‹ Saint Raymond de Pennafort et son époqueChapitre 24 sur 203 · Justifiant colimus, et boni et œqui notitiam profitemur · texte numérisé non relu

Justifiant colimus, et boni et œqui notitiam profitemur

68 CHAPITRE III. — CIVILISTES ET DÉCRÉTISTËS.

maîtres dans l'art du bon et de l'équitable — jus est ars boni et œqui — n'aperçoivent la justice qu'à travers un nuage. Ils ne savent pas s'élever dans la région sereine et lumineuse où réside un droit supérieur, éternel, inaccessible aux fluctuations et de qui découlent tous les droits. Leurs livres sont pleins de belles maximes, mais tout aussitôt contredites, et ce n'est pas au point de vue de la philosophie du droit, qu'il convient d'admirer leur logique. Ne leur demandez pas de se déprendre de leurs principes d'absolutisme. Si à la science du juste et de l'injuste — scientia justi etinjusti — comme ils disent, il faut un critérium, ils le placent, non pas en haut, mais en bas ; ils le font consister dans l'opinion, dans le vouloir, dans l'arbitraire humain. « Les lois obligent, ils le déclarent, par cet unique motif qu'elles ont été soumises au jugement du peuple etacceptees par lui L » A cette condition, les lois les plus iniques deviendront légitimes. Ils vont plus loin : l'arbitraire consacre l'arbitraire : a tout ce qui plaît au prince, disent-ils, a force de loi. » D'où vient ce pouvoir exorbitant, somme de tous les droits et exclusion de tous les devoirs ? C'est qu'il a plu au peuple de « conférer au prince tout son imperium et sa puissance ». Ainsi parle Ulpien. César est omnipotent parce que le peuple est omnipotent. L'humanité, non, c'est trop dire, le civis, le Romain est la source du droit.

Et pourtant, la gentilité était mieux inspirée, quand, par la bouche de Cicéron , elle proférait cette parole digne d'une intelligence chrétienne : « La loi ne date pas du jour où elle a éternise en écrit ; elle est née avec la raison divine — orta est simul cum mente divina 2 ».

Après les ténèbres, la lumière.

1 . Cum ipsœ leges nulla alia ex causa nos tcneant quant quoi judidicio populi rcceptœ sunt. L. 3z, § I, û., de legibus.

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