‹ Saint Raymond de Pennafort et son époqueChapitre 161 sur 203 · Bouq. t. xix, p · texte numérisé non relu

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patience de l'église. 47^ fêtes? Alors vous prîtes la main del'évcqueet vous jurâtes par cette main, que vous n'auriez égard ni au sainttemps ni aux dimanches et que vous n'épargneriez ni leslieuxconsacrés ni les personnes ecclésiastiques.» C'était mépriser à la lois ces deux institutions, sœurs pir le but et distinctes par leur portée, la paix et la trêve de Dieu '. « Et ce serment, continue le Pontife, ou plutôt cette profanation du serment, vous l'avez mieux observé que tous les autres serments, prêtés par vous pour une cause légitime. »

Les routiers continueront à être les tristes auxiliaires de Raymond VI. Ces bandes figureront, mais non avec honneur, dans la guerre des Albigeois Elles ont été longtemps le fléau des contrées méridionales, qu'elles traitaient en pays vaincus. Maintenant qu'elles sont censées défendre l'indépendance du territoire, elles n'ont fait qu'aggraver les maux de la guerre par leurs atrocités, leurs perfidies et les représailles qu'elles provoquent 3. Cela dure jusqu'au jour où un décret du concile deLatran, consacrant le triomphe des croisés, prononce la déchéance de Raymond VI « Personne n'ignore, porte ce décret, au prix de quelles peines l'Eglise, par ses prédi-

[. Dans une lettre, libellée en même temps que celle-ci et adressée aux prélats des provinces du midi, Innocent III marque d'une manière plus précise les temps pendant lesquels la trêve de Dieu s'impose aux belligérants eux-mêmes. Ces époques du saint temps sont: le Carême, les fêtes et autres jours réservés. Les Dimanches sont compris , nous venons de le voir, ainsi que trois jours dans chaque semaine. Quant à la paix , différente de la trêve, elle protégeait, sans acception de temps, toutes les personnes inoffensives par état, le clergé, l'agriculture, le comnerce, les juifs eux-mêmes-

2. Contempteurs des lois de la guerre et du droit des gens, les routiers sont mis hors la loi. Ainsi, à la prise de Moissac, tandis que les défenseurs de la place sont reçus à composition, eux sont exceptés comme des malfaiteurs et passés au fil de l'épée. (Bouq. t. xix, p. 68.) Voyez, comme exemple de la scélératesse de ces aventuriers, la part qu'ils prennent à l'assassinat de Baudoin de Toulouse, fratricide traîtreusement perpétré par Raymond VI. (Ibid. p. 91.)

cateurs et par l'épée des croisés, est venue à bout d'expulser de la province de Narbonne et de ses contins les hérétiques et les routiers1. »

Si l'homme de la force brutale se révèle dans les entreprises armées du comte Toulouse, ses sentiments en faveur de l'hérésie ne s'y montrent pas moins. Il ne peut ignorer — on le lui a assez souvent répété — que cesguerres continuelles sont un obstacle à la pacification religieuse. La lettre du Pape contient d'autres imputations. Quand Raymond s'en prend aux églises et aux monastères, quand il encastelle ou change en forteresses les lieux consacrés au culte 2, quand il s'attaque à la personne d'un évêque, celui de Carpentras, on peut croire que l'esprit de secte et d'hostilité contre l'Eglise s'est joint à des violences impies. Innocent III relève un détail qui donne la note des sentiments du comte. Il assiégeait un château: dans le voisinage se trouvait le monastère de Gandeil ; les moines vinrent le prier d'épargner leurs vignes; Raymond les repoussa avec mépris, fit arracher leurs vignes et affecta de protéger celles qui appartenaient aux hérétiques.

Mais pourquoi chercher des indices? Vous avez, pour faire ladumière sur les dispositions du comte, des preuves plus directes. Tous ces serments qu'il a prêtés et autant de fois violés, démontrent, non plus seulement son incurie à purger ses terres de l'hérésie, mais la faveur qu'il lui conserve. En conséquence, Innocent III rappelle les peines du droit ecclésiastique et du droit public édictées contre les fauteurs d'hérétiques, et il déclare que si Ravmond ne se met pas en mesure par la sincérité de son

1 . Layettes du trésor des chartes, t. 1. p. 420. 2. Le mode de construction massive des église.-, du midi se prêtait à cea transformations.

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repentir de se faire relever de l'excommunication, les terresqu'il tient du Saint-Siège lui seront enlevées ; néanmoins, si ce premier châtiment ne lui ouvre pas les yeux, les princes chrétiens seront invités à procéder contre lui en tant qu'ennemi de Dieu et de l'Eglise, et à s'emparer de ses États '.

Voici le comte de Toulouse bien prévenu; il semble avoir compris, il se soumet; il est, paraît-il, relevé de l'excommunication, mais il va l'encourir de nouveau. « Renégat de sa foi, dit Pierre de Vaux-Cernay, pire qu'un infidèle et incapable d'observer ses serments, il jura plusieurs fois et se parjura autant de fois. Alors cet homme saint et d'un cœur magnanime, le Frère Pierre de Castelnau, entreprit d'en avoir raison. Il aborda le tyran; il lui résista en face parce qu'il était répréhensible ou plutôt condamnable et, avec une constance à toute épreuve et l'intrépidité d'une conscience sans nuages, il lui reprocha ses tromperies et ses parjures. Ces reproches n'étaient que trop fondés 2. »

L'orage s'amoncelait. Tant de mépris d'une grâce si constamment offerte, soit au comte de Toulouse, soit à ses peuples, allait recevoir son châtiment. L'iniquité s'est mentie à elle-même. L'assassinat du bienheureux Pierre de Castelnau va éclairer d'un jour lugubre une situation qu'on prétendait obscurcir à force de réticences et de déguisements.

Une conférence avait eu lieu à Saint-Gilles entre le

r. Bouq. t. xix, p. 492. — Pour compléter cette lettre, ajoutons deux autres griefs articulés par Innocent III. Le Pape reproche à Raymond VI d'introduire des juifs dans les charges publiques. L'Église voulait bien protéger les juifs, mais non pas qu'ils dominassent sur les chrétiens. Innocent III reproche aussi au comte de Toulouse les péages exorbitants qu'il établissait. Cette question de péages touchait à la liberté de commerce et au droit international, dont l'Eglise était la gardienne.

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