement, beaucoup plus solides, de plus de durée que celles qui le sont à contre-tems, c'est-à-dire les premières moins bien que celles des mois de mai, juin et août ; ce qui est si vrai que les marchands blanchisseurs commencent leurs ouvrages par les grosses toilles et que les fines ne viennent qu'ensuite ;

que les blanchissages du commencement sont beaucoup plus coûteux par les lescives, sont beaucoup plus lonçs que ceux de la suite, ce qui prouve invinciblement le système et la nécessité du règlement demandé au conseil.

Pour le bien particulier, il faut distinguer des marchands en cru d'avec ceux en blanc.

Les marchands en cru auraient intérest qu'on blanchisse en tout temps pour deux raisons, la 1" parceque plus on blanchiroit plus ils auroient de débit, plus vite on recueilleroit leurs toilles.

La 2* en ce que les toilles blanchies à contretems n'étant pas d'une si bonne usée, la consommation en seroit plus grande.

Les marchands en blanc au contraire ont à souhaiter qu'y ait une distance raisonnable entre les blanchissages .et qu'ils finissent au \0 octobre, afin qu'ils puissent débiter les toiles blanchies de Tannée.

Mais comme pour le bien du commerce il faut toujours garder une certaine proportion et ne pas favoriser un jnétier plus qu'un autre, si on ne veut pas pour ainsi dire les faire tomber tous deux, il convient de garder un équilibre et que toutes choses se fasse en saison.

Il y a encore cette considération pour le bien de l'état que les marchandises façonnées en France soient de bonnes qualités et solides, sinon l'étranger s en pourvoit ailleurs.

Pour avis, à Péronne, le 2 febvrier 1717.

Signé : Hutellier.

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