‹ Saint Raymond de Pennafort et son époqueChapitre 117 sur 203 · Schmidt, t. 11, p · texte numérisé non relu

Schmidt, t. 11, p

LA MORALE CATHARE. 371

Généralement, les erreurs des cathares en matière de morale découlent de leurs erreurs en matière dogmatique.

Rien que par leur point de départ, le dualisme, ils avaient, autant qu'il était en eux, donné le coup de mort au dogme chrétien, et voilà que, en même temps et en yertu des mêmes prémisses, ils ont brouillé toutes les notions du bien et du mal. Le mal à leurs yeux est une entité, une créature, mais issue d'un autre créateur que le bien. Entre le mal physique etle mal moral, ils ne reconnaissent aucune différence de nature. Avec cela, Tordre moral n'est pas seulement altéré, il est supprimé.

Montrons les conséquences de cetteaberration. Choisissons un exemple : il s'agira de l'homicide. Les hérétiques, vous venez de l'entendre, n'admettent aucune différence entre la matérialité de l'acte et sa portée morale. Par suite, l'homme qui, en situation de légitime défense, enlève la vie d'un agresseur , le juge qui envoie au supplice un criminel , sont à leurs yeux, coupables meurtre non moins que l'âssasin, 1 acte physique étant toujours le même des deux côtés1. Pareillement, et pour la même raison , la guerre , fût-ce la plus légitime , se confond avec le brigandage à main armée2.

Mais surtout, le bien étant l'œuvre nécessaire du Dieu bon , et le mal l'œuvre nécessaire du dieu mauvais , le libre arbitre de la créature n'a plus rien à y voir. En conséquence , les cathares , comme nous l'avions déjà marqué, répudient , avec le libre arbitre , la responsabilité morale : la porte reste ouverte k tous les excès.

1. Omnes cathari non creJunt licitum esse occidere in aliquo casu. Monet. p. 5.

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