‹ Saint-Quentin; de son commerce et de ses industriesChapitre 9 sur 42 · IM · texte numérisé non relu

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Bien que les greniers à sel ne fussent ni une halle, ni un marché , qu'ils fussent seulement ou un magasin où Ton conservait les sels de la ferme des gabelles, ou une juridiction où se jugeaient les contraventions sur le fait du sel, l'établissement qui fut fondé à Saint- Quentin sous le nom de grenier à sel y eut une importance trop considérable pour que nous omettions de le mentionner.

On attribue à Philippe de Valois l'institution des greniers à sel, et ce roi passe pour être le premier qui ait fait établir des magasins particuliers pour la vente de cette denrée, dont, avant son règne, le commerce était libre. Depuis, chacun était obligé de s'en procurer aux établissements de l'état, que régissaient des officiers appelés grenetiers. Ce subside causa des plaintes très-vives et plusieurs séditions, mais l'institution résista et subsista. Des lettres du 12 mars 1403, du roi Charles VI, autorisent les maire et échevîns de Saint Quentin à avoir un grenier à sel et à vendre le sel au prix marchand a pour le proufQt qui istra de la vente » d'icelluy se tourner et convertir en la fortifScation a et autres nécessitez de la dite ville *. »

11 existe encore des baux des deux greniers : « cel- D liers et magazins à sel séans en cesie ville au desy> soûls et déppendans des halles aux munitions en la » petite rue Sainte-Margueritte derrière l'église *^. »

a L'étendue des lieux qui étaient obligés de venir

1 Archivée de SaifU-Queniin, liasse 9.

9 Archives de SairU-Quentint dossier G.

y> prendre leur sel h Saint-Quentin^ dit Quentin de la » Fons', se composait de 117 paroisses, comprenant 9 en tout 236 villes, villages, bourgs et censés, non- D seulement de la prévôté de Saint-Quentin, mais enx> core de celle de RibemoQt. » L'impôt du sel qui s'y distribuait annuellement portait 46 muids 4 septiers deux quarts ; les villes de Bobain, de Beaurevoir et du Càtelet ne payaient que le prix marchand du sel qu'elles consommaient pour leur provision.

Le roi Louis XI, voulant reconnaître la fidélité et singulière affection que les doyens, chanoines et chapelains de l'église de Saint-Quentin avaient témoigné à son égard, par la réduction de la ville en son obéissance, leur accorda, annuellement, par une lettre donnée à Ham le 5 mars 1470, pour le terme de 10 ans, 4 muids de sel, à prendre en son grenier, établi à Saint-Quentin, par les mains du grenetier présent ou à venir, sans payer aucun droit, hormis c^lui du marchand'^.

Quant au marché franc, il y fut établi le dernier jeudi de chaque mois, en vertu des lettres patentes du roi Louis XIV.

Les halles et marchés qui existaient à Saint-Quentin et doat nous venons de rappeler les principaux, indiquent l'importance qu'avait déjà cette ville, à l'époque où, pour développer de plus en plus l'essor du commerce, les rois cherchèrent à les multiplier.

1 Manuscrits de Quentin de la Fons, 2« vol. page 215. "^ Manuscrits de Quentin de la Fons^ 2« vol . page 216

Les foires, avant que les moyens de communication fussent perfectionnés et que les transactions fussent devenues plus sûres et plus faciles, ne furent pas moins utiles que les marchés aux progrès de l'industrie. Au X* siècle, les étrangers étaient rares en France; auxni* siècle, ils y venaient enfouie. Les foires les y attiraient et elles firent sortir nos marchands de l'immobilité dans laquelle ils étaient restés si long* temps. Us furent amenés à changer leur mode de faire le commerce, en fréquentant les marchés et les grandes foires de France et des Flandres.

La plus ancienne dont notre histoire fasse mention remonte au règne de Dagobert en 629 ^ Cette foire se tint d'abord dans la plaine SaintrDenis, à partir du 9 octobre de chaque année, et fut, au vui'* siècle, transférée entre les églises Saint-Laurent et Saint-Martin ^. Un peu plus tard, Paris en eut deux autres, celles de Saint-Germain et de Saint-Ladre.

Mais celles gui furent un instant les plus célèbres de la France, et surtout des provinces du Nord, furent celles de Brie et de Champagne ^. Mes étaient au nombre de 17 et florissaient déjà lorsque les comtés de Brie et de Champagne furent réunisàla Franceen 1284^.

< Levasseur, l*' volume, page 153.

9 On appelait cette foire Forum /mftr(um, ou en langue vulgaire Tlndict, d'où loi est venu le nom de Landit, sous lequel elle est restée populaire. (Levasseur, 153, 1" vol )

S Un édit de 1349 défend aux drapiers des 17 villes de Brie et de Champagne de vpjidre leurs marchandises en gros et en détail pour les transporter hors du royaume, avant qu'elles aient été amenées aux foires, et ce. sous peine de conUscation.

4 Savary, tome 11, Dictionnaire univertel.

Elles étaient renommées par les avantages qui leur avaient été concédés et par les franchises dont elles jouissaient. Les affaires s'y traitaient directement ou par courtiers. On défendait au marchand qui n'avait pas acquitté sa dette d'y reparaître, avant que de s'être entièrement libéré. Aussi le sceau des foires de Champagne, apposé sur un contrat de vente, était une précieuse garantie que beaucoup de gens recherchaient. Elles furent pour le nord de la France ce qu'étaient pour le midi les foires de Lyon et de Beaucaire V

Les industriels et les marchands de Saint-Quentin, de la Picardie et des Flandres les fréquentaient exactement, surtout celles de Reims et de Troyes. A Reims, il y en avait quatre chaque année, et, comme à Troyes, il s'y traitait des affaires considérable3.

A l'époque où les routes étaient peu praticables et souvent dangereuses, les commerçants delà Belgique se réunissaient à ceux de Picardie pour s'y rendre. Bs venaient à Saint-Quentin pour les y prendre. B reste encore aux archives^ 14 pièces originales, de 1290 à 1334, qui sont relatives à des poursuites exercées contre des marchands de cette ville, pour cause de dettes, par les gardes-loires de Champagne et de Brie ; ces gardes étaient chargés de faire exécuter les règlements.

La ville de Saint-Quentin avait aussi ses foires. Elle en avait une qui, au xiu'' siècle, s'ouvrait chaque année la veille de l'octave de Pâques. Ce fait résulte d'une

1 Reims archives, leg. statuts, page 96. *i Archives de Saini-Quentin, liasse 60.

lettre de Phîlippe-le-Long, du mois d*octobre de Tannée 1319 * , qui y sur la demande de ses habitants, fait reporter à la Saintr Denis l'ouverture de cette foire, et leur concède le droit de pertuisage ^ moyennant la somme de 18 livres payée aux domaines.

Ce fut en vue, dit un historien, a de faciliter à la » population de Saint-Quentin le moyen de réparer » les pertes causées par les disettes des années 1318 et 0 1319, que Philippe-le-long lui accorda de créerune 0 foire qui était franche de tous droits '. »

D'autres documents viennent encore fournir des renseignements sur l'établissement et le but de cette foire. Parmi ceux que les archives de la ville possèdent se trouve^, à la date de 1310 à 1320, « le règlement du a gardien de par le roy de le vile el de le commugne a de SaintrQuentin »; du 29 novembre 1318 «l'accord

f Manuscrit de Quentin de la Pons^ 2* vol. page 299. 2 Les droits de pertoisage étaient baillés à ferme chaque année pour la somme de 9 à 10 livres. Quentin de la Fons, 2« volume, page 299.

S Manuscrits de Dom Grenier, vol. CLXVI, paquet 20, art. 6. (Bibliothèque impériale) « La foire qui se tenait à Saint -Quentin le jour des oc-

• taves de Pâques et qui était franche durant seize jours, donnait une

• grande activité aux différentes branches de commerce de cette ville. Uais

> son concours avec d*autres foires, où les fabricants portaient vendre leurs

• marchandises nuisant vraisemblement à celle-là, les habitants demandèrent

> au Roy, Philippe-le-Long. que la foire de Saint-Quentin Ait transférée

> au jour de la fête de saint Denis, avec les mêmes privilèges dont jouissait » celle de Pâques, lui offrant, pour son droit de pertuisage dix-huit livres » au lieu de neuf, que ceux qui affermaient le droit lui avaient rendu just qu*ici. — A quoi le Roy consentit par des lettres du mois d'octobre 1319

• (Mémoires du Vermandois, pages 834 et 835) voulant en outre pour le

> plus grand avantage de ladite foire, que les marchands aient huit jours i francs avan» Touverture, et autant après la clôture pour apporter et re- » porter plus librement leurs marchandises. Dans la suite la ville n obtenu

> an marché-franc les derniers jeudi de chaque mois, t

4 Archives de Saifft-Quentin, liasse 64, dossier A.

n en parlement entre le maire et édievins de Saint- » Quentin, d'une pari, etBernard, seigneur de Moreul, 9 et Witasse, de Ribemont, chevalier, d'autre part, » relativement au droit de tonnelier et d'étalage de la » foire de Saint-Denis qui appartiendra, chaque année, j» pendant huit jours, auxdits maire et échevins y> et enfin du 24 novembre 1360 a quittance de la rente de » 18 livres due au roy pour la foire de Saint-Denis. «

En 1387*, Charles YI autorisa les maire et échevins a à lever un octroi de deux deniers parisis sur » chaque lot de vin vendu à broche ou en détail, d'un T> denier sur chaque lot de vin non vendu à broche, et » d'un denier sur chaque lot de cervoisis, gondales et » mielz » pour employer le produit aux fortifications de la ville. Le même roy', le 9 octobre 1416, autorisa les maire et échevins à tenir a pour cette fois seu- 9 lement, en telle saison qu'il leur plaira entre cy et 0 Quasimodo pouchain venant » la foire de huit jours qui commençait habituellement à la Saint-Denis et qu'ils ne pourraient « bonement faire ne tenir... » pour la garde et la sûreté de la dite ville.

En 1394 , le roi Charles VI permet aux maire et échevins, juréset habitants de Saint-Quentin, déjouer a à autre jeu ou esbatement qne de l'arc ou arbalète » pendant la durée de la foire de Saint-Denis, sans être inquiétés par les of&ciers royaux '•

' Liasse S, leUre 36, Archives de Saint-Quentifi. S Liasse 3, lettre 20, »

8 liasses. N«95, ■

Enfin, le 17 juin 1419 ^ le çaire et les éehevins donnèrent à bail à Martin de Douai et à Quentin Fessart sa ferme « des proufiBs et émolumens du jus de dez et » de bréleus du jus de miennes » pendant les huit jours de la fête Saint-Denis, moyennant la somme de 90 écus d'or à la couronne du coin et forge du roi.

La foire de Saint-Quentin n'était pas seulement un lieu où se réunissaient, à une époque déterminée de l'année, les vendeurs et les acheteurs de telle ou telle marchandise, ou une occasion de faire des acquisitions, mais aussi un moment de plaisirs, de fêtes, de spectacles, de jeux ; un agréable moment de distraction, qui était vivement attendu par les populations de la Picardie et de ses environs.

Ce qui prouve combien les jeux avaient alors de succès dans ces foires , c'est ce bail du fermier du jeu de dez et de miennes , qui s'obligeait à payer aux officiers municipaux, pour les huit jours de la foire, la somme très-considérable pour l'époque, de 90 écus d'or de la couronne, du coin et forge du roi.

La foire instituée à Saint-Quentin par Louis-le- Long existe encore, plus ou moins importante, plus ou moins brillante, suivant les crises politiques ou les événements plus ou moins heureux qu'elle a été appelée à traverser; elle a continuée à être désignée sous le nom de foire de Saint-Denis, qui lui fut donnée en 1319. Sans avoir jamais eu le renom des foires de Reims, de Troyes, de Caen ou de Guibray, elle a tou-

I Uasse 46, dossier A,

jours été citée parmi celles de la Picardie ' où se traitaient, surtout pour le commerce de détail, de trèsnombreuses affaires.

Les foires ne sont plus de ces grands entrepôts de marchandises qui servaient, comme autrefois, à alimenter plusieurs contrées ; mais Thistoire ne saurait oublier la part qu'elles ont eue, pendant plusieurs siècles, au développement du commerce.

On peut donc dire que cette période, qui commença au moment où le comté du Yermandois fut réuni à la France et qui se termina au siège que sa capitale eut à soutenir contre les Espagnols , fut une époque qui mérite une grande place dans notre histoire locale. Elle fut favorable aux arts, à la science, à la civilisation, au commerce et à la navigation. Cette époque fut celle où l'Amérique fut découverte, où Ton vit rindustrie progresser, les relations s'étendre, l'esprit d'association se former, les voies de communication s'améliorer, les postes , les lettres de change et les banques se créer, les foires et les marchés se peupler, et la bourgeoisie naissante s'avancer d'un pas rapide et ferme dans la voie de l'émancipation.

Pendant cette période, Saint-Quentin et ses environs se livrèrent avec les autres villes de la Picardie à la fabrication d'une grande quantité de tissus de laine, de lin et de chanvre dont ils alimentaient les marchés de la France et de l'Angleterre.

f La foire de Chauay remonte aussi à une époque très-reculée; car, en IdOi, Philippe-le-Bel prolongea pen ant deux jours sa foire de la Saint- Jean (Bibliothéquis Impériale. Cabinet des Chartes CC 248.)

Tous ces faits, qui se rattachent directement ou in- I directement au commerce, ont eu sur la richesse du

I pays et sur la fortune de ses habitants une trop sérieuse

importance, pour que, sans eft interrompre le récit, nous n'ayons pas cfierché à les faire connaître. Nous allons maintenant reprendre les événements I historiques, politiques ou autres qui, durant cette même

I époque de 1214 à 1S57, intéressent ou regardent spé-

cialement la ville de Saint-Quentin.

I Depuis Tannée 1214, le Yermandois avait été réuni

à la France, et la ville de Saint-Quentin, nos lecteurs le savent, avait cessé d'être la capitale de ce comté, qui, séparé du Santerre, de l'Amiénois et du Valois, devînt, comme nous l'avons dit, une simple prévôté *. Cette nouvelle circonscription s'appela le bailliage du Vermandois, et eut Laon pour son cheflieu.

Du règne de Philippe- Auguste jusqu'à la mort du roi Charles YI, survenue en 1422, la ville de Saint- Quentin ne reconnut pas d'autres souverains que les rois de France.

Louis IX * vint plusieurs fois la visiter, et chacun de ses voyages fut marqué par des preuves de sa munificence et d'une bienveillance toute particulière.

n rendit un jugement qui dispensait le maire et les jurés de réitérer le serment que les doyens et chapitre de Saint-Quentin exigeaient d'eux chaque année.

1 Henri Martin. Histoire de SainHîuenUn, page 11. 3 L. Hordret, chapitre xi.

quand ils l'avaient une fois prêté. Ce jugement fut rendu : « le samedi après Tannonciation Nostre-Dame » sainte Marie, en Tan de Tlncarnation Jhesu-Crist » M et ce et XLIII an^, en mois de mars, en le court 9 le roi au Pointoise en le Warde rbube, le reine dej» rière, le gardin en bas, en présence de la reine » Blanche^ de Robert, comte d'Artois, du comte de 0 Poitiers, frère du roi, et autres. » ^

Le même roi, en juin 1268, concéda à ferme perpétuelle aux maire et jurés et à la commune de Saint- / Quentin, ISO journaux de terre, situés près de Saint- j Quentin, {siia juxta sancium Quintinum), consistant en oc trois pièces appelées a les coutures j>, moyennant ') la rente annuelle de 100 livres et 100 sols parisis, )> payable au bailli ou au prévôt, à la Toussaint, à la 0 Chandeleur et à l'Ascension ^ j»

Son petit fils, Philippe-le-Bel, à son retour de la guerre de Flandre , accompagné d'une cour nombreuse. S'y arrêta en 1297, et y passa quelques jours avec Jeanne de Champagne. Il intervint avec instance, en faveur des habitants de Saint-Quentin, dans un procès pendant entre les maire et jurés de Saint-Quentin et les jurés de Tournai, pour cause de la franchise des marchandises^.

Philippe-le-Long, à qui la ville doit l'établissement et les avantages de sa foire de Saint-Denis et une ordonnance remarquable concernant son commerce de

^ Archivée t liasse \^.

3 Archivei, liasse i^*.

draperie, lui accorda, ea 4346 , malgré les efforts du grand bailli du Yermandois, une charte par laquelle il maintenait aux maire et jurés de Saint^Quentin tous leurs droits de juridiction dans la banlieue, les faubourgs , et dans le lieu situé au-delà de ladite ville, près la porte du vieux marché , ainsi que leurs autres droits de justice.

Ce même roi concéda à un ^ieur Jean de Blamont, son élève et son secrétaire, en récompense de sa fidélité et de ses bons offices, une maison et ses dépendances sises à Saint-Quentin et contigues à l'église Sainte-Marguerite. Ladite maison lui fut donnée avec tous les droits qui appartenaient aux maire et échevins avant la suspension de la commune ^

C'est Charles-le-Bel, le troisième fils de Philippe-le- Bel, qui leva, moyennant la somme de six mille livres, la suspension de la commune prononcée par Philippe-^ le-Long, et qui ordonna que désormais la justice serait exercée à Saint-Quentin comme elle Tétait avant ladite suspension ^.

Philippe de Valois, qui connaissait et appréciait la valeur de ses habitants, se disposant à faire une descente en Angleterre, mandait à son mayeur et à ses échevins, par une lettre du 28 octobre 4340^, «qu'il p avait choisi pour garde, sûreté et défense de son na-

t Archives de Samt-QuerUin, liasse 1r«. Datum Parisiis aooo Domini millesimo tricenterimo sexto decimo.mense octobri.

2 Archives, liasse lr« N» 56. 13 septembre 13S2.

^ 8L. Hordret, chapitre ii, page 240.

9 vire et de sa personne, les arbalétriers et les pave- » siers que cette ville lui avait envoyés. »

Charles Y, alors régent, durant la captivité du roi Jean, voulant récompenser Saint-Quentin d'avoir tenu son parti contre les Parisiens, pendant les orages politiques des années de 1356 à 1358, augmenta encore les libertés et franchises dont cette ville était déjà si libéralement pourvue, laquelle lui en fut reconnaissante, car elle épuisa ses richesses pour aider ce roi, qui avait reçu le surnom de Sage, et cessecours ne sufKsant point encore, elle vendit son domaine pour lui en fournir de nouveaux*.

Devenu roi de France, Charles YI, accompagné de la reine Isabeau de Bavière, son épouse, vint deux fois à Saint-Quentin, et lui laissa de nombreux souvenirs de sa générosité ^; de son côté, cette ville lui donna une nouvelle preuve de sa fidélité, en refusant d'où* vrir ses portes au duc de Bourgogne, qui, ligué avec le roi d'Angleterre, était parvenu à faire entrer dans son parti les villes de la Picardie. Ce même duc de Bourgogne, donna, en 1392, le 21 janvier, commission aux baillis d'Ipres, Lille et Douai , pour a saisir 0 et arrêter les marchands de Laon, Saint-Quen- D tin, etc., ainsi que leurs biens et marchandises

i Valkena&r, préfet de TAisne, discours prononcé à Saint-Quentin, le 80 mars 1830 (Délibérations du conseil municipal). ^

a L. Hordret, page 2il , dit à ce siiget : • On voit encore dans Téglise, » du cdté septentrional, une grande vitre où ce roi et la reine sont peints

• au côté de saint Quentin martyr, qui y est représenté avec des cnalnes

• aux mains et aux pieds. »

» qu'ils trouveront être entrés es dites villes sans avoir » acquitté le péage de Bapaume * d

Le règne de Charles VII fut favorable à la France et i^ ses industries. Ce roi donna aux personnes, aux routes et aux transactions une sécurité qu'on n'avait pas connue auparavant» Le commerce en profita. Ce fut à cette époque que Ton vit apparaître Jacques Cœur, ce grand argentier de la France, qui tint une place considérable dana les affaires du pays et dont Tintervention peut être considérée comme Tavènement des hommes d'argent aux fonctions publiques.

Saint-Quentin fut ensuite visitée par Charles IV, empereur d'Allemagne. Le temps y a conservé un fragment d'un compte, qui relate d'une manière fort explicite les dépenses faites par la ville pour les présents et comestibles de toute espèce offerts à ce souverain à l'occasion du séjour qu'il y fit en 1377 *.

Saint-Quentin grandissait, et son commerce était alors dans une situation assez florissante ^. C'est à l'occasion du règne de Charles VII que des auteurs contemporains ont dit que cette ville : « se trouvait » être la^ plus riche de tout le pays, par suite du » trafic des marchandises qu'on y apportait des Pays- » Bas, ou de celles qui y étaient transportées pour le » commerce. »

Mais les marchandises qui arrivaient des Flandres à

* Archives de Lille, registres des Charles, côté 2, f» 55. 9 Archives de Saint QuentiHy rapport de M. Jaoio, page 10. 8 Manuscrits de Quentin de la Fons, tome II, page 81.

Saint-Ouentin n'entraient que pour une partie dans rimportance de son commerce, qui était particulièrement alimenté, on le sait, par sa fabrication de toiles, de draps, de sayettes et d autres étoffes de laine et de fil; et, en môme temps que ses industries progressaient, la ville s'occupait de doter ses habitants des nombreuses améliorations qui leur étaient nécessaires.

C'est vers ce temps qu'un collège, le collège des Bons-Enfants [bonorum ptierorum)^ fut fondé par le chapitre et doté par des particuliers ^ Le chapitre en conserva la direction exclusive jusqu'au xyf siècle, où le corps de ville prit part à la nomination du principal, conformément aux prescriptions de l'ordonnance d'Orléans (1561). Au xvii' siècle, le chapitre eut l'intention de livrer le collège à une communauté religieuse, mais le corps de ville l'empêcha.

Saint-Quentin avait six portes, et la ville se divisait en seize quartiers; quatre quarteni«rs et seize mayeurs d'enseigne ^, chefs de la milice bourgeoise, y maintenaient l'ordre et la police sous les ordres de ses officiers municipaux ^.

A toutes les époques de son histoire, cette ville a toujours été citée pour le grand nombre de ses établis-

i Henri MartÎD, Histoire de Saint-Quentin^ page 12.

3 Institulionancienae, car il en est fait mention dans une lettre de Wautier de Paris, prévôt de Saint-Quentin, en 1322, où il parie descMaienr des enseignes qa*on dit en aucuns lieux maieurs de bannières. • — Mor nuserits de Quentin de la Fon». II* volume, page 237.

3 La Commune de Saint-Quentin était composée du mayeur, des éche- Tins et jurés , des maieurs d*enseigoes et des prud'hommes. Quentin de laFoni, page 237, II« volume.

sements hospitaliers et de bienfaisance. Au moyenâge, comme aujourd'hui, ses habitants ont toujours considéré comme un devoir de venir en aide aux personnes nécessiteuses et de les soulager dans leurs souffrances. Ainsi, pour prendre soin des malades, il y avait à Saint-Quentin, d'abord : le grand Hôtel-Dieu, appelé dans les anciens livres * la Grande-Hôtellerie. Cet hôpital , édifié dans la rue de la Sellerie , puis brûlé lors du siège, avait été transféré et rétabli dans rhôpital de Buridan, lequel hôpital, fondé près de la porte Saint-Martin, par Mathieu Buridan, pour servir aux femmes pauvres gisantes, est aujourd'hui le grand Hôtel-Dieu de la ville. Après ces hôpitaux, il y avait ceux de Belle-Porte, autrement appelé de la Trinité ; du Petit-Pont, desservi par des religieuses de l'ordre de Saint-François: de Notre-Dame, dans la rue de la Créance *, réuni ensuite à THôtel-Dieu ; de Notre- Dame de Lambais;^des Enflés de Pontoilles; de Marteville; de Saint-Jacques, situé rue Saint-Jean; de Saint- Antoine, qui était rue Saint-Martin; il y avait aussi rhôpital qui fut fondé par Hildraldus, chanoine, dans rétendue du cloître de l'église; l'infirmerie d'Isabelle ^ et plusieurs autres maisons hospitalières plus ou moins importantes. Au nombre de celles-ci, se trouvait la Maladrerie de Saint-Lazare, bâtie pour y recevoir et pour y panser les lépreux. La charité Saint-

i ManuserU de Quentin de la Fons, tome U, i^ partie, pages 67 et suivantes.

^ Le haut de la rue d*lsle.

8 Archives de Saint-Quentin, Rapport de M. ianin, page ii.

Quentinoise avait fondé pour les malheureuses victimes de la maladie de la lèpre, que les croisades avaient propagée en occident, et dont était mort, jeune encore, en 1167, un des comtes de Yermandois, Raoul II, cet établissement, éloigné d'un kilomètre du faubourg dlsle.

De nombreux documents * , du xu* jusqu'au commencement du XV* siècle, indiquent quels étaient, au moyen-âge, les revenus de cette maison hospitalière et comment avaient lieu la réception des lépreux dans cette maladrerie *.

Les béguinages ^ pour les femmes pauvres y étaient nombreux; il y avait celui du Grenetier, d'Etreilliers, de VillechoUes,, de Gibercourt fondé le 7 août 1570 par demoiselle Catherine Lallier, veuve de Louis Varlet, seigneur de Gibercourt, mayeur de Saint-Quentin, mort en 1357; celui du couvent d'Esquehéries, ceux des maisons des Capets et de la Charité des Pauvres; il y en avait encore un à Thôpital de Fonsomme, fondé en la rue Saint-Jean par Gérard de Fonsomme, et un autre à la maladrerie de Saint- Lazare. Outre ces béguinages, et nous ne les citons pas tous, il y avait des maisons charitables où Ton entretenait aux études de Ja langue latine des jeunes gens pauvres; d'autres, où l'on logeait des per-

i Archives de Saint-Quentin , rapport de M. Janin , page li. Ces docQmeiits sont au nombre de liO.

'i Au xii« et au xui« siècle, cette maladie de la lèpre avait pris un caraclére >i p«fnétrant et si funeste, que le sort des lépreux était de vivre plus mU^f^Me que celui des criminels.

3 Manuscrit de Quentin de La Fons, page 72, tome II, !'• partie.

sonnes destinées à vivre ensemble, avec le peu de fortune qu'elles avaient ; et d'autres, enfin, pour faire apprendre des métiers aux petits enfants *.

Plusieurs de ces établissements n'existent plus aujourd'hui, dans les conditions multiples de leur organisation primitive ; mais ils y ont été remplacés par des institutions charitables, richement dotées et sagement administrées, qui concentrent leurs ressources et leurs soins pour secourir, avec intelligence, les misères des malheureux.

La ville de Saint-Quentin possédait plusieurs ordres religieux d'hommes et de femmes, tels que ceux de l'abbaye de Saint-Quentin en Isle, de Saint-Prix, d'Homblières, de Vermand, de Royaumont, du couvent des Capucins, des Cordelières et de la commune d'Estrepigny ; dans les pièces ^ qui concernent ces^ communautés, plusieurs sont très-anciennes; il s'y trouve la charte de fondation de l'abbaye de Saint- Prix, donnée par le comte Albert en 986, et deux chartes de confirmation de privilèges concédés, en 1043, par le comte Othon, et, en 1066, parle comte Herbert.

Les églises paroissiales, y compris la collégiale avec ses 72 chanoines, y étaient aussi nombreuses; il y en avait 143; c'étaient les églises de Saint-André, Sainte- Catherine, Saint-Éloi, Saint-Jean, Saint-Martin, Sainte-Marguerite, Saint-Pierre, Saint-Nicaise, Saint-

i Manuscrit de Quentin de La Fons, page 75, 1'* partie, II« volume. 2 Rapport de M. Janin, page il ^ Archives de Saint^Queniin. 8 Archives de SaùU-Quentin, rapport de M. Janio, page 14.

Jacques , Notre-Dame de la Gréance, Sainte-Péciane^ Saint-Remi, Saint-Thomas, et Téglise de la Toussaint. Outre ces églises paroissiales , il y en avait encore d'autres et un certain nombre d'abbayes et de chapelles. Ainsi, il y avait encore l'abbaye de Saint-Quentin en Isle et de Saint-Prix, les églises des Jacobins ou Frères prêcheurs, des Cordeliers ou religieux de Saint- François, des Capucins, des Sœurs grises ou Cordelières, de Notre-Dame d'Esquehéries, de Notre-Dame de Labon, de l'Hôtel-Dieu, et les chapelles de l'hôpital du Petit-Pont, de Notre-Dame de Soissons, de Saint- Lazare, de Saint-Quentin, de Saint-Prix, de Sainte- Hunégonde et du collège de Saint-Laurent.

Un historien * signale encore plusieurs églises et chapelles qui n'existsgient plus au xvin' siècle, à l'époque où il écrivait ses précieux manuscrits. Ces églises étaient celles de Saint- Pierre - au-Canal , de Saint- Pierre-le-Moïen, de Saint-Mein, des Templiers et de Prémontré ; les chapelles : celles de Saint-Nicolas, du grand Hôtel-Dieu, qui était situé au coin des rues de la Sellerie et des Orfèvres *, et qui fut ruiné, en 15S7; celle des Religieuses de la Trinité , des Suzannes, de Saint-Jean-de-Jérusalem , de Saint-Laurent , de Notre-Dame-de-Pitié et de la maison de Moï.

Le grand nombre des cimetières de Saint-Quentin se ressentait de celui de ses églises; il y en avait dix qui existèrent jusqu'à la fin du xvin* siècle.

f Quentin de la Fons, page 60, l** partie, tome II. 3 Rue des Toiles.

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Il serait difficile d'établir les ressources pécuniaires de cette ville au moyen-àge ; les plus anciens comptes de ses argentiers remontent de l'année 1260 à 1265 ; la recette moyenne de ces 5 années s'élevait à 1454 et la dépense à la somme de 1769 livres ^ Le dernier de ces comptes relate que sa dette se montait, en 1265, à 8516 livres 6 deniers.

Malgré le développement que ses habitants cherchaient à donner à leur cité, à son commerce, aux arts et à la science, le Vermandois ne put pas se soustraire aux calamités de ce xv* siècle, où la France , épuisée par ses discordes, faillit subir complètement le joug des Anglais.

Quoique, depuis le roi Philippe de Valois, cette contrée avait eu à se défendre contre les descentes de ces continuels ennemis de la France, qui, plusieurs fois, passèrent à Saint-Quentin^; malgré le règne de Charles VI, dans lequel on vit une reine perfide dicter à un roi insensé le fatal traité qui fit d'un monarque anglais l'héritier de la couronne de France, la ville de Saint-Quentin, toujours fidèle à ses princes, pour lesquels même elle avait fait de nombreux sacrifices, ne s'était jamais soustraite à leur obéissance ^. Après la

1 Archives, rapport, page 10.

S Henri Martin, Histoire de Saint-Quentin, page li.

8 Les Archives de Saint -Quentin renferment plusieurs lettres intéressantes du roi Charles VI, et une eutr*autres du 27 mars iilO, où il mande aux maires et échevins de Saint-Quentin de « ne laisser entrer dans la ville , » ni en sortir aucuns gens d'armes, archers, arbalétriers ou autres fussent-ils N de son sang et lignage et de faire guet et garde nuit et jour. » — Liasse 2 page 65.

mort de Charles VI, elle tomba en 1422, en la puissance du roi d'Angleterre*, non pas qu'il l'eût conquise par la force des armes, mais par le fait du mariage de Henri V, roi d'Angleterre avec Catherine, fille de Charles VI, et en vertu de l'acte par lequel ce roi le déclarait son successeur à la couronne de France, au préjudice de son propre fils, Charles, le dauphin, duc de Touraine. Par suite de ce traité, Henri V devint régent de ce royaume, et, en cette qualité, il s'empara de plusieurs de ses villes. Le duc de Bourgogne, qui était son allié, lui vint en aide, et ce fut lui qui, au nom de Henri VI, roi d'Angleterre, prit possession de la ville de Saint- Quentin.

Charles VII, qui était alors en Dauphiné, fut dans l'impossibilité de s'opposera cette usurpation.

La domination anglaise*, dans le Vermandois, n'était que nominale, et c'étaient, en réalité, le duc de Bourgogne et ses vassaux qui y commandaient. Cependant plusieurs documents locaux^, de 1422 à 1430, prouvent que ce roi Henri VI s'est occupé de l'administration de la ville de Saint-Quentin. Ainsi, il écrivit aux gens d'église, capitaine, bourgeois et habitants de Saint-Quentin, pour les engager a à continueren bonne » union de bien en mieux en la vraye obéissance » du-

)» dit roi (T pour ce que au roy Henri appartient les

» deux royaulmesde France et de Engleterre, selon le

i Quentin de La Fons, seconde partie, tome II, page 2t. S Henri Martin, Histoire de Saint-QuenUrtf page 15. S Archives de SairU-Quentin, dossier B, liasse.

i> contenu en la paix faite entre les deux roys » et ajoute- T» t-il, juréeparvousetlesautresbonsetloyaux subgez.»

Cette lettre a été a escript de Rouen le 23* jour d'octobre. »

Par une autre, datéede Westminster, du 26* jour de février, il les remerciait de leur fidélité, et leur annonçait qu'il enverra « ceste procheine seison d'esté, cery> tains capitaines accompaigniez de notable nombre de 3» gens d'armes et archers, pour assister beaus oncle de n Bedford, si bien par puissance que par conseil, à » rencontre des ennemyes. » Dans une autre enfin, écrite deCanterbiesle xvn d'averiU, le roi d'Angleterre remercie les habitants de Saint-Quentin a d'être restés 2> vertueux et fidèles, malgré lesintrigues de ses ennemis 0 et leur fait savoir qu'il compte passer la mer dans la » semaine et fêter, en arrivant à Calais, son patron, et » qu'ensuite il enverra une partie de ses gens à leur B secours. t>

Ce roi a également autorisé a les mayeur et échevins » à prélever sur les deniers des aides 800 livres pour r> subvenir aux besoins de la ville ; d mais le document de cette époque qui a dû être le plus pénible aux cœurs des habitants de Saint-Quentin, fut la dépêche qui leur était adressée par Philippe, duc de Bourgogne, pour les informer ^<r que les Français royalistes avaient » fait une sortie de la ville de Compiègne, le 23 mai, » sur les six heures du soir, qu'ils avaient été repoussés » avec perte, que celle que l'on nomme la Pucelle

i Archives de SairU-Quentin,

JB avait été fiûte prisonnière avçc grand nombre de Y> chevaliers, sans parler des morts et sans que les y> Anglais y aient perdu un seul homme ^ »

Cette lettre, adressée le soir même aux habitants de Saint-Quentin, disait encore ^ : «Delà quelle prise de 9 la Pucelle, ainsi que tenons certainement, seront » grands nouvelles partout, et sera connue Terreur et n. folle créance de tous ceux qui aux faits d'icelle 9 femme se sont rendus enclins et favorables ; et cette x> chose vous écrivons pour vos nouvelles, espérant que » en aurez joie, confort et consolation, et en rendrez 9 grâces et louanges à notre Créateur qui tout voit et r» connaît, etc. »

Le commerce de SaintnQuentin, comme celui de la plupart des villes qui faisaient partie de la grande hanse de Londres', était, à cette époque, en voie de progrès. L'Angleterre recevait de grandes quantités de marchandises de cette association puissante, dans laquelle, nous l'avons dit, les districts d'Amiens, de Reims et de Saint-Quentin occupaient la première place.

Cette hanse avait une organisation spéciale et complète ; pour en devenir membres, il fallait avoir droit de bourgeoisie, dans une des 24 villes qui la composaient, et avoir subi l'épreuve de l'admission par le

1 Cette lettre est également citée dans VHistoire de Jeanne-^ ArCy par notre compatriote M. Henri Martin.

^ Augustin Thierry, Doewnents inédits,

3 Cette hanse avait été nommée hanse de Londres parce qu*eHe y avait ses principaux comptoirs.

conseil dirigeant. Chaque nouveau membre^ payait^à son entrée, une cotisation de 30 sous 6 deniers.

Des documents belges^ s'occupent également de cette Compagnie dont ils font remonter Torigineà 1220, .c'est-à-dire à Tépoque où une proclamation du gouvernement anglais prescrivit à tout étranger qui ne se livrait pas au commerce de quitter son territoire. Suivant l'histoire du commerce de la Belgique^ plusieurs de ses villes formèrent d'abord cette hanse qui consistait à fournir à Londres des étoffes de laine et d'autres marchandises. La commission directrice avait alors Bruges pour résidence. Diverses chartes sur son échevinage indiquaient même une disposition d'après laquelle : nul artisan ne pouvait devenir échevin s'il n'était reçu parmi ses sociétaires^. Ce ne fut que plus tard que les villes d'Amiens, Reims, Saint- Quentin, Lille, Arras, Valenciennes, Cambrai, Beauvais. Douai, Péronne, Châlons et Saint-Omeren firent partie et qu'ils lui donnèrent une plus grande importance. Elle n'était composée que des négociants les plus notables, et indépendamment de ses rapports avec l'Angleterre, elle vendait également ses produits en France. Les fabricants qui formaient cette hanse fréquentaient pour la plupart les foires de Brie et de Champagne, et pour s'y rendre , ceux des Flandres

< Augustin Thierry. Documents inédits.

2 Histoire du commerce él de la marine en Belgique , par Ernest Vanbruyssel. — 3 vol. — 1861.

S On trouvera quelques détails intéressants sur Thislotre de la lunse de Londres dans Allen, history ofLondon. Tome I, page 73.

venaient se joindre, à ceux de la Picardie, qui se réunissaient ordinairement à Saint-Quentin.

De cette époque date également la grande prospérité d'Amiens. Des ouvriers de Tournai, qui vinrent se fixer dans cette ville, y apportèrent la fabrication des draps d*or, des draps de soie et d'un grand nombre de tissus de laine qui n'y étaient pas encore connus ^

Ce fut celle aussi où les ouvriers commencèrent à voyager. Ils quittaient volontiers leurs patrons, pour aller se perfectionner ailleurs dans les métiers auxquels ils appartenaient. De là est venu le compagnonnage, cette institution rivale des corps et métiers. — L'esprit d'association tendait de plus en plus à se développer, et les corporations prenaient une forme plus régulière et plus complète. D'un autre côté, la royauté, tout en respectant leurs privilèges, tenait essentiellement à octroyer leurs statuts, et, en certaines circonstances même, elle leur conférait directement des lettres de maîtrise. Le but de l'état était de chercher à dominer les classes ouvrières, comme le reste de la monarchie.

En 143S, la cession des villes de la Somme au duc de Bourgogne fut le prix de la réconciliation de Charles VII et de Philippe-le-Bon *. La situation matérielle de Saint-Quentin n'en fut pas changée ; les Bourguignons y conservèrent après l'influence qu'ils y avaient avant. En 1465, Louis XI feignit de céder son

I Tableau historique du P. Daire.

3 Henri Martin, Histoire de Saint-Quentin, page 15.

droit de racheter ces mêmes villes, mais, en agissant ainsi, son but était de diviser et d'endormir ses ennemis, et il travaillait, au contraire, à les ramener sous son sceptre.

Ce ne fut qu'en 1471, que le comte de Saint-Pol *, devenu connétable de France, s'étant déclaré pour le roi, jBt soulever Saint-Quentin contre les Bourguignons. Après une séparation d'un demi-siècle, le retour de cette ville à la France fut un grand sujet de joie pour ses habitants.

Elle fut bien encore cédée, quelques années après, au duc de Bourgogne, maïs pour très-peu de temps. Cette fois, et après la mort du duc Charles, en 1477, Saint-Quentin ouvrit ses portes au sire de Moy qui, à la tête des hommes d'armes du roi, se présenta devant ses murs.

Le roi Louis XI, qui connaissait le dévouement des habitants de Saint-Quentin à sa personne, leur emprunta plusieurs fois de l'argent.

Il écrivit le 30 de décembre 1481 aux échevins c( qu'il avait appris par le général de ses finances » en Picardie , Baudouin Bouquet , dit ButFard , le » bon vouloir qu'ils montraient pour le bien de la » chose publique et le prêt qu'ils lui avaient fait en » deux années de la somme de 1 ,000 écus d'or ; il » les priait de lui en faire un autre de 400 écus d'or

1 n y a aux archives (dossier G, Lettres de Louis XI) , une dépêche de ce roi qui remorcie les maires et écheyins de Tobéissance qu'ils ont montrée au connétable de Saint-PoI, et leur assure qu*ii n'épargnera rien pour la défense et la sûreté de leur ville.

main à l'ouvrage, soutenaient, au contraire, que cette préparation ne leur appartenait pas. Ces discussions furent, pendant longtemps, à Saint-Quentin, dans la Picardie et à Reims, le sujet de nombreux différends, qui furent difficilement aplanis. A Amiens, Téchevinage fut forcé de publier une sévère ordonnance sur les rapports des tisserands et â9$ foulons ^

On étaitalors au commencementdu xvi' siècle, à cette période de progrès où la découverte de l'Amérique fit tomber les barrières qui circonscrivaient le commerce dans une sphère étroite, et qui ouvrait le monde entier à sa puissance et à ses spéculations.

C'est aussi l'époque, où les beaux-arts prirent, en France, un si magnifique essor. Saint-Quentin lui doit l'un de ses plus admirables monuments. Son hôtel-de-ville , si complet et si remarquable, construit sous Louis XII ^, fut achevé en 1309. Peu d'édifices lui sont supérieurs. La symétrie harmonieuse de ses proportions, la pureté du style ogival employé dans les arcades qui le supportent, la verve originale et parfois bizarre des figurines qui décorent ses chapiteaux et les voûtes de son péristyle, son ensemble gracieux, en en exceptant son campanille moderne , en font un monument de premier ordre. On peut dire qu'il est, après celui d'Arras, un des plus délicieux modèles de l'architecture civile de l'époque ^.

3 Henri Martin, Histoire de Saint-Quentin ^ page 16.

3 On croit généralement que l'hôtel-de-viile a été édifié aux lieu et place d'une maison achetée en 1252, par les officiers municipaux, et connue au xiii* siècle sous le nom de liaison de Paix.— Janin, page 8 de son rapport.

La paix, qui fut signée entre le roi François P' et Charles-Quint *, devait faire croire que cet empereur avait renoncé à la possession de certaines villes de [ France et du Vermandois ; il n'en était pas ainsi ; en

1536, il chercha encore à se rendre raaltre de Saint- Quentin. Il fit assiéger cette ville par Jean de Nassau ; mais, secourue à propos par le maréchal de Fleuranges, qui était à Laon,* elle repoussa victorieusement le lieutenant de Charles-Quint etle força à en lever le siège. A cette occasion, les doyen, chanoines et le chapitre ordonnèrent une procession générale , pour remercier Dieu de l'avoir préservée des malheurs d'un siège.

Délivrée , cette fois encore, d'une grande calamité qu'elle devait, hélas I subir 21 ans plus tard, cette cité croyait pouvoir compter désormais sur un plus long repos, que devait lui assurer la trêve qui venait d'être conclue pour S années.

Mais la paix n'était pas ce que désiraient les Impériaux ; leur but avait été, en la signant, de gagner du temps, de tromper la vigilance de la France, et de lui cacher les préparatifs mystérieux qu'ils faisaient en Italie. Ce fut le Pape qui se chargea de la rompre, et Philippe II, qui venait d'épouser Marie, reine d'Angle-

1 G*est à Toccasion de ce traité de paix, conclu à Cambrai, que François l" écrivait aux maire et échevins de Saint-Quentin : « qu'hier, en- » viron à 8 heures du soir , lieu a eu Teschange qui se devoit faire de ses » très>chers et Irès-amez enffans, avec la somme de 1,200,000 escus, > lesquels enfans lui ont été ramenés par le sire de Montmorency, grand » majtre et maréchal de France, et il leur mande de faire processions et • feux de joie à cette occasion. »

Le roi François 1«' vint à Saint-Quentiaen 1527.

terre, qui décida cette nation, à déclarer, sans motifs, la guerre à la France. Dans cette situation, les hostilités devenaient imminentes et elles recommencèrent, en effet, dans les premiers mois de l'année 1S57 K

Tandis que l'élite des armées françaises était en Italie, sous le commandement du duc de Guise, le prince de Savoie, nommé lieutenant du roi d'Espagne, qui avait été chassé de ses états, jaloux de se venger de cette défaite et de réparer l'échec qu'il avait éprouvé devant la ville de Metz, vint, à la tête d'une armée forte de 55 à 60,000 Espagnols, Allemands et Flamands et munie d'une artillerie formidable, pour envahir la Picardie.

Après avoir emporté la ville de Vervins et avoir tourné celle de Guise, il parut, le 2 août, devant la ville de Saint-Quentin, bien peu préparée à soutenir le siège dont elle était menacée. Ses fortifications, en 1557, étaient loin d'être dans un complet état de dé- ' fense. Elles consistaient dans une enceinte flanquée de tours établies dans le système du moyen-âge. Cette cité était en outre protégée par la rivière de la Somme et par des fossés profonds. Son gouverneur, de Breuil, gentilhomme breton , qui venait seulement d'y arriver, n'avait à sa disposition, pour toute garnison, qu'une compagnie d'hommes d'armes, que commandait le sire de Théligny, une centaine de canonniers ou d'ar-

< La plupart de ces renseignements historiques ont été puisés dans Fexcellente notice sur Saint Quentin de notre compatriote Henri Martm, à qui nous nous faisons un grand plaisir de rendre toute la part qui lui revient dans cette partie de notre travaul.

cbersy et 18 pièces de canon ou couleuvrines, dont plusieurs étaient en mauvais état *.

A la nouvelle inattendue de la marche des ennemis sur le Vermandois, Tarmée française du Nord, qui se trouvait en Champagne, et qui comptait dans ses rangs de 20 à 25,000 combattants, Français et Allemands, s'était portée sur les confins du Laonnois et de la Thiéraohe. Les généraux qui la commandaient, et à leur tête était venu se placer le connétable de Montmorency, avaient décidé que tout serait risqué pour secourir Saint-Quentin, la seule place importante qui, de ce côté du Nord, put couvrir et défendre Paris. Ils y envoyèrent Tamiral Gaspard de Coligni, qui partit du camp de Pierrepont, où était campée Tarmée française, pour venir s'y enfermer. II y pénétra, non sans de sérieux incidents, ayant avec lui 4 compagnies incomplètes de gendarmerie, et environ 250 fantassins.

L'ennemi, en arrivant devant la ville dont il voulait s'emparer, s'était empressé d'occuper le boulevart du faubourg d'Isle.

De son côté, l'amiral de Coligni avait pris avec vigueur et célérité toutes les mesures nécessaires pour se défendre. Il se fit rendre un compte exact des hommes en état de porter les armes, du nombre des pièces de canon, des munitions de toute nature, des subsistances et de toutes les autres ressources qui se trouvaient dans la ville. D passa les troupes en revue,

1 Manuscrit de Quentin de La Font,

et convoqua le corps de ville et les prud'hommes de chaque métier.

L'assemblée de ville, composée des plus notables de tous les états, répondît à son attente, et le mayeur, Louis Varlet, seigneur de Gibercourt, promit en son nom que les habitants de Saint-Quentin ne failliraient pas à la défense de leur cité et qu'ils se dévoueraient au salut de leur pays.

Une sortie tentée le 3 août, pour reprendre le boulevart du faubourg d'Isle, n'eut pas le succès que l'on en attendait, et le lendemain, le brave Théligny, qui commandait la compagnie du Dauphin, fut tué, dans une escarmouche contre un poste d'Espagnols.

Le général en chef de l'armée coalisée, le duc Philippe-Emmanuel de Savoie, avait son quartier général à Rocourt, avec le gros des Espagnols ; les Anglais et les Allemands s'étendaient vers le nord, entre la Chapelle, Cepy et le faubourg Saint-Jean; les Wallons et les Néerlandais se déployaient vers Rouvroi et Remicourt, e\ le faubourg d'Isle était occupé par un corps d'infanterie espagnole. Goligni, ayant reconnu l'impossibilité de garder ce faubourg, se décida à l'abandonner, après l'avoir incendié. Le péril croissait; il redoubla d'efforts, il prit les mesures les plus sages , et il se fit désigner les gens du pays capables de porter les armes ; il les enrôla sous les ordres de deux gentilshommes du Vermandois*.

n fallait des secours à tout prix ; il était diCBcile d'en

4 De Caulaincoort et d*AmervaI.

introduire par les marais de la Somme ; Coligni comprit toute la granité de la situation, et il parvint à la faire connaître au connétable de Montmorency. Celui-ci, averti des dangers qui lui étaient signalés, partit immédiatement de La Fère où il se trouvait, pour venir examiner s'il serait plus facile de ravitailler la place par la ruse que par la force. Après s'être rendu sur les lieux, avoir vu lui-même et fait étudier par des officiers déguisés la position des ennemis , il se décida à retourner à Là Fère pour revenir bientôt avec son armée se mettre en bataille près de Saint-Quentin, n la fit placer sur les hauteurs qui dominent le faubourg dlsle, et de là, il foudroya, avec 13 pièces de canon , les tentes du duc de Savoie. Son but, en agissant ainsi, était de détourner les plans des coalisés par une fausse attaque, afin de faciliter à un fort détachement de troupes les moyens d'entrer dans la ville. Ce plan ne réussit pas complètement; cinq cents hommes, commandés par d'Andelot, après avoir vaincu de nombreux obstacles, purent seulement y pénétrer par la poterne de Tour-y-val. Ce renfort était trèsutile, mais il était insuffisant.

Presque toutes les 'forces ennemies étaient campées sur la rive droite de la Somme et il était important de les empêcher de troubler la retraite de l'armée française. On ne le pouvait qu'en occupant une chaussée qui traversait les marais près le village de Rouvroi ; Montmorency négligea cette indispensable précaution, et, quand trop tard il voulut la réparer, l'armée ennemie avait pris de formidables positions et son avant-

garde débouchait sur la rive gauche. Le connétable tâcha, mais en vain, de diminuer la gravité de cette faute, il chercha à regagner les bois de Jussy et de Gibercourt, il n'en eut pas le temps ; il fut atteint par des forces considérables entre Essigny, Gibercourt et Lizerolles. La bataille fut sanglante , décisive ; les Français firent des prodiges de valeur; les ducs de Nevers, d'Enghien, et tant d'autres héros, se couvrirent de gloire, mais, accablés par le nombre, trahis par la désertion, surpris par des mouvements stratégiques bien combinés, ils durent succomber...

Ainsi furent anéantis cette unique armée et ces courageux capitaines sur lesquels reposaient Tespoir et la défense de la France.

La nouvelle de la bataille de Saint-Laurent, qui fut livrée le 10 août 1557 et qui prit le nom de la fête du saint du jour où elle fut gagnée, porta la terreur et la désolation dans toute la France et Tallégresse par tous les pays ennemis.

Le roi d'Espagne était à Cambrai ; aussitôt qu'il en connut l'issue, il accourut à Saint-Quentin, où son arrivée au camp fut saluée par des arquebusades, des canonnades et des cris de joie. Ses meilleurs capitaines lui conseillaient de marcher immédiatement sur Paris; le moment était favorable, la France était frappée de stupeur, et pour s'en rendre maître, Philippe II n'avait qu'à oser» mais il n'osa pas ; il pensa qu'il ne devait pas pénétrer dans l'intérieur du pays, avant que d'avoir pris la ville que ses troupes assiégeaient.

Cette résolution mit le sort de la France entre les

mains des courageux défenseurs de Saint-Quentin. Ceux-ci comprirent de suite combien il était important de garder une place qui arrêtait l'élan d'une armée victorieuse. Coligni, d'Andelot^ le mayeur de Gibercourt, et d'autres rivalisèrent de zèle, d'activité, de ressources, non pour vaincre, ils ne pouvaient plus l'espérer, mais pour retarder au moins de quelques jours, de quelques heures même, leur glorieuse défaite.

Après la bataille de Saint-Laurent, le duc deNevers avait cherché à rallier les débris de son armée; et, de La Fère où il était, il avait réussi, mais avec de grandes difficultés, à faire entrer dans la place 120 arquebusiers, qui y pénétrèrent difficilement par les marais. Ce renfort fut le dernier.

Le 21 aoiU, l'ennemi avait terminé ses préparatifs d'attaque ; les tranchées étaient prêtes et une formidable artillerie de siège commença à battre en brèche ses murailles, depuis la porte Saint-Jean jusqu'à la porte d'Isle. Pendant cinq jours ces batteries vomirent, dans cette malheureuse cité, la mort et l'incendie, et elles ruinèrent ses tours et ses courtines.

Le 26 août, vers deux heures demie, leur feu vint à cesser, ce qui fit croire dans la ville à un assaut immédiat; mais, cette interruption avait un autre but, c'était celui de donner le temps de faire jouer les trois mines établies sous les escarpes *. Elles n'y causèrent pas les dégâts que les assiégeants, qui s'étaient rendus maîtres des fossés, en attendaient. Quant aux assiégés,

f Gh. Gomart, Siège de SwU-Qmntin^ pages 21i et 118.

soldats et habitants, prêtres et chanoines, tous ceux qui étaient en état de porter les armes, étaient au milieu du danger; toujours sur la brèche, ils étaient tous prêts à donner leur vie pour sauver leur pays. La défense fut héroïque...

Le27 août, jour de deuil et de calamité, jour de malheur, dont le triste souvenir ne s'effacera jamais de la mémoire des Saint-Quentinois, onze brèches largement ouvertes permirent à Tennemi de tenter un assaut général. Vers deux heures *, quand les colonnes d'attaques furent lancées dans les fossés des remparts presque comblés ; quand le signal de l'assaut fut donné, chaque assiégé se trouvait à son poste, personne ne manquait, et tous cherchèrent la mort en se couvrant de gloire....

Pour défendre onze brèches ouvertes contre 60,000 hommes de troupes victorieuses, que pouvaient leur opposer les assiégés? La milice bourgeoise, les courageuxhabitants de Saint-Quentin, et 800 soldats. ! I ! pas plus... le reste, garnison et bourgeois, étaient déjà tombés sous le feu des assiégeants . La victoire était impossible, ils le savaient, mais tous combattaient avec un courage indomptable, avec une admirable résignation, pour prouver ce que peuvent faire des gens de cœur qui se battent pour la France et qui veulent vaincre ou mourirpour leur pays....

Tous les points furent défendus avec une valeur sans égale; un seul, la brèche que protégeait la compagnie

1 Ch. Gomart, Siège de Saint-Qoentin, page 219.

du Dauphin, postée près du jardin de la Monnaie, fut attaquée en flanc par un corps de troupes espagnoles, qui, sans être vu, s'était glissé dans le fossés Cette compagnie, prise à Timproviste, abandonna son poste sans combattre. Dès lors, tout fut perdu, le désordre se mit partout, la ville, en un instant, fut inondée d'ennemis. Goligni fut pris au moment même où il essayait de rallier ses troupes.

Les bourgeois et les soldats qui défendaient les brèches de la porte d'Isle et de la Tour de Teau, tinrent les derniers; ils combattirenf et résistèrent longtemps encore après que l'ennemi fut parvenu au cœur de la ville; mais ils durent céder à la force et au nombre. Il fallut une armée entière pour consommer la magnifique résistance des héros de Saint-Quentin, et soixante mille hommes ne furent pas trop peur les vaincre.

Cette malheureuse ville paya chèrement sa glorieuse résistance, elle subit toutes les horreurs du sac et du pillage ; la plupart de ses habitants furent passés au fil derépée,ceux qui purent échapper à la première furie des vainqueurs, les femmes, les enfants, s'enfuirent à la faveur du désordre, et la nuit vint heureusement* couvrir de son voile les scènes les plus horribles de cette sanglante épopée

Que Ton juge de la dévastation de cette cité et de la désolation qui y régnait, par cette* tradition, unique dans rhistoire, qui rapporte qu'après le siège de Saint-

« SoÎYant Quentin de La Fans, page 80 de ses manuscrits, la ville de Saiot-QuentiQ fut prise sur les 5 à 6 heures du soir, le 27 auûl 1557.

Quentin, il ne resta de vivant dans la ville, outre les vainqueurs et les personnes de guerre, qu'un bourgeois Qt un prêtre ! !

Sans ajouter une foi entière à cette tradition, tous les historiens sont d'accord pour reconnaître qu'il n'y a pas d'exemples d'une dévastation semblable à celle qui fut infligée à la ville de Saint-Quentin, après son siège.

Les dépouillesque l'on y prit allèrent bientôt enrichir les palais et les églises des Pays-Bas, de l'Espagne et de l'Angleterre. — Les tapisseries qui décoraient le chœur de sa belle collégiale furent transportées à Madrid, où Philippe II, en l'honneur de la bataille de Saint-Laurent et de la prise de Saint-Quentin, fit bâtir le palais de l'Escurial.

Cette cité, par son héroïque dévouement, avait atteint le résultat que désiraient ses courageux défenseurs. Les dix-sept jours écoulés depuis la bataille avaient suCB pour ranimer Tesprit public. Saint-Quentin venait de sauverla Franceiiont sa perte devait entraîner la ruine. Henri II avait eu le temps de réparer un grand désastre, de multiplier ses moyens de défense et de refortifier ses places de guerre. Il avait pu rappeler d'Italie le duc de Guise, dont le retour en France changea heureusement, quelque temps après, la situation du royaume.

Le siège de cette ville et l'héroïque défense de ses habitants resteront comme la page la plus glorieuse de son histoire. La France et Tantiquité n'ont pas dans leurs annales de hauts faits qui puissent surpasser en éclat et en vertu civique le courage, l'abné-

galion et le dévouement de ces bourgeois de Saint- Quentin, qui surent résister, pendant 27 jours, aux efforts d'une armée de 60,000 hommes

La postérité gardera religieusement le souvenir de ces héros, qui, au milieu de la mitraille, couraient se mettreà la place de leurs murailles qui croulaient, et qui abandonnaient leurs femmes et leurs enfants, pour aller froidement se faire tuer sous les ruines de la ville qu'ils avaient juré de défendre.

Le souvenir de ce siège mémorable sera éternel, car il n'est pas seulement cité dans les annales de la France, il est encore écrit avec le sang des vieilles légions de Charles-Quint, dans les fastes militaires de l'Europe

Le sublime dévouement des habitants de Saint- Quentin a été célébré par le poète Santeuil. Le corps municipal a fait graver en lettres d'or, sur une plaque de marbre noir, incrustée dans la façade de son hôtelde-ville, ces vers latins:

Beilatrix, i, Roma ! tuos nunc objice muros : Plus defensa manu, plus nostro hsc tincla cruore Mœnia taudis habent. Furit hostis et imminet urbi ; Civis murus erat ; satis est sibi civica virlus. (Jrbs, memor audacis facti, dat marraore in isto Pro palriâ caesos aeternùm vivere cives. *

Mais cette inscription incrustée dans la façade de l'hôtel-de-ville, ces vers latins sufBsent-ils pûour

1 Vpii aux pièces justificatives les difiëreotAS (i^ductioDS en français des vers de Santeuil.

honorer dignement la mémoire de ceux qui , en défendant leur cité, ont sauvé la France?

Est-ce assez ?

Quand toutes les villes élèvent chaque jour des monuments ou des statues à ceux de leurs enfants qui se sont le plus distingués , à la guerre , dans les travaux de la paix, dans les arts, dans les sciences ou dans les lettres , celle de Saint-Quentin ne pense-t-elle pas qu'il serait temps, après plus de trois siècles d'attente, de payer une noble dette à ses aïeux, et de s'occuper d'une grande pensée de réparation nationale, en élevant un monument, non à un guerrier célèbre ou à un grand ministre, mais en l'honneur de ces nombreux ^ et courageux habitants , de ces modestes et illustres héros qui, esclaves de leur devoir et de leurs serments, sont tous morts, tous pour sauver le drapeau de la France et défendre la ville qui les avait vus naître !

* 1 On tient pour chose certaine, qu*aa sac de la Yille , plus de 1,500 habitants ont été tués» sans compter ceux qui ont perdu la m durant le siège. {QuerUinde La Fons, ManuscriU, tome II. Secon<(e partie, page 81.

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