‹ Saint Raymond de Pennafort et son époqueChapitre 166 sur 203 · Cf. Bouq. t. xix, p. 22 et · texte numérisé non relu

Cf. Bouq. t. xix, p. 22 et

de Saint-Gilles, a rendu la guerre inévitable : se démasquant, il la précipite : la conséquence pour lui, comme naguère pour son neveu Raymond-Roger, c'est la défaite, et laconséqucncede ladéfaite, c'est la dépossession. Mais à qui confier la conquête ? La question qui s'était posée sous les murs de Carcassonne se représente ici, moins ses difficultés. Qu'il s'agisse delà garde provisoire du fief ou d'une investiture définitive longtemps ajournée parla prudence d'Innocent III, la réponse finale sera toujours la même. Le choix s'impose ; les lenteurs du Pontife à trancher la question ne font que mieux établir qu'il est inévitable. Le candidat sans concurrents possibles, c'est le conducteur de la croisade, c'est le vainqueur de Muret. Celui-ci, voulût-il se dérober à tant d'honneur, a contre lui l'évidence. Il faut qu'il laisse dire qu'il est l'homme nécessaire, et il l'est en effet : sa mort ne le montrera que trop.

Voilà, en somme, ce que l'on sait. L'élévation finale du comfe de Montfort a sa cause dans les services qu'il a rendus et dans ses incomparables qualités. Pourquoi, tandis qu'on n'a à mettre à son compte que de nobles actes, chercher cette cause dans des suppositions que rien ne justifie et que tout dément 1 ?

i. Qu'on nous fournisse un texte, disions-nous tout à l'heure. On l'a essayé. Voyons avec quel succès.

i° Dom Vaissette (Hist. du Languedoc, t. vi, p. 445. Edit. nouv.) remarque que, en 1214, Simon, qui songe toujours à ses intérêts particuliers, se fait faire par Bernard Aton, vicomte de Nîmes et d'Agde, cession entre-vifs de ces deux seigneuries. Mais, à cette occasion, M. A. Molinier, l'annotateur de Dom Vaissette, remarque à son tour que cette cession n'a pas grande importance, puisque, depuis vingt-huit ans déjà, Bernard Aton n'est plusvicomte ni d'Agde ni de Nimes. Simon, possesseur incontesté, obtenait le désistement de ce seigneur pour s'assurer l'avenir contre une revendication, peu probable, mais à tout prendre possible. Il faisait ce qu'aurait fait à sa place tout propriétaire soucieux de ses légitimes intérêts.

2° Simon, devenu comte de Toulouse, eut des contestations avec l'archevêque de Narbonne, Arnauld, l'ancien légat. Ils prétendaient

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Le démenti, c'est la vie tout entière du héros. Difficilement vous trouverez un homme moins préoccupé de ses intérêts propres. Dès le principe, iïl'a prouvé. Quand il accepte — nous avons dit avec quelle peine — les responsabilités de la guerre sainte, est-ce par un autre motif que par un motif d'abnégation ? Déjà il entrevoit ce qui doit lui coûter d'être sorti du rang pour devenir le champion en titre de l'Eglise. Aussi prie-t-il les barons qui lui ont fait cette violence et qui, mieux partagés, vont revoir familles et foyers, de ne pas l'abandonner sans secours. Les barons s'engagent et, en somme, ils tiennent parole. « Chaque année, au doux temps de Pâques... quand l'hiver décline et que la chaleur revient », vous voyez déboucher à l'est et à l'ouest de la contrée toulousaine, de longues files de pèlerins, chevaliers et piétons, venus du tout pays. Concours défectueux néanmoins et fertile en mécomptes. Le service, on le sait, n'est que de quarante jours. La Chanson dit, il est vrai : « Quand les uns viennent, les autres s'en vont ». Mais il ne faut

l'unet lautre au titre de duc de Narbonne. Le comte, excommunié par le prélat, maintint néanmoins tous ses droits et les soutint par la force, tout en faisant parvenir son appel au Saint-Siège. Preuve d'une ambition démesurée, non seulement aux yeux de Dom Vaissette, mais à ceux de M. l'abbé Douais, auteur d'un récent travail, favorable dans son ensemble à la croisade. ( La Controverse, 16 avril 1882.) Avant de nous prononcer sur la question de droit, n'est-il pas équitable d'accorder aux deux parties le bénéfice de la bonne foi, et des raisons probables que chacune pouvait alléguer ? Assez claire en elle-même, la question avait été obscurcie. Il le faut bien, puisque deux Papes, Innocent III et Honorius III, s'en occupèrent successivement sans en venir àbout. A la fin, toutefois, Honorius reconnaît les droits de Simon de Montfort en déboutant son adversaire. M. A. Molinier, contraire, ici encore, à Dom Vaissette, n'hésite pas à reconnaître le bien fondé des revendications du comte de Montfort, aucun des prédécesseurs de l'archevêque Arnauld ne s'étant attribué le titre de duc de Narbonne. (Hist. du Languedoc, t. vi, p. 469.) Que resle-t-il encore en ce point de l'imputation d'ambition '. Simon ne fait autre chose qu'un acte de bon administrateur en défendant et conservant les droits du fief dont il a été investi.

pas en conclure que ces déplacements s'opèrent avec la régularité d1un poste qu'on relève. Les vides ne se remplissent pas immédiatement, régulièrement : il y a des intermittences. Quand elles coïncident avec des entreprises engagées et qui ne peuvent être suspendues sans péril, vous comprenez le désarroi qu'elles amènent. Vous comprenez aussi les ennuis, les tristesses qui inondent Pâme de Simon, resté seul ou à peu près — quasi solus et desolatus — expression qui revient d'une manière périodique sous la plume de son historien, pour marquer d'inévitables angoisses.

Des expériences précoces viennent justifier ses pressentiments. Le premier départ des croisés le laisse avec un effectif d'une trentaine de chevaliers Avec cette faible troupe, il faut tenir en respect les populations ou leur inspirer confiance, garder les positions acquises et en conquérir de nouvelles. Si tout cède devant cette poignée de braves conduite par un héros, eux partis, les résistances se reforment, les défections, les trahisons se multiplient. Déjà, dans une première campagne, vous avez une image de toute la guerre. Des difficultés'sans cesse renaissantes contraignent Simon à des prodiges d'audace et d'habileté. Il est à remarquer que ses succès les plus brillants, la victoire de Castelnaudary, par exemple, et celle de Muret, sont obtenues dans des conditions numériques tout à fait inférieures.

Dur métier et métier trop ingrat pour tenter une ambition vulgaire. Dévoué corps et âme, Montfort sert la cause de Dieu à ses dépens : aux dépens de son repos, car, pendant neuf années, c'est à peine s'il quitte les arçons; aux dépens de son patrimoine, car les subsides

i. Quand l'histoire parle d'une trentaine de chevaliers, c'est sans compter les écuyers, sergents, gens de pied et les milices locales.

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en argent comme en hommes lui arrivent d'une manière irrégulière, et il faut qu'il épuise ses ressources personnelles pour équiper et entretenir le noyau d'une armée permanente. Ajoutons que, eu égard aux injustices de l'histoire, il a servi la cause de Dieu aux dépens même de son honneur. Et si néanmoins, il remporte des succès, s'il recueille de la gloire, s'il excite l'enthousiasme, ces satisfactions sont tellement éphémères et si chèrement achetées qu'à peine peuvent-elles compter comme encouragement. Des exemples vont nous le faire comprendre.

En 1210, seconde année de la guerre, les croisés entreprennent le siège de Termes. Ce château fort, qui commande tout le district auquel il donne son nom, est par sa position un nid d'aigle et par ses occupants un nid d'hérétiques. Depuis plus de vingt ans, les saints mystères n'ont pas été célébrés dans ces lieux voués à l'impiété. L'entreprise est ardue • la place passe pour impre nable ; elle est abondamment pourvue : neuf mois d'efforts et des arrivages successifs de croisés seront nécessaires pour la réduire. A ne consulter que les apparences, l'affaire est bien engagée. Des princes de l'Eglise et des barons du plus haut rang marchent à la tête de l'armée catholique, et le camp, par les magnificences qu'il déploie, fait penser aux splendeurs des tournois et des cours. « Il y avait là, dit la Chanson, force barons, force riches draps de soie et force riches pavillons, force jupons de soie et force riches ciclatons, force hauberts maillés, force bons gonfanons et force lances de frêne, enseignes et penons, et force bons chevaliers et force bons damoiseaux, Allemands et Bavarois et Saxons etFrisons, Manceaux et Angevins, et Normands et Bretons, Longobards et Lombards, Provenceaux et Gascons1... » Ainsi, c'est

i. Guill. de Tudéle,

l'Europe chrétienne, y compris la France méridionale, qui, représentée par la fleur de sa chevalerie et de son baronnage, vient faire assaut d'éclat et de brillantes prouesses au pied des âpres rochers où s'élève menaçante la citadelle ennemie.

a Mais, remarque Pierre de Vaux-Cernay, moinsadmiratif que le poète, il est permis de croire que Dieu, par un de ces justes jugements dont il a le secret, ne voulut pas accorder l'honneur du triomphe aux puissants de ce monde. De grandes choses venant à s'accomplir par des hommes estimés grands, on aurait pu les attribuer, non àla force d'en haut, mais au bras de la créature Le Seigneur réservait la victoire, non aux riches, mais à des pauvres, afin de tirer sa gloire de la faiblesse des instruments. »

Et, en effet, toutes ces bellesapparences s'évanouissent. A court de patience, les pèlerins prennent le parti de la retraite, et cela au moment où la place, réduite aux abois, parle de capituler. En vain, Simon les conjure de surseoir, ne fût-ce que de quelques jours ; en vain, parce qu'ils sont intraitables, sa pieuse et chevaleresque épouse se jette aux pieds des évêques et des comtes. Rien n'y fait: c'est le lendemain même que le départ s'effectuera.

Alors éclate dans tout son jour l'infrangible constance du champion de la cause catholique. Voici des mois qu'il lutte. Dépense de ses ressources, dépense de sa personne, rien ne lui coûte. Faut-il que, pour aller au-devant d"un péril inopiné, il fasse bon marché de sa vie ? comme en mainte autre occasion, vous le voyez affronter absolument seulun ennemique tantd'audace fait reculer. Ses ressources sont-elles taries? Il a pour s'en passer un ingénieux moyen. On le croirait à peine; maisle comte de Monttort etde Leicester , l'époux d'Alice de Montmorency, le chef des barons chrétiensque

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nous avons vudéployer un si grand luxe, se trouve réduit à une telle pauvreté que a souvent... à l'heure du repas, il s'en va chevaucher restomac creux, de peur d'être surpris sous sa tente , n'ayant pas un morceau de pain à mettre sous la dent». Maintenant , il reste presque seul, et son âme est noyée d'amertumes ; peu s'en faut qu'il perde courage— quasi soins et penitns desolatus. Mais non; s'il est impuissant à poursuivre le siège, il est plus incapable encore de l'abandonner. Dieu le prend en pitié : quand on croit tout perdu , surviennent ces pauvres dont il a été parlé plus haut., Ce sont des gens depied, venus du fond de la Lorraine. Grâce à leur concours, le siège est repris avec une nouvelle vigueur , et le succès couronne enfin tant d'opiniâtreté.

D'autres faits mettent en lumière la cause intime de cette force d'âme. Transportez-vous sous les murs de Castelnaudary , en 121 1. Ici encore, le départ malencontreux des pèlerins semble appeler sur Montfort un inévitable désastre. Les comtes de Toulouse et de Foix passent à travers les vides laissés par les croisés. Ils tentent un suprême effort. Pour écraser les catholiques , pourtant bien affaiblis , ce ne sera pas trop du ban et de l'arrière-ban de leurs vassaux et de tout ce qu'ils ont pu réunir en fait de routiers. A cause de ce grand nombre , Pierre de Vaux-Cernay compare leur armée à une nuée de sauterelles dont la terre est couverte — quasi locustœoperientes terram. — « Quand l'ost s'aligne dans la plaine, dit, non sans une évidente exagération, l'auteur de laChanson, ils sont plus de deux cent mille 1 . » Montfort, qui a rallié autour de lui tout ce qui n'est pas indispensable à la garde des forteresses, ne dis-

1. Chans. p. 107. Pierre de Vaux-Cernay parle de cent millecombattants. Bouq.t. xix, p. 52.

5o6 CHAI'ITIîE XII. — LA CROISADE CONTRE LES ALBIGEOIS.

pose en somme quede très peu de monde : les milices du pays ont refusé de marcher, ou bien, après s'être ébranléeSj elles l'ontabandonné. On lecroit perdu sans retour : non seulement des seigneurs, mais des abbés se détachent de lui et portent leur hommage ducôté oùs'annonce le succès. Comme sui croîtde soucis, il a sa femme enfermée dans Lavaur, son fils malade à Fanjeaux , une fille qui lui est née pendant la guerre, en nourrice à Montréal. Pour protéger des têtes si chères, il ne peut rien. Mais, en ces conjonctures, il n'a au cœur qu'une pensée , celle du devoir — Dieu fera le reste — il n'a devant les yeux qu'un objet : l'Eglise qui se réclame de son bras. Un Frère convers de l'Ordre de Cîteaux , s'imaginant que son courage a besoin d'être relevé, essaie de lui adresser des consolations. « Vous croyez donc que j'ai peur, répond le soldat chrétien : l'Eglise tout entière prie pour moi ;jene saurais être vaincu. » Tel estle secret de cette incomparable constance. Mais, la foi n'exclut pas l'emploi des moyens humains ; elle en fait plutôt un devoir. Montfort va mettre tout en œuvre pour se tirer d'une situation presque désespérée. Vous croiriez qu'il ne lui reste plus qu'à se retrancher derrière les murs de Carcassonne , la plus forte de ses places. Mais unavis contraire prévaut Soutenir un siège, c'est se faire prendre au gîte. Il vaut mieux mettre l'espoir de la campagne dans une de ces luttes corps à corps où la valeur personnelle des croisés reprendra tous ses droits. « Si vous voulez m'en croire, dit à Simon un de ses chevaliers, c'est sous les murs du plus faible des châteaux de votre terre que vous prendrez position. »

Castelnaudary semble offrir cette condition négative. Le Castrum, la ville proprementdite, servira à deux fins. Point d'appui pour des combats en rase campagne, il offrira la nuit un gîte commode et suffisant . car les croi-

sés sont peu nombreux : cinq cents lances, tant enchevaliers qu'en sergents. Tous les jours ils sortent en ordre de bataille et, se rangeant tièrement devant les portes, ils provoquent l'ennemi. S'ils lui permettent de pénétrer par les brèches restées ouvertes du faubourg, c'est pour se donner le plaisir de le culbuter, et ils n'y manquent jamais. Du reste, ils se gênent si peu qu'ils vont, à une demi-lieue de distance, abreuver leurs chevaux et , comme on est au temps des vendanges, ils se répandent dans les vignes pour cueillir le raisin. Ces témérités ont leur raison d'être ; la tactique de Montfort est de provoquer des rencontres ; celle du comte de Toulouse est de les éviter. Ce dernier redoute [''irrésistible élan des croisés et, malgré la supériorité du nombre, il se tient prudemment renfermé derrière d'inexpugnables retranchements, fossés, palissades, obstacles de tout genre. Avec toute leur fougue, les guerriers du nord ne parviennent pas à entamer ces défenses ; ils n'en continuent pas moins leurs agressions, en sorte que vous croiriez les rôles intervertis ; d'assiégés ils sont devenus assiégeants — non videbantur obsessi, sed potius obsidentes. Cependant l'armée toulousaine a dressé des engins formidables qui battent la place à grande distance. Les croisés se raillent de ce mode d'attaque. « Pourquoi, crient-ils à l'ennemi, tant dépenser en engins et prendre tant de peines pour renverser nos murs. Donnez-nous seulement vingt marcs d'argent et, à ce prix, nous nous chargeons de combler nous-mêmes nos fossés et de vous ouvrir une brèche large de vingt coudées. » Pourtant, ces machines devenaient incommodes; un mangonneau lançait dans la place d'énormes projectiles. Les croisés tentent de l'enlever; les retranchements les arrêtent. Montfort, emporté par son ardeur, pique des deux et veut enlever son cheval au delà d'un fossé large et protond. Ses hommes

5o8 CHAPITRE XII. — LA CROISADE CONTRE LES ALBIGEOIS.

d'armes, portant la main sur la bride de sa monture, arrachent leur chef à ce danger. Néanmoins, ils ne reviennent pas en arrière sans avoir tué un certain nombre d'ennemis, tandis qu'ils n'ont perdu aucun des leurs.

Les sentiments de Montfort sont aussi élevés que son courage est grand. L'épisode de Castelnaudary leur fournit plus d'une occasion de s'affirmer. L'heure du dénouement est proche. Bouchard de Marly, beaufrère du comte, arrive de Lavaur à la têted'une colonne, élite de la chevalerie du nord ; elle doit, chemin faisant, se rencontrer avec un convoi expédié de Carcassonne et l'escorter jusqu'au camp. Il importe d'empêcher cette concentration, et le comte de Foix, avec des forces supérieures— dix contre un, suivant les uns, trente contre un, suivant les autres — s'est porté en avant, afin de barrer le passage à ce double renfort en hommes et en approvisionnements. Ce mouvement et les conséquences qu'il peut avoir en bien ou en mal n'ont pas échappé à la clairvoyance de Montfort.

Ici se place un de ces faits de trahison trop communs au cours de cette guerre et que, pour l'honneur des mobiles et ardentes populations du midi, on voudrait voir plus rares. Plus qu'aucun autre outrage, la trahison blesse au vif la noble et généreuse nature du chef de la croisade.

Il a dans son armée un seigneur du pays, Guillaume Cat, qu'il a comblé de ses bienfaits. Non content de lui avoir inféodé une terre et de l'avoir armé chevalier, il l'a appelé à l'honneur de tenir un de ses enfants sur les fonts. Lecomte et la comtesseen faisaienttantde casqu'ils n'avaient pas cru pouvoir confier à des mains plus loyales et plus sûres la garde de leur fils, le jeune Amaury. Cet homme, cependant, entretenait des intelligences avec le comte de Foix. Evidemment Simon avait eu vent

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de ces menées coupables : c'est à force de magnanimité qu'il veut arracher au déshonneur une âme prête à s'y abîmer. A la veille d'un combat décisif, il manda auprès de lui Guillaume Cat et d'autres chevaliers, indigènes comme lui. « Frères, lui dit-il, voici que les comtes de Toulouse et de Foix, ces hommes puissants, me menacent à la tête d'une immense multitude et demandent mon sang. Je suis à peu près seul au milieu de tant d'ennemis. Que si, par crainte ou par amour, vous vous sentez portés à les rejoindre et à m'abandonner, il est inutile de vous contraindre. Dites, et je vous ferai conduire sains et saufs vers l'autre camp. — Jamais, seigneur, répondit le traître, jamais je ne vous abandonnerai, dussent tous les autres faire défection. » Ce qui n'empêcha pas Guillaume Cat et les chevaliers, ses complices, de passer à l'ennemi au fort même du combat. Douleur qui pour Montfort ravivait des plaies anciennes. Il ne pouvait manquer de se souvenir, entre autres manques de foi, de la conduite odieuse d'un autre chevalier du pays, Giraut de Pépieux, qu'il avait singulièrement aimé, dont il avait, dit la Chanson, fait son privé, et auquel il avait confié la garde de ses places dans le Minervois. Il sait que le félon, marchant aujourd'hui sous la bannière du comte de Foix, combattra demain son ancien bienfaiteur, a Aussi, dit Guillaume de Puylaurens, en traduisant les ressentiments d'une âme plus outragée dans son culte de l'honneur que dans ses intérêts, le comte, à partir de ce temps, prit en aversion croissante le concours des chevaliers de notre langue »

Montfort, au dernier moment, n'avait gardé près de lui que soixante chevaliers. Le reste, il l'avaitenvoyc à la

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