TO
» expertis in talibus et aliis evocatis, inveniritis pre- D missa vel premissorum aliqua sine cujusquam pre- » judicio rei publiée expedire, illa sic expediencia » concedatis eisdem. Datum Parisius, die xxui julii, y) anno domini mccg vicesimo primo.
» Si vous mandons et commettons que vous, pour » nous et en lieu de nous, les lettres nostre sire » le Roy dessus transcriptes et ce que contenu est en » iceles, faciez et accomplissiez selonc la forme et la » teneur d'icelle. De ce taire nous vous donnons pooir, » commandons à touz noz subgiez, requérons touz » autres, que à vous obéissent et entendent en ce D faisant. Donné àChauny, souz nostre scel, le mardi » après la feste saint Lorent, Tan m ccc xxi.
» Par la vertu desquelles lettres, nous, le lundi » d'après TAssumption Nostre Dame, pour accomplir » ledit mandement appellasmes en la maison de la )> ville, en laquelle li consans de la ville a acoustumé » à assambler, drapiers vendans en gros et à détaill, » et grant planté de bonnes genz, marcheanset autres, » et leur feismes lire ledit mandement envoie à nous, » avec les requestes que cel des iiii mestiers devant » diz, c*est assavoir tisserant, foulon, tainturier et » retondeur, nous faisoient, lesquelles requestes con- » tenoient la forme qui s'ensuit :
, » A vous, sire prévost de la ville de Saint-Quentin, » supplient et requièrent li mi mestier de draperie, » premiers tisserans, foulons, teinturiers et tondeurs, » pour le grant proufS t de la ville et du commun, il )) vous plaise et soit accordé de par vous, selonc le
» mandement du Ray, que conque» saura drappier » ne faire draps loyaus et ounis de kief à autre, que il » le pouèst faine ou faire faire^ pour tant que il soient » de loial euvre, et les puist on faire taindre en quelque » couleur que il plaira au faiseur ou à celui à cui le » drap sera.
» Item, quiconques aura fait draps que il les poist » vendre, soit en gros ou en détail, en sa maison et en » la haie, quar H Roys nosire a octroie en la ville pour » l'amendement d'icelle, une foire en laquelle touz » marcheanz poent amener toutes manières de mar- D cheandises, espécialement toute drapperie, pour » vendre et faire leur proufit en laquelle foire doivent » aussi bien avoir li bonne gent de la ville avantaige » de vendre et de faire le profit de leur marcheandise, 9 espécialment drapier, comme ceus de hors, comme » ladite foire soit octroiée pour l'amendement et le » proufit du commun et des habitanz; etainsinc est-il » en toutes bonnes villes là où foire quiert.
» Item, raquèrent encores li dessus dit mestre, que » se aucuns preudomme ou preudefame demourans » hors de ceste ville, a sa laine, file ou drap, et il Tap- » porte en la ville pour ouvrer, que li dessusdit le » puissent recevoir pour ouvrer et por vaangnier leur » pain, ainsi comme on fait en autres bonnes villes.
» Et ledit mandement avec les dites requestes, » lentes en la manière dessus dite, li dit drapier ven- Y> danz en gros et à détaill et li autre marcheant » dessus dit, requisent à avoir copie dudit mandement 9 et desdites requestes, afin de eaus aviser et avoir
» délibéracion se prouffiz estoit de ottroier à quatre » mestiers dessus diz ce qui contenu estoit ou dit i> mandement et en leur dites requestes. Aus qui ex » nous leur en ottroiames copie. Et prindrontjour à » estre pardevant nous en la maison devant dite, au » mescredi prochain ensuivant , pour dire leur avis » seur les choses dessus dites.
» Li qui ex drapier vendant en gros et à détail, et » grant planté d'autres marcheanz, revindrent par » devant nous le mecredi dessus dit, et respondirent v> de commun accort, que li diz mandement et re- T» questes avaient veues et eu délibération seur ce, et D affermèrent par leur serment en nostre présence et )> en la présence de cens des un mestiers dessus diz et » d'autres bonnes genz, que c'estoit communs proufiz D à la ville que nous, à quatre mestiers dessus diz, » octroissons à faire les choses et draperie en la ma- » nière que contenu estoit ou mandement et requestes » dessus transcriptes; mais que toute draperie fust » esvardée par les esvardeurs commis à ce et de toute v> draperie vendue à détaill passée par le rouge seel en » la manière acoustumée.
» Pourquoy, Nous, par le conseil et avis des diz » marcheanz et d'autres bonnes genz, par la vertu » dudit mandement à nous envoiet, avons octroie et 9 octroions par la teneur de ces présentes lettres, que )) touz cil des quatre mestiers dessus diz et autres » quelconques, puissent draper et faire toutes les y> choses et chascune de elles contenues oudit mande- » ment et requestes dessus dites, selonc ce que con-
» tenu est en icelui, tant comme il plaira au Roy D nosire. Et comme il soit acoustumé en ladite ville » que tout drapier* acatant draps, tant faiz en la ville » comme hors, pour vendre à détaill, sont tenuz à » poier nii s. par. pour leur estai en la haie, nostre » entente n'est mie que pour Toctroi dessus dit li » redevance des mi s. dessus diz soit de riens » amenrie; aincois avons ordoné par Tacourt des » un mestiers dessus diz, que tout drapiers vendanz » draps de leur fachon seulement ou quel vengent tant » en la haie comme en leur maisons, seront tenuz à » poier double rouge seel. Et se aucun drapiers estoit » trouvé que il eussent achaté dras pour vendre avec » les dras de leur façon, il seroient et seront tenu à » poier les un s. par. dessus diz chascun qui le » feroit. Toutes les quelles choses ainsi faites et » octroiées par le conseil des diz marcheans et autres » bonnes gens de la ville et de leur accort et consente- » ment, nous publiâmes et par la vertu de pooir à » nous donné par les devant dites lettres, les corn- » mandasmeset commandons par ces présentes lettres y> à tenir et garder fermement, sauf toutes voies à nous » et à chiœus qui pour le temps aroient le gouver- » nement de la ville, la punicion et correction de » chiœus qui seroient trouvez mésusant eii ladite )> draperie,. et toutes choses qui feroient à déclarier » pour oster les fraudes et inconvénients qui pour- » roient estre en ouvrant de ladite draperie. Et pour ce » que ce soit ferme chose et estable, nous a vonsces » présentes lettres séellées de nostre séel. Donné et
i> fait le mercredi après la feste de TAssumption » Nostre Dame, Tan h ccc xxi.
» Et nous les choses dessusdites contenues es dites » lettres, lesquelles nous avons fait veoir diligemment » consideranz en celé proufit commun de ladite ville et y* deslieusvoisinset desrepairansen ladite ville, vour> Ions et nous plest que Fordenance dessus dite, excepté » l'article dessus escript vers la fin des dites lettres qui » parle en ceste manière : sauf toute voies à nous et » à cens qui pour le temps aroient le gouvernement » de la dite ville, la punicion et correction de ceus qui » seroient trouvez mésusans en ladite draperie et » toutes choses qui feroient à déclarier pour oster les » fraudes et inconvéniens qui pourroient estre faiz en » ovrant de ladite draperie, du quel article nous » réservons et retenons pardevers nous toute la con- » noissance, correction et punicion soit tenue et gardée » fermement tant comme il nous plaira, et icelle » bons, aggréons, ratefions, approvons es confermons » par ces lettres à durer jusquesà nostre volonté, si )> comme dit est.En tesmoingdelaquel chose nousavons » fait séeller ces lettres de nostre séel. Donné à Con- » flanz delez Paris, le m' jour de septembre, Tan de y> grâce mil ccc vint et un . »
« Par le roy.
Signé: Bellktmont. »
Nous devons cette pièce inédite et renfermant un grand intérêt pour l'histoire du commerce de Saint- Quentin, à Textréme bienveillance de Tun de nos plus honorables et de nos plus érudits archivistes * , qui a bien voulu, sur notre prière, faire des recherches à la section historique des archives impériales.
Voici maintenant Tautre pièce relative à la fabrique des draps, dont Toriginal sur parchemin fait partie des archives de Saint-Quentin *.
« Ce sont les causes par lesquelles il peut apparoir » nécessaire ou pourfitable muttacion ou corrigement » en l'ordonnance qui fu faite en la drapperie de la » ville de Saint-Quentin ou temps que la commune » de ladite ville fu mise et estoit tenue en la maison » Royal ou quel temps li Roys pooit faire estatus sur » ladite drapperie comme usans des drois de la com- » mune laquelle mutacion se peut faire sans préjudice » dou Roy.
» Premiers en ladite ordenance est contenu que
» chascuns qui fara drapper puist faire draps en la
» dite ville mes qu'il les face loyaus et unis de chief a
» autruy sous ombre de laquelle ordenance chil qui
» lisent à torniquet draps d'autruy weullent et déffor-
)) cent de faire teaindre leurs propres draps. En quoy
» peut cheir trop de fraude c'est assavoir de changé de
» laines et de filles; pour ce est U establi à BrouceUes,
1 Monsieur L. Douet d*Arc.
2 Liasse 57, dossier a. Nous devons la copie de cette pièce à la bienveillance de M. de Chauvenet.
» à Tournai y a Amiens et en autres bonnes villes que » qui fait draps a autruy il ne les peut faire a lui.
» Item en ladite ordenance est contenu que qui- » conques fara faire draps, qu'il les puist taindre en » quelle couleur qui li plaira. Sous ombre de la quelle » chose aucuns de la ville ont depuis taint leur gros » filles et les draps fait dichiang en bouillon c'est as- » savoir en noire brunnette, en vert, en jaune et » en mourée dont trop graves dommages s'en est » suvis s'il eust duré et s'ensuvoit se paine n'estoit » misse au contraire, car par les anchians estatus on » pooit tant seulement taindre les draps du meilleur » fille et du bon moyen es dites couleurs et non les gros » filles et qui faisoit le contraire il estoit k amende en 9 quoy gissoit grans pourfis à la marchandise car se » uns marchans estranges à une foire trouvoit une pille » de noires brunnettes de ladite ville puis veoit l'une il » prendroit toute la pille de draps, en grant partie sus » la France de ladite anchienne ordenance et depuis » l'ordenance du Roy li dit marchant estrangé usant » comme il avoient acoustumé se sont trouves decheut » en ce qu'il ont trouvé des gros draps de chelle cou- » leur dont il n'avoient mie autrefoys veu pour quoy » li plus des drappiers de la dite ville qui ont pour- » chuit leur drapperie à ville et refusée par plusieurs » festes pour ladite décevance le délaissent à tenu et » se tiennent au vies usage communément, et toute » voies se ladite ordenance n'estoit muée aucun en » pourroîent user et faire dommage a autruy comme » de ce fair ne soient punys.
» Pourquoy requèrent li maire et li jurés de ladite » ville que remèdes convenables y soit mis, comme x> aucuns ne si soit opposés ^ »
Enfin différents mémoires, requêtes et autres pièces relatives à la création d'une setterie ou sayetterie à Saint-Quentin, prouvent que, même à une époque où l'industrie des étoffes de laine y avait perdu une grande partie de son activité, quelques-uns de ses manufacturiers firent de louables efforts pour Ty maintenir. Au nombre de ces pièces se trouvent un traité fait le 28 octobre 1686 entre le maire et les échevins de cette ville et les maîtres setteurs d'Amiens, concernant ce projet, et deux lettres de l'intendant des manufactures, du 12 novembre et du 27 décembre de la même année 1686, qui défendent que l'on s'occupe désormais de cet établissement ^.
Les archives renferment aussi différents documents qui ont rapport au commerce des toiles, du lin et du chanvre. Les règlements qui régissent cette industrie y sont même tellement nombreux qu'ils forment deux liasses de ces archives^. La première contient les ordonnances relatives à la vente des toiles, à leur largeur, à leur longueur et à leur marque ; la seconde, l'adjudication du droit de marque desdites toiles, dont les produits étaient une des ressources du corps municipal, et différentes requêtes contradictoires présentées
i Cette pièce est relative à la fabrique de draps vers 1360 à UOO servant d^ordonnance.
2 Liasse 62, dossier b.
• 3 Uasses 59 et 60.
à ce sujet. Ces liasses, qui renferment également les dossiers des procès entre les courtiers et les mulquiniers, entre le maire, les échevins et le régisseur des droits réservés relativement à celui perçu pour la marque des toiles, sont, en outre, suivies des procès-verbaux de visites , de saisies de toiles et doublets , dressés par les inspecteurs, les commis visiteurs et égards des manufactures, qui constataient les infractions aux ordonnances pour la dimension des toiles et Tabsence de la marque ^ Des ordonnances, émanées de Tautorité royale font aussi mention du commerce des toiles.
Ainsi, il y a une lettre du roi Charles VI, donnée à Paris le 16* jour de septembre , Tan de grâce milcccc et onze, et de son règne le xxxii% qui permet aux maire et échevins de Saint-Quentin « de » lever un octroi sur les toiles, fils, draps, vins, cuirs » et autres marchandises, pour l'employer aux fortio fications et autres nécessités de la ville ^. »
En iS83, Henri ni rendit une ordonnance relative aux lins, chanvres et autres marchandises exposées à la halle aux poids.
Enfin, si nous voulons compléter renonciation de certains renseignements utiles qui se trouvent encore dans les archives de Saint-Quentin, nous dirons qu'elles renferment une ordonnance de Philippe de Valois, «donnée à la Fontaine Saint-Martin au Maine,
1 Liasses 61 et 62, dossier a.
2 Archives f liasse !'• Pièces émanées de rautorité royale
» Tan de grâce mil cccxxix , le 6* jour de S3p- » tembre, qui est relative à la fabrication des mon- » naies\» et un projet d'établissement de fontaines publiques, pour la ville, qui remonte à Tannée 1727 *. Voici ce qui est écrit : oc La fontaine ferrée, située au 9 faubourg dlsle, et celle du Gros-Nard, située entre » la porte Saint-Martin et la porte dlsle, sont les 0 seules qui puissentfournir de Teau à Saint-Quentin. » Quelques pages sont ensuite consacrées à exposer les moyens d'exécution proposés, puis vient l'estimation des dépenses nécessaires aux travaux : Teau étant prise à la fontaine du Gros-Nard, la dépense totale devait s'élever à 25,004 livres; prise à la fontaine ferrée, elle ne s'élevait qu'à 24,99S livres.
Ces documents sont déjà nombreux^ mais comme l'étude à laquelle nous nous livrons demande que nous fassions connaître ceux qui peuvent concerner le commerce de Saintr-Quentin, nous ajouterons encore ceux-ci, puisés aux archives d'autres villes.
Dans des manuscrits qui se trouvent à la Bibliothèque impériale il est dit ^: «Au commencement » du xiv*' siècle , les fabricants de Saint-Quentin » allaient commercer leurs draps dans toutes les foires » les plus célèbres, entr'autres dans celles du Landies » à Saint-Denis en France, ils y avaient un quartier » particulier dont il est parlé dans un poôme composé
« Archives, liasse 1^.
^ — liasse 182, dossier j.
3 Manuscrite de dom Grenier, yol.CLXvi, paquet 20, article 6. Bibliotbèqae impériale.
» dans le même temps sur la foire du Landies^ » Les drapiers de Saint-Quentin, joints aux orfèvres, » aux corroyeurs, aux fripiers, aux tanneurs de la » même ville, firent entre eux tous une somme de » deux mille livres tournois, à laquelle la dite ville y> avait été taxée pour faire une partie de la dot de la » princesse Isabelle, fille du roy Philippe -le -Bel, » lorsqu'elle épousa le roy d'Angleterre. La chambre » des comptes de Paris leur en délivra quittance » le IS juillet 1310 (p. parti.) Les fabricants de drap » étaient alors au nombre de huit. »
Les documents inédits de la commune d'Amiens, d'après un manuscrit des archives de Lille ^, mentionnent un fait sur lequel nous ne saurions trop appeler l'attention de nos lecteurs : c'est l'importance de cette grande association des vingt-quatre villes de la Picardie et des Flandres, qui, dans le but de fournir à l'Angleterre les étoffes de laine qui lui manquaient, se constitua dès le xnf siècle, sous le titre de hanse de Londres, et parmi lesquelles villes . celle de Saint-Quentin figurait une des premières'.
Ces documents sont précis et concluants, et l'on peut considérer comme un fait acquis à l'histoire, que le district manufacturier de Saint-Quentin était , au
I Lebeuf, Histoire réelle de Paris, tome III, page 263.
3 Augustin Thierry, Histoire du Tiers-Etat,
3 Les 2 i villes de la hanse de Londres étaient celles de Rains, Amiens, Saint-Quenlins, Biauvais, Lille en Flandre, Arras, Gand, Bruges, Cambrais, Cbâlons, Douays, Valenchiennes, Tournais, Abbeville- en-Pontru, Piéronneen-Vermandois, Huy, Monsteruel-sur-Mer, Poupringhe-en-Flandres, Orchies, Dixemure, Saint-Omers, Bailieul-en-Frandre, Prouvins et Yppre.
xin* , au XIV* et au xv* siècle , le siège d'une grande industrie de tissus de laine et de toiles ; qu'en outre, cette cité était le centre d'un commerce considérable de vins, de blés, de farines, de chanvres, de lins, de bois, de cuirs, de pelleteries et de charbons de bois. De plus, on doit ajouter que, non-seulement Saint-Quentin faisait le commerce des étoffes de laine, mais encore que la plupart des villes qui l'environnaient se livraient à la même industrie. Ainsi Laon possède dans ses archives le règlement de son commerce des draps pour l'année i248. Nous joignons aux pièces justificatives la copie de ce curieux documenta II mérite d'être cité, remarqué et lu.
Une charte de Philippe-le-Bel, datée de 1301, parle d'un droit qui se percevait sur chaque pièce de drap fabriquée à Château-Thierry, et autres lieux ressortissant à la châtellenie. Â Vervins, il y avait la rue des Foulons , et , au commencement du xvn* siècle, Soissons livrait au commerce des draps d'une aune et des serges de différentes qualités *^ A La Fère, du xiv* au xvi"" siècle, on faisait des draps , et des toiles, du xv!!"" au xviu' . On fabriquait aussi à Montcornet de grosses étoffes connues sous le nom de serges Saint Nicolas.
Ce fut surtout à dater du xiii* et du xiv* siècle que le commerce prit un grand développement. Il le dut
1 Voir aux pièces justificatives.
2 Brayer. — Statistique du département de VAiine, 2« volume, pages 320 et 3il.
d'abord à l'abolition du servage, à rafirancbissement des communes et à l'organisation des métiers; mais il le dut surtout aux croisades qui , en ouvrant des routes jusque-là fermées, en créant des relations nouvelles, et en lançant sur la Méditerranée^ les premiers vaisseaux marchands de la France, don^ nèrent partout le branle aux populations engourdies par une longue immobilité.
Les mœurs des nations européennes s'adoucirent dans leur contact avec l'Orient, ceux qui avaient fait partie des croisades en revinrent avec le souvenir d'un bien-être nouveau et de l'existence mondaine de la cour byzantine*.
Le luxe, qui était le privilège exclusif des seigneurs et des gens riches, devint bientôt une nécessité pour tout le monde. Dans les villes surtout, les habitudes d'aisance firent des progrès rapides et déterminèrent un changement complet dans la vie ordinaire des classes moyennes.
Les croisades développèrent les idées en même temps qu'elles favorisèrent le commerce , et elles eurent l'avantage de faire sortir la France de la torpeur dans laquelle elle avait été si longtemps plongée.
On vit alors le seigneur, conduit par la piété ou par le désir des aventures, quitter sa demeure, et l'artisan heureux de le suivre dans cette nouvelle carrière. Les provinces du Nord de la France, comme celles du Midi,
i Leber. — Dissertation sur Vhistoire de France.
^ Scbérer. — Histoire du Commerce de toutes les Nations.
s'agitèrent, et la religion, appelant ses fidèles à la conquête des lieux saints, vit accourii^, pendant plus d*un siècle, les nobles et les vilains, les pèlerins et les soldats, avec une ardeur que ne découragèrent ni les revers, ni les distances.
Saint-Quentin et plusieurs des villes de ses environs fournirent leurs héros à ces expéditions lointaines. Le comte Hugues de Vermandois s*y couvrit de gloire, et les annales de ces époques relatent encore les brillants faits d'armes* « de Châtelain de Saint-Quentin, de Clé- » rambault de Yendeuil, d'Anselme de Ribemont, de j» Thomas de Lafère, d'Evrard de Puisieux, de Dreux » de Monchy et d'autres seigneurs du Vermandois. »
Pour les arts, l'industrie et le luxe, ce fut une époque de renaissance, et l'essor fut d'autant plus puissant qu'il avait été plus longtemps comprimé.
Au retour des croisades, un grand mouvement religieux se fit sentir en France.
Le peuple mit à élever de nouvelles églises le même zèle, la même foi qui, naguère, l'entraînait à partir pour la délivrance du saint sépulcre^. Tous les Ages voulurent concourir avec la même ardeur, de leurs bras comme de leur argent, à cette édification. Des chevaliers, des châtelaines quittaient leurs riches habits, pour traîner, avec tous les autres ouvriers des deux sexes, d'énormes blocs de pierre, et, animés par la présence des prêtres, en chantant les cantiques du
i -L. Hordret, chapitre Yi, page 127.
i Lensseur, livre HI, page 324.
Seigneur, ils surmontaient, avec enthousiasme, tous les obstacles qu'ils rencontraient *.
Chartres est la première ville dont la cathédrale ait été édifiée par le zèle spontané des fidèles ; puis, un grand nombre, après ceUe-ci, durent leur prompte construction à ce mouvement extraordinaire qui se développa particulièrement dans TOuest et le Nord de la France.
A Saint-Quentin, ce fut vers Tan 1115 queTon commença à rebâtir, sur un nouveau plan, Téglise que le comte Héribert I" avait déjà réparée, après Tinvasion normande. Au xui* siècle *, on changea le plan et Ton abandonna la façade, qui ne fut réparée et achevée qu'au xvn* siècle. On s'attacha aux travaux du chœur dont, depuis longtemps, la première pierre était posée. Maître Jean, bourgeois de Saint-Quentin, fut un des architectes de la collégiale. La nef fut l'ouvrage du xvi* siècle, et les chapelles du chœur du xiv* siècle. L'église de Saint-Quentin se distingue par une singularité fort rare; son double transept lui donne la figure d'une croix archiépiscopale. Le transept principal, ou grande croisée entre la nef et le chœur, parait appartenir au commencement du xv* siècle; la seconde croisée, aboutissant aux deux côtés du chœur, est de la seconde moitié du même siècle. Son admirable buffet d'orgue est un magnifique monument de sculpture sur bois du temps de Louis XIY. Elle fut bâtie, en partie, avec le produit des quêtes faites dans les Pays-Bas, où
1 Leyasseur. Chapitre x, page 321.
3 Henri Martin. Histoire de Sainte-Quentin,
Ton avait promené, de ville en ville, les reliques de saint Quentin, en partie avec les libéralités de Louis XI, les aumAnes de^ bourgeois de Saint-Quentin, et les fonds du chapitre ^
Une institution qui, après les croisades , a modifié heureusement les habitudes du commerce, fut celle des postes, qui manquait à cette période. L'envoi des messagers ^, les voyages des marchands ne remplaçaient qu'imparfaitement le manque de chemins de transport et des postes. Un commerce, qui ne se faisait qu'en mettant les producteurs dans la nécessité d'accompagner eux-mêmes le plus souvent les marchandises qu'ils vendaient, pouvait difScilement devenir considérable. L'institution des postes a donc été un progrès très-profitable à l'industrie.
C'est aussi vers cette époque que les Lombards, à qui on attribue communément^ l'invention de la banque et des lettres de change, commencèrent à parcourir l'Europe et surtout la France, pour y faire l'agio de l'argent et pour y développer les transactions commerciales.
1 Une particularité intéressante se rattache encore à Thistoire de cette église: Simon de Brie, ancien chanoine de Saint-Quentin, devint Pape en 1 281 , sous le nom de Martin IV.
2 Leipzig, ({ui était le siège de foires célèbres, expédiait, dès le xiiP siècle, dans Tintérèt de son commerce, des messagers à pi^d et à cheval pour Nuremberg et d'autres villes marchandes. Cette institution était alors très-imparfaite, et ce ne fut que vers le milieu du 13* siècle que les postes ftirent introduites en Saxe par Télecteur Auguste !•'. Quant aux postes instituées par Louis XI, elles n*avaient, à Tépoque où<^les furent organisées, d'autre but que la transmission des dépêches, par des messagers à cheval. L'université de Paris avait des messagers particuliers qu*elle conserva jusqu*en 1591, époque où ils furent réunis à Tadministration royale des postes. — J. Duesberg, d'après Vouimtge du docteur Hoffmann, page 14.
8 Savary des Bruslons, Ùictionnaire universel du Commerce,
Les Lombards^ fréquentaient la ville de Saintr Quentin, bien avant Tannée 1335, puisque, cotnme on le sait, un sieur Jean Hennequin, qui y faisait un grand commerce, fut ruiné à cette époque par leurs prêts usuraires.
Plusieurs de ces préteurs s^établirent ensuite dans les villes qui environnaient Saint-Quentin. Ainsi, en 1381, Charles YI, de Compiègne, accorda, moyennant 500 livres d'argent et 100 livres d'or par an, aux lombards Nicolas Périn, Jehan Bellet, Jacques Gisbeft et Richart Maut , de demeurer pendant 15 ans à Noyon, pour y faire le commerce de l'argent. Louis XI, en 1461 , autorisa les lombards Démanche, Mathet dit Richart, Laurent Cabus , Thomas de Ville à demeurer à Laon, sous la charge de payer, pendant quinze ans, au Trésor de Paris , cent livres parisis par an *.
Au XIV* siècle, les Juifs et les Lombards ne prêtaient pas à moins de 40 0/0; c'était même, alors, une bonne condition de prêt ^.
Dès cette époque, des manufactures se fondèrent, et l'industrie songea sérieusement à s'organiser. Toutes les provinces de la France participèrent à cette renaissance: le Midi, en nouant des relations avec les Italiens et les Arabes; le Nord, en multipliant ses moyens de
1 Aux lettres de change se rattacheut les banques d'escompte et de prêt, dont rétablissement est dû à Tintelligence commerciale qui distinguait alors les cités marchandes de Tltalie. Du pays où étaient nées ces institutions, les banquiers furent appelés Lombards, et ils se répandirent partout sous ce nom.
^ CuriosHés des Parlements de France, par Gh. Desmaze.
3 LebfT. Appréciation de la fortune privée au moi/en-ége, page 26.
production, et en instituant des rapports avec les viUes de la hanse, et surtout avec celles des Flandres. Le voisinage de la Belgique fut pour les cités du Nord ce que ritalie fut pour celles du Midi. Déjà au xiv* siècle les relations industrielles de la Picardie^ avec les états belges, étaient très-étendues, et, à Amiens^ les marchands qui y expédiaient leurs produits 0 étaient exempts de péage au travers de Bapeaume en » Artois, sauf le cas où ils exportaient de la Flandre » les produits de ces contrées. »
Cette dernière ville entretenait un grand commerce d'échange avec Londres ; ce fait résulte de divers documents qui se trouvent dans ses archives ^. Un acte du 1" octobre 139S nous apprend que les marchands de Corbie et de Nesles continuaient de payer en temps de paix ou de trêve , aux maires de Londres , une rente annuelle de 50 marcs-sterling , pour les franchises dont , dès le xiu' siècle , ils jouissaient dans la capitale de l'Angleterre.
Les Flamands^ excellaient dans l'industrie, comme les confédérés de la hanse dans la navigation, et une remarque qui doit être faite, c'est qu'à cette époque l'Angleterre, dont les nombreuses manufactures exploitent aujourd'hui tous les marchés du monde, était tributaire des fabriques belges et de celles de la Picardie , et
1 Voir aux pièr^ justificatives.
2 Augustin Thierry. Documents inédits sur V Histoire de France.
9 — Histoire du Tiers^Etat, région Nord-Est, page
4 Sdiërer. Commerce du moyen^âge, page 160, l«r volume.
que, si cette nation leur fournissait ses matières brutes, elle était forcée de recevoir, en échange, leurs étoffes confectionnées avec ses laines.
n y avait déjà, entre la Flandre française, la Picardie et TÂrtois, un type commun d'organisation 'industrielle, et souvent une similitude dans les productions. La Belgique qui, comme la France, faisait autrefois partie de Tempire de Charlemagne, avait également ressenti la bienveillante influence de son gouvernement. C'est à la sollicitude de ce monarque que les Pays-Bas durent les progrès de leur industrie, de leur navigation et de leur économie rurale. Le rapide accroissement des villes des Flandres et de la Picardie se lie étroitement au développement de leur commerce et à la bonne fabrication de leurs étoffes de laine. Ces provinces ne produisaient pas, nous l'avons dit, toutes les matières premières qu'elles mettaient en œuvre ; l'Angleterre en fournissait la plus grande partie, et cela se conçoit, si Ton se reporte à ce fait que les Saxons, peuple de la même origine que les Frisons, qui excellaient dans l'élevage des bestiaux, avaient émigré en Angleterre.
A cette époque chaque ville de ces contrées était renommée pour tel ou tel article ^ : ainsi l'on citait Lille pour ses draps écarlates ; Arras pour ses serges et ses tapisseries ; Yalenciennes pour ses draps et couvertures de 15 et de 10 aulnes^; Gand pour ses fla-
1 Schérer, page 373.
3 Manuscrit du xiv* siècle qui se trouve daos la bibliothèque de M. Arthur Dioaux, lequel cootieot les ordonnances de Valencienoes faites en la PréTOtë de la halle.
nelles, ses draps ordinaires, ses couvertures, et Bruges pour ses velours et ses peluches de laine.
La Picardie fabriquait beaucoup de toiles, des camelots, des sayeUes^ des ras de Gènes, des étamines, des peluches, des crépons y des bas auméiier, des rubans j des barakans, et d'autres étoffes de laine et de soie. On y faisait* aussi des espèces de linge ouvré, tout de lin, que Ton appelait linge bourgeois j dont les largeurs ordinaires étaient de 2/3 et de 3/4 de l'aune de Paris. Les noms que Ton donnait à ces linges ouvrés de Picardie étaient bizarres ; ils se nommaient : panse de vache, cœur fleuri^ rose cran et grain d'orge.
Les principaux produits particuliers au district de Saint-Quentin étaient, outre ses toiles^ les draps, les eameiiers , les serges et les sayettes, qui avaient ordinairement 3/4 de large.
Les sayettes^ se faDriquaient non - seulement à Amiens, à Saint-Quentin, mais encore dans d'autres villes de la Picardie*. C'était , d'abord, une étoffe de laine qui était le diminutif de la saye. La saye était elle-même une sorte de serge en laine ou tissu croisé très-léger, qui servait à faire des robes pour les populations peu aisées, et des chemises à certains ordres religieux.
Les sayettes ont eu ensuite de nombreuses transformations. On fabriquait aussi une sorte de fil très-
1 Savary des Brusloos. Dictionnaire univerul du Commerce, page 663.
^ Savary des Brosloas
3 II y avait à Ham, à la fin du xvii« siècle, des fabriques de setterie ou de serges de laine.
blanc que Ton appelait le fil de sayette ou le fil d'£pinay. La sayetterie^ qui comprenait une grande variété de qualités t)lus ou moins fortes de tissus de laine pure ou de tissus de laine mélangée avec de la soie ou du poil, se fabriquait d'abord dans la Picardie, puis dans l'Artois, à Hourscotte, à Ypres et à Tour coing en Flandre.
Pendant plusieurs siècles, la sayetterie ou setterie fut ruades produitb les plus importants parmi ceux qui se tissaient à Saint-Quentin et dans ses environs ^ les tisseurs de ces articles s'appelaient sayetteurs. Amiens était le centre de cette fabrication, et aussitôt que des manufactures s'y établirent, cette ville eut une grande sayetterie. Ce commerce était si considérable par le développement qui lui avait été donné, par le nombre des ouvriers qu'il occupait, que la sayetterie d'Amiens avait des statuts, en forme de règlement, qui avaient même été revus avec soin par Colbert. Ces statuts contenaient 248 articles^, ce qui furent lus » et arrêtés dans l'hôtel de ville d'Amiens, en présence » du lieutenant général, des échevins, des esgards » houpiers, des esgards sayetteurs, des drapiers, i> haute-lisseurs, teinturiers, foulons et des principaux jo maîtres des métiers dont la sayetterie était alors a composée. » Ces 248 articles formaient le nombre le plus grand dont jamais statuts de manufactures aient été composés.
1 Savary des Brusions. Dictionnaire universel du Cùtnmerce.
2 Voir aux pièces justiflcatives un «trait du rapport de riotendaot
Les 31 premiers concernaient les houpiers; les suivants, jusqu'au 47' inclusivement, étaient pour la vente et les qualités des fils qui devaient s'employer dans la sayetterie; 8 articles étaient consacrés aux peseurs de fil, 19 comprenaient la fabrique des pièces de sayetterie, ses mattres et ses apprentis; S4 réglaient le nombre des buchots, portées et longueurs que devaient contenir les pièces de sayetterie; 12 leur foulage; 60 regardaient les haute-lisseurs ; 34 les corroyeurs, tondeurs, teinturiers et calendreurs; 12 les bords, rubans et rouleaux de laine qu'il était permis de faire dans la^sayetterie, et les 2 derniers étiûent pour établir une police commune, pour les différents maîtres et ouvriers qui composaient la sayetterie.
Au commencement du xvi* siècle, l'importance du commerce de la sayetterie se ralentissant un peu, François P' rendit, le 27 mai 1537, une ordonnance pour donner à cette production un plus grand développement *.
Les draps légers qui se fabriquaient à Saint-Quentin et dans ses environs, étaient, comme ceux de plusieurs villes de la Picardie, de qualités ordinaires. Ils servaient particulièrement à l'habillement des artisans et des ouvriers. Ces tissus, qui étaient aussi employés pour doublures, étaient connus sous la dénomination de draps feltins, frizons, droguets de laine, frizons et frizés façon d'Angleterre *.
1 Dom Grenier, volume CLXVI. paquet 20, art. 6, f^ 225.
2 Savary des BmsIoDS. Dictionnaire universel du Commerce,
Dans l'origine, les tisserands vendaient eux-mêmes les étoffes de laine qu'ils avaient tissées; ils étaient fabricants et vendeurs à la fois; mais dès la fin du xnf siècle, les fabricants aisés faisaient tisser par les pauvres ouvriers et se chargeaient du placement des draps qui avaient été faits pour leur compte ; ils conservaient encore le nom de tisserands, mais ils étaient les grands îMêires; tandis que ceux qui travailldent pour le compte de ces marchands n'étaient plus que les mentis meslres.
Les drapiers tenaient généralement le premier rang dans la marche des corporations; il en était de même à Paris, et depuis que les pelletiers leur avaient cédé leurs droits, ils étaient le premier des six corps marchands ^ A leur tête étaient six maîtres et gardes destinés à veiller à la conservation de leurs privilèges et à faire exécuter leurs statuts. Le premier grandgarde, qui était le chef de tout le corps, portait la robe de drap noir à collet et manches pendantes parementées et brodées de velours.
On faisait aussi, dans le rayon manufacturier de Saint-Quentin, des tissus appelés camelins on camelots et des serges.
Le camelot était une étoffe non croisée qui se tissait sur un métier à deux marches, de même que la toile de l'étamine. Cette étoffe se fabriquait en plusieurs largeurs et de différentes couleurs ; les unes de poil de chèvre, tant en chaîne qu'en trame, les autres en laine ou en laine mélangée avec de la soie et même avec du
i Savary des Bruslons Z>tc/t<mmBtre universel^ tome U, page 167.
fli. On employait généralement le camelot à confectionner des habits d'hommes pour Tété, et des robes de femmes en toute saison ; il servait aussi pour ameublement et pour vêtements dans les monastères.
La sergcy comme le camelot, se fabriquait non-seulement dans la Picardie, mais encore dans un grand nombre d'autres villes. Ce tissu, qui était de laine croisée, se manutentionnait sur un métier à quatre marches, comme les ratines, et il était connu sous différentes dénominations. Ainsi , il y avait dans le commerce des étoffes de laine : la serge du seigneur j de la reine, la serge impériale, la serge rasée j drapée, à poil, à deux envers, la serge d'Aumale, de Mouy, de Crivecœur, de Blicourt, et la serge façon de Londres, • qui était faite en Picardie, dans les Flandres, et exportée en Angleterre par la hanse de Londres.
Quant à la toile, qui fut l'un des premiers produits du Yermandois, sa fabrication, qui devait plus tard y atteindre les plus grandes finesses, ne comportait encore que le tissage de certaines qualités de grosseur ordinaire.
La toile de lin ou de chanvre, qui passait avec raison pour être l'une des branches les plus utiles du commerce de la France , parce qu'elle faisait valoir les produits de son agriculture, se fabriquait aussi bien dans l'ouest que dans les provinces du nord ; seulement, les qualités des pièces qui se faisaient en Picardie étaient généralement grosses, fortes, d'un parfait usage , et elles étaient presque toutes achetées par les habitants du pays.
La lot/0, \es$ayeHe$y les draps légers, les eam^ois^
elles sergeSy dont nous venons de faire connaître les qualités et remploi, étaient donc, du jai* au xiv* siècle^^ les principaux produits de la ville et des environs de Saint-Quentin, et ils auraient été Tobjet d'un important trafic, si à cette époque Tessor du commerce n'avait pas été arrêté par de nombreuses entraves.
Tout alors était à créer, à réprimer et à organiser.
Les rois, les ducs ou les comtes , qui connaissaient les avantages que pouvait leur procurer le commerce, qui voyaient déjà le râle qu'il était appelé à occuper dans la prospérité des états, et qui savaient que leurs intérêts étaient liés à ceux des marchands, s'appliquèrent de tout leur pouvoir à l'encourager et à le protéger.
Les nombreuses précautions qu'ils prirent alors pour réprimer le brigandage des routes, pour garantir la sécurité des relations et des transactions commerciales, le prou vent. Ils ordonnèrent d'assister et d'escorter parfois les marchands qui voyageaient pour leurs affaires, et à leurs agents de les défendre sur les chemins. Ils allèrent jusqu'à rendre les baillis responsables des dommages qu'ils pouvaient éprouver quand ils étaient pillés sur leurs terres \
Pour donner plus de confiance aux vendeurs, on leur accordait des privilèges très-étendus pour le recouvrement de leurs créances ^. Plusieurs provinces reconnurent même aux marchands le droit d'envoyer
i OliiD I, pai^e 565.
S Ordonnance de 1316, aux baillis de Meaux, de Vitry, d* Amiens, du Vermandois, de Sens, Senlis, Chauau>nleiTruyes(page 351).
des hommes appelés des mangeurs qui s'établissaient de force chez leurs débiteurs. Toutefois, ce droit excessif, au moins pour le cas de dettes ordinaires, ne subsista pas longtemps ^
Les marchands avaient encore besoin de protection au xiii* et au xiv* siècle, pour faire le * commerce. Pour que chacun ne put compter que sur soi-même, il fallait une société plus policée, plus avancée que celle qui existait à cette époque. Aussi, pour trouver une protection plus efficace, une surveillance plus active, un plus grand choix de marchandises à acheter et un débit plus certain de leur pacotille, ceux-ci crurent-ils utile à leurs intérêts de se réunir en certains lieux et à certaines époques Oxes. C'est ce qui fit que les marchés, les halles et les foires qui existaient déjà depuis longtemps, prirent, du xui' au ^u"" siècle, un accroissement considérable, qui contribua pour une grande part à la prospérité du commerce de la France.
Les marchés ou halles étaient généralement destinés à l'approvisionnement des populations de la ville dans laquelle ils se tenaient ; ils avaient lieu une ou deux fois chaque semaine. Ils étaient tous régis à peu près par les mêmes usages, quoique autrefois la création d'un marché fût un droit seigneurial que l'on ne pouvait pas s'arroger «.
La halle de Paris fut établie au xu* siècle par Louisle-Gros. Elle devint plus importante sous Philippe^
i Ce droit fut aboli, dans le cas de dettes ordinaires par le parlement en 1285, pour les bailliages du Vermandois, d* Amiens et de Senlis. 9 Olim, page 05, année 125S.
Auguste . La plupart des corps de métiers, et ils étaient nombreux, y avaient une place réservée dont ils payaient ]e loyer au roi. Plusieurs villes de France, telles que celles de Saint-Denis, Amiens, Douai et Beauvais, y jouissaient du même avantage, et quelques-uns de ces loyers s'élevaient par chaque année à plus de 100 livres ^ La halle des basses - merceries payait 180 livres ; c'était le loyer le plus fort, et le moindre était celui de la halle pour les mailles des samedis, qui n'était que 16 sous. Les champeaux ou les halles y recevaient les blés de la Picardie et de la Brie ; les blés de la haute Seine et de la Marne arrivaient au marché de la cité ^.
Dans beaucoup de villes, des halles importantes s'établirent ; celles d'Amiens étaient des plus renommées. Outre le marché de&tiné à recevoir toutes sortes de denrées, cette ville avait quatre halles spéciales aux pioduits des manufactures de lainage et de fil de la Picardie ^. Ces quatre halles étaient : celle aux houppeSy c'est-à-dire des laines que les houppiers
1 Depping. ii3, Produit du hallage de PariSf
^ Livre des Métiers d'Etienne Boileau.
S Tous les documents, qui, jusqu^au xvp siècle, se rattachent à Tindustrie de la Picardie, sont d*accord pour reconnaître que presque toutes les cités de cette province fabriquaient, a peu d*exceptions près, les mêmes genres des tissus que la ville d* Amiens. Les étoffas de laine qui se produisaient dans le Vermandois, connues plus particulièrement sous le nom générique de sayetteries, ressemblaient pour la plupart à celles qui ont fait, à juste titre, la renommée d* Amiens et de ses environs. — C*est parce qu*il existe une grande similitude entre Tindustrie de Saint-Quentin et celle d*Ajniens jusqu*en 1580, que nous avons été appelés, nous le répétons, à citer si souvent le nom de celte dernière ville, et a dire tout ce qui a pu contribuer dans les temps anciens comme dans les temps modernes, à en fklre une grande et importante ville d'industrie et de commerce.
avaient dégraissées , peignées et apprêtées pour être filées par les filassiers ; celle du fil^ dans laquelle on vendait la laine filée que Ton appelait fil de sayette ; celle en blanc, où devaient être portées toutes les étoffes de laine, tant blanches que de couleur, dès qu'elles avaient été levées de dessus les métiers et avant qu'elles aient été envoyées aux foulons et aux teinturiers ; enfin, celle en noir, où l'on visitait et marquait les marchandises, après qu'elles avaient reçu leur dernier apprêt*.
LavilledeSaii\t-Quentin avait autrefois, comme elle a encore aujourd'hui, deux marchés. Ces marchés, qui se sont toujours tenus le mercredi et le samedi de chaque semaine, ont été, en tout temps, alimentés de denrées par les villes et villages de ses environs. Deux chartes de Philippe- Auguste ^, des années 1195 et 1220, s'occupent de les réglementer. La première dit: « que tous ceux qui voudront venir .exposer leurs mar- D chandises en vente sur le marché, pourront libre- » ment les étaler dans les endroits où ils trouveront » place, en payant le droit d'étalage, et en ayant soin JD de ne pas gêner l'entrée ni la sortie des maisons 9 habitées. » La seconde, celle de 1220, du même roi, « accorde aux fermiers et sujets du chapitre de Saintù Quentin, demeurant dans les détroits de leurs sei- 0 gneurs, la liberté de venir tous les samedis au marché, D sans qu'on puisse les arrêter dans l'étendue de la
1 Satary des Bruslons. iHciionnaire univertel.
3 Manuscrit de Quentin de La Fons, tome II, page 299.
t vicomte de Saint-Quentin, pour caoee de catd , il c'est-à-dire pour dettes civiles et mdbilières. »
Outre ces deux marchés, la ville de Saint-Quentin avait une halleà la viande ou boucherie ,une kaiU aux cuirs j une aux <fra|w, une aux poids et aux laines j une aux paissons^ un grenier à sel j et un marché franc.
L'établissement de ses boucheries ou de sa halle à* la viande remonte à une époque fort éloignée. D y a dans ses archives de nombreuses pièces, dont la plus ancienne porte la date du mois de mars 1251, qui en font mention ^ Celle dont nous parlons est une charte par laquelle « l'abbé et les religieux de Saint-Quentin » en Isle donnent en échange aux maire et jurés de » la ville un étal de la nouvelle boucherie sise sur la 0 place, et reçoivent d'eux en contre-échange la somme 0 de 37 sous parisis. » L'original y est en parchemin et écrit en latin.
Il en existe une autre de l'année 1393, qui relate des conventions entre le maire, les échevins et les jurés de Saint-Quentin et l'abbé et les religieux de Saint- Quentin en Isle, relativement aux réparations à faire « des maisons et estaux qui on dist Palis Maisiaux en 9 Saint-Quentin » dont ces derniers étaient devenus propriétaires par suite de non -paiement de neuf livres parisis de rentes. Le IS janvier 1511, a le maire et les D échevins donnent à bail, à titre de louage viager, la » grande boucherie h Jacques Coriau, boucher, et à p Antoinette Parent, sa femme, moyennant la somme
1 Dosiier B G, liassa 18, Archives de Saint-QuenHn.
» annuelle de quatre livres parisis. » 11 y a encore dans les mêmes archives ^ plusieurs baux d*étaux à la viande; et enfin, à la date de 1561, on y trouve un mémoire qui reproduit l'état or de divers sur ceux dûs à la ville pour ses étaux x> et Tindication des particuliers qui eh étaient propriétaires. Ces pièces indiquent que tous les étaux de la boucherie n'appartenaient pas à la ville. La halle aux cuirs était établie à Saint-Quentin, avant le xin* siècle, et le document suivant, de Tannée 1260, en est une nouvelle preuve*. Ce document est une lettre adressée ce à Jakemon des Estakes et à » Jehan d'Eskaîheries, borgeois de Saint-Quentin, par » Jehan Tourette, tanères et don conseil de le vile » et deux de ses compagnons tanneurs. Dans cette lettre Jehan Tourette donne à Jakemon des Estakes et à Jehan d'Eskaiheries des renseignements sur la manière dont se vendent les cuirs, a Ils se vendent à la 0 halle, dit-il, moyennant 20 livres par an pour tous 0 les étaux, et on les y amène deux fois par semaine » le lundi et le samedi matin. Ils passent alors entre i» les mains des esv^ardeurs, qui se composent de t» 6 tanneurs, 3 cordesvaniers et 2 jurés, lesquels en t> observant la qualité ce et le quir kant il est envardé^ » il convient crier : vendes, vendes, si vent-on juske à 0 miedi et si volés plus savoir, si li nos lessiés savoir » nostre sire vous wart®. »
1 Dossier B G, liasse 48, Archives de Saint-Quentin. ^ Dossier E, liasse 48 • »
3 Dossier E, liasse 48. » •
n y a encore dans le dossier de la halle aux cuirs une ordonnance qui concerne cette industrie.
L'origine de la halle aux draps * doit y être très-ancienne, et peut-être pourrait-on la faire remonter à l'époque où ses artisans et ceux de ses environs s'occupèrent à tisser de la laine, et où fis sentirent la nécessité de choisir un marché spécial pour vendre leurs produits.
Celle aux poids et aux laines avait un peu de ressemblance avec les halles d'Amiens; elle était d'abord l'entrepôt pour la vente des matières avec lesquelles les ouvriers confectionnaient les tissus de sayetteries, draps ou camelots, et elle servait ensuite à constater la longueur, la largeur et le poids de ces étoffes. Cette halle, qui était située place Saint-Quentin, était affermée; car une pièce de 1398 contient une commission du bailli pour faire assigner celui qui, à cette époque, en avait la ferme.
Les fermiers, moyennant certaines redevances, prélevaient un droit proportionnel sur les marchandises que l'on y venait peser et mesurer.
La halle aux poissons était autrefois appelée oc la D halle au herrens de la ville de Saint-Quentin, o si Ion s'en rapporte à un bail de louage viager d'un étal à cette halle, concédé par les maire et échevins au sieur Henri Eusset, moyennant la somme annuelle de 4 livres tournois. Ce bail, sur parchemin, est du mois de mars 1517 ^
1 Dossier F, liasse 48. Arehweê de iSainHiuêtUin, s Dossier B, liasse i8. • »