‹ Saint Raymond de Pennafort et son époqueChapitre 83 sur 203 · MICH. DE FABRA ET BER. DE CASTELBISBAL · texte numérisé non relu

MICH. DE FABRA ET BER. DE CASTELBISBAL

taner, qu'à aucune autre cité du monde ». Contentonsnous de signaler le bouquet placé par le roi conquérant au faîte de sa brillante entreprise, comme un ex-voto de sa piété. Après avoir passé quatorze mois dans l'île, il est à la veille de rentrer dans ses Etats héréditaires. Il réunit ses compagnons d'armes, et avec cette force d'élocution qui lui était familière, il les encourage dans de touchants adieux. Après leur avoir promis de ne jamais les perdre de vue et de voler à leur secours au premier danger, il donne comme gage à sa parole ce double argument : a Dieu d'abord nous a fait une grâce qu'il n'a accordée jusqu'ici à aucun souverain des Espagnes, celle de conquérir un royaume au milieu de la mer. En second lieu, nous avons eu le bonheur d'ériger ici même une église en l'honneur de Notre-Dame Sainte Marie, sans parler de celles que nous lui élèverons plus tard. Soyez sûrs dès lors que nous ne vous oublierons pas. » Le roi voulait parler encore. Suffoqué par les larmes, il pleura, et ce peuple nouveau — novitate tenellus — habitué à compter sur son bras,avaitles yeux fixéssur lui. Lesrudes barons pleurèrent avec le roi, qui dut, pour achever son discours et annoncer les mesures nécessitées par son absence, attendre que l'émotion fût passée.

En consacrant à la Reine du ciel la première église élevée sur cette terre conquise à son divin Fils. Jacques s'est montré fidèle aux habitudes de sa piété et au sentiment universel de son peuple. En confiant à la garde des Frères-Prêcheurs cette même église, il leur donnait un signe éclatant de son affection et de sa gratitude pour les services rendus. Aussi le nouveau sanctuaire fut-il dédié, tout d'une voix, non seulement à la Mère de Dieu, mais au chef de la milice céleste, dont le nom avait été rendu plus populaire que jamais par son client sur la terre, Michel de Fabra. On dit dès lors Y église de Sainte-Marie

et de S aint- Michel- de-la- V ictoir e . Telle fut l'origine du couvent des Dominicains à Majorque. Elle marque la coopération de ces vaillants religieux à l'œuvre de la Reconquista. Se plaçant en sentinelles avancées à tous les postes enlevés aux infidèles par l'épée constamment victorieuse des croisés, ils firent pour Majorque, ils feront pour Valence et pour Murcie, ces autres trophées'du roi Jacques, ce qu'ils feront pour Cordoue, pour Séville, ces conquêtes non moins brillantes de saint Ferdinand.

Laissons parler ici un religieux qui visitait, au commencement du dix-septième siècle, le monastère fondé par ses pères des temps primitifs. « Dans la royale enceinte de l'Almudayna, dit Malvenda, Jacques fit don à l'Ordre des Frères-Prêcheurs d'un emplacement très vaste pour y fonder un couvent. Dès la première année de la conquête, on y construisit une petite église qui, par son titre de Sainte- Marie et de Saint-Michel-de-la-Victoire, était destinée à rappeler le triomphe éclatant des armées chrétiennes. On y voit encore un antique caveau où furent enterrés les premiers religieux et les nobles chevaliers qui périrent pendant la guerre de Majorque et le siège de la ville. Ce caveau fut ouvert il y a quelques années, et l'on reconnut les corps des chevaliers encore recouverts

de leurs armures Mais le nombre des Frères s'étant

accru, on mit la main en 1296 à la construction d'une église plus spacieuse, terminée en x 3 5 3 . Cette église, appareillée toute en pierres, remarquable par son ampleur et son incomparable beauté, a subsisté jusqu'aujourd'hui. »

Mais non ! de tout cela, rien ne subsiste. Les ravages accumulés des siècles ont entassé moins de ruinesqu'une heure de révolution Si, dans la masse transformée de

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