‹ Saint Raymond de Pennafort et son époqueChapitre 132 sur 203 · Schmidt, t. 11, p · texte numérisé non relu

Schmidt, t. 11, p

Veut-on du même délire un autre exemple? Il a trait également à la mort violente, non plus à la mort infligée et subie, mais à la mort voulue, au suicide, et au suicide procuré, facilité par des coopérateurs officieux, recommandé, ordonné même, en certaincas, par les maîtres de la secte.

Nous avions signalé la doctrine singulière des hérétiques par rapport à l'homicide, ou plutôt par rapport au précepte: non occides — tu ne tueras point. Ce précepte négatif s'étendait à tout être ayant vie : il était interdit de luer un insecte ; mais on pouvait s'ôter la vie à soimême, aider les autres à se l'enlever. Le suicide constituait une des fausses vertus des cathares, ou du moins un acte de venu que la religion consacrait.

Diverses circonstances pourront le motiver. Parfois l'hérétique n'aura d'autre but, en attentant à ses jours, que de hâter son affranchissement des liens d'une chair maudite. D'autres fois, il s'agit pour lui de mettre fin aux souffrances d'une maladie prolongée, ou d'éviter les poursuites, peut-êire le supplice. Ou encore, consolé de fraîche date, il entend assurer sa persévérance et son salut. Les moyens de suicide varient. D'ordinaire c'est la mort par la faim : elle a un nom particulier, celui à"1 endura Lecrime, cependant, ne se perpétrera que sur l'avis des casuistes de la secte. Ainsi, il est décidé par un parfait des plus accrédités, Pierre Autier, que Baranhona, une femme malade et récemment hérétiquée, doit se laisser mourir de faim pour ne pas exposer la grâce reçue — ne perderet bonum quod receperat — et c'est sa propre fille qui est chargée de veiller à l'exécution de la sentence. Mais, au bout de trois jours, l'infirme se ravise et rompt elle-même la consigne1.

i. Lib. sent, apud Limborch, p. 143.

LA MORALE CATHARE. 41g

Une auire hérétique, du nom de Guillemette, redoute d'être prise par les inquisiteurs et se met en endura. Le parfait qui l'a conseillée commande à Esclarmonde, la servante de cette femme, de veiller à l'exécution de ce supplice volontaire. Pour hâter le résultat, la patiente, plongée dans un bain chaud, se fait couper les veines. Mais ce moyen de destruction trompant encore son impatience, elle se fait acheter une alêne de cordonnier pour se percer le cœur. Alors un colloque s'établit entre Guillemette et sa camériste, pour savoir où est exactement la place du cœur et se frapper d'un coup assuré. En attendant, Esclarmonde tendait à sa maîtresse unecoupe contenant unliquide de couleur noire mêlé de verre pilé ( .

Jusqu'ici nous nous sommes rendu compte des destructions opérées par l'hérésie dans l'ordre individuel, erreur pour l'intelligence, perversion quant au sens moral. Assurément les blessures dont sont criblés les membres ont leur contre-coup dans l'économie générale. L'hérésie, toutefois, s'attaque au corps social d'une manière plus directe; elle tend à l'ébranler dans ses-deux bases, l'autorité et la propriété.

L'unité est le privilège de la vérité; l'erreur n'obtient qu'une union relative, artificielle, faite toute de négations. Le catharisme subit cette loi ; il se fractionne ; ses églises ne professent pas toutes la même doctrine : il en est qui s'anathématisent mutuellement a. A coté des cathares vous avez les Vaudois, Léonistes, Pauvres de Lyon, hérésie de date récente, mais qui, déjà puissante par le nombre, se partage en deux sectes, la secte ultra-

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