Ibid. p
S. Plus étrange est leur justification. En effet, le docteur Schmidt ajoute : <r Les adversaires les plus véhéments des cathares ne se taisent pas seulement sur les énormités dont on les accuse, mais ils rendent hommage (!) à Taustérité des mœurs de ceux que, malgré cela, ils n'hésitaient pas à envoyer au bûcher » (t. n, p. 1 53).
Qu'en pense le lecteur.-
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doublé : dans les phrases citéeset dans beaucoup d'autres encore, ce n'est plus l'historien qui tient la plume; le professeur de théologie protestante l'a remplacé.
§ III
PUISSANCE DE l'hÉRÉSIE.
Une secte peut professer des doctrines impies, subversives en elles-mêmes, abominables, sans faire courir à la société, Eglise et Etat, un péril imminent, sans appeler d'urgence un effort surhumain de répression. Il n'en allait pas ainsi de la secte albigeoise.
Saint Bernard, à une époque où l'hérésie n'avait pas encore acquis toute sa croissance et toute sa force, se déclarait effrayé par trois choses : par la multitude des assaillants, par le petit nombre des défenseurs, par la difficulté de la résistance.
Et, traitant du dernier point, il disait : « La difficulté résulte du caractère caché de l'hérétique — difficultatem occultatio facit » .
Ce caractère caché, nous l'avons étudié dans les agissements des sectaires. Il ne se révèle pas moins dans l'organisation de la secte. Un mot encore sur ce sujet.
Le catharisme s'offrait avec sa hiérarchie d'initiés. D'un côté, vous aviez les auditeurs et les croyants, qui formaient les gros bataillons ; de l'autre , les parfaits , qui constituaient l'état-major. Les parfaits , comme nous l'avons marqué , menaient une vie à part , propre à entretenir leur prestige. Chargés d'austérités extérieures , soumis à certains engagements de pauvreté, de chasteté, d'obéissance, contrefaçon évidente
des trois vœux monastiques, ils représentaient dans la secte une sorte de peuple élu, de clergé régulier. On les vénérait comme saints, et cela sans courir aucun risque d'erreur, la s linteié étant chez les cathares une affaire rituelle. En les abordant . on n'omettait pas les cérémonies de l'adoration. « Bons chrétiens , leur disait-on , les genoux ployés et la tète découverte , bénissezmoi. «
Le grade de parfait n'était pas uniquement un litre à la vénération. Il donnait droit à l'assistance et part au gouvernement
L'assistance : elle s'exerçait de mille minières. Agent attitré de la secte , ayant pour mission d'en rallier les membres disséminés .catéchiste , missionnaire , colporteur surtout du Consolamentum, le parfait était entouré, hébergé, choyé , comblé de libéralités , aidé dans ses entreprises vagabondes , protégé quant à sa sécurité.
L'inHuence du parfait ne résultait pas exclusivement del'activité plus ou moins grande qu'il pouvait déployer. Par le seul fait de son initiation, il appartenait à une sorte d'oligarchie dirigeante et de gouvernement occulte. Le catharisme avec sa science théorique et pratique de la dissimulation, avec sa discipline du secret, constituait une conspiration permanente, dont les fils étaient aux mains des parfaits. Ces émissaires de la secte avaient une puissance de mal faire d'autant plus redoutable, qu'ils étaient plus habiles à la dissimuler : en licentius, dit saint Bernard, quo latentins.
Ce qui inquiète en second lieu le saint docteur, c'est la multitude des adversaires et le petit nombre des défenseurs.
Multitude ! il faut s'entendre. Nous n'étonnerons personne en affirmant que l'hérésie était en minorité, malgré toute sa puissance ; mais elle rachetait ce
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désavantage à force d'activité et d'audace. La majorité était aux catholiques; par contre, elle offrait un petit nombre d'hommes résolus, dévoués, prêts à la résistance. Le reste aurait bien voulu conserver sa foi, mais aussi son repos. Il y avait donc, si l'on considérait la portion militante de chaque parti, une disproportion de forces toute à l'avantage de l'hérésie. Celle-ci grandissait; la cause catholique déclinait.
Demandons-nous, tout de suite, si à la faiblesse de l'une et à la puissanse de l'autre il n'y aurait pas une cause commune.
Vous trouvez desgens pour prétendre que tous les peuples, que toutes les époques se valent. Autant vaudrait soutenir qu'il en va de même des individus. Nous n'avons pas à nous occuper d'un pareil paradoxe.
Mais il y a des paradoxes plus subtiles. On peut, en concédant que les Hottentots ne sont pas des Français et que l'état sauvage n'est pas la civilisation, soutenir que les peuples ne sont absolument pour rien dans ce qui les élève ou les abaisse. On supprime ainsi les causes morales et l'on élimine des choses de ce monde le fonctionnement du libre arbitre.
Nous prétendons, au contraire, que dans les alternatives de grandeur et d'abaissement, de prospérité ou d'adversité, que subit une nation ou une époque, il y a d'ordinaire une place à faire aux causes morales. Nous soutenons, surtout, qu'un peuple ne perd pas sa foi sans que sa responsabilité n'y soit engagée.
Pourquoi les populations des contrées romanes se sontelles trouvéescomme désarmées devant les assauts de l'hérésie? Serait-il téméraire d'en chercher la raison dans l'abaissement du niveau moral ? Les habitudes viriles, comme les vertus chrétiennes, manquent aux contrées du midi; les sources de l'honneur sont atteintes autant que
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le sentiment religieux. Ce peuple offre une proie facile à l'hérésie.
On a trop insisté sur un état de civilisation qui aurait rendu les Français du midi supérieurs à ceux du nord. Ceux-ci, n'ayantà leuractif quela force brutale, se seraient engagés dans la croisade contre les Albigeois, moins par zèle de la foi que par rivalité de race et amour du butin . Ce qu'il faut voir dans ces pèlerins armés de toutes pièces, c'est un dernierflot de la barbarie se précipitant sur une contrée riche et heureuse, en possession des derniers vestiges de la civilisation romaine
Purelégende, inventée par des adversaires et qu'il serait naïf d'adopter, légende de fabrique moderne, qui s'est attachée à l'histoire comme la plante parasite au tronc des chênes
Qu'un certain degré de culture ait été le partage des contrées méridionales, nous sommes loin d'y contredire. Nous disons toutefois que la France du nord n'a pas à jalouser celle du midi : c'est le contraire qui est vrai.
« La culture et les traditions littéraires, déclare un écrivain compétent et des moins suspects, paraissent avoir été fort rares dans le midi de la France.... On ne voit pas que les pays de langue d'oc aient participé d'une manière appréciable au mouvement littéraire et philosophique qui est si marqué dans la France du nord l. » N'ajoutons qu'un mot à cet aveu : Paris et non Toulouse, non plus qu'aucune autre ville du midi, est la métropole intellectuelle de l'Europe.
Et, si vous cherchez les indices d'une civilisation supérieure, ailleurs que dans les lettres, vous constatez, sans autre peine que celle d'ouvrir les yeux, que les arts et, en particulier, celui du bâtiment qui les réunit tous, l'art
i. P. Meyer. Introd. à la Chanson de la Croisade, p. 9.
PUISSANCE DE l'hÉrÊSIE,
religieux surtout, ce signe de la richesse, des nobles inspirations, des longs espoirsd'un peuple, n'offrentrien dans la France méridionale qui puisse entrer en lutte avec les œuvres de génie dont la France du nord est en train de se couvrir.
Le midi, il est vrai, pourra se prévaloir de son luxe, de ses fêtes, de ses cours brillantes. A côté d'un monde de plaisir et de prodigalité, et mêlée souvent avec lui, vous avez une bourgeoisie enrichie par le commerce, importante par ses prérogatives, capable de rivaliser avec la noblesse, ayant ses maisons de ville flanquées de tours et de donjons. De toutes ces choses réunies, concluronsnous que, au point de vue du bien-être général, le midi fût supérieur, égal même aux contrées du nord ? Supérieur, il ne pouvait l'être : de savantes recherches sur la situation de l'agriculture en France nous l'ont appris ; inférieur, peut-être. On dit que l'agriculture prospère, non pas tant en raison de la fertilité du sol que de la liberté des habitants. Or, la première condition de la liberté, c'estla sécurité. Celle-ci pourra-t-elle régner dans un pays livré depuis si longtemps par ses chefs aux déprédations des routiers, scandale contre lequel l'Eglise ne cesse de protester ?
Enfin le midi est intérieur au point de vue des vertus militaires. Pierre de Vaux-Cernay, l'historien de la croisade, l'affirme en plus d'un endroit. Si toutefois l'on ne veut pas se rapporter au témoignage rival des gens du nord, écoutons un conteur du midi : « Ces gens, dit Guillaume de Tudèle, ne sont pas si hardis, si osés que les croisés, ainsi que le rapporte l'histoire, et ils le font bien voir » Dans un tenson que nous citons plus loin, le poète Bertrand d'Avignon rappelle la belle peur de ses