LE BON COMBAT. I 9 I
en religion, Marsilio, écrivait : « N'étant inférieur à personne dans les lettres latines, il devenait philosophe quand il parlait arabe, rabbin distingué quand il parlait hébreu; il n'était pas moins versé dans la littérature chaldéenne ». Toutefois, il en est des Dominicains en Espagne, comme de l'Espagne elle-même : le côté militant prédomine ; l'essor des arts libéraux, qu'il ne faut pas méconnaître mais plutôt affirmer, est ici moins précoce, moins général, moins opulent que dans d'autres contrées. Ailleurs, vous eussiez recueilli à pleines brassées les prod îits de laborieux loisirs : de ce côté des Pyrénées, les résultats se comptent, et la forme qu'ils affectent, c'est la forme pratique, la forme du combat. Les rois de Léon et de Castille ont cherché au delà des monts des maîtres pour leurs écoles : on se demande si, de leur côté, les Dominicains, plus habiles à manier les armes qu'à les forger, ne vont pas, de parti pris, les demander, nous ne dirons pas à l'étranger — leur Ordre est une patrie — mais au loin. Question autorisée. Vous voyez, en effet, que des nécessités de la polémique soutenue en Espagne contre la philosophie des Arabes, naquit une des œuvres les plus belles de saint Thomas. Saint Raymond, l'homme de la lutte quotidienne, a conçu le premier l'idée de la Somme contre les gentils; mais, pour l'exécuter, il s'adresse au génie de la spéculation, et sa prière, portée au delà des Pyrénées et des Alpes, va mettre à même l'Ange de l'École de faire d'un écrit d'occasion un monument immortel.