‹ Saint Raymond de Pennafort et son époqueChapitre 149 sur 203 · Isaï. c. i, v. g · texte numérisé non relu

Isaï. c. i, v. g

3. Citons comme exemples le siège épiscopal de Toulouse, où le Cistercien Foulques s'assied à la place d'un évêque déposé par sentence du Souverain Pontife; le siège de Carcassonne, où un évêque muet et sans énergie est remplacé par le Cistercien Guy de Vaux-Cernay; le siège métropolitain de Narbonne, où Béranger, vieillard faible, obstiné et protecteur de toutes les mauvaises causes, a pour successeur le chef spirituel de la croisade, l'abbé de Cîteaux, Arnauld Amalric. Dans un instant nous parlerons de ces légats, provençaux par l'origine et Cisterciens par la profession, que le Saint-Siège emploie pour relever les Églises du midi.

patienck de l'église. 459

et sur les remèdes qu'ils appelaient : « Tout irait mal si Dieu n'avait envoyé les Prêcheurs. Par faute d'hommes instruits, la loi s'est corrompue, parce qu'il n'y avait personne pour en parler, pour en prêcher, et l'hérésie s'est implantée... Il n'y aurait ni croyants, ni hérétiques, ni vaudois, s'il y avait eu de bons pasteurs pour leur tenir tête. Les gens au cœur léger — ce sont bien là les méridionaux — qui ne savent rien des lettres ni des Ecritures, ni des préceptes de Dieu, ont bientôt fait de changer leurs croyances, si on. ne les surveille de près, car, si on les avait surveillés de près, comme on fait maintenant, ils auraient laissé le mal et pris le bien 1 ».

§ iv.

Au commencement du xme siècle, la crise religieuse est entrée dans sa période aiguë. Sauf peut-être l'Angleterre, il n'y a pas de contrées d'Europe où le virus de l'hérésie ne se soit infiltré L'erreur, contenue dans le nord de la France, en Allemagne, en Hongrie, dans les royaumes espagnols, lève la tête en Italie et, de là, pardessus les Alpes, elle donne la main aux Albigeois.

Un grand Pontife ouvre le siècle. Doux, patient, magnanime, Innocent III a le courage et la persévérance nécessaires à la poursuite de longs desseins; un règne de dix-sept années va les favoriser. Dès le début, il a porté ses regards sur la France méridionale ; il en a sondé les

1. Débat d'Imam. Edit. Paul Meyer, p. 275. C'est àtortquel'//z'sfoi're littéraire t'ait d'Izarn un dominicain.

plaies ; il a pu se convaincre de la grandeur du mal et de l'urgence d'une énergique médication.

L'Eglise tient en sa main l'huile et le vin qui guérissent; les doux remèdes et les traitements plus rigoureux. C'est par les premiers qu'elle a coutume de commencer. S'agit-il d'un hérétique isolé, elle l'avertit, elle l'adjure ; cela fait, elle sévit, mais encore en échelonnant ses peines. Maintenant qu'on parle d'appliquer à tout un peuple infecté d'hérésie le remède héroïque d'une croisade, elle tente, pour éloigner cette extrémité, un grand et suprême effort de rapprochement et de conversion.

Dix ans de sollicitudes et d'efforts seront consacrés à cette tentative. Si la guerre des Albigeois est un drame, ces dix années en sont le prologue, prologue en soi très mouvementé.

La scène a été décrite, mais il faut y faire entrer des personnages encore inconnus. Innocent III, qui les introduit, nous dira d'où ils sortent et ce qu'ils valent.

« Votre Ordre, écrira-t-il aux légats qu'il s'est choisis parmi les moines de Cîteaux, votre Ordre possède, grâce à Dieu, des hommes d'un zèle selon la science, puissants en œuvres et en paroles, capables de rendre compte à toute personne des motifs de leur foi, prêts, si le service de l'Eglise ou le bien des âmes le requièrent, à sacrifier leur vie *. » Faut-il voir dans ces dernières paroles une prévision, suffisamment autorisée par l'hostilité des sectes et par l'esprit d'immolation des envoyés pontificaux ? L'un d'entre eux du moins, Pierre de Gastelnau, porte déjà dansson âme le pressentiment du martyre. On avait entendu l'intrépide et fervent religieux déclarer que l'affaire delà foi ne pourrait aboutir qu'après avoir

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