‹ Saint Raymond de Pennafort et son époqueChapitre 148 sur 203 · Bouq. t. \ix, p. ig · texte numérisé non relu

Bouq. t. \ix, p. ig

2. Les Albigeois haïssaient les insignes cléricaux. Au massacre des pèlerins allemands qui eutlieu, en 1211, entre Castelnaudarv et Lavaur, un pèlerin qui s'est réfugié dans une église, s'écrie qu'il est prêtre : « Montre alors ta tonsure », lui dit Bernard Roger, fils du comte de Foix. Le prêtre se découvre et à l'instant Bernard Roger lui fend la tète d'un coup de hache (Bouq. t. xix, p. 45). On trouve dans les enquêtes de Bernard de Caux (Enquèt. Mas-les- Saintes-Puelles) la déposition d'un témoin qui, étant acolyte, portait la tonsure. « Et dixit quod cum ipse testis esset apnd mansum in operatorio Pétri Ganta simul cum quibusdamliominibus de manso. B. de Quiders, indutus, propria voluntate minxit super coronam ipsius testis qui est accolythus in opprobrium et turpitudinem totius Ecclesiœ catholicœ, ut crédit ipse testis firmiter. » Le fait a du se passer vers 1 220.

PUISSANCE DE l'hÉRÉSIE.

sentant aux bénéfices ecclésiastiques les fils de leurs tenanciers ou de leurs serfs, ils font main-basse sur les revenus et sur les dîmes; les évêques ordonnent qui ils peuvent *. Onprête aux prêtres delàches compromissions avec l'hérésie; il en est qui lui donnent des gages positifs *. L'erreur pénètre à travers la clôture des monastères, etles vierges consacrées au Seigneur professent les doctrines de Manès. A son tour, l'épiscopat est loin d'éviter tout reproche. Saint Bernard, il y a bien cinquante ans, insinuait que certains évêques, achetés par l'or des hérétiques, faisaient avec eux des trêves honteuses. Depuis lors, les accusations de négligence ou de complicité se sont périodiquement reproduites, jusqu'à ce qu'enfin, d'autant plus écrasantes qu'elles tombent déplus haut, elles sont articulées par Innocent III 3. Au commencement du xme siècle, le mal est à soncomble, les bons évêques se comptent et les mauvais ne se comptent plus. Cette nation, peuple et clergé, ne mérite pas son salut.

1. Pour toutes ces particularités. Cf. Guil. de Puylaurens. Bouq. t. xix, p. 194.

2. Les généralités égarent quand on se laisse trop facilement entraîner à les induire de faits particuliers. Mais les faits particuliers s'encadrent utilement dans les généralités, les confirment et leur donnent vie. Un prêtre assez peu attaché à ses devoirs pour bénir des mariages frappés à l'avance de nullité, aimait les hérétiques, mangeait à leur table, blasphémait comme eux et se livrait avec eux à la passion du jeu. Un jour qu'il avait imposé comme pénitence à un cathare réconcilié, certains actes à accomplir tous ies vendredis, il se mit avec lui à jouer aux échecs. L'enjeu était la pénitence. Le cathare gagna : à Lucratus sum, dit-il, meas sextas ferlas — J'ai gagné mes vendredis. »(Enq. Bern. de Caux ... fol. 80.)

3. Spcculatores ejus omnes cceci, canes muti, non valantes latrare ....utpote in orc eorum est verbum Dci alligatum... hinc hœreticorum insultatio prœvcnit... tyrannorum et populi in Deum et ecclesiarum contemptus provenit... tvrannorum insolentia insolent ius solito insanctuarium Domini debacchatur et, scientibus ac dissimulantibus, immo etiam approbantibus quibusdam prœlatis, ecclesiœ a laicis castellatœ pro munitionibus dHinentur, christianis in christianos inde guerras exercentibus et rapinas. (Bouq. t. xix.)

Elle se relèvera cependant, mais par l'adversité. Un des auteurs de l'Histoire littéraire de la France unit avec raison le fléau et sa cause quand il écrit : a Les provinces méridionales, théâtre des plaisirs de tant de dames, de poètes, de chevaliers, devinrent celui des calamités les plus horribles 1 » .

Maisen attendant que ledéluge sedéchaîne, l'arche est sur le chantier, elle se construit. Pour emprunter à l'Ecriture une autre image : « Si le Seigneur n'avait mis en réserve une semence, le sort de ces contrées aurait été comparable à celui de Sodome et de Gomorrhe 2 ». Cette semence est conservée par le clergé monastique et, au sein du clergé monastique, par Cîteaux, dont l'action prépondérante ne semble s'être perpétuée si longuement, que pour donner aux deux milices de saint Dominique et de saint François le temps de le remplacer dans son poste d'honneur et de glorieux services. A l'heure présente, c'est par Cîteaux que s'opère la transfusion d'un sang nouveau dans les veines de l'épiscopat s : demain, ce seront les Frères Prêcheurs et Mineurs qui réussiront à raviver le germe latent d'un grand peuple catholique. Quand le fort de la crise sera passé, un troubadour du bon côté — car il y en a — pourra s'exprimer ainsi sur les maux du passé

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