‹ Saint Raymond de Pennafort et son époqueChapitre 196 sur 203 · Ibid. p · texte numérisé non relu

Ibid. p

2. Multi quianteaerant inimici occulticomitis. Bouq. I. xix.p. 1 10.

58o CHAPITRE XII. — LA CROISADE CONTRE LES ALBIGEOIS.

de jours. Se préparer à une inévitable lutte, c'est là le plus pressé : demain on verra comment s'arranger avec l'Eglise : ne sait-on pas qu'elle pardonne ?

A l'ancien parti des comtes et à la masse des ralliés, il faut joindre un autre élément. Si, à la surface, la lutte tend à prendre des allures plus politiques que religieuses, l'hérésie n'a pas désarmé. Cette mère de la francmaçonnerie moderne remplit le rôle de gouvernement occulte. Elle exerce son influence sur l'opinion; elle a su profiter des fautes et des excès des croisés, exploiter la fibre patriotique, unir les esprits dans une même cause. Maintenant plus que jamais, il lui importe de ne pas laisser dire que Toulouse poursuit un autre but que la défense de ses droits, de ceux de son seigneur, de ceux de la patrie méridionale tout entière. Cette thèse, vous la trouvez habilement insinuée parle continuateur de la Chanson. Pour lui, le croirait-on ? l'hérésie, cette question actuelle, palpitante, principale, n'occupe aucune place dans le drame dont il s'est fait l'historien. Il n'y a point d'hérétiques à Toulouse. Toulouse et l'armée nationale necontiennent que d'excellents catholiques ; ceux-ci s'opposent, non pas à une croisade mais à uneguerre d'envahissement. Le poète a soin de mettre sur les lèvres des guerriers, défenseurs de la ville, une profession de foi excellente, opposée de tous points aux doctrines albigeoises '. Ecoutez encore comment, en haut lieu, dans les conseils mêmes de Raymond VI, il fait parler les barons : « Si, dit-on, la sainte Eglise et ses prédicateurs nous font mal ou dommage, gardons-nous de leur en faire, mais prions Jésus, le Père rédempteur, de nous donner auprès du Pape un avocat par qui nous puissions avoir paix et amour avec la sainte

i . Chans. p. 368.

l'ÉVKQUE FOULQUES DE TOULOUSE. 58 I

Eglise *. » Déclaration vertueuse assurément, mais de l'hérésie toujours rien. La Chanson, qui prête aux Toulousains de si beaux sentiments, et qui prodigue en leur nom les invocations pieuses à Jésus-Christ, « splendeur et lumière, à sainte Marie, vierge impératrice, à saint Sernin », protecteur de la ville, couvre l'existence des sectaires d'un complaisant et prudent silence : c'est le silence du complice.

Et toutefois, l'hérésie n'est pas un vain fantôme ; elle s'est retranchée dans Toulouse plus forte que jamais, Elle est favorisée par le prince ; elle domine de nouveau dans les conseils de la cité. Celle-ci est redevenue un camp, unlieu de concentration pour toutes les forces hostiles à la croisade et à l'Eglise. Ces anciens lauteurs d'hérétiques, les comtes de Foix et de Comminges, et les barons habitués à les suivre, s'y retrouvent avec les deux Raymond, avec toute la clientèle d'autrefois, les routiers, les faidits, les hommes de désordre. Il sera bien difficile que, à certaines heures, l'arbre ne se révèle pas par ses fruits. Vous rencontrez en effet des actes criminels qui ne peuvent être perpétrés que par des sectaires, sûrs d'eux-mêmes et maîtres de la situation

Le siège de neuf mois infligé à Toulouse offre, à certains égards, une réédition des faits deguerre qui se déroulent

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