Ibid. fol
LA MORALE CATHARE. 43 I
leur argent '. » Scène de loups flairant le carnage et se précipitant à la curée.
Mettons tin, avec un soulagement qui sera partagé, à cette esquisse des mœurs cathares. Nous n'avons pas tout dit ; nous ne le pouvions pas. « Ne rien omettre, remarque à ce sujet saint Bernard, serait d'un travail inrini. » Mais il ajoute, et cela nous rassure: « le luxe des détails n'est nullement nécessaire». Le lecteur, en effet, en sait assez ; il comprend ce que nous avions l'intention d'établir ; c'est que, devant des doctrines monstrueuses et devantl'œuvrededémoralisation quis'en suivait, l'Eglise, en proie à des alarmes mortelles, était mise en demeure d'aviser. La démonstration sera complète, quand nous aurons mesuré les forces respectives de l'hérésie et du camp catholique, dans le grand duel qui va les mettre aux prises.
Mais, avant, qu'on nous permette, à titre d'intermède, d'éclaircir une difficulté qui nous poursuit.
Les gens au courant n'auront pas été sans s'apercevoir que nousallions quérir nos preuves à peu près auxmêmes endroits que l'auteur protestant de Y Histoire des Cathares et Albigois, livre très savant, très consulté, et qui doit à ses allures modérées un surcroîtdecrédit. D'où vient que, triturant l'un et l'autre un même grain, nous ayons obtenu des moutures si dissemblables? Bossuet flétrit les Albigeois d'un seul mot: ces scélérats, dit-il. Après une enquête qui nous a beaucoup appris, nous ne pouvons qu'adhérer à cette épithète vengeresse, et nous disons, nous aussi : ces scélérats !
Tout autre, on vient de le dire, est le sentiment de l'auteur précité. Pour être contenues, ses sympathies ne
i. Bouq. t. xix, p. 2o3. Le chroniqueur ajoute : « Sicut ego ab aliquo audiviqui erat rei hujus non ignarus.
sont pas moins visibles, etces mêmessympathies, sousleur tour mesuré, autorisent la passion d'un fort grand nombre d'écrivains, plus brillants peut-être, mais moins sérieux. Pour lui, il se plaît à reconnaître dans les parfaits des modèles « d'une vie austère et pieuse1 ». Il y revient : « Cette vie simple et austère, ces vertus » dont les chefs de la secte donnent l'exemple, ont plus fait pour impressionner les peuples que tous les autres moyens de propagande 2. Des hommes « qui mouraient plutôt que de mentir 3 peuvent être des enthousiastes, mais jamais des imposteurs et des hvpocrites* ». — t Leur force d'âme eût été digne d'unecroyance plus vraie 5. » Un peu plus, ceseront des héros, des martyrs; cette dernière expression brûle de se produire ; elle échappe finalement à la plume de l'écrivain6. En tout cas, il faut que ces hérétiques aient bien mérité du genre humain, puisqu'on ajoute: « Tout en se prononçant contre leurs erreurs théoriques, on ne peut s empêcher de respecter leurs mœurs, et de leur accorder par conséquent, dans l'histoire de la civilisation, une place qu'une partialité intolérante pourrait seule leur refuser 7 » .
Etranges appréciations 8, que nous ne nous attarderons pas à combattre. Si nous en cherchons l'explication, nous n'aurons qu'une réponse. Le docte auteur s'est dé-