‹ Saint-Quentin; de son commerce et de ses industriesChapitre 6 sur 42 · SOMMAIRE · texte numérisé non relu

SOMMAIRE

Le nm sièele, époqve de la grande prospérilé do moyen-âge. - L'organisatfoii des communes amène l'émancipation des artisans. ^ ISLuscrits eUotnmeZ qui se rattachent au corporations et an commerce de SainHïnentin. - Influence des croisades sur iMndnstrie. - Ses progrès. - AméUorauons des voie, de communications. - Les postes. ~ La bannie. ^ lS Srts -t La Collégiaie de Saint-Quentin. - Rapporu commerciaux entre les proT^eea JL!»?./' î ^'"""l '' ^.'J? B«»«*<I«e " La hanse de LondrS !l Qu^ étaient les Ussus qui se fabriquaient dans la Picardie et particulièrement J ^^QuenUn -. Les marchés. « Les halles. - Les foirS et le S î îlr.'^n'""^ *^ïï?î*« ?'«»"• - Bvé«emcms historiques qui se ^ssèrent à Saint-ûnentin après la réunion du Vcrmandois k la France - CetiTyme m MOTent^tée par des souTeralns. - Ses églises. - Son collège. - Ses H^iuux. - Ses éublissements de bienfaisance et son hôtel-de-Y«le - Saint-Quentin sous la domination de Henri IV, roi d'Angleterre. - Cette Yille est rendue k la France. - Situation des ouvriers. - Ils commencent i wairef

7 ST1T*°Î^*- T ^ *'•"' ^^*^' - ^*^»"1« de Salnt-Laurent. - Siégé de SainM^neatin. - Conséqience de la prise de cette cité.

Chaque société a ses périodes de croissance, de grandeur et de décadence. Le xiii* siècle est Tépoque de la plus grande prospérité du moyen-âge. Ce siècle fut pour la France ce que celui des Antonins avait été pour la gaule romaine*. Il fut une ère de renaissance : renaissance des arts et de la littérature, renaissance du commerce et de l'industrie, organisation de

i Levasseur. HUtoire du CUuteM (mmèm, ttvre III , cluiDitre x. page 367.

la bourgeoisie qui, comprimée par le servage, sut, au xin*" siècle, s'en affranchir par le travail et les luttes. La création des communes amena l'émancipation des artisans qui, en se formant en corps de métiers, prirent une place dans la société féodale de cette époque.

Le roi Louis VI, forcé dès le commencement du xn' siècle, de combattre des sujets rebelles, dont les domaines entouraient les siens et l'emprisonnaient en quelque sorte dans les murs de Paris, Louis-le-6ros, le promoteur de. l'émancipation communale, le patron de la liberté bourgeoise, comme l'appelle Augustin Thierry^ commença à mettre à la raison de petits tyrans qui, en ruinant leurs malheureux vassaux, préparaient aussi la ruine de la monarchie. H sentit qu'il ne pouvait balancer le pouvoir des nobles que par la puissance de la bourgeoisie. Un sentiment d'indépendance gagna les cités, et comme le nombre et la force étaient du côté de la bourgeoisie, celle-ci contraignit les seigneurs à lui accorder des chartes. — Ces chartes lui concédaient le droit d'être administrée par des maires, par des consuls ou des échevins, à son choix, et aux artisans, celui de changer de domicile, de se marier, de commercer, d'hériter, de tester, et de disposer librement de leurs biens.

oc Les habitants des villes que ce mouvement politi- » que avait gagnées , dit un savant historien ^ , se » réunissaient dans la grande église, ou sur la place du D marché, et là, ils prêtaient sur les choses saintes le

i Lettres sur l'Histoire de Franee, par Ausustin Thierry. Lettre xiii, page Ui,

» serment de se soutenir les uns et les autres, de ne o pas permettre que qui que ce fût fit tort à l'un r) d'entre eux ou les traitât désormais en serfs. C'est 0 ce serment qui donna naissance aux communes. Tous i> ceux qui s'étaient liés de cette manière prenaient » dès lors le nom de communiers ou de jurés ; et, pour » eux, ces titres nouveaux comprenaient les idées de n devoir, de fidélité et de dévouement réciproque » exprimées dans l'antiquité par le mot de citoyen. »

Louis-le-Gros comprit très-bien que la féodalité était l'ennemie la plus dangereuse de l'autorité royale , et il favorisa l'émancipation des communes dans ses états, qui ne se composaient plus que des pays qui étaient entre la Somme et la Loire. On peut dire que le développement du commerce date particulièrement de cette époque, et que la liberté dont jouirent les artisans, en multipliant les sources du travail, fit sortir l'industrie de la condition de langueur dans laquelle elle se trouvait.

Toutefois, les villes les plus florissantes du royaume n'obtinrent pas to;ites un affranchissement aussi complet que celui qui fut concédé à celle de Saint-Quentin et à d'autres villes seigneuriales du nord de la France. Ainsi, Paris n'eut jamais de commune, mais seulement des corps de métiers et une justice bourgeoise sans attribution politique. On parait d'accord pour reconnaltre^que l'organisation de ces corporations d'ouvriers a dû précéder celle des communes ; et ce qui peut le faire croire, c'est que dans presque toutes les communes le système politique et l'élection des magistrats

étaient fondés sur la division des citoyens en corps de métiers*.

Maintenant, si l'on se demande à quelle époque remonte rétablissement des corporations, il sera peutêtre difficile de la préciser exactement.

Un historien reporte l'origine de certaines corporations aux collèges romains, bien qu'il soit impossible de suivre leurs traces dans l'histoire du v* au ix* siècle. Dans les temps qui avaient précédé le moyen-âge, on écrivait très-peu ; aussi, les titres de cette époque sontils fort rares ; les droits dont alors on jouissait étaient seulement consacrés par l'usage , et, le plus souvent, les rois eux-mêmes et les grands vassaux n'avaient d'autres titres que les coutumes. Ils respectaient les coutumes des bourgeois, et ceux-ci se soumettaient aux devoirs et aux charges fondés sur l'usage *.

Les corps de métiers existaient au xii* siècle; ils suivirent le mouvement communal auquel ils avaient donné naissance. Avec le temps, ils se constituèrent d'une manière régulière. Si la commune fut une association de tous les habitants de la même ville, les corps de métiers, qui étaient l'association des artisans de la même profession, devinrent, en quelque sorte, le germe et l'origine de toutes les libertés communales.

Parmi ces communautés ouvrières, celle des artisans exerçant le même métier était une des plus naturelles. Leurs intérêts étant les mêmes, ceux-ci durent

I Levasseur, Histoire deê Cla$ie$ ouvrières^ tome l«r, page 193. ^ Le?assear, Hiitoire dêi Classes ouvrières, page I9i.

s'entendre et s'unir pour leur défense commune ^. Les corporations se formèrent, pour ainsi dire, sans bruit; humbles d'abord, comme les artisans, elles prirent ensuite de la force et de la hardiesse, à mesure que leurs membres devenant nombreux et s'enrichissaient par le travail. Celle des marchands de Teau passe pour être la plus ancienne. L'origine de cette réunion, qui remontait, dit-on, à celle des nautes^, et qui était connue- sous le nom de marchands de l'eau, c'est-à-dire de marchands faisant leur trafic par les moyens de l'eau qui traversait la ville de Paris ^, est demeurée, dit Depping, dans son introduction au Utre des Uétiers d'Etienne Boileau, ce enveloppée de » l'c^scurité des temps anciens. Cette corporation se • trouve être, pour la première fois, mentionnée d'une » manière légale, sous le règne de Louis VL Ce prince, 9 en 1 121 , lui céda le droit qu'il avait de lever 60 sous » sur chaque bateau qu'on chargeait de vins à Paris » pendant la vendange^. » C'était une petite hanse qui ne pouvait pas être comparée à cette hanse puissante qui lia en un faisceau les intérêts commerciaux de presque toutes les villes industrieuses et commerciales du nord de l'Europe ; mais celle-ci, appelée la hanse parisienne , beaucoup plus modeste, à son ori-

t LeTasseuf» Histoire deê Classée ouvrières, page 192.

3 RèglemetU sur les Arts et Métiers de Paris, Introductioa par Depping .

3 Dans Tempire romain i] y avait ëgalemeat des corporations de Mercatores aquœ. — Noie de Depping dans l^Introdaction au Livre des Métiers.

4 Livre des Métiers d*Etienne Boileau , Introduction par Depping , page xxii.

gine , que la ligue anséatique , ne songea d'abord qu'à s'assurer le commerce fluvial de la banlieue de Paris ; puis elle parvint ensuite à s'arroger des droits nombreux qu'une charte de 1170, de Louis VII, qualifie d'antiques. Ce roi, en les confirmant, rappelle que la corporation des marchands de l'eau existait depuis longtemps.

Les historiens s'accordent généralement à considérer le xu"* siècle comme étant celui où les artisans, ressentant le besoin de se réunir, commencèrent à former des associations de métiers. C'est aussi vers cette époque que la ville de Saint-Quentin, qui, l'une des premières, obtint ses franchises municipales, fut dotée de ses corporations. Dans la plupart des villes de la Picardie l'exercice de différents arts et métiers était concentré dans les main&d'un petit nombre de mattres, réunis en communautés, qui pouvaient seuls fabriquer ou vendre les objets de commerce dont ils avaient le privilège. Ses archives ne fournissent pas de très-nombreux renseignements sur leur organisation, mais d'autres indications, ajoutées à celles qui s'y trouvent, ne laissent aucun doute sur leur ancienneté.

Ainsi, un grand nombre de ses rues ont conservé longtemps les noms qu'elles avaient empruntés à ces communautés de métiers. Nous citerons' les rues des Foulons, de la Halle-aux-Laines, de la Pelleterie, des Grainetiers, des Machekriers, de la Tannerie, des Corroyeurs, de la Titerie, de la Poterie, des Juifs, de

i Colliette, tome m, î» 348.

rOrfévrerie, des Liniers, des Glatiniers, dé la Boulangerie, et la rue aux Charbons.

La rue actuelle des Blancs-Bœufs s'appelait la rue aux Foulons; celle du Collège, la rue des Liniers; et c'est sur l'emplacement de l'ancienne halle aux laines que fut édifiée, en 1774, la salle de spectacle qui a fait place à celle qui existe aujourd'hui à Saint-Quentin.

Les marchands d'une même espèce de produits avaient alors l'habitude de se loger dans les mêmes rues et d'être presque tous proches voisins ; c'est ainsi qu'à Paris les tisserands demeuraient, l'un à côté de l'autre, dans la rue de la Tisseranderie ; les maçons, dans celle de la Mortellerie, et les charrons, dans celle de la Charronnerie * .

C'est certainement ce que firent à Saint-Quentin les foulons, les liniers, les pelletiers, les corroyeurs et les marchands de laine. La journée de l'ouvrier, à cette époque, durait depuis le jour jusqu'au coucher du soleil. Il lui était défendu de travailler à la lumière, parce qu'on était persuadé que l'ouvrage serait moins bien fait; aussi, quand arrivait le soir, voyait- on le calme et le silence succéder à l'activité et au bruit. Presque toutes les boutiques se fermaient lorsque la cloche des églises avait sonné l'angelus. C'était une règle des statuts des corporations de suspendre l'ouvrage au dernier coup de vêpres. Le samedi, on quittait l'atelier un peu plus tôt qu'un autre jour, pour rendre hommage à Dieu et se préparer à la solennité

1 Introduclion au Livrt des Métiers, par Depping.

du lendemain. Le dimanche et les jours de fêles, les magasins restaient clos, tout travail cessait, les bains n'étaient pas chauffés, et les boulangers mêmes ne pouvaient cuire leur pain ^ Ces prescriptions n'étaient pas générales, mais elles étaient ordinairement suivies.

Les corporations des états étaient nombreuses dans la ville de Saint-Quentin; parmi les principales, on citait : celles des marchands de draps, des tisserands, des blanchisseurs de toiles, des maîtres menuisiers, des fourreurs, des portefaix, des goherliers, des serruriers, des thelliers, des merciers, des cordiers, des maîtres charpentiers, des bouchers, des meuniers, des lingers, des chapeliers, des taillandiers, des chaudronniers, des tailleurs, des tanneurs de cuir, des cuisiniers, des mégissiers, des mandeliers, des maçons et paveurs ^.

Les notaires royaux, les officiers de justice du bailliage, les grands archers, les arbalétriers, les officiers du corps de la maréchaussée, les canonniers, les marchands bourgeois, les maîtres chirurgiens, y avaient aussi leurs communautés '•

Le métier comprenait trois ordres de personnes : les apprentis, les ouvriers et les maîtres. On n'exigeait pas d'abord des corporations les conditions qu'on leur

I lÀvre des Métiert, iDiroduction de Depping.

^ Archives de Saiqt-QiieotiD, liasse 57.

3 Le dossier b de la liasse 57 des archives contient , outre les noms drs divers corps d*ëtat que nous venons de citer: les listes des maîtres avec lt;ars noms et surnoms ; les demandes et brevets de maîtrise ; la réception des maîtres ; les épices ou sommes payées pour leur réception, et les listes d«5 agrégés aux diverses communautés.

imposa dans la suite, mais on tenait à ce que celui qui prenait un établissement eût Thabileté et l'argent nécessaires pour le bien diriger. Les chefs des corps de métiers s'appelaient ou prud'hommes * ou consuls; ils étaient élus par leur communauté et généralement renommés chaque année. Leur mission principale était de surveiller le travail, de vérifier les qualités des produits et de dénoncer les abus. Us avaient le droit d'obliger, par des amendes et même par des châtiments '^, les artisans à fabriquer de bonnes marchandises, et à ne pas se laisser entraîner par la tentation d'un profit plus grand à des falsifications et à des fraudes. Ainsi, il était défendu aux tisserands de faire des draps avec de la laine fournie par les usuriers, parce que cette laine pouvait être un simple gage déposé comme caution d'une dette, et de jamais mêler le chanvre et le lin dans une même carde ^.

Les prud'hommes des confréries de tisserands avaient une règle de fer qui avait été faite, disait-on, du temps de Philippe-Auguste, et sur laquelle était marquée la largeur que devaient avoir les différentes étoffes ; ils se transportaient avec cette règle chez les tisserands, examinaient les pièces pendant qu'elles étaient encore sur le métier et en vérifiaient les dimensions^.

1 Les prud'hommes exerçaient la justice répressive et préventive ; iJs secouraient les malheureux ; ils veillaient à Texécution des règlements , à ce que le travail fût bien fait et à ce qu'aucune mauvaise action ne déstionoràt la société. — Levasseur, chapitre m, page 198.

^ Levasseur, chapitre v. page 241 .

3 lÀvre de» Métiers, introduction par Depping.

t Uvre de» Mélier», page 388.

A Amiens , les draps écrus et parés ne pouvaient être retirés des perches , sur lesquelles ils étaient étendus, qu'après avoir été examinés par le mayeur des métiers*.

A Reims , les trois maîtres des sept métiers, accompagnés d'un sergent, allaient faire des visites dans tous les ateliers, enlevaient tout ce qui n'était pas fabriqué conformément aux règlements, et remettaient les objets saisis aux mains du vidame. ^

Quand la marchandise était bonne et bien tissée , on y mettait ordinairement un sceau ou marque particulière; chaque artisan, chaque corps de métier, chaque ville avait son cachet ^; l'imprimer sur un produit c'était en garantir la qualité, et en prendre, en quelque sorte, la responsabilité vis-à-vis de l'acheteur.

Au xui* siècle, on criait les denrées, les décès, les invitations aux obsèques; ce mode de publicité était nécessaire, attendu qu'il n'y avait ni affiches, ni écriteaux, ni journaux. Les taverniers ou cabaretiers se servaient de crieurs pour annoncer qu'ils^allaient entamer une pièce de vin, ou ils chargeaient ceux-ci, établis aux carrefours avec leurs gobelets et leurs brocs, de le faire goûter*.

A Saint^Quentin, les règlements qui concernaient son commerce n'étaient ni moins nombreux, ni moins sévères. Parmi les documents qui sont dans ses ar-

I Commerce &* Amiens, tome i, page 3^0 .

3 Archives de Reims, ii« partie.

3 Commerce d^ Amiens.

\ IniroducUon au Livre des Métiers , par Depping.

chives, on trouve celuî-ci, qui est de 1318 à 1322, et où il est dit^ o Quand les eswardeurs ont visité celui-ci » en chacun office, le drap est passés par les eswar- » deurs ; quant il est parfiais, il est apporté en la halle A par devant le maleur et les treize hommes, et si il » est bons, il est approuvés bons et scellés d'un scel qui » est tout propres à ce, ne dusques alors le draps ne » peut estre vendus, et, si il y a aucuns malefaçon, il fi est condempnés à ardoir ou à depécier par pièces et » les faiseurs sont condemptés en amende selon le » meffait*. »

En effet, il y avait à Saint^Quentin des eswardeurs de laine, des eswardeurs des perches, des liches, des foulons, des cardons, des kucins ou coussins en des toiles*. H y avait, en outre, des courtiers jaugeurs, marqueurs et visiteurs de toiles ^ ; des mesureurs de grains, des visiteurs, marqueurs, contrôleurs de cuirs; des esgardeurs, langayeurs et visiteurs des porcs; des esgards et peseurs de foins ; des emballeurs de laine ; des jurés mouleurs, visiteurs; des compteurs, peseurs et mesureurs de bois et de charbon à brûler ; des courtiers jaugeurs et mesureurs de vins avec les greffiers des prix du vin^, et enfin des jurés maçons et char-

1 Voir, aux pièces justificatives, un extrait du rapport de M. Janioà ce siiyel.

2 Archivesde Saint-Quentin, copie due à Tobligeauce de M. deChauvenet.

8 Archives de Saint-Quentin, vieux comptes dus à Tobligeance de M. de Chauvenet

4 Archives de Saint^Quentin, liasse 61.

5 Archives de Saint-Quentin , liasse 18 , dossier L. On trouve dans le môme dossier L les noms de tous ceux qui ont été admis à ces différents offices.

peDtiers et leurs greffiers, appelés greffiers de récritoire *.

Les fabricants de bière y avaient aussi leurs contrôleurs, et presque toutes les marchandises que Ton y vendait étaient visitées par des jurés choisis dans le métier.

La plupart des corporations de Saint-Quentin avaient une organisation régulière et des statuts. Elles avaient leurs ordonnances sur les métiers. Ainsi, celles qui concernaient la draperie, du temps que la prévôté était sous la main royale, étaient nombreuses ; elles datent du XIV* siècle. Celles sur le fait de la boucherie remontent à 1393 ^. Les statuts des lingers sont de septembre 1486 et ceux sur « Testât de theilliers o de 1579.

Les ordonnances relatives au métier de taillandier, au commerce des lins et autres marchandises exposées en vente à la halle aux poids, sont de 1S83. Celles des tanneurs de cuirs, mégissiers, goherliers et fourreurs, de 1586, et celle des tailleurs d*habits, de 1590.

Les statuts des corps d'état sont d'une époque moins ancienne. Ceux des serruriers datent de 1624; des charrons, de 1629; des chaudronniers, de 1639; des maçons et tailleurs de pierres, de 1665, et des pâtissiers, de 1680.

Ces statuts, comme tous ceux des corps de métiers,

1 Archivée de Sainl ^ Quentin^ liasse 19, dossier o. *2 • • » 57, » A.

font mention des principaux genres d'industrie les plus exercés dans la ville, des précautions prises pour assurer la bonne confection des objets fabriqués, pour empêcher les falsifications et les fraudes, et garantir la parfaite sincérité des marques de fabrique.

Les corps de métiers , comme la plupart des institutions humaines, furent un mélange de bien et de mal.

Les artisans, pour échapper à la féodalité, crurent bien faire en fondant Torganisation du travail sur le privilège, et le commerce sur le monopole de petites associations ouvrières.

La royauté se servit de Torganisation des corporations pour la perception des impôts, quand les marchands et les artisans se furent constitués en association ; on convoquait alors les notables pour recueillir la taille de chaque corps d'état ^ .

Si nous avons multiplié nos citations, si nous nous sommes arrêté sur les faits qui se rattachent à l'organisation des métiers, c'est qu'ils furent, pendant plusieurs siècles, la sauvegarde de l'industrie, et que la sévérité de leurs sentences contre la fraude et la mauvaise foi est un enseignement utile, qui prouve combien les corporations tenaient , au moyen-àge, à faire prédominer, dans leurs transactions, commerciales, ces principes éternels de loyauté et d'honnêteté qui peuvent seuls donner à l'industrie et au négoce la considération et la confiance qui leur sont nécessaires.

I Livre des Métier», d*Etienne Boileau, Introduction par Depping.

— eo —

Ainsi, «dans l'espace de moins de trois siècles, on vit Taffranchissement des communes élever les artisans et les marchands d'une condition secondaire au rang des hommes libres et indépendants, et les mettre ensuite, par l'énergie et la persévérance du travail, en état d'améliorer eux-mêmes leur sort ^

Les corps d'état étaient autrefois dans l'usage de faire des donations aux églises. Dans la ville d'Amiens ^, les corporations avaient une chapelle ornée de verrières qui portaient les noms des donateurs. Sur les vitraux du xiu** siècle on lisait : « Le maieurs des waidiers d'Amiens ouret fait faire cette verrière. » A Saint- Quentin, dans sa belle collégiale ^, à la fenêtre de la 5' travée du collatéral de la nef (côté du nord) , on peut encore voû* aujourd'hui une verrière qui a été fournie par la corporation des drapiers , une autre par celle des portefaix, et la troisième par les deux corporations réunies.

Les corporations ne se disputaient pas seulement la suprématie des produits qu'elles fabriquaient, elles voulaient montrer aussi l'étendue de leurs privilèges, en se faisant partout remarquer.

Nous venons de voir, dans les vieilles chartes de^ comtes de Yermandois et dans les pièces qui concernent les corporations des métiers de Saint-Quentin, desindi-

^ Histoire des Cloises ouvrières, page 189, livre lu, chapitre u. Levasseur.

2 Documents inédits (Amiens), Augustin Thierry.

3 Voir aux pièces justificatives la note de M. P. Bénard, architecte à Saint-Ouentin.

cations surla nature de ses industries; nous allons maintenant trouver dans les ouvrages des écrivains qui se sont le plus occupés de son histoire, dans ses archives et dans plusieurs documents authentiques, non plus seulement des indications, mais la preuve la plus positive de l'importance et de Tancienneté de son commerce et de ses manufactures.

L'auteur des Mémoires pour servir à Vhistoire du Vermandois^ dit que : a dès Tannée 1212, le com- D merce principal de Saint-Quentin était celui des x> draps et de la setterie, et qu'il paraît, par les vieux x> titres qui sont aux archives de la ville, et par d'autres » anciens monuments, que cette manufacture y dura D longtemps. » Il ajoute : que a les eaux, la terre et les » laines la favorisaient. t> . •

Claude Hémeré ^ signale cette circonstance : a qu'il » y avait à Saint-Quentin un bourgeois , nommé Jean a Hennequin, qui faisait un commerce considérable, » dans une maison qui a été démolie en 133S pour faire » place à la chapelle du couvent de Saint-Prix, près de » l'église Saint-Martin. Ce marchand, qui fréquentait » les foires de Champagne et de Brie, fut ensuite ruiné » par les prêts usuraires des banquiers lombards. »

Un historien que nous avons eu plusieurs fois l'occasion de citer ^ écrivait, en 1781:» Le commerce » principal de Saint-Quentin consiste dans sa manufac-

1 ColliêUe, II vol. livre xiv, page 480.

2 Claude Hémeré, page 326.

3 L. Hordret, Histoire abrégée de la ville de &tffil-f^tien/in, page 360.

» ture de toiles de mulquinerie, qui occupe une bonne 0 partie de la ville et des villages circonvoisins. Le A commerce y a pris 9 il y a environ deux siècles, la D place de celui des draps et de la sayetterie , qui y t> régnait alors , depuis le commencement du xiii* o siècle, et qui s'y soutint toujours avec une égale o émulation et une distinction qui fait également » honneur au goût de ses habitants et aux soins intel • » ligents des directeurs de ses manufactures. »

Dans un travail dont les faits principaux ont été puisés dans les archives départementales de l'Aisne, il est dit « que le commerce des grains et la t> fabrication des draps et des sayettes , espèces de » ratines, avaient, dès le xiv^ siècle, donné une grande » importance à la ville de Saint-Quentin, qui, vers le » milieu du xvi* , était devenue pour les Flandres et » les Pays-Bas l'entrepôt des vins de Champagne, de )> l'Orléanais et de la Bourgogne ^ »

Enfin, un savant historien*, que la ville de Saint-Quentin peut s'honorer d'avoir vu naître, dit : ^ qu'avant le » xni° siècle, on y fabriquait des draps et de la sayetterie; 9 qu'au milieu duxiv% l'industrie y était florissante, et » qu'elle se ressentait, à cet égard, du voisinage des » Flandres, le grand centre du commerce du moyen- » âge. » En parlant du xv* siècle, ce même historien ajoute « que cette cité devint l'entrepôt principal du

1 Travail sur le Commerce ée Saint -Quentin , par MM. MaUoo et Rouit.

3 Henri Martin — Saint-^iuentin, page M,

» commerce des provinces vinicoles de la France avec » les Pays-Bas, et qu'en même temps que ses industries 0 des draps et des étoffes de laine y prenaient un grand » développement, les vastes caves des environs de sa » grand'place recevaient les envois de TOrléanais, de » ril&-de-France , de la Champagne et de la Bour- » gogne. »

Nous ne multiplierons pas ces citations, elles sufiSront pour faire connaître l'opinion des historiens les plus renommés de la ville de Saint-Quentin sur son commerce et sur ses industries. Elles suffiront d'autant mieux, que ce qu'ils écrivirent se trouve complètement corroboré et confirmé par des documents puisés aux sources les plus authentiques.

Ces documents, nous les prendrons surtout dans les archives et dans de nombreux manuscrits.

Les archives de Saint-Quentin, si l'on considère que toutes les pièces indiquées dans un état qui en a été très consciencieusement et très-habilement dressé, ne sont que de minces débris de ce qui y était autrefois conservé , ont dû être très-riches*. Une partie de ces titres, comme les actes en témoignent, a été brûlée lors du siège de <557, et une autre n'a échappé à ce premier désastre que pour disparaître en 1793. Cependant, telles qu'elles sont aujourd'hui , ces archives renferment des pièces très-intéressantes pour notre histoire locale, et c'est dans eelles qui semblent le mieux caractériser l'époque où elles^ ont été écrites,

1 Rapport de M. fi. Janin, page 17.

que nous choisirons une partie de ces renseignements ^

Parmi les pièces qui concernent la fabrication des draps on trouve les documents que voici ^:

» Ce sont li nom du maieur et des xni hommes de le » haie as dras de la ville de Saint-Quentin et des eswar- 0 deurs de le haie depuis l'an mil ccc et xvu duskes » à Tan mil cccxxv en suivant. » L'original de cette pièce est sur parchemin, et elle s'arrête à l'année 1320 inclusivement.

La a copie du compte Andrieu le comis fait de ce » qu'il avoit rechiut et paiet depuis le vendredi devant » Noël l'an xvii qui li commune fu en suspens duskes » à le saint Bertremil l'an xviu. Rechoîpte pour » amendes des fourfais de la hâle as draps au raport 0 du maieur et des xni hommes de le hàle depuis le » vendredi devant Noël l'an mil cccxvn qui li com- D mune fu suspendue et mise en la main du roy dus- »kes à le feste saint Bertremill en poursuivant ce qui » fu l'an mil cccxvm. » (de 1317 à 1318).

ff L'abrègement des comptes des proôs et émolu- » mens, des amendes pour les forfais fais au mettier » de la draperie de Saint-Quentin de l'an cccxviu » duques à Penthecousle cccxxvi. »

C'est une enquête sur la somme que les amendes de la halle aux draps pouvaientannuellementrapporterde

^ Voir aax pièces jindûcalives d*autre$ renseignements sur les ArcMvei de Saint-Quentin.

S Liasse 122, Comptes de la Halle aux draps.

1318 à 1326. Le <c compte de Jehan Caboche des recep- » tes que il a faites pour la cause des fourfais de la » ville et aussi des amendes deues à la cause et pour » cause des fait de le draperie depuis le Noël derrain 3> passé jusques au mardi emprez le nouvel maieur » Tan mil ccc » (de 13S3 à 13S4).

Un autre a compte de Quentin Colardie commis à 0 recevoir les amendes tauxcez par le maieur et les xni hommes de la halle » depuis la Saint-Jean-Baptiste 1376 jusqu*au 15 juin 1377.

n s'y trouve encore, avec un intitulé conforme à ces deux derniers comptes, ceux des années 1379, 1383, 138S, 1390, 1393, 1397, 1398 et 1404 ; mais après cette époque les archives n'en possèdent plus qui concernent les amendes encourues pour le fait du commerce des draps*.

Après ces comptes^, on peut y lire le mandement de Charles-le-Bel aux gens du parlement, d'informer sur la réclamation des maire et échevins de Saint-Quentin, qui prétendaient avoir le droit de percevoir les amendes encourues pour le fait de la draperie et de les employer aux travaux des fortiflca-

1 n y en a 83 qui se rapportent aux présents de vin de Tanoëe 1326 à 1425. Ces comptes des présents de vin n*ont pas tous la même rédaction. En voici deux :

« Compte Régnier de Villers, argentier de la ville de Saint-Quentin, des » présents de vin en pos fais au commandement de la ville a depuis la Saint-Jean-Baptiste 1370 jusqu*au 15 juin 1371.

a Compte Loys Maréchal, argentier de la ville de Saint-Quentin, pour » pris de vin en pos par lui pai&, depuis la Saint-Jean 1378, jusqu^à pa- > reil jour 1379. •

^ Voir aux pièces justificatives une note de M. Janin, au sujet des pièces relatives à la Juridiction civile de Saint-Quentin.

lions, droit dans lequel ils étaient troublés par les gens du roi.^ Puis des lettres du même roi relatives aux amendes des forfaits de la draperie que les maire et jurés de Saint-Quentin sont en possession depuis longtemps de percevoir, pour les employer aux fortifications, ce dont les officiers royaux cherchaient aies empêcher^. »

On y trouve aussi une requête adressée par un tisserandau maireetauxéchevinsde Saint-Quentin, pour avoir permission de faire des draps de façons nouvelles. Nous n*hésitons pas à donner connaissance de cette pièce, car elle prouve qu'à Tépoque où elle a été écrite, c'est-à-dire vers l'année 1360, il fallait l'autorisation du maieur et de ses échevins pour fabriquer les étoffes qui n'étaient pas encore tombées dans le domaine public.

Voici cette pièce, dont l'original est sur parchemin^:

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