‹ Saint-Quentin; de son commerce et de ses industriesChapitre 35 sur 42 · FABRIQUES DE CAULAINCOURT ET DE FRESNOY-LE-GRAND · texte numérisé non relu

FABRIQUES DE CAULAINCOURT ET DE FRESNOY-LE-GRAND

13 avril 1788.

RenseigroemenU donnés par CoUiettei lubdéléguéy sur 1m f)M briciues de Caulainoouri et de Fretnoy-le-Orand.

Monseigneur (l'intendant d'Amiens),

J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire/le 5 du courant, touchant les fabriques de Caulaincourt et de Fresnoy-le-Grand(Grand-Frènoi). La première n'a point réussi : il y a 15 à 18 ans qu'elle n'existe plus. La seconde a été plus heureuse ; c'est une fabrique de gazes que le sieur Santerre transféra, eu 1762 ou 63, de Paris au Grand-Frénoi etaux villages circonvoisins ; pendant les deux ou trois premières années il n'éprouva que des pertes et des pertes considérables qui ne le rebutèrent pas ; et à force de dépense et de courage il surmonta tous les obstacles. Ainsi c'est le sieur Santerre qui peut être regardé comme fondateur et créateur de la fabrique des gazes en soie au Grand-Frenoi , à Brancourt, à Bohain, à Etaves, à Homblières, à Roupy, etc., il a eu jusqu'à 500 métiers.

Aujourd'hui ce nombre est beaucoup diminué, parce qu'un sieur Boscari, gendre du sieur Santerre, s'est livré à une autre branche de commerce , ce qui force ce dernier à rester presque tout^ l'année à Paris , et à ne pouvoir plus faire qu'une résidence très momentanée à Frénoi : ne pouvant plus surveiller exactement ses ouvriers, il a cru n'en devoir plus avoir qu'une certaine quantité en la fidélité et l'intelligence desquels il a mis toute sa confiance. Un sieur Descombes, aussi actif et intelligent que le sieur Santerre, le remplace parle nombre d'ouvriers et

soutient cette fabrique, composée aujourdliui d'environ 1,400 métiers et de 2 à 300 dévideurs et dévideuses. Une grande partie de ces gazes de soie passe à ^étranger. M. Paulet a eu. Monseigneur, jusqu'à 100 métiers dans la même fabrique ; mais l'étendue considérable de son commerce de linons ne lui a plus permis de suivre cette branche qu'il vient de céder à une compagnie de Saint- Quentin : c'est de lui que je tiens le détail ci-dessus, il m'a ajouté que la fabrique de gazes ne contrarioit point du tout celle des linons ; qu'au contraire ces deux fabriques, dont les opérations sont les mêmes, s'entr'aidoient l'une l'autre; qu'elles formoient une double ressource pour le pays; qu'il avoit vu des années où la fabrique des linons languissoit ; que l'ouvrier qui n'y trouvoit point de travail en avoit eu dans la fabrique des gazes, et vice versa.

M . Tribert. qui n'a aucune inspection sur les gazes, n'a pu me donner aucun éclaircissement particulier ; il croit seulement que n'étant pas une nouveauté ni pour la production ni pour l'utilité exclusive, elles ne sont pas dans le cas de mériter du conseil des faveurs distinguées ou des encouragements dans les villages de Grand-Frénoi, Brancourt, Bohain, etc. ; je ne suis pas de son avis. Il est vrai que la fabrique des gazes dans ces villages n'est pas une nouveauté dans le roiaume, puisque depuis longues années il y en a à Paris et à Lyon ; mais cela n'empêche pas qu'elle ne soit une nouveauté dans le pays qu'elle alimente, que le sieur Santerre n'en ait été le créateur dans ces lieux, et qu'il ne soit du bien public qu'elle y soit maintenue et encouragée.

Je n'ai point cru. Monseigneur, devoir m'adresser directement aux sieurs Santerre et Descombes , pour avoir les éclaircissements que j'ai l'honneur de vous envoyer.

Ils auraient eu des inquiétudes, et ne m'auroient rien dit, ou ne m'auroient dit que des choses vagues et inutiles.

Je suis avec un profond respect. Monseigneur, votre très-humble et trés-obéissant serviteur.

Signé : Collibttb.

Saint-Quentin, 13 avril 1788.

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