Tim. iv
2. Multum se affligunt.... de quibus ipsi sœpe inaniter gloriantur, Rainier, fol. 7. — Propter hypocrisimvestram ut simplices vos laudent. (Disput. inter cathol. et patarinum.) — Illaexterior pœnitentia non est necessaria, ut dicunt, nisi ad homines attrahendum. (Etien.
de B. p. 3 1 1.)
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émules du vieux pharisaisme les flagellait de son ironie gauloise. A son avis, son roncin ou cheval de somme valait mieux qu'eux.
Eux, c'est vrai, ne mangeaient pas de chair, mais son roncin non plus. Cette bête, aussi bien qu'eux, ne buvait pas de vin ; l'usage même du pain lui était inconnu et, si leur couche à eux était dure, la sienne l'était bien davantage. Ces privations et bien d'autres encore devaient être plus profitables à son roncin qu'à ces contempteurs de la foi. N'est-il pas écrit que, sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu ? Cela étant, rien des œuvres de ces hérétiques n'était méritoire. Si quelqu'un devait plaire à Dieu, c'était plutôt son roncin, car, s'il n'avait pas la foi, du moins il ne péchait pas contre la foi. Des deux conditions, la sienne était encore la meilleure.
Il nous reste à déposer sur le front de l'hérétique parfait un diadème dernier, diadème brûlant, éclairé de feux infernaux, ouvré d'hypocrisie, et de sombres fureurs. Ce diadème, c'est le fanatisme. Vous croiriez qu'il ne peut y avoir de rapport entre le fanatisme et l'hypocrisie, celle-ci opérant par astuce et le fanatisme par emportement ? Détrompez-vous; les deux vices ont pour le moins ce point commun, c'est qu'ils empruntent l'un et l'autre leurs faux passeports* à la vertu. Nous allons constater d'autres affinités.
Il y a des actes qu'on appelle des excès parce qu'ils dépassent la mesure vulgaire. Les uns pourront être l'effet d'une héroïque charité : ce sont les excès des saints; les autres seront le produit, soit d'un esprit en délire, soit d'une volonté perverse, soit des deux causes réunies. De là, ces travers mêlés d'erreur qu'on appelle : illusion, illuminisme, pharisaisme, fanatisme.
1. Cum jactarent se de exteriori afflictione. 'Etien. de B. p. 148.)
Et ces deux sortes de produits, issus de sources si diverses, pourront se ressembler, être les mêmes quant à la surface, mais, au fond, ils sont aussi opposés les uns aux autres que le jour Test à la nuit.
Cela vous explique comment ces mêmes austérités, objet, dans les cathares, des épigrammes applaudies d'un jongleur, sont proposées à notre admiration dans les saints.
L'Ecriture et l'Eglise avec elle ont en quelque sorte canonisé les pratiques afflictives. Soutenus par une grâce d'en haut, de grands serviteurs de Dieu ont satisfait à leur soif d'immolation, de manière à heurter notre sens délicat et à déconcerter notre faiblesse. Saint Paul marquait une des raisons de ces sacrifices héroïques, quand il disait : « Je complète dansma chaircequi manque à la passion du Christ pour son corps qui est l'Eglise » 1 .
Et ici, car on pourrait s'y méprendre, vous avez, pour guider vos appréciations, des indices certains. Au milieu des épines de tourments volontaires, fleurit le lis de 1 innocence ; l'humilité du cœur croit avec l'affliction du corps; la charité, le double amour de Dieu et du prochain, couvre de traits aimables d'effrayantes sévérités.
Mais, d'autre part, il y a des macérations qui procèdent d'un vice du cœur ou d'une aberration d'esprit, et parfois, répétons-le, des deux causes en même temps.
Le pharisien jeune à outrance, et l'Evangile le flétrit ; on connaît les tortures, aussi stériles qu'extravagantes, que s'infligent le derviche, le faquir. le jogui et autres égarés, formés à l'école des religions orientales ; ici, c'est le bon sens qui en fait justice.
Quant au manichéen du xme siècle, l'albigeois, le
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parfait, il unit aux pratiques minutieuses d'une vie tissue d'austérités, la perversion la plus complète du sens moral. Gomme le pharisien des anciens jours, il délaisse pour des points secondaires «la justice, la miséricorde, la bonne foi » : nous sommes en droit d'ajouter la chasteté 1 .
Saintes cruautés et excès héroïques! nous ne vous reconnaissons pas ici : ce qui se dégage de ces procédés afflictifs, c'est une odeur de charlatanisme, de superstition, d'exaltation malsaine, de fanatisme, sans aucun doute.
Etendons ce parallèle : nous n'en avons pas fini avec les vertus menteuses des cathares. Il y a d'autres oeuvres, ardues en elles-mêmes, où les grands héros du christianisme ont excellé et où il importe, comme pour les précédentes, de se défier des contrefaçons.
Il y a un prosélytisme de lumière et de sainteté ; on l'appelle l'apostolat : il a conquis le monde et peuplé le ciel ; on sait au prix de quels sacrifices et de quelles vertus : le martyre le couronnait d'ordinaire.
Mais, s'il y a une flamme du ciel, il y a une flamme de l'enfer. Irez-vous, s'il s'agit de nos temps, donner ce beau nom d'apôtres et celui de martyrs à ces auteurs d'une propagande antisociale autant qu'antichrétienne, les anarchistes, les nihilistes ? Et cependant, ces hommes qui ne reculent devant aucune des conséquences
1 . Les parfaits, qui savaient si bien s'exempter des lois de ia chasteté, étaient assurément capables de se procurer d'autres genres de compensations. Ce qu'on fait dire, dans IsDébat d'I^arn,^. l'évêque hérétique Sicard de Figueiras, n'offre rien d'invraisemblable, « Si je jeûne fréquemment, n'allez pas me plaindre, car souvent aussi je mange d'excellente cuisine, des sauces au girofle, de bons pâtés. Le poisson vaut bien autant que la mauvaise viande, et de bon vin à la girofle que du vin de barrique, le pain blutté que des miches de couvent.» (Le Débat d'I^arn, p. 281.)
de leurs forfaits, sont capables, pour amener le triomphe d'une idée, de tous les sacrifices : labeurs, dangers, perte de la vie. Et, quand ils auront versé leur sang, la provocation sur les lèvres et le défi dans le regard, leurs partisans les nommeront des martyrs. Pour vous, vous verrez en eux des égarés, sans doute, maisaussi des scélérats, et, en un mot, des fanatiques.
Et quel nom donner aux cathares ? Sont-ce des apôtres quand ils s'agitent ? sont-ce des martyrs quand ils périssent de malemort ?
Des apôtres ! ce n'est pas le zèle qui leur manque. Le lecteur, à cet égard, n'a plus rien à apprendre. Mais il y a zèle et zèle ; il y a un zèle amer ; il y a ce zèle qui, s'emparant de certains hommes, les pousse à « parcourir la mer et la terre pour découvrir un prosélyte et pour en faire, l'ayant trouvé, un fils de la géhenne deux fois plus qu'eux1 ». Il y a le zèle enfin qui poursuit par des moyens malhonnêtes, criminels, un but également malhonnête, également criminel. Ce zèle d'enragés, les hérétiques parfaits le possédaient et en étaient possédés. Mais, encore une fois, méritaient-ilsle nom d'apôtres ? Saint Bernard ne souffrait pas qu'on le leur décernât. « Les apôtres , disait-il , parlaient haut ; vous vous faites entendre dans le creux de l'oreille : ils se produisaient publiquement ; vous vous dissimulez dans des recoins : ils planaient comme des nuées ; vous vous glissez dans les ténèbres et vous vous cachez dans des antres. » Malgré les formes sournoises de ces agissements, rendons justice au courage des nectaires. Leur propagande avait ses fatigues , ses déboires , ses dangers , et , plus d'une fois, une existence proscrite et traquée se terminait par une fin tragique. A ce moment, où les ressources de la ruse
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devenaient irrémédiablement impuissantes, l'attitude des parfaits n'était pas toujours sans audace. Etienne de Bourbon signale, il est vrai, leur contenance abattue et l'oppose à cette allégresse qui faisait de la mort des martyrs un triomphe. Maiscette remarque ne peuts'étendre à tous les cas. Il conste que, dès le début du manichéisme en Occident, à Orléans en 1022, à Milan en io35,des sectaires, condamnés au derniersupplice, donnaientdes preuves d'une intrépidité égale à leur obstination. «C'est un fait acquis, disait encore saint Bernard, qu'ils aiment mieux mourir que se convertir. Vous seriez étonné, non pas de la résignation seulement, mais de la joie avec laquelle ils marchent à la mort. » Encore en 12 10, après la prise de Minerve par Simon de Montfort, vous les voyez se précipiter en troupe dans le bûcher qui les attend. On tire un argument de cette constance. « Des hommes, a-t-on écrit, qui se jettent avec joie dans les flammes des bûchers, peuvent être des enthousiastes, mais jamais des imposteurs ou des hypocrites1. » S'exprimer de la sorte , c'est bien s'aventurer. Otez d'abord le mot jamais, l'histoire vous dit qu'il est de trop. Effacez du même coup le qualificatif d'enthousiaste, mis là comme une atténuation complaisante. Ayez le courage du mot propre. Vous qui savez si bien l'infliger à l'héroïsme du chrétien, pourquoi vous gêneriez-vous de l'employer ici ? Avec le terme de fanatisme tout s'explique, et l'intrépidité qu'il vous plaît de glorifier dans de malheureux égarés et la réprobation qui pèse sur eux. Ne saiton pas que le genre d'exaltation qu'il exprime est compatible avec l'hypocrisie, l'imposture et toute sorte de scélératesses ? Si, en face de la mort, le devoir a ses héros et la religion ses martyrs, l'hérésie a ses forcenés.