‹ Saint Raymond de Pennafort et son époqueChapitre 67 sur 203 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Qu'on se souvienne d'un passage déjà cité de l'ancienne Vie de saint Raymond. « Grand nombre de doctes clercs, porte le vénérable document, grand nombre d'hommes de noble extraction et grand nombre de personnages distingués par leur mérite se laissèrent toucher par la détermination de Frère Raymond et, électrisés par sa parole, entrèrent à sa suite dans l'Ordre des Frères- Prêcheurs. »

Suivons cette foule d'élite ; entrons avec elle dans un de ces asiles de paix, de prière et d'études que les fils de saint Dominique savaient se ménager au milieu des agitations du monde et au fort de leur propre activité. Suivons surtout leplus illustre d'entre eux. Pour connaître saint Raymond de près, danssa vie intimede religieux et dans les préludes de sa vie publique, l'occasion est favorable. Pendant quelques années, le couvent de Sainte- Catherine le possède dans ses murs. S'il s'éloigne, c'est sans quitter la péninsule et uniquement pour accom-

pagner, dans sa mission à travers les royaumes espagnols, le légat du Saint-Siège, Jean d'Abbeville.

Parmi les Frères ralliés à sa voix ou de'terminés par son exemple, plusieurs ont un nom et une place dans l'histoire. S'agit-il, pour reprendre les termes de l'ancienne Vie, de la foule des savants clercs — clerici litterati multi — vous remarquerez ce Frère Pierre Ruber, compagnon de saint Raymond dans son voyage à Bologne. Après s'être abreuvé comme lui à la source maîtresse de la science juridique, il ne voulut pas séparer son sort du sien et partagea son existence comme religieux. Il est encore question dans l'ancienne Vie d'hommes de noble naissance — nobili génère. L'un d'eux, comme Pierre Ruber, représente pour Raymond de Pennafort un long passéd'œuvrescommuneset deconfraternité. C'est ce Raymond de Rozanis que nous avons vu. jeune enfant, offert, en même temps que notre Saint, à l'Eglise cathédrale de Sainte-Croix et Sainte-Eulalie. Il devientun trait d'union entre le monde et le cloître, entre sa famille naturelle et sa famille religieuse. Au livre des anniversaires du couvent de Sainte-Catherine, vous voyez figurer, à titre de bienfaiteurs, un noble chevalier, Bernard de Rozanis, et sa femme Elisende, et au livre des professions émises dans le même couvent, vous recueillez, à la date de 1255, le nom d'un autre Raymond de Rozanis, dit le second, neveu probablement du premier

Enfin, l'ancienne Vie fait entrer dans son énumération ceux qu'elle appelle des sujets éminents en mérites — morum honestate prœclari. De ceux-ci plusieurs jouiront de la confiance de Jacques d'Aragon qui, en homme avisé, saura mettre à profit leur ascendant moral et leurs talents. Encadrons en cetendroitla figure précédemment esquissée

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