Bouq. t. xix, p
l'évêque foulques de toulouse. 541
encore dominante, il ne peut être un drapeau qu'en tant qu'il représente ces libertés et franchises dont l'histoire s'identifie de temps immémorial avec celle de la maison de Saint-Gilles. Une question d'indépendance locale a primé toutes les autres. On ne s'explique pas d'une autre manière le revirement qui arme contre les croisés ceux-là même, parmi les Toulousains, qui'partagent leurs convictions et qui naguère combattaient avec eux.
Grave détermination, qui pèsera sur l'avenir de Toulouse. Le comte Raymond s'est jeté dans la ville, et avec lui, lesennemis les plus dangereuxdela cause catholique, les comtes de Foix et de Comminges, les routiers navarrais et autres, les expulsés de Béziers, de Carcassonne, de Lavaur, les bannis, les mécontents de toute la contrée. Toulouse n'est plus une cité, maisun camp, comptant plus de soldats qu'elle ne contenait d'habitants. Cette masse ira toujours croissant: les esprits échauffés auront pour eux la loi du nombre. En consentant à se dissoudre , la confrérie blanche désarme devant la confrérie noire ; elle s'est donné des maîtres. Ne vous attendez plus qu'à des conseils de violence ; l'air se charge d'électricité; les orages s'amoncellent et se heurtent. Un coup de foudre vient fondre sur la cité ■ les capitouls sont excommuniés ; la ville entière est mise sous l'interdit, et l'évêque, que frappe une sentence d'exil, ordonne à ses clercs de sortir d'un milieu voué à l'anathème, ce que ceux-ci exécutent nu-pieds et en emportant avec eux le Saint-Sacrement.
Cependant, on annonce l'approche des croisés; ils viennent régler leurs comptes avec Raymond VI. Ils ont forcé le passage du Lhers, qui couvre la ville du côté du levant. Trop peu nombreux pour l'investir, ils se rangent sous ses murs, « fiers et superbes », dit la Chanson.
« Dans la ville, ajoute-t-elle, il y avait plus de monde que dans l'ost... mais ces gens ne sont pas si osés que les croisés.... Rien n'empêche ceux-ci d'assiéger Toulouse du côté où elle est le mieux fermée '.» Ce siège, coup de main non prévu et improvisé dans ses moyens, ne se prolongea pas au delà de quinze jours. Il y eut de rudes coups échangés: après quoi, les assiégeants, manquant de vivres, prirent le parti de la retraite. Leur insuccès portait au comble l'orgueil des Toulousains.
La défection de Toulouse et du comte modifiait les conditions de la guerre. L'expérience avait parlé. On renonçait à s'emparer par surprise d'une cité puissante, belliqueuse, pleine de ressources. On comprenait que, pour la réduire, il fallait un siège en règle et de longue durée. Or, réduit à quarante jours par la coutume féodale, le service des croisés s'y prêtait peu. Ce qui leur manquait, c'était moins la force que la constance d'une action durable. Au bout de ces six semaines de campagne qui auraient à peine suffi aux préliminaires d'un siège, les masses venues du nord s'en retournaient dans leurs foyers, contentes d'avoir payé leur dette à la croisade. Montfort prit le parti d'utiliser leur présence pour soumettre par des coups rapides les vastes domaines de Raymond VI. Quand, à la suite de ces excursions, il voyait son effectif réduit à une poignée de vaillants, noyau de la croisade permanente, il se rapprochait de Toulouse, il en ravageait les alentours et, la harcelant de mille manières, il l'enfermait dans un cercle de plus en plus étroit. C'est ainsi qu'en 1212, après la conquête de l'Agenais, il met à profit ses loisirs et le peu de monde qui lui reste pour poursuivre ses chevauchées jusquesous les murs de la ville, et, au vu des habitants, il dévaste leur