‹ Saint Raymond de Pennafort et son époqueChapitre 35 sur 203 · La Décrétale Novit. Décret. L. 11, tîtx, c. i · texte numérisé non relu

La Décrétale Novit. Décret. L. 11, tîtx, c. i

128 CHAPITRE III. — CIVILISTES ET DÉCRETISTES.

rencontre une expression non moins énergique et non moins lumineuse dans son laconisme que celle d'Innocent IV. Cette expression : decernere depeccato— ratione peccati — ratione delicti — procéder, intervenir à l'occasion du péché, s'acclimatera dès lors dans le style de la chancellerie romaine, et les scolastiques, ne pouvant puiser une formule plus exacte à une source meilleure, l'emploierontà l'envi. Voyons l'usage qu'en fait Innocent III.

Une querelle s'est élevée entre Jean-sans-Terre et Philippe-Auguste. A la demande du prince anglais, le Pape est intervenu. Le roi de France s'en plaint ; Innocent III lui répond : « Nous n'entendons pas, écrit-il, nous porter juge en matière féodale ; ce jugement appartient au roi. .. Mais nous entendons être juge du péché — decernere de peccato — jugement qui relève de nous sans aucun doute. » Ainsi, le Pape se déclare légitimement saisi, non pas en vertu d'unesuprématietemporelle qu'il décline, mais en vertu de son autorité sur les choses spirituelles, en tant qu'arbitre souverain du juste et de l'injuste. Aussi, ajoute-t-il, non sans raison : « Dans ces termes, la majesté royale, en se soumettant au jugement apostolique, ne souffre aucun dommage. Qu'en vertu de notre mandat d'en haut, il nous appartienne de reprendre tout homme pécheur et, s'il ne nous écoute, d'user à son égard des moyens coercitifs dont l'Eglise dispose, c'est ce que nul homme en possession de son bon sens ne saurait contester. »

Loyal langage, auquel on ne peut reprocher ni de n'être pas clair, ni de manquer de mesure. Le motif de l'intervention du Pape dans une question de l'ordre temporel est marqué par un mot, et ce mot explique tout — decernere de peccato. Il montre que, dans les conduites de l'Eglise, la loi morale, les intérêts des âmes priment tout, et que, au fond, ces intérêts seuls

sont en jeu. Si toutefois on voit apparaître dans un vague lointain la menace des moyens coercitifs, cela ne change en rien le but ques'est proposé la puissance spirituelle. Il n'est, d'ailleurs, fait allusion à ces jmoyens que pour en éloigner l'emploi. C'est le cas de dire avec l'hymne sacrée:

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