‹ Saint Raymond de Pennafort et son époqueChapitre 200 sur 203 · Bern. Guid. — Bouq. t. xix, p · texte numérisé non relu

Bern. Guid. — Bouq. t. xix, p

l'ÉVÈQUE FOULQUES DE TOULOUSE. 585

l'orgueil humain que pour glorifier le repentir. En ellemême, elle était si peu une flétrissure, que, tout à l'heure, quand le comte de Toulouse aura secoué la cendre et la poussière, le jeune roi, saint Louis, l'armera chevalier. La justice et la paix s'étaient embrassées.

En même temps, l'interdit qui pesait sur Toulouse était rapporté ; trente bourgeois des plus notables de la remuante commune devaient demeurer en otage pour garantir l'exécution fidèle des conventions arrêtées à Paris. Raymond VII, lui-même, se constituait, de son plein gré, prisonnier sur parole, jusqu'à ce que les murs de Toulouse et ceux d'un certain nombre de places, nommément désignées, eussent été démolis, et que, autre condition de la paix, la fille du comte, âgée alors de neuf ans, eût été consignée entre les mains des ambassadeurs du roi, pour être fiancée au comte de Poitiers son frère. Parcette union, un fils de France devenait, à l'exclusion de tout autre, soit déjà né, soit à naître, l'héritier, unique et sans conteste, des terres laissées viagèrement à Raymond VII.

Celui-ci, deretourde sa captivité volontaire, retrouvait sa ville de Toulouse pacifiée, réconciliée avec Dieu et avec elle-même, purgée des soudards étrangers et ayant ouvert ses portes à ses fils, les proscrits des discordes civiles. Dès le mois de juillet 1 229, un concile s'y était assemblé. Les seigneurs et chevaliers du pays, à l'exception du comte de Foix qui résistait encore, s'étaient unis aux prélats, et, de la ville considérée jusqu'alors comme le foyer de l'hérésie, partaient des décrets destinés à la proscrire. Toulouse s'était réveillée catholique, et, comme en 121 1, ses milices, sous la conduite de son éveque, allaient s'unir aux chevaliers du nord pour compléter la pacification du pays.

Foulques, auquel nous allons dire adieu, était alors

à l'apogée de sa réputation. « Tout le monde, dit l'historien, le vénérait àcause de son renom de de prud'homie — pro suce bonitatis fama — et à cause des travaux qu'il avait endurés pour la toi *. » Son rôle est marqué partout, dans les opérations de guerre qui précèdent la paix, dans les négociations qui la préparent; à Meaux, où les préliminaires s'engagent ; à Paris, où le traité s'achève. A Paris, il assiste à la réconciliation du comte de Toulouse ; à Toulouse, il précède son retour. Dans cette ville, il héberge sous son toit les membres du concile et, malgré la disette qui sévit et qui l'atteint dans ses revenus, il tient à se montrer magnifique, se ressouvenant des jours où, proscrit et errant, il avait été l'objet d'une hospitalité généreuse. Ce qui n'empêche que, en même temps et dans la mesure que réclame une année malheureuse, il ne nourrisse les pauvres, soit à la porte de son palais, soit dans les demeures où la honte les retient et où sa charité les poursuit. Du concile, il passe dans les camps et prend part au dernier épisode de la croisade. Laissons parler ici un chroniqueur dont la voix nous est encore inconnue.

« Tous les chevaliers de Toulouse, écrit Albéric des Trois-Fontaines 2, et tous les hommes de la ville en état de porter les armes, s'étant mis sous la conduite de l'évêque Foulques, vinrent se joindre à nos combattants. Ce ne fut pas sans effort qu'on parvint à s'emparer du château de Cabaret. Alors, par la faveur divine, toute la terre

1. Bouq. t. xix, p. 217. Cette appréciation de Guillaume de Puylaurens, faut-il le remarquer une fois de plus, ne cadre guère avec celle de la Chanson et des historiens sans nombre qui l'ont suivie. On peut glaner encore d'autres traits fournis également par la Chronique de Guillaume de Puylaurens (Bouq. t. xix, p. 217-219) et qui, réunis, achèvent de peindre dans son vrai jour le noble et grand caractère de l'ami de saint Dominique.

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