Avant cette époque et pendant la période tourmentée où la
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D'ailleurs, l'hérésie est prudente et sait attendre. Après avoir exercé sa propagande parmi les gens infimes, la secte s'adresse à la richesse, aux barons, aux opulents, aux bourgeois. Déclarer à la propriété une guerre trop ouverte, c'eût été se priver de leur puissant concours et les avoir pour adversaires.
D'autant que, si l'onveut absolument aborder la question du partage, il y a moyen de s'entendre. L'Eglise, qui l'ignore ? devra payer pour tous. Son patrimoine avait été formé, pour une grande part, des libéralités de la classe féodale. Celle-ci, à l'heure présente, jalouse une prospérité territoriale qu'elle-même avait créée. Bientôt , mais à un moment plus avancé du xme siècle, la France du nord verra se former contre la juridiction ecclésiastique des ligues ou conjurations de barons, antagonismeimpolitique qui, brisant le faisceau, un jusqu'alors et résistant, du clergé, de l'aristocratie et du peuple, fraiera les voies à l'absolutisme et aux empiétements de l'Etat Dans le midi, les appétits plus hâtifs
société féodale cherche encore son assiette, il y a des soulèvements. Les paysans se révoltent : en gg7 et ggg, ce sont ceux de la Normandie; en 1024, ceux delà Bretagne. Ils abandonnent la culture, fuient dans les bois, attaquent leurs seigneurs. Plus tard, en i358, la Jacquerie fut, non pas une guerre sociale, mais le soulèvement soudain et désespéré de gens heureux la veille, aujourd'hui exaspérés par les misères de la guerre de Cent Ans. (P. Allard, Esclaves, serfs et mainmortables, p. 3o5.) L'insurrection des paysans au xvie siècle en Allemagne a pour cause, au contraire, un malaise social, résultant de l'application à rebours du droit romain. (Le docteur Jarke, Etudes sur la réforme. — Guerre des paysans, c. 1.)
1. « Quelque puissants qu'aient été les nobles, écrit sir Franc. Palgrave, à propos de l'Angleterre (Hist. of Englend, p. 70), il est fort douteux qu'ils eussent pu se maintenir contre la royauté, s'ils avaient été privés de l'appui des évêques et des abbés, placés au premier rang des pairs de la monarchie. La mitre a résisté à bien des coups qui eussent brisé le haume, et la crosse a tenu en respect plus d'ennemis que la lance. C'est donc à ces prélats que nous devons principalement le maintien des formes et de l'esprit d'un gouvernement libre. »
sont marqués au coin de la cupidité plus encore que des compétitions ambitieuses. De là, ce nombre si considérable de partisans et de fauteurs, secrets ou avoués, que s'agrège l'hérésie. Les seigneurs prêtent l'oreille volontiers quand on leur dit que l'Eglise, en acceptant des possessions, s'est dépouillée de tous ses droits à gouverner lésâmes, qu'il importe de lui reprendre des richesses usurpées, qu'il faut — ainsi parlent les sectaires — réduire clercs et moines à prendre le hoyau comme des terrassiers
Tandis que l'hérésie était encore hésitante dans l'application de son programme, les Ordres mendiants avaient résolument agi. Lescathares et autres sectaires érigeaient en obligation un dépouillement de toutes choses qui, pour rester conformeà l'Evangile, devait être spontané; ils faisaient de l'exceptionla règle et de l'idéal la loi stricte L'église veut l'idéal ; elle est prête à le favoriser, mais elle ne connaît pas d'idéal sans justice. Ce qu'elle condamne dans les pauvres de Lyon, ce n'est pas tant la pauvreté, vertu évangélique, qu'un dogmatisme intolérant et faux. Son idéal à elle, elle le rencontre dans les Frères-Prêcheurs et Mineurs ; en eux, elle ne trouve qu'à bénir. Ceux-ci, accomplissant ce que les hérétiques n'osent faire, ce qui n'a jamais été tenté, même sous le régime de la pauvreté monastique, ont poussé l'oubli d'eux-mêmes et le mépris des bienscréés jusqu'à l'abandon de toute propriété collective. Mais en usant du droit d'être pauvres, ils ne méconnaissent pas en autrui le droit de ne l'être point. Par le seul fait de leur exemple, ils remettent chaque chose en sa place: la pauvreté évangélique est honorée et la propriété défendue. Qu'ils prennent après cela la parole pour affirmer sur les toits le septième précepte du
[. Fossatores. Interpolation au Ms. de Rainier.
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Décalogue et la vérité sociale qu'il contient, on en croira les apologistes désintéressés qui plaident pour une cause dont ils n'ont personnellement rien à attendre.
Si les doctrines d'erreur ne menacent pas l'état social d'une perturbation immédiate, en revanche, s'attaquant aux individus, elles ont pour effet d'oblitérer dans les consciences les notions les plus vulgaires du tien et du mien. Les mots ont changé d'acception : le légitime possesseur devient un détenteur injuste. Le précepte : « tu ne voleras point », ne s'entend plus comme autrefois : il neconcerne que les choses spirituelles ; le vol matériel est permis4. C'est faire la partie belle aux routiers, ces bandes pillardes et excommuniées, marchant à la solde des amis et fauteurs de l'hérésie. Chose plus curieuse encore que ces aberrations, c'est l'apparenceraisonnée qu'ellesprétendent revêtir. « Tous les biens visibles, assurent leshérétiques, ayant été créés par le diable, peu importe la manière de les acquérir ; le salut ou la damnation n'ont rien à y voir 2. » Aussi l'usure, les trafics véreux , la non-restitution du bien mal acquis sont autant de choses légitimes3. Etonnez-vous si cette morale commode attire de nombreux prosélytes, et si les rangs des croyants se grossissent d'une foule de cupides trafiquants, de bourgeois à l'âme mercantile, lesquels n'attendent pas qu'ils soient au nombre des parfaits pour commettre une quantité de petites ou de grandes infamies. Le droit à l'usure est particulièrement cher à la secte. Quand, un certain jour, les catholiques du midi essaieront de se débarrasser par eux-
t. Monet. 546.