RAYMOND ENTRE CHEZ LES FRÈRES-PRÊCHEURS. I 5 I
mains d'une députation de seigneurs et de bourgeois aragonais et catalans. L'Eglise continuera à se montrer admirable de tendresse pour ce fils d'un roi qui s'était armé contre elle. Le légat lesuivit au delà des monts et prit toutes les mesures conseillées par une tutelle qui s'annonçait comme orageuse. Par ses soins, des cortès générales s'assemblèrent à Lérida, et, tandis que l'archevêque de Tarragone, Spargo, élevait l'orphelin entre ses bras et lui faisait balbutier la formule du serment exigé par les fueroset les coutumes , le légat réussissait à obtenir le serment des Etats, contrairement à l'usage d'un peuple qui, jaloux de ses libertés, refusait de s'engager et voulait que le prince s'engageât. Honorius III hérita de toutes les sollicitudes d'Innocent III. Les marques qu'il en donna furent réitérées et nombreuses. En 1219, année même qui ramenait saint Raymond dans sa patrie, nous le voyons adresser à son légat en Provence, Bertrand, cardinal de Saint-Jean-et-Paul, des lettres où il déclare prendre sous sa protection la personne du roi, son royaume d'Aragon, sa principauté de Catalogne, sa seigneurie et sa ville de Montpellier , et tous ses biens présents et à venir.
Dans le même temps , le Pape faisait choix pour le prince, alors âgé de onze ans, de conseillers expérimentés et intègres. On a prétendu donner à saint Raymond une place dans cet entourage, comme précepteur suivant les uns, suivant les autres comme confesseur désigné avec le concours des cortès. Négligeant les données incertaines, bornons-nous à constater le grand prestige qui dès lors entourait notre Saint. « Sa vertu, porte l'ancien texte, éclatait chaque jour davantage et le rendait aimable à tous. Les clercs et les laïques, les évêques plus encore et les princes étaient unanimes dans la vénération qu'ils lui témoignaient. » Porté si haut
t 5 2 CHAPITRE IV. — VOCATION RELIGIEUSE.
dans l'estime populaire, dans celle des grands du royaume et des seigneurs ecclésiastiques, Raymond ne pouvait être pour la personne du souverain un inconnu. Sous peu, nous le verrons entrer dans sa confiance, sans toutefois qu'il soit possible de déterminer le moment précis où elle se déclara.
Pendant ce temps, Bérenger de Palou avait eu soin d'assurer une honorable compensation à celui qu'il avait ravi à son auditoire de Bologne et à ses chères études. Une place était vacante au chapitre de l'église cathédrale. Par l'initiative de l'évêque et avec l'assentiment unanime des chanoines, elle fut offerte à Raymond et acceptée. Bientôt, la dignité de prévôt le plaça au premier rang parmi ses pairs.
Deux ans se passent ainsi, sans incidents1. L'année 1222 s'ouvre dans les mêmes conditions. Soudain, au mois d'avril, un événement décisif imprime à l'existence de notre héros un cours inattendu.
Si l'on tient compte de l'âge, Raymond semble parvenu à ce sommet où l'on n'a bientôt plus qu'à descendre. Il touche à sa quarante-septième année. Son passé est plein de travaux ; le succès les couronne, et, avec le succès, les dignités scolaires et celles de l'Eglise. L'histoire nous le montre à ce moment entouré d'une auréole de vertu et déconsidération dont chaque jour augmente l'éclat et qui lui attire tous les suffrages. Que manque-
I. Nous ne pouvons signaler que deux faits se rapportant à ces années, 1220 ef 1221. En premier lieu, on conserve aux archives du chapitre de Barcelone l'instrument d'une sentence arbitrale avec le seing de Raymond de Pennafort — signum magistri Raymundi de Pennaforti. Raymond, en second lieu, obtint, par suite de sa dévotion envers la très sainte Vierae, que la fête de l'Annonciation serait, comme dans les autres églises, célébrée sous la rite double. Ce jour-là, il disposait en faveur des chanoines d'une portion prélevée sur son revenu personnel et équivalant aux distribution usitées dans les grandes solennités.