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2. Etienne de Salagnac (Ms. Ruth.) place cette adjuration à uné époque postérieure au revers des Albigeois à Muret et à l'occupation de Toulouse par les croisés. Elle nous paraît mieux placée avant ces événements. Du reste, saint Dominique a eu, comme tous les hommes apostoliques, bien des occasions de se répéter : « Insta opportune, importune, argue, obsecra in omni patientia. »
472 CHAPITRE XI. — l'hÉRÉSIE.
cent III n'a pascessé de faire pressentir, soit par ses lettres, soit par ses envoyés, uneextrémité qu'il voudraitconjurer. L'obstacle le plus difficile à vaincre consiste dans l'attitude pleine d'équivoques de Raymond VI. Cet homme insaisissablese dérobeaux légats. En i 2o5, Pierrede Castelnau et Raoul parviennent à le rejoindre : « ils le pressent de chasser de ses terres les hérétiques et les routiers et d'observer la paix ». Le comte cède et il scelle sa promesse par un de ces serments qui lui coûtent si peu . En 1207, il n'y a encore rien de fait. Pierre de Castelnau, sans attendre davantage, se résout à agir. Quittant ses coopérateurs, occupés dans les contrées toulousaines à l'œuvre de l'évangélisation dont nous avons parlé, il marche vers l'est et se porte au delà du Rhône. Les nobles provençaux sont en guerre entre eux et en guerre avec Raymond VI. Ce que veut le légat, c'est rendre la paix au pays et tourner ses forces contre les hérétiques de la province narbonnaise. Mais le comte de Toulouse rend vaines ces combinaisons, en refusant de s'y associer. Il est excommunié par le légal et menacé par la ligue des barons, dont Pierre de Castelnau estl'àme. Finalement, il souscrit àlapaix ; cela nelui coûte qu'un serment déplus.
La marche des événements s'accélère. Avant cette nou velle paix ei tandis que le comte hésitait encore, le Pape avait été instruit de la sentence fulminée par son légat. Depuis bientôt dix ans, l'éventualité d'une croisade n'a pascessé de hanter l'esprit d'Innocent III : elle lui pèse ; c'est un cauchemar qu'il voudrait écarter : encore à l'heure présente, il songe moins a sévir qu'à réconcilier. C'est dans ce but qu'il adresse à Raymond VI une lettre, non pas, comme on l'a dit, fulminante, ou bien encore singulièrement violente mais d'une sévérité nécessaire.