‹ Saint Raymond de Pennafort et son époqueChapitre 160 sur 203 · L). Vaissette et M. P. Meyer · texte numérisé non relu

L). Vaissette et M. P. Meyer

patience de l'église. 473

Toutefois, la miséricorde peut être mise au défit mais non découragée : le coupable est exhorté au repentir, la voie du pardon reste ouverte; la châtiment demeure suspendu, et si la menace se fait entendre, c'est encore pour sauver. Dans cette pièce, on voit s'étaler, comme en une page d'histoire, la vie de Raymond VI, ce qu'il est, ce qu'il a été, ce qu'il sera jusqu'à la tin. En effet, les procédures intentées et reprises contre lui roulent et rouleront toujours sur les mêmes chefs et, le jour où un décret du concile de Latran l'aura décidément dépossède de ses Etats, ce récidiviste incorrigible a ;ra été jugé sur ce double grief, allégué dès aujourd'hui et autour duquel évolueront tous les autres, celui d'être l'ami des hérétiques et des routiers.

Ceux-ci, qu'on appelle encore Cottereaux, Aragonais, Basques, Brabançons, ce qui indique qu'ils sont un ramassis, tiennent dans l'histoire du temps une place considérable. Ce sont des mercenaires etcoureurs d'aventures, des condottieri, comme on dira plus tard, deschevaliers déclassés, de barons cherchant fortune, qui servent de leur épée les instincts tyranniques des princes ennemis, comme eux et avec eux, de la justice et du droit Les routiersont jeté un défi à la société chrétienne,

1. Vous en avez un exemple en Angleterre : les routiers se sont emparés de la contiance du roi Jean et ontralluiné la guerre civile en taisant revenir ce prince, versatile et déloyal, sur l'octroi de la grande Charte.» Abominables routiers — ainsi parle Matthieu Paris ^ann. 1 2 1 5) — que, selon son habitude constante, le roi avait rendus puissants pour sa propre perte, au détriment de ses sujets naturels .» Cette soldatesque était venue en Angleterre de Gascogne, du Poitou, du Brabant. On voyait parmi les principaux chefs Savary de Mauléon , qui précédemment, à la solde de Raymond VI, avait joué un rôle dans la guerre des Albigeois. Pierre de Vaux- Cernay l'appelle ce Me apostatarum prœcipuus ». (Bouq. t. xix.) Souvent les chefs de routiers arrivaient à une haute fortune. Savary de Mauléon avait été sénéchal du Poitou, et TAragonais, Ugo d'Alfar, sénéchal de l'Agenais. Martin d'Algaïs .espagnol lui aussi, et con-

474 CHAPITRE XI. l'hÉKÉSIE.

ils sont la négation vivante etpermanente de 1 institution tutélaire et civilisatrice de la Paix et Trêve de Dieu; c'est parmi eux que se cantonneledroitde la force, primé partout ailleurs par la force du droii. L'Église les poursuit de ses anathèmes : le III0 concile de Latran lésa mis, comme réfractaires et contumaces, au ban de la chrétienté, et naguère encore (i 195) le concile de Montpellier, renouvelant contre eux cette même sentence, y comprend leurs complices et fauteurs, et ordonne qu'elle sera publiée tous les dimanches et fêtes au son des cloches et cierges éteints.

Ce sont là des hommes selon le cœur de Raymond VI. « Il leur est, dit un contemporain, incroyablement attaché — ruptarios mirabili amplexatus est affectu — il se sert de leurs bras pour dépouiller les églises, pour détruire les monastères, pour déposséder ses voisins l. Il maintient avec leur concours un état de guerre sans intermittence, contrairement aux lois qui régissent le monde chrétien, et au mépris de toutes les propositions de paix. La lettre d'Innocent III signale un exemple caractéristique de ces fureurs. « N'est-ce pas vous, porte-t-elle , en s'adressant au comte, qui , ravageant avec vos Aragonais la province d'Arles , fûtes prié par notre vénérable Frère, l'évêque d'Orange, d'épargner les monastères et de suspendre vos agressions contre le pays, ne fût-ce que pendant le saint temps et les jours de

dottière fameux, avait été sénéchal de Gascogne. « Les Algaïs, dit un poète du temps (cité par M. P. Meyer, Chanson, p. 109), étaient quatre frères, grands brigands, et gens de proie, qui menaient à leur suite bien mille brigands àchevalet deuxmilleà pied, et ne vivaient d'autre rente ni d'autre poursuite. » Rallié un instant à l'armée delà croisade, Martin Algaïs trahit sur le champ de bataille et retourna au comte de Toulouse. Simon de Montfort le fit pendre, et il fit bien.

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