Archiv. de Barcelone
VIE GONVKNTUELLE. \gg
de Michel de Fabra. Bien que, tils immédiat de saint Dominique, il n'ait pas suivi Raymond de Pennafort, mais l'ait, au contraire, précédé dans la carrière religieuse, néanmoins, devenu son commensalau couventde Barcelone, il contribue avec lui à la parure de la sainte maison; au dehors, ils deviennent l'un etl'autre, par l'odeur desainteté qu'ils répandent, un objet d'admiration pour les peuples ; ils entrent tous les deux dans les conseils du roi, ils prennent aux affaires publiques une part considérable ; l'histoire ne peut les séparer. Mettons, par contre, au compte des recruesdel'heure présente, Bérenger de Castelbisbal,le futur évèque de Girone. Confesseur en son temps de Jacques le Victorieux, il apprendra à ses propres dépens etd'une façon qui faillit tourner au tragique, combien il est difficile de servir à la fois le Roi du ciel et les princes de la terre. Quant au Frère Pierre Cendre, bientôt Prieur de Barcelone et appelé vers la même époque à signer commetémoin les dispositions testamentaires du roi Jacques *, il répond à l'idée qu'on se fait de la Province d'Espagne, où , d'après le vieux texte déjà cité, « tant de Frères brillèrent par leurs miracles — Fratres miraculis coruscantes multi. » L'opinion qu'on avait du Frère Pierre Cendre se retrouve, à l'état d'écho déjà lointain, dans le témoignage de Bernard Guidonis, qui le range parmi les prédicateurs fameux et gracieux — inter prœdicatores famosos et gratiosos. Un autre écho, cette fois plus rapproché, retentit comme le précédent au delà des Pyrénées. Guillaume de Puylaurens, signalant le passage du Frère Pierre à travers le diocèse de Toulouse , l'appelle « un homme puissant en œuvres et en paroles, et dont Dieu se servait pour faire des miracles en faveur des infir-
t. Tarragone, 6 mai ii'ii.
mes 1 ». Gérard de Frachet, enfin, entré dans l'Ordre en 1225, et, par conséquent, contemporain du saintreligieux autant qu'on pouvait l'être, ne se montre pas moins explicite. « Il y eut, écrit-il, dans la Province d'Espagne un vénérable religieux nommé Frère Pierre Cendre, de la nation catalane, prédicateur très fervent, par l'entremise duquel, quand il vivait encore, Dieu fit de nombreux miracles. Sur la foi detémoignages assermentés, on constata que la vue avait été rendue par lui à treize aveugles,
l'ouïe à quatre sourds, le mouvement à sept estropiés
Une femme courbée et contractée de tout son corps s'était fait porter à ses prédications. N'ayant pu s'approcher à cause de la foule, elle prit des écorces d'un saule sur le tronc duquel le Frère s'était assis, et, ayant invoqué le nom de la bienheureuse Vierge et du Frère Pierre, son prédicateur, elle toucha avec les écorces susdites les jointures de ses membres 2 » Le reste se devine : la guérison suivit instantanément.
Laissons, pour concentrer notre attention sur le personnage principal, les figures accessoires du tableau.
En étudiant saint Raymond dans les lignes si variées de sa vie publique, on ne peut méconnaître les caractères énergiquement accusés d'une individualité très puissante. Toutefois , le bruit qui se fait autour d'un homme n'est pas tout l'homme. Il y a l'homme vu de près, passé au crible dans ses aspects intimes, si souvent amoindri quand il s'agit d'une gloire selon le monde, agrandi, soyez-en sûr, quand il s'agit d'un saint. C'est cet homme intérieur etcaché dont nous allons nous mettre en quête, que nous allons poursuivre et épier danslescloîtres, en voie de construction, du couvent