‹ Saint Raymond de Pennafort et son époqueChapitre 128 sur 203 · Shmidt, t. 11, p · texte numérisé non relu

Shmidt, t. 11, p

LA MORALE CATHARE. 4o5

tour, mais une autre portée ! Il vient de flétrir et il glorifie; il rend à la vertu des cathares un hommage d'autant moins suspect, qu'il sort de la bouche d'un adversaire! «Pour ce qui touche, poursuit-il, à la conduite et aux mœurs, cet homme ne trompe personne, il ne circonvient personne, il ne frappe personne. La pâleur de son visage est un indice de ses jeûnes ; il ne mange pas un pain qu'il n'aurait pas laborieusement gagné, il travaille de ses mains pour sustenter sa vie. »

Evidemment, et sous une forme ironique qui n'a pas été comprise, faute de le vouloir, l'écrivain impute à l'hérétique de se couvrir d'un double travestissement: l'hérétique prend le masque de la religion et se déguise en honnête homme.

Et c'est avec un lambeau de phrase, directement accusateur dans sa première partie, cruellement ironique dans la seconde, que l'on voudrait élever un piédestal à des gens dont la place ne peut être qu'au pilori de l'histoire ! On s'était trop hâté. Au lieu de découper du contexte, des mots qui perdaient leur vrai sens, que n'avait-on mieux lu ? Un peu plus loin, et dans le même discours, le piédestal est mis en pièces. Saint Bernard, en effet, continuant à arracher les masques, dit de ces mêmes sectaires : « Oves habitu — brebis par l'extérieur ». Voilà la part de l'éloge ; elle est mince assurément. « Astu vulpes et crudelitate lupi — renards par l'astuce et loups par la cruauté. » Voilà pour le fond.

Après tout, les apologistes des hérétiques ne laissent pas d'être embarrassés des trouvailles qu'ils ont faites dans saint Bernard. En vain se font-ils un trophée d'un texte dénaturé. Ces hommes pâleset macérés qu'on veut représenter, non seulement comme austères, honnêtes, laborieux, pacifiques, mais surtout comme incapables de feinte, ne se font pas scrupule de tromper, dussent-ils

emprunter les dehors d'une religion qu'ils exècrent et qu'ils travaillent à démolir.

Pour se tirer d'affaire, les avocats des cathares feront la part du feu. Ils abandonneront les croyants. Oui , diront-ils, les croyants étaient capables de faiblesse ; ils pouvaient , quand la persécution sévissait , demander leur sécurité à de fausses apparences , et se donner pour catholiques ; les parfaits, jamais. Mieux valait, aux yeux de ces hommes héroïques , perdre la vie que de la devoir à une imposture — magis mori quàm foedari1. Nous allons voir combien ces amis officieux sont loin de la vérité. Les faits parleront à leur place.

On connaissait sur les versants pyrénéens une famille noble et puissante, longtemps suspecte dans sa foi et inquiétée comme telle : c'était celle des seigneurs de Niort 2. Le chef de cette maison avait pour mère — ici nous traduisons textuellement — « une hérétique parfaite et indue. Pour lui permettre d'échapperaux poursuites des inquisiteurs, on l'avaitautoriséeà manger de la chair, à mentir , à faire tout ce qu'elle voudrait — ut faciat quodcumque voluerit — mais à la condition d'avoir toujours auprès d'elle un hérétique pour la consoler en cas de besoin 3. »

Touchant accord entre désirs* / Tout y est contra-

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