Ibid
3. Ibid. Sur la manière de procéder du Saint à l'égard des hérétiques, voir c. x, p. 343, et surtout la note à la même page.
duites et que nous passons à regret ! Cette période part de 1 208, après la mort de l'évêque d'Osma. Alors le bruit des combats a couvert toutes les voix, et la grande mission donnée sous la direction des douze abbés de Cîteaux a complètement cessé. Dominique, resté seul, ramasse les armes pacifiques que des mains découragées ont laissées sans emploi. Jourdain de Saxe résume cette période en quelques mots : « Lorsque, dit-il, on eut appris la mort de l'homme de Dieu — l'évêque d'Osma — les prédicateurs, qui jusqu'alors avaient exercé leur ministère dans les contrées toulousaines, s'en retournèrent chacun chez soi. Le bienheureux Dominique persévéra seul dans la prédication. » Quelques coopérateurs, cependant, s'adjoignirent à lui. Avec leurconcours, il prépara la mise en œuvre d'un projet, nourri précédemment par son éveque: c'était d'instituer des prédicateurs « dans le but spécial de combattre l'hérésie et de défendre la foi ». Sept années de lente et obscure préparation vont nous conduire jusqu'en 121 5. « Bien que, écrit encore le bienheureux Jourdain, Dominique eût avec lui un certain nombre de disciples, ceux-ci, n'étant engagés par aucun vœu d'obéissance, pouvaient le quitter quand ils voulaient. Frère Guillaume Claret et Frère Dominique d'Espagne vinrent des premiers... L'Ordre cependant n'était pas encore fondé : Dominique en parlait comme d'une chose à venir. »
Mais déjà il y avait un présent, un commencement, un germe, et ce germe s'était mis immédiatement à grandir. Onpeutmeme faire remonter sonorigine audelà de 1208. Cette existence de fait se révèle quand, en 1206, saint Dominique ferme les portes de Prouille sur les nobles filles, converties par ses exhortations et ses exemples — conversce monitis et exemplis Fratris Dominici. Ainsi s'expriment, et à diverses reprises, les actes de donations
l'ÉVÊQUE FOULQUES DE TOULOUSE. 5Sy
rédigés en faveur du nouveau monastère. En même temps qu'il ouvre un asile à ces âmes reconquises à la foi, le Saint, disposant, en leur faveur, de Guillaume Glaret, le meta la tête du temporel de la communauté. Dès lors, Prouille peut être considéré comme le berceau de l'Ordre dans ses deux branches, hommes et femmes. L'opinion populaire ne s'y trompe pas ; elle adopte dans toutes ses parties le dessein du fondateur, qui est d'ouvrir à ses chères filles un asile et d'offrir un point deralliement à ses coopérateurs dans la sainte prédication, commeon disait : coopérateurs qu'on peut déjà considérer comme ses hls, car ils sont les Frères de ses Filles ; le monde ne les désigne pas autrement. Parmi les donations qui vont se succéder si nombreuses en faveur de Prouille et dont les instruments sont sous nos yeux, deux seulement omettent de parler des Frères — c'est le terme consacré ; une, en revanche, omet le nom des Sœurs : toutes les autres mentionnent, sans les séparer, les Frères avec les Sœurs. Quoi de plus précisa cet égard et de plus touchant à la fois que cet acte portant la date précoce de 1207, en vertu duquel ErmengardeGodeline et son mari,Sanche Gasc, donnent, non seulement leurs biens, mais leurs personnes « à Dieu, à sainte Marie, à tous les saints, à la sainte prédication, au seigneur Dominique d'Osma, aux Frères et Sœurs vivant à Prouille »
Cette série très considérable d'actes gracieux est à elle seule toute une histoire. Ces parchemins permettent de lire entre les lignes. Prouille est un lieu privilégié, une oasis de paix, où les bruits de guerre n'entrent pas. Vous ne savez en vertu de quel charme, plus fort que toutes les convulsions d'une époque de trouble, les plans du