‹ Saint Raymond de Pennafort et son époqueChapitre 69 sur 203 · Vit. Frat. p. IV, c · texte numérisé non relu

Vit. Frat. p. IV, c

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de Sainte-Calherine. Avant tout, on aimerait à se former une image vivante de sa personne, à l'interroger dans ses traits, à devinerdans le jeu de sa physionomie cequ'il est dans son être moral. Mais comment refaire un type perdu, comment rendre à la poussière le coloris, le geste, l'animation ? En ce qui touche saint Dominique, le culte immédiat que lui vouèrent ses fils et ses filles a rendu la chose possible. Grâce à la plume délicate de la Sœur Cécile, on sait quelle était la splendeur de son front, la douce lumière qui inondait ses cils, l'incarnat de ses joues, l'élégance de ses membres. Ce n'est pas tout: libre à vous d'animer cette image : une foule de particularités aimables dont sont émaillées les relations contemporaines, vous auront permis de connaître le saint Patriarche dans la profonde tendresse de son regard, dans la joie rayonnant sur sa face, dans sa sérénité toute céleste, dans cet éclat d'une perpétuelle jeunesse que les artistes de Tâge suivant s'accordent à lui conserver. Donner un corps à l'âme de saint Raymond est une entreprise moins aisée. Néanmoins, si l'on consulte certaines vraisemblances , on se représentera un type fort plutôt que délicat, sérieux plutôt qu'agréable. Il est difficile de se le figurer comme ayant jamais été jeune. Et en effet, enfant, il a le cœur d'un vieillard — cor sentie ei inesse videbatur. Adonné dès lors à l'étude, pieux en même temps qu'appliqué, il a hâte de se jeter dans le moule d'où doit sortir un jour le grave docteur. A vingt ans il enseigne; vingt autres années et plus sont employées par lui à passer de la chaire sur les bancs et des bancs dans une chairesupérieure. A tous les moments et dans chacune de ces situations, il se révèle comme l'homme simple et correct, exact jusqu'à la rigueur dans l'observation des préceptes divins et des lois humaines, qu'il étudie comme disciple ou qu'il explique en maître,

liant pour lui-même les plus lourds fardeaux. Tel est son passé déjà long. Mais une carrière nouvelle s'est ouverte et un autre homme s'est révélé. Cet homme c'est l'ascète, l'ascète au corps déjà brisé et néanmoins portant avec vaillance un poids d'infirmités précoces, résultat de veilles studieuses, priantes et pénitentes, de travaux qui vont s'accroître de jour en jour. Que faut-il pour achever cette ressemblance ? L'art païen grandit ses héros et invente un idéal ; l'art chrétien s'efforce d'être vrai, mais il reste au-dessous des réalités célestes qu'il prétend reproduire. Raymond est un saint : son corps est amoindri, usé, défiguré, et cependant, miroir d'une âme déifiée, il a son genre d'austère beauté. « Dans les traits, dans le maintien, dans le geste, dans le discours, dans tout ce qui portait impression, vous auriez vu briller je ne sais quelle majesté, je ne sais quelle autorité et quel céleste reflet dessplendeurs qui par nature appartiennent à Dieu seul. » Ainsi parlaitsaintThomas, lorsque, parinduction, il cherchait à se rendre compte de la physionomie des anges apparus à Abraham sous forme de voyageurs N'a t- il pas, sans le savoir, tracé le portrait d'un homme angélique comme lui, de son contemporain et de son frère par la profession, de saint Raymond de Pennaforl?

D'ordinaire, la physionomie d'un saint, homme singulier entre tous, se détache avec force du cadre qui l'entoure. Ici nous ne saurions en dire autant; la faute en est à l'élévation du niveau commun. Le biographe de saint Raymond nous renseigne assez exactement sur le détail de ses journées : or ces indications ne nous offrent rien qui le distingueessentiellement du milieu où il vit; et toutefois, quelle saveur d'héroïsme et quel parfum de sainteté !

In Gen.

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Nous avons fait connaître ailleurs 1 la série d'actes qui sanctifiaient la journée d'un Frère-Prêcheur dans son couvent. Un mot en donne la clé : la nuit à Dieu, et le jour au prochain, disait Jourdain de Saxe et, après lui, Humbertde Romans.

La nuit commençait de bonne heure. L'office de Complies était une sorte de pâques, de passage entre les agitations du jour et le repos encore actif de l'étude, de la prière, de la contemplation.

Guidés par l'ancien historien de saint Raymond, suivons-le pas à pas.

Ses veilles n'avaient point d'ombres, et, s'il était solitaire, il n'était jamais seul. Un ange lui demeurait présent et, comme un phare, il éclairait ses nuits. Quand, après un certain temps passé dans la contemplation, le Saint prenait quelque repos, il arrivait souvent que l'ange, anticipant sur l'heure des Matines, venait le réveiller et l'inviter à la prière. Raymond obéissait à l'ange ; il se levait et reprenait ses veilles interrompues. Vers l'aurore, il réparait ses forces en s'étendant de nouveau sur sa couche. Après un court sommeil, il se disposait avec grand soin à célébrer les saints mystères.

L'office ou la psalmodie prenait une part considérable de ces heures réservées. Il est intéressant de connaître avec quel esprit de religion notre Saint s'acquittait d'une obligation commune à tous.

« Soit qu'il fût au chœur, soit qu'il fût au dehors, il satisfaisait à l'office posément, avec dévotion, avec une remarquable gravité. Il s'acquittait soigneusement des inclinations qu'il faisait très profondes ; il évitait les interruptions et tout ce qui eût été de nature à le distraire. »

L'oraison — oratio sécréta — comme parle l'ancienne

[. Premières Etudes, t. r. c. iv.

Vie, d'accordavec le langage de l'Ordre, avait une mesure déterminée qui s'imposait à tous, et une extension facultative. On sait que la plupart des religieux profitaient de cette latitude. A l'issue desComplies et à l'issue des Matines, ilsse répandaientdans l'église ou se dispersaient sous les cloîtres, pour épancher leur cœur dans la prière et affliger leurs corps parla pénitence. Encore ici, Raymond ne se laissait dépasser par personn:. « Après Matines et après Complies, rapporte son historien, il visitait tous les autels et, en présence de chaque autel, il faisait des venia 1 et donnait d'autres signes corporels de vénération. » Alors aussi « il châtiait durement son corps au moyen de disciplines et d'autres instruments de pénitence ».

Quant à son oraison, « elle lui arrachait des larmes abondantes. En vain s'efforçait-il d'en dérober la connaissance en se réfugiant dans les recoins les plus cachés de l'église ou dans les parties du cloître les plus reculées : ses sanglots éclataient et étaient entendus des Frères ».

Sa prière était d'un grand crédit auprès de Dieu. On citait de cette efficacité de nombreux exemples, et ces exemples tenaient du prodige. Il faut en prendre son parti : impossible de poursuivre cette histoire sans marcher à travers les miracles. Bornons-nous, pour le moment, à deux faits.

Une dame, du nom d'Elisende Eymerich, souffrait depuis longtemps d'une fièvre quarte. Un jour, le Saint étant allé la visiter, en compagnie du Frère Guillaume Pons, la trouva sous le coup d'un violent accès. Selon sa coutume, il lui adressa de douces et fortifiantes paroles. La malade, dans un élan de foi et de vive dévotion.

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