‹ Saint Raymond de Pennafort et son époqueChapitre 120 sur 203 · Ibid. fol · texte numérisé non relu

Ibid. fol

* 3. Ibid. fol. 22. Dans ces cérémonies, le baiser de paix

échangé sur la bouche entre personnes du même sexe était donné sur l'épaule entre personnes de sexe différent.

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Bernarde tient à passer pour catholique. Elle veut jouer son rôle jusqu'au bout et recevoir les sacrements. Mais le prêtre , qui lui avait apporté le saint viatique , est à peine sorti par une porte , que les ministres du Consolamentum entrent par l'autre

Rien de plus fréquent que le pêle-mêle de ces femmes en situation irrégulière avec ceux qui se prétendent honorables dans la secte. Elles ouvrent leurs maisons à des conventicules ; là s'accomplissent les rites cathares, l'adoration, la fraction du pain, le Consolamentum. Leur hospitalité est recherchée. Elles abritent sous leur toit de nobles dames hérétiques , des chels , des seigneurs parmi les croyants , des évêques cathares. Ainsi en vat-il de Na Baron , concubine du chevalier Bertrand de Quiders. Sa maison est une de celles que fréquente l'évêque hérétique, Bertrand Martin2.

Tel est, sans parler encore de plaies plus profondes, l'aspect superficiel du monde cathare. Les femmes hérétiques, quelles qu'elles soient, grandes dames ou filles débauchées, diaconesses ou épouses séparées, se mettent à la suite des prédicants, des diacres, des évêques, dans leurs voyages ou dans leurs missions, dans les gîtes où ils sont admis, dans les bois ou les solitudes où ils sont contraints de chercher un refuge. Ce bizarre mélange des deux sexes contraste singulièrement avec l'anathème jeté par les puristes sur l'union légitime des époux. Et après cela, vous voudriez nous faire accroire que de ces mœurs des Albigeois, croyants ou consolés, s'exhale un parfum d'innocence et de vertu ?

Ou bien, si vous passez condamnation sur les mœurs par trop libres des croyants, vous vous réservez d'admi-

t. Ms. de Toulouse. Enq. Bern. de Caux, fol. 78. z. Ibid.fol. 29.

rer les parfaits. Vous rappelez que les parfaits sont des hommes religieux, soumis àune règle austère ; vous ajoutez qu'ils l'observent dans toute sa rigueur. Préposés à la multitude des cathares, ils ne se confondent pas avec elle, et s'il est un reproche à leur faire, c'est plutôt celui de rigorisme, l'antipode du relâchement.

Vaine allégation et déjà contredite parles faits. Pour nous, tout bien pesé, nous reconnaissons une unique différence de moralité entre les croyants et les parfaits : c'est que ceux-ci, outre la responsabilité de leur infamie personnelle, portent celle de l'infamie d'autrui, c'est que ces purs, ces amis de Dieu, ces modèles et ces docteurs dans la secte, ont semé et ne cessent de semer l'épouvantable corruption qui atteint l'immense majorité des adhérents au catharisme. Les ruisseaux ne sont si infects que parce que la source est empestée.

Aux crovants onavait appris à mépriser lemariage ; bien plus, à le considérer comme une consécration du vice, et, néanmoins , tant qu'ils n'avaient pas reçu l'imposition des mains, ce qui n'arrivait pour la plupart qu'au terme de la vie, on les autorisait à mener une existence réputée criminelle, à se traîner, comme on parlait, dans la fange de l'adultère 1 .

On leur disait encore que tous les péchés étaient égaux et que le Consolamentum effaçait tout.

Que risquait-on dès lors r A tant faire que pécher, pourquoi se limiter et pourquoi se contraindre ? pourquoi, en matière de désordre, s'arrêter aux espèces, aux circonstances aggravantes? Puisque rompre la continence entre époux était un crime et que tous les crimes se

i. Illui turpe negotium quod facit homo cum muliere adulterium est. (Disput. inter cathol. et patarin. Martene. Thes. Nov. Anec. t. v, p. 17 1 Les cathares vont plus loin :« dicunt coitum bestiarum esse adulterium. » (Monet. p. 540.)

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valaient, pourquoi se faire faute del'adultère, de l'inceste, de l'inceste dans les conditions les plus révoltantes, et du péché contre nature ?

Et ces conséquences , croyez-le bien, on les tirait: la logique a toujours été plus facile dans le mal que dans le bien. Sansdoute, il y avâit des exceptions que, pour l'honneur de l'humanité, on voudrait plus nombreuses. Rainier Sacconi en prend acte ; mais les expressions de cet ancien sectaire, rendant sous l'habit de saint Dominique hommage à la vérité , ne font qu'imprimer au scandale un caractère d'authenticité plus évident. Rainier donc reconnaît que quelques-uns parmi les sectaires — aliqui — retenus pur un reste, de pudeur, reculent peut-être— fortasse — devant les derniers excès1. Quelques-uns, est-il dit, peut-être, est-il ajouté; il s'agit donc d'uneexception, et d'une exception douteuse : mieux qu'en tout autre cas , elle confirme la règle.

On pourrait rattacher à ces inductions des preuves plus directes. Si nous n'insistons pas, c'est pour cause : il faudrait le huis-clos. Un auteur du temps nous avertit que la vie intime de ces sectaires « offre des choses si dégoûtantes et si horribles — fœtida et horribilia — qu'il n'est pas à propos de les produire au grand jour ». Nous sommes absolument de cet avis -'.

1. Tamen aliqui ex eishorribilitate ac humana verecundia fortasse ab hujusmodi retrahuntur. (Rainier, Ms. fol. 5.)

2. Quœ ipsi faciunt in abscondito non est modonecesse in médium proferre, quia suntfœtidaet horribilia. (Alberic Trium Font. Bouq. t. xxi, p. 524.) Un certain nombre de textes va nous fournir une idée de l'accord des historiens relativement à l'immoralité cathare. Multi credentes, tant viri quant mulieres, non timent magis accedere ad sororem et fratrem, filiam sive filium, nepotem, consanguineam velcognatam, quant ad uxorem velvirumproprium. (Rainier, Ms. fol. 5 ) Schmidt passe sous silence ce texte accablant. C'est oublier que lui-même a placé Rainier au nombre des «écrivains qui ont mieux connu la secte ». C'est encore Schmidt qui nous dit que les témoignages sont appelés à se corroborer les uns les autres , et qu'une

Tout au plus, arguerons-nous d'un fait qui, partant de très haut , se rattache à l'histoire générale et peut être considéré comme un signe. Il s'agit d'un homme sur lequel tous les regards sont attachés ; il est lié avec les cathares et singulièrement honoré dans la secte ; l'honorant à son tour, il est considéré comme son principal soutien. Aujourd'hui encore, il demeure un objet de sympathie

allégation fréquemment répétée par des auteurs, qui ne se sont ni entendus ni copiés, doit être tenue pour vraie.

Or ce concert , nous l'avons, et c'est celui d'auteurs non méprisables: ils s'expriment comme Rainier sur la moralité des cathares.

C'est d'abord un témoignage de la fin du xne siècle, celui d'un homme que sa qualité de légat a mis aux prises avec les hérétiques: c'est Henri, précédemment abbé de Clairvaux et maintenant cardinal. « In carnali consuetudinc maris et feminœ ,sive parentes , sive fratres , sive communes maires aut cujuslibet consanguinitatis vel affinitatis mulieres existant , par dicunt esse delictum. » (Gaufredi Chron. ad an. 1181. — Bouq. t. xn, p. 448.)

Prenons maintenant des témoignages plus rapprochés : celui d'abord de Pierre de Vaux-Cernay. « Item dicebant quod non peccabat qitis gr avilis dormiendo cum matre vel sorore quam cum qualibet alia ». (Bouq t. xix, p. 6.)

Luc de Tuy est assurément un écrivain grave et sachant ce qu'il dit. Voici son témoignage : « Efferuntur effrénés per varia desideria carnis et nulla est nociva delectatio quam non pertranseat eorum luxuria. Abutuntur filius matrem , f rater fratrem, et pater in filia turpitudinemoperatur.» Et plus loin : « Sunt blasphemi et sine misericordia senes ad omne nefas promptissimi, juvenes luxuriosi et protervi adolescentes , impuri pueri sine certo pâtre, etc.. Hœc ab illis accepimus qui fuerunt quondam cœno fœcis hœreticœ obvoluti.. .. » (Liv. m, ch. 5.)

Une des accusations portées par Luc de Tuy est confirmée en ces termes par l'auteur de la Dispute entre un catholique etun patarin: Sodomiticum vitium prius elegistis vel masculorum concubitus (p. 17 14). Cette flétrissure, nous l'avons marqué , s'est attachée pendantplusieurs siècles à la mémoiredescathares. Encore en 1409, un hérétique est condamné à Di)onsur ce grief infamant. ( Archiv. de la Côte-d'Or.)

Citons aussi Etienne de Bourbon imputant aux cathares une autre espèce d'infamie, trop en honneur de nos jours: « Uxores electis eorum prohibentnr, auditoribus conceduntur , monentes eos ut qua arte possunt generationem impediant)> (p. 3o2). Cette allégation est complétée par le cardinal Henri, cité plus haut. « Mulieres quœ inter ipsos concipiunt, fœtus interimunt .... cum manifeste inter illas multœ conceperint, proies non comparet. »

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pour les historiens qui sesontfaitslesapologistesdesAlbigeois. Raymond VI, comte de Toulouse, tout endissimulantsesopinions sousdes dehors catholiques, appartenait auxcathares à titrede croyant, à tel point qu'il adorait les parfaits, qu'il les faisait prêcher dans ses châteaux, qu'il se faisait toujours accompagner par l'un d'entre eux, afin de ne pas être privé du Consolamentum en cas de mort. Son oubli, poussé jusqu'à l'impudence, des lois saintes du mariage suffit à le classer parmi ces mauvais catholiques que l'Evangile et l'Eglise réprouvent également. Mais peut-on s'empêcher dereconnaître le vrai produit du catharisme, l'homme stylé selon la formule \ dans cet incestueux qui, « en signe de son mépris pour la foi chrétienne », entretenait avec sa sœur un commerce criminel etqui, pour satisfaire sa luxure, recherchait de préférence les concubines de son père 2 ?

Laissons ce sordide sujet, et passons à un autre chef d'accusation.

Le catharisme qui, en exagérant les droits de la chasteté, lui portait de mortellesatteintes, n'en usait pas différemment à l'égard de la vérité. D'après la doctrine de la secte, tout mensonge était un péché mortel ; il en allait ainsi du serment, fût-il prêté dans les conditions les plus légitimesde justice et de sincérité. Souvenons-nous, toutefois, de la distinction entre croyants et parfaits. Simple croyant, vous pouviez à votre aise mentir, jurer, fausser

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