Bouq. t. xix, p. g
gon se faisaientun jeu decontracter des alliances au degré défendu, pour ensuite se débarrasser, d'un cœur plus léger, de leurs épouses en disgrâce. La noblesse , petite ou moyenne, ne pouvait manquer de se former sur de pareils exemples. Rien n'égale — au dire d'un contemporain qui trouve le trait charmant — la honte du brocantage matrimonial, auquel se livre Raymond de Miraval , un des troubadours favoris du comte de Toulouse 1 .
Dans ce milieu de débauches d'esprit et de débauches de mœurs , quelle place faire au culte des sentiments élevés ? N'allez pas vous laisser tromper par un vernis brillant. Si le midi est chevaleresque, ce n'est guère qu'à la surface. Onpeut sedemander s'il est brave, s'ilest humain, s'il fait cas de l'honneur, ces trois attributs delà chevalerie. Brave, on en douterait; soyez assuréqu'il n'aime pas à se mesurer avec les croisés, dont le choc est trop rude. Le comte Raymond VI excelle en prudence, qualité dans un chef, mais jamais on ne le voit au péril. Ses chevaliers eux-mêmes, et les plus valeureux, le comte de Foix, par exemple, préfèrent l'embuscade et le guet-apens au combat à découvert et corps à corps. Humain et généreux ; mais cette race, on le suit, est molle et voluptueuse : donc elle sera cruelle ; nous la verrons déshonorer la guerre par de lâches excès ; elle fera de la trahison et du parjure les pourvoyeurs de ses atrocités.
Le mépris de la foi jurée; autre tendance peu chevaleresque. Elle appartient en propre à ce peuple qui semble avoir fait un pacte avec la félonie. Ni l'honneur, ni la religion du serment ne peuvent rien sur une incurable versatilité. Si nous avions à cet égard à entrer dans le détail des circonstances qui annoncent, qui accompagnent et qui suivent la guerre des Albigeois, longue se-
i. Hist. litt. delà France, t. xvn, p. 459.
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rait la série des actes de mauvaise foi à mettre au compte tantôt de l'un, tantôt de l'autre des personnages les plus en vue, de Raymond VI surtout, une rare figure de traître. Et l'on s'étonne que , instruits par des expériences répétées , les légats du Saint-Siège aient fini par refuser à ce prince de se justifier au moyen de la purgation canonique , alors de droit commun, c'est à-dire au moyen du serment prêté par lui et par un certain nombre de conjurateurs , disposés , comme lui , à tous les serments et à tous les parjures.
Nous l'avons dit , c'est celte sorte d'atrophie du sens moral qui prépare les voies à l'erreur et lui crée tant d'amis. Que de gens qui, sans avoir encore rompu ouvertement avec la foi catholique, viventen vrais Albigeois ! On comprend qu'un irrésistible attrait les fasse entrer , à un titre ou à un autre, comme recéleurs, comme fauteurs , comme croyants , sinon comme hérétiques proprement dits , dans l'orbite d'une secte qui permet à chacun de vivre à sa guise, sauf à se faire imposer les mains à l'article de la mort
Quelle était, au point de vue du nombre, la force comparative des deux partis ? Une évaluation de ce genre est toujours difficile : elle l'est davantage quand il s'agit d'une époque reculée et où la statistique n'était guère en honneur. Néanmoins, avec les moyens restreints d'information donton dispose, il est encore possible d'obtenir un certain résultat.
Un point esthors de doute : c'est que le nombre des parfaits n'avait jamais été considérable. Dure et rare vocation que la leur : souvent pourchassés, obligés, pour soutenir leur rôle de sainteté, à une vie de contrainte, sans autres satisfactions — sauf les compensations occul-
i. La remarque est de Schmidt, t. i, p. 68.
tes — que cellesque donne l'esprit de secte, ils avaient un sort peu enviable, en regard de la liberté de tout faire reconnue aux croyants. On comprend que ceux-ci tinssent à user le plus longtemps possible de leur immunité, et à ne se faire hérétiquer qu'à leur heure dernière. On ne tirait donc de la classe des gens valides que très peu de parfaits, juste ce qu'il fallait pour entretenir les cadres.
Les parfaits étaient ou disséminés ou groupés. Leur agglomération sur un même point pouvait être accidentelle, due à des causes transitoires ; elle pouvait être habituelle. Certaines villes, particulièrement infestées, servaient à l'hérésie de citadelle et de foyer. De ce nombre était Béziers.Ona, quant au chiffre des hérétiques qui l'habitaient, un recensement dressé quartier par quartier. II est de 1209, date solennelle et moment décisif. L'hérésie, arrivée à son plus haut degré d'audace et d'expansion, est sur le point de subir un premier et étourdissant échec, la prise même de Béziers et le massacre effroyable qui s'en suivit. A la veille de cette catastrophe, la malheureuse cité compte deux cent vingt-deux hérétiques ou parfaits. Ce total concorde assez bien avec le chiffre offert par d'autres localités. Minerve, par exemple, prise d'assaut en 1210, contient cent quarante hérétiques. En I2i 1, lesCassers, placemoinsconsidérable, enrenferment soixante, que la capitulation des défenseurs livre aux croisés. Encore en 1244, lorsque la citadelle de Montségur, dernier refuge d'une résistance aux abois, tombe aux mains des catholiques, on y trouve deux cents parfaits, hommes et femmes. Justifiant, ici comme ailleurs, cette parole de saint Bernard : « ils aiment mieux mourir que se convertir-- potius niori quam converti » — ils refusent le pardon qu'on leur propose au prix d'une abjuration.
Peu après les événements de Montségur, Rainier, qui
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connaissait si bien les affaires du catharisme, affirme que, dans le monde entier, les parfaits des deux sexes n'atteignent pas le nombre de quatre mille. Ce total, peu considérable en lui-même, montre bien que les parfaits ne constituaient qu'une minorité infime et comme un noyau dans la secte.
Ce n'est donc pas chez eux qu'il faut chercher la force du nombre. Cette force réside chez les croyants, ou mieux encore chez les croyants augmentés de la masse, plus importante encore, des fauteurs et protecteurs de l'hérésie. A cecompte, les Albigeois, malgré larudeguerre qu'on leur a faite, représentent, vers le milieu du xme siècle, un total qui paraît avoir oscillé entre le quart et le sixième de la population l. Effectif redoutable, quand on songe à la puissance d'intimidation des minorités armées d'audace. Aux plus mauvais jours de notre histoire, sous la terreur révolutionnaire elle-même, le parti qui déshonorait la France était loin d'atteindre cette proportion 2.
Donc, rien qu'au point de vue numérique, les Albigeois disposaient d'une force considérable, bien que encore ils fussent en minorité. Mais ils avaient, outre l'audace qui décuple le nombre, la passion qui l'exalte et le fait déborder, la sagesse satanique qui l'organise. C'est pendant la seconde moitié, et surtout pendant le dernier quart du xuie siècle, que l'hérésie, sentant sa force, prend une attitude menaçante. Inférieure au
[. « Bien que les catholiques soient cinq fois ou trois fois plus nombreux que les hérétiques », porte le Débat d'Isarn, production postérieure à l'année 1242. Elle mentionne, en effet, le massacre des inquisiteurs, qui eut lieu à Avignon en cette même année. Cf. Traduction de P. Meyer, p. 275.
2. D'après Taine, on ne comptait en France pas plus de 200,000 révolutionnaires à l'époque de la Terreur. Consultez, sur le petit nombre des forcenés, trois mille individus à peu près, qui, à la mêmeépoque, épouvantaient Paris, la Revue des questions hist., juillet i883. Les Emeutiers en 1789.
péril, la répression, quand elle a lieu, n'est plus qu'un signe d'impuissance, un encouragement aux novateurs.
Ainsi, en ii65, le concile de Lumbers instrumente contre les hérétiques de l'Albigeois. Ceux-ci sont convaincus, condamnés, frappés d'excommunication. Ils ne s'en portent pas plus mal. Loin de là, ils tiennent à prendre leur revanche, et ils ouvrent un anti-concile. Sous la présidence de l'évêque cathare de Constantinople, le pape Nicétas ou Ninquita, comme on l'appelle, ils s'assemblent en 1 167 à Saint-Félix de Caraman. Là, au milieu d'une foule considérable que personne ne songe à disperser, ils traitent des affaires de la secte, ils instituent des évêques, ils procèdent à la délimitation des diocèses. Après quoi, chacun s'en retourne à ses affaires et n'est point inquiété. L'hérésie, sans renoncer à ses pratiques souterraines, cesse de faire mystère de son organisation : payant d'audace, elle affronte le grand jour. Il ne lui restera bientôt plus, pour traiter d'égale à égale avec l'Eglise, qu'à devenir l'objet d'une reconnaissance officielle.
Il en ira autrement : des circonstances favorables à la cause catholique semblent surgir. Le plus puissant des seigneurs du midi, Raymond V de Saint-Gilles, comte de Toulouse, duc de Narbonne et marquis de Provence, se réveille du sommeil où dorment les détenteurs du pouvoir. Dans une lettre adressée en 1177 au Chapitre général de Cîteaux, il confesse que, dépositaire responsable de l'un des deux glaives, il est de son devoir de s'opposer au progrès de l'erreur l. C'est l'homme bardé de fer qui adresse à des moines
1. Ego quidemqui vno de duobus accingor gladiis... (Gervas. chron. Bouq. t. xiv, p. 140.) D. Vaissette, par une distraction que nous ne voulons pas attribuer à son gallicanisme, fait dire à Raymond V : « Pour moi qui suis armé des deux glaives, etc. »
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pacifiques un rapport sur la triste situation des choses religieuses dans ses Etats. Le tableau qu'il trace est des plus lamentables. Les églises abandonnées tom-' bent en ruine; les sacrements, le baptême même sont en abomination; Terreur manichéenne et, particulièrement, le dogme dualiste sont hautement enseignés ; le clergé se laisse gagner à ces nouveautés, les barons se mettent du côté des hérétiques. Désespérant d'avoir raison par la seule force de son bras d'un mal aussi invétéré, le comte recourt à de puissants intermédiaires . Où lestrouvera-t-il mieux que dans l'Ordre de Gîteaux, alors en si grand et si juste crédit? Raymond implore par son entremise l'appui du roi de France. Si le roi consent à lui prêter main-forte, il lui ouvrira les portes de toutes ses villes et de tous ses châteaux.
Cet appel trouve del'écho. Il n'est pas entendu du seul roi de France, il a traversé les mers; le roi d'Angleterre en a perçu le bruit; il parvient jusqu'aux oreilles du chef de la chrétienté. L'Eglise mère et maîtresse, cessant décompter sur les seuls évêques des pays infestés par l'erreur, interviendra directement en la personne du légat, Pierre de Saint-Chrysogone. Cette entreprise pacifique, mais remplie d'incidents, amène surlascènedespersonnagestrès divers, des prélats étrangers, tels que l'évêque de Bath et celui de Poitiers, l'abbé de Clairvaux, Henri, qui va remplir un des rôles principaux, le vicomte de Turenneet d'autres gens de guerre choisis par les rois d'Angleterre et de France, pour veiller à la sécurité du légat et de ses coopérateurs. Le comte Raymond les introduit dans sa capitale. A leur entrée dans Toulouse, ils sont l'objet de clameurs insultantes ; plus tard, le même peuple les acclame ; les catholiques ont repris le dessus. Cette mission a pour effet une intimidation momentanée; elle s'est à peine éloignée que l'hérésie regagne tout le terrain perdu.
448 CHAPITRE XI. — r/HÉRÉSIE.
Mais voici que, à son tour, le concile œcuménique de Latran, troisième du nom, mettant (in par son indiction à la mission de Pierre de Saint-Chrysogone, prend en main les intérêts spirituels de la terre albigeoise. Il consacre un canon à la condamnation des hérétiques de cette contrée; il décrètedes mesures de répression. Raymond V s'était ressouvenu de la doctrine des deux glaives : le concile la reprend. S'appuyant sur l'autorité de saint Léon, il rappelle que la puissance spirituelle a le droit de compter sur les lois des princes séculiers, •< car la crainte du châtiment corporel est cause que parfois on recourt au remède spirituel ». Le concile n'a garde d'omettre cette disposition du vieux droit des peuples chrétiens, lesquels, partisans décidés de la liberté de conscience bien entendue, ne pouvaient se faire à ridée que leursintérêts les plus élevés et les plus chers dépendissent d'un prince ou d'un seigneur tombédansl'hérésie. II y a plus: Raymond V s'étant senti trop faible pour entreprendre à lui seul l'extirpation des sectes, avait fait appel à la solidarité des forces chrétiennes. L'Eglise s'empare de sa pensée: pour la première fois, elle pose le principed'une ligue armée ou d'une croisade à l'intérieur, dans un but de défense des intérêts catholiques '. Elle accorde des indulgences aux guerriers qui se consacreront à cette tâche, et elle les prend sous sa protection au même titre que les croisés d'outre-mer.
Ces décisions, qui font honneur à la vigilance du pouvoir ecclésiastique, marquent aussi, par leurs conséquences négatives, que le temps d'une action efficace n'est pas encore venu. Alexandre III, au concile de Latran (i 179), Lucius III, à Milan (1 182), pourront publier
1. Ut... viriliter se opponant et contra eos (haereticos) armis populum christianum tueantur. Can. xxvn.
PUISSANCE DE l'hÉRESIE. 449
des décrets dignesde la sollicitude du pontificat suprême et de la sagesse de l'Eglise ; mais, bien que rappelées de temps à autre par les conciles provinciaux, ces mesures demeurent sans application ou sans résultat appréciable. La cause catholique continue à perdre du terrain.
Une seule fois vous assistez, dans les contrées albigeoises, à un coup de vigueur, oùl'emploi de la force est combiné avec les moyens persuasifs. Henri de Clairvaux, qui avait précédemment accompagné Pierre de Saint- Chrysogonc dans sa légation, est, à son tour, élevé à la dignité cardinalice et investi des pleins pouvoirs du Saint-Siège (i 181). Rassemblant des évêques et des chevaliers, il vient mettre le siège sous les murs de Lavaur, dont la défense esteonduite parla vicomtesse de Béziers. La place est réduite et les hérétiques se soumettent On a dans cette circonstance le spectacle tout à fait rare d'hérétiques parfaits abjurant leur croyance 2.
Succès d'un jour! Dans cette partie de l'Albigeois, les seigneurs et les peuples se reprennent tout aussitôt à sui-
1. Schmidt (t. 1, p. 84) tombe, à propos de ce coup de main du légat, dans une méprise étrange. Combinant deux textes d'Etienne de Tournay, il parle « de sa douleur (celle d'Etienne) à la vue des campagnes désertes, des villes détruites par la flamme, des ruines qui partout couvrent le sol » ; il aurait pu ajouter, toujours d'après le même témoignage, « les églises brûlées ». 11 voit dans ces ravages « les conséquences d'une guerre impie », et cette guerre impie est à ses yeux prévenus une croisade, conduite par un légat. Cette guerre est au contraire le fait des routiers, ces alliés des hérétiques, excommuniés comme eux et avec eux par le troisième concile de Latran, ramassis que le roi d'Aragon et le comtedeToulouse, alors en guerre, avaient pris à leur solde. La croisade n'est pour rien dans leurs excès. Cf. D. Vaissette, t. vi. Nouv. édit. p. 96-97.
2. Spectacle tout à fait rare, avons-nous dit, mais non pas sans exemples. A Milan, l'évêque cathare Bonacursi, s'étant converti vers la fin du xne siècle, devint un champion de la foi. Il faut en dire autant de deux autres personnages devenus plus tard Frères- Prêcheurs, Robert, surnommé le Bougre, à cause de sa profession d'hérésie, et Rainier Sacconi, si souvent cité dans ces pages. Parmi
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vre la bannière de l'hérésie. Lavaur restera longtemps une des citadelles du catharisme. Toulouse, de son côté, continuera, un demi-siècle durant, à mériter le nom de mère de l'hérésie que Henri de Clairvaux lui avait justement infligé.
A partirde cet incident, les contrées albigeoises sont livrées à elles-mêmes. Une puissance entre en ligne, dont l'Eglise romaine ne saurait parer les coups. La mort, par des assauts successifs, vient moissonner toute une série de pontifes. A peine intronisés et avant d'avoir pu prendre une résolution, à plus forte raison la mûrir, ils sont déjà trappes. D'ailleurs, le terrain se dérobe sous leurs pas. L'autorité du prêtre a besoin du concours du baron; où trouver ce concours? Ce n'est point parmi les seigneurs du midi : les velléités de Raymond V ont peu duré. Les villes, l'épiscopat même, en tant que force temporelle, n'offrent aucun appui sérieux. La cause catholique en terre toulousaine ne saurait compter davantage sur une assistance du dehors. En vain le principe d'un appel aux armes catholiques était posé naguère par le IIIe concile de Latran; à l'heure présente, la chrétienté tout entière est sous le coup des désastres subis en Palestine. La défaite de Tibériade et la prisede Jérusalem ont consterné les esprits, et ce n'est pas en cette occurrence, qu'on peut songer à disposer contre les hérétiques, ne fût-ce que partiellement, de ressources tenues pour nécessaires au maintien du royaume latin en Palestine.
Et, chaque jour, le flot montant Je l'hérésie emporte un
les parfaits qui abjurèrent leur erreur sous les murs de Lavaur, on compte deux évêques cathares, Bernard Raymond et Raymond de Bainiac. Celui-ci avait comparu à Toulouse devant le légat Pierre de Saint-Chrysogone, et s'en était revenu impénitent.
PUISSANCE DE l'HÉRESIE. 45 I
morceau des faibles digues qui lui sont opposées.
Autrefois, l'hérésie exerçait son prosélytisme à l'égard de la classe infime et par des émissaires illettrés. Maintenant, elle se recrute indifféremment dans la noblesse, dans la bourgeoisie, dans le peuple. L'ignorance n'est plus l'attribut nécessaire du prédicant. L'activité des hérétiques ne se renferme plus dans la propagande orale ; ils écrivent. Une sorte de Somme, intitulée Perpendiculum scientiarum, est fort en usage parmi eux. Vous voyez que, à la conférence de Montréal, les livres de ces sectaires sont apportés pour être soumis à l'épreuve du feu, concurremment avec un écrit de saint Dominique ; le bienheureux Frère Moneta déclare que les propositions ou arguments des hérétiques, insérés par lui dans sa Somme des Cathares, il les a ou entendus de leur bouche ou lus dans leurs livres 1 ; Frère Rainier avait eu entre les mains un gros volume de dix cahiers, où l'hérésiarque Jean de Lugio exposait son système; Robert, dauphin d'Auvergne, bon catholique, bien que troubadour, était un grand collectionneur des publications cathares, qu'il recherchait pour les combattre 'J.
Ainsi les hérétiques ne se bornent plus aux études bibliques. Traduire les Livres saints, en tirerdescopies, les faire apprendre par cœur à leurs catéchistes, gens souvent sans culture, c'est làleur premier soin. Mais, sitôt qu'ils le peuvent, ils ont une littérature à eux et des livres classiques, et, si vous rencontrez au nombre de leurs émissaires des bouviers 3, des tailleurs, des tisserands et autres gens de même espèce, ils ont aussi de-» dialecticiens, des hommes rompus aux subtilités scolas-