‹ Saint Raymond de Pennafort et son époqueChapitre 162 sur 203 · bid'. p · texte numérisé non relu

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légat et le comte de Toulouse. Raymond VI, toujours insaisissable, n'acquiesçait aux conditions posées que pour se dérober tout aussitôt; il finit par éclater en menaces. Le lendemain, tandis que le bienheureux Pierre se disposait à traverser le Rhône, « un écuyer qui fut plein de méchanceté, voulant se rendre agréable au comte, tua l'homme de Dieu en trahison, et le frappa à l'échiné avec son épieu tranchant, et puis s'enfuit au galop de son cheval, à Beaucaire où il était et où furent ses parents. Mais, avant de mourir, levant ses mains au ciel. Pierre pria Dieu en présence de tout le peuple de pardonner ses péchés à ce félon sergent. Quand il eut reçu la communion, vers léchant du coq, il mourut après, à l'aube naissante. L'àme s'en est allée au Père tout-puissant; à Saint-Gilles, on l'enterre avec force cierges allumés, avec force Kyrie eleison que chantent les clercs 1 ».

Innocent III dénonça le forfait à l'Europe chrétienne et lit prêcher la croisade.

« Il arrive, remarque le bienheureux Humbert de

i. Chans. de la Croisade, p. 5. — Pierre de Vaux-Cernay, toujours catégorique, n'hésite pas à faire remonter la responsabilité du crime à Raymond VI lui-même. Guillaume de Puylaurens parle des soupçons qui planent sur lui : malgré son attachement pour la maison de Toulouse, il n'ose les contredire. Dans un premier mouvement d'indignation, Innocent NI accuse le comte de Toulouse d'avoir été l'auteur premier de la mort du légat. Si, plus tard, il se borne à établir la suspicion légitime qui pèse sur lui, c'est que l'affaire, entrée dans la phase juridique, n'a pas encore abouti.

Deux choses sont certaines : l'une que l'assassinat de Pierre de Castelnau profitait à Raymond VI en le débarrassant d'un adversaire redoutable ; l'autre, que le comte était parfaitement capable d'un lâche assassinat . N'est-ce pas lui qui, dans la suite, s'étant emparé de la personne de son frère innocent, le fit pendre sous ses yeux, nuitamment et au milieu d'un bois, le comte deFoix tirant la corde r Les historiens modernes tâchent de pallier le crime et s'étudient par leurs insinuations à charger la victime. Le récit si touchant de la pieuse mort de Baudoin de Toulouse (cf. Pierre de Vaux- Cernay. — Bouq. t. xix. p. qi) est la meilleure réponse à leur opposer.

Romans, que l'hérésie puise sa force dans la puissance armée de ses rameurs. Alors les moyens d'indulgence deviennent inutiles, et l'Eglise appelleà son aide le glaive temporel : elle fait comme le sage médecin qui retranche par le fer un membre gangrené, afin de sauver les autres membres. Puis, supposant un prédicateur de la croisade, Humbert met sur ses lèvres ce discours : « Vous « voyez quelle est la malice des hérétiques et de quels « maux ils inondent le mon . le. Vous savez aussi avec quelle « compassion et quelle pieuse sollicitude l'Eglise s'est « efforcée de les ramener. Mais rien ne sert avec eux ; « bien plus, ils s'appuient sur la puissance séculière. C'est « pour cela que notre sainte mère l'Eglise se voit dou- « loureusement contrainte à assembler une armée chré- « tienne. Qu'ils se présentent donc, ceux qui ont le zèle « de la foi et que touche l'honneur de Dieu 1 ! »

i. De Eruditione preedicatorum. Biblioth. maxima Patrum. — Lugduni, t. xxv, p. 556.

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