‹ Saint Raymond de Pennafort et son époqueChapitre 147 sur 203 · P. de Vaux-Cernay. Bouq. t. xix, p · texte numérisé non relu

P. de Vaux-Cernay. Bouq. t. xix, p

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barons, même quand ils s'attaquent aux biens ecclésiastiques, à la liberté et à la sécurité des clercs, se déclarent en rupture avec la foi catholique. Il leur surfit de se rattacher à la secte par le titre équivoque de croyant, de fauteur, de patron , attitude intermédiaire qui servira mieux leurs propres intérêts et ceux de l'hérésie. L'établissement chrétien est encore debout et ses défenses sont redoutables ; ne pas l'assaillir de front, c'est prudence ; il vaut mieux le miner; un jour il tombera de lui-même. En attendant, on cultive les réticences et on se renferme dans les atermoiements. Qu'on vienne reprocher aux hommes puissants des châteaux ou des villes, aux seigneurs ou aux consuls, leur négligence à réprimer l'hérésie, jamais ils ne seront à court de protestations, de promesses, de serments : ils exécreront l'hérésie : rien de plus juste que les lois destinées à la faire disparaître ; ils feindront d'exécuter ces lois ; ou bien encore, niant l'existence du péril, ils les déclareront sans objet : ceux qu'on regarde comme hérétiques sont de parfaits chrétiens 4. Ainsi leur force est dans l'équivoque. A ce point de vue, le meurtre du bienheureux Pierre de Gastelnau, coup d'éclat téméraire qui, déchirant tous les voiles, détermine la croisade, est, suivant un mot fameux, plus qu'un crime, c'est une faute.

Mais si les hommes de la noblesse ont des motifs de ne pas jeter le masque, il n'en est pas ainsi des femmes. Celles-ci, expression de ce qui se pense au foyer

i. Cet assentiment de bouche aux lois répressives de l'hérésie, sorte de confession de la justice de ces mêmes lois, ne se dément jamais. Qu'on se reporte à une pièce déjà citée, la lettre adressée en 121 1 par les consuls de Toulouse au roi d'Aragon, ou encore à l'argumentation mise par l'auteur de la Chanson de la Croisade sur les lèvres des seigneurs méridionaux présents au concile de Latran, et l'on se convaincra que le droit public et chrétien, en matière d'hérésie, est trop enraciné dans les consciences pour que les hommes les plus compromis essayent de le contester.

domestique, se donnent à l'hérésie avec plus de passion et moins de déguisements. Prenons pour exemple la puissante famille des comtes de Foix. Elle a pour chef Raymond-Roger: guerrier vaillant, mais cruel et perfide, il portera des coups terribles aux croisés. L'Eglise n'a pas d'adversaire plus redoutable, et cependant, on ne peut pas citer une seule heure où il ait cessé de se dire catholique. Pénétrons toutefois dans son intérieur. Sa femme, Philippe de Montcade,est cathare. Il donne pour épouse à son fils, Bernard-Roger, une hérétique. Ermessende, fille du vicomte de Gastelbo, hérétique lui-même. De ses deux sœurs. Tune, Esclarmonde, se fait hérétiquer, en 1204, par 1 evêque cathare Guillabert ; l'autre est vaudoise manifeste. Ce n'est pas tout; il a une fille du nom d'Esclarmonde commesa tante, et cette fille contracte une alliance avec un sectaire, Bernard d'Alion, lequel, avec son frère et un autre chevalier,, sera brûlé, à Perpignan, en présence du roi d'Aragon. On pourrait dresser une longue liste de ces familles plus ou m oins entamées parla contagion régnante. La classe féodale, qui lui paie un si large tribut, aide à sa propagation de bien des manières. Les châteaux offrent des retraites aux évêques cathares, des abris aux faidits, des lieux de recel pour le trésor commun. C'est de là que partent les ministres de la secte, fils majeur, fils mineur, diacre ou tout simplement hérétique consolé. Toutes les communautés ou agglomérations cathares ont un de ces ministres à leur tête : d'autres ministres visitent les prosélytes disséminés. Dans les villes, comme dans les campagnes, s'ouvrent des maisons où le culte hérétique se célèbre au su des seigneurs ou des consuls, avec une publicité complète ou restreinte, suivant les cas. Les sectaires ont, en mille endroits, des hospices et des écoles. Des femmes cathares, sorte de diaconesses, portant ostensi-

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blement un costume religieux, donnent l'enseignement aux tilles de la noblesse. L'hérésie est organisée et elle a la main partout; elle dispose des influenceset des faveurs, et affranchit des charges publiques. Ses fidèles sauront se faire exempter du service militaire et des tailles. Elle constitue pareillement une sorte d'assurance mutuelle. Que les terres des catholiques soient ravagées, celles du sectaire seront épargnées; qu'un homme, revenant d'une expédition guerrière, chemine en compagnie d'hérétiques, et il sera sûr de ne pas être attaqué Semblable à la maçonnerie de nos jours, l'hérésie se comporte comme en pays conquis. Si, jusqu'à cette heure, elle n'est pas officiellement reconnue, elle en est moins loin qu'on ne pense. Déjà, elle entre en partage des droits qu'on ne reconnaissait qu'aux seuls catholiques; elle a ses cimetières. Ce n'est qu'un commencement ; mais on sait ce qu'il advient d'un peuple, en possession naguère de l'unité de foi. quand l'égalité entre ces deux choses iné ■ gales, l'erreur et la vérité, devient maxime d'Etat. C'est alors la patrie divisée, c'est le sein de l'Eglise déchiré, c'est, dernière conséquence, la vérité elle-même, et l'Eglise avec elle, en butte à la persécution.

Il y avait aux plaintes de saint Bernard un troisième objet : le petit- nombre des défenseurs — paucitasdefendentium — mais il se trouve que, en appréciant les forces de l'attaque, nous avons mis en lumière la faiblesse de la défense. Oui, les catholiques sontle nombre, mais on croirait que c'est à la condition de ne point faire parler d'eux. Le nombre est inerte et semble renoncer à la lutte. La terre dite de Provence est une terre stérile. Entendons un de ses fils qui l'aime : elle a cessé , d'après Guillaume de

1. Nec ad excubias nec ad tallias cogebantur. Si quis etiam homo de guerra rediens cum eis in via inveniretur, ab hostibus tutus erat. Guil. de Puylaurens. Bouq. t. xxi, p. 1Q4.

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Puylaurens, « de produire autre chose que des ronces et des épines »; ei ces ronces et ces épines, suivantle même auteur, ce sont « des bandes de routiers et de déprédateurs, des larrons, des homicides , des adultères, des usuriers notoires 1 ». Quand un peuple a cessé d'être un peuple, il cherche dans le plaisir une diversion aux maux publics. Ici les populations s'arrangent pour mener, sans colère et le plus gaiement possible, le deuil de la patrie et de la religion. Elles ont leurs amuseurs et leurs amusements, leurs troubadours , leurs jongleurs, leurs fêtes , leur vie facile, hgure trop exacte des conservateurs de nos temps. Disons toutefois, à leur décharge, que personne ne leur rappelle les devoirs de la lutte. Ceux qui devraient parler se taisent : évêques et prêtres sont muets.

Le clergé a perdu toute fierté ; il boit les hontes qu'on lui sert. Jadis on avait coutume dédire : J'aimerais mieux être juif que de faire telle ou telle chose. On a changé cela et maintenant on dit : J'aimerais mieux être prêtre. Les prêtres redoutent d'arborer les royaux insignes de leur profession, et quand ils se montrent en public, ils dissimulent leur tonsure ou couronne Les chevaliers cessent d'offrir leurs enfants au service des autels ; pré

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