‹ Saint Raymond de Pennafort et son époqueChapitre 64 sur 203 · LE BON COMBAT. I · texte numérisé non relu

LE BON COMBAT. I

à l'archevêque de Tarragone, les représente comme suscités de Dieu pour combattre les sectes. Saint Raymond, type très complet de tout ce que pouvait entreprendre un fils de saint Dominique, attachera son nom à la poursuite des hérétiques, comme aussi aux deux objets que nous venons d'indiquer : la conversion des Sarrazins et celle des Juifs.

On bâtissait beaucoup en Espagne : c'est encore Luc de Tuy qui nous le dit, et il ajoute : Les Frères-Prêcheurs construisaient des couvents. On peut se demander ici comment ils procédaient et à quels travaux ils se livraient dans les demeures élevées par leurs soins ? A une agitation, si souvent guerrière et toujours apostolique, succède un spectacle absolument paisible, celui de l'art, celui de l'étude. Généralement, les constructions dominicaines étaient ordonnées avec un sens exquis. Il est facile d'en faire la preuve en comparant entre eux les monuments de l'âge primitif. L'austérité , le châtié, la correction ne sont-elles pas des conditions du beau ? Partant de cette donnée , il était facile à ces mendiants, princes pourtant de la pensée, de chercher dans la simplicité l'élégance, et dans les règlements somptuaires de la pauvreté les lois d'une beauté jusqu'alors inconnue. Malheureusement pour notre thèse, en tant qu'elle se rapporte à l'Espagne, les monuments dominicains de la grande époque ont disparu , ou à peu près. Certains indices toutefois, certains souvenirs graphiques parvenus jusqu'à nous, n'ont pu que nous confirmer dans nos appréciations ». Il est un autre

1. En écrivant ces lignes, nous avons sous les yeux d'anciennes estampes représentant les deux couvents de Barcelone et de Majorque, ruinés par la révolution de 1 836 et qui depuis ont été rasés totalement.

genre de travaux dont nous avons en vain recherché des traces subsistantes. Jeter des ponts sur des passages difficiles était, nous l'avons marquée, une des préoccupations charitables du temps. Deux Frères- Prêcheurs, les bienheureux Pierre Gonsalès et Gonsalve d'Amaranthe — et sans doute il y en eut d'autres — se firent constructeurs de ponts, chacun de son côté, et vinrent à bout de leurs entreprises, sans autre ressource que celle d'une éloquence populaire [jointe à l'ascendant de la sainteté et à celui des miracles.

Passons à des œuvres en rapport plus direct avec la vocation des Frères-Prêcheurs. Les écoles de Palencia, de Salamanque, entrent dans leur printemps. Il y a des attraits auxquels les fils de saint Dominique ne sauraient résister. Vous les voyez, en conséquence, se hâter de fonder des couvents dans les deux villes studieuses, sans cesser pour cela de poursuivre le progrès de la science dans leurs autres maisons. Parmi ces dernières, signalons Barcelone, l'officine savante d'où va sortir laSomme de saint Raymond, et d'autres écrits dus, soit à la plume du saint, soit à celle de religieux moinsconnus. Marquons ici que l'auteur de la Somme et le compilateur des Décrétâtes ajouteàsa gloire comme canoniste, l'honneur d'avoircréé, àl'usagede ses Frères, desécoles pourl'étudedes langues etdes littératures arabe et hébraïque. Murcie,qui, à l'heure présente, est une ville infidèle, estappelée à devenir, au jour de la Reconquista, le foyer le plus en renom de cegenre d'études. Mais ce sera toujours sous l'inspiration de saintRaymond, et sous la direction immédiate d'un autre religieux de Barcelone, et d'un autre Raymond, disciple du premier, Raymond Martin, l'auteur du Pugio Jidei, livre qui, malgré le sort ordinaire des œuvres de controverse, a eu le rare privilège de ne point vieillir. C'est de Raymond Martin qu'un de ses contemporains et frères

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