‹ Saint Raymond de Pennafort et son époqueChapitre 157 sur 203 · Bouq. t. xix, p · texte numérisé non relu

Bouq. t. xix, p

patience dk l'église. 469

Précieuses conquêtes pour qui connaît le prix d'une àme, mais résultat insuffisant aux yeux d'hommes en qui l'Kglise avait mis son erpoir pour sauver tout un peuple. L'effet de ce grand effort fut moins de modifier la situation respective des deux partis, que de donner aux catholiques une impulsion dont ils étaient déshabitués.

A Pamiers, dom Diégo d'Azévedo avait dit adieu à ses coopérateurs. Il retournait dans son diocèse, non pour y laisser ses os — du moins il le croyait — mais dans le but de recueillir des subsides pour la mission. Mais il meurt et, en même temps, un des légats, le Frère Raoul. Ainsi deux luminaires, comme parle l'histoire — dnobus luminaribus — s'éteignaient à la fois. Les deux autres légats sont absorbés par les devoirs qui les enlè vent à la prédication. Arnauld retourne dans la France du nord, appelé par de graves affaires — magnis negotiis tune temporis impeditus — Pierre de Castelnau s'en va sur les bords du Rhône, afin de tenir tête à Raymond VI. Cependant il faut un chef à l'œuvre de l'apostolat. Guy, abbé de Vaux-Cernay, l'un des douze, amenés Tannée précédente par l'abbé de Cîteaux, est reconnu comme maître de la prédication. C'était un homme de grand cœur, ami depuis longtemps de Simon de M ont fort, et qui, comme lui et avant lui, vint s'unir par un indissoluble lien à la cause de la foi dans les contrées du midi Sous sa conduite, la mission jette un dernier éclat. Pendant un temps encore assez long, il y a des sueurs répandues, des courses apostoliques, des discours éloquents, des conférences; mais, à la fin, l'endurcissement des peuples est plus fort que la constance des pré-

1. Dans la suite, nous l'avons dit, il fut du nombre de ces religieux qui apportèrent au renouvellement de l'épiscopat leur contingent de saintes énergies. Il fut promu au siège de Carcassonne .

dicateurs. Lasses, découragés de tant cTi indifférence, ceuxci regagnent la solitude qu'ils avaient sacrifiée à l'apostolat.

Pour la mission, telle que nous l'avons vue se former, agir, se développer, c'est une fin. Mais cette fin sera suivie d'une reprise, et cette reprise signale un déplacement d'influences. A la place des Cisterciens, apôtres d'occasion, surgissent d'autres évangélisateurs, apôtres par destination. A une combinaison d'un jour, succède une institution capable de défier les siècles. « Il ne fallait pas, écrit Guillaume de Puylaurens, que l'œuvre commencée de la prédication pérît. Aussi vit-on surgir, l'inspiration divine s'en mêlant, des prédicateurs à titre perpétuel. Ce fut sous le bienheureux évêque Foulques, que l'Ordre des Frères- Prêcheurs prit naissance »

Et en effet, si la mission cistercienne s'est dissoute, saint Dominique tient bon ; et déjà, il n'est pas seul ; on l'appelle d'ordinaire le Frère Dominique ; autour de lui sont groupés d'autres Frères, c'est-à-dire des hommes rattachés entre eux par un lien religieux et par un but commun. Ils ne sont pas encore un Ordre, mais déjà ils ont un coin de terre où reposer leur tête, un asile où retremper leurs âmes. C'est ce lieu prédestiné de Prouille où naguère saint Dominique abritait des filles de haut lignage et de nobles matrones, arrachées par ses soins aux séductions de l'hérésie. Tout cela, le lieu et les personnes, les Frères et les Soeurs, est appelé du nom populairedesamfe prédication. La mission cistercienne n'est pas close, que déjà, sous ce titre, ces premiers rudiments de l'Ordre de Saint-Dominique se trouvent signalés dans un instrument public. Une donation , portant la date de 1 207, dispose de certains immeubles en faveur

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