HONNEURS RENDUS A S. RAYMOND. IL QUITTE LA COUR ROM
du pays, désignerait un sujet capable d'occuper dignement le siège principal des Etats Aragonais. »
En ce point, l'obéissance était plus facile ; Raymond ne peut que souscrire. Dans un instant, nous aurons à parler du choix qu'il fait pour Tarragone. Ici, nous avons à dire comment le Pape, se faisant à lui-même une violence toute à l'honneur de notre Saint, déféra à ses ardents désirs de quitter la cour pontificale.
Grégoire IX avait eu cette fortune enviable d'être uni d'une tendre amitié avec saint Dominique et saint François. Cette amitié, qui date du temps où il n'était encore que le cardinal Ugolin, il l'étendit plus tard, avec sa protection comme Pape, aux fils et aux filles de ces illustres saints. C'est ainsi que, dans la lignée féminine de l'un et de l'autre Patriarche, la bienheureuse Diane de Bologne, sainte Claired'Assise, sainte Elisabeth de Hongrie deviennent, toutes trois, l'objet des encouragements et des délicates faveurs du vieux Pontife. Dans la descendance masculine de saint Dominique, Grégoire trouvait également à épancher son grand cœur. Au premier rang — nous le racontions ailleurs — il distingue le bienheureux Jourdain de Saxe. En même temps, il admet saint Raymond dans son intimité la plus étroite. Quel est des deux le préféré ? Question à laquelle il est difficile de répondre. Humbert de Romans, d'un seul coup de crayon, donne une forme achevée aux rapports existants entre le Pape et le directeur de sa conscience : c'est quand il adjuge à ce dernier le titre de — familiarissimus et consiliarius secretus. Le Saint, si l'on veut laisser aux expressions toute leur force, était- l'ami parmi les amis, le cœur fidèle sur lequel le Pontife avait l'habitude de chercher un appui, le confident de ses plus intimes pensées.
On comprend dès lors la peine du Pape à se sevrer de
cette « fructueuse et douce présence »1. Si les circonstances conspirent en faveur de Raymond, l'âme énergique du grand Pontife ne les subira pas sans regimber — elle y mettra des difficultés — licet cum difficultate — porte le texte ancien.
Dieu « a choisi ce qui est infirme pour confondre ce qui est fort ». Déjà, une première fois, l'humilité du religieux, soutenue d'une infirmité opportune, a eu raison des volontés expresses du Vicaire de Jésus-Christ. Ici, même victoire, grâce à un même concours. Raymond pourra se dire encore une fois : « cum infirmor tune pot ens sum »; l'infirmité d'un corps débile triomphe des tendresses du Pontife. Laissons encore la place aux accents vivants et véridiques de l'antiquité.
« Frère Raymond, porte notre antique légende, avait passé cinq années à la cour, fatigant son esprit et consumant son corps, dans d'immenses travaux, dans d'inexorables veilles, consacrées à l'étude, à la prière, au service de l'Église romaine. » La nature finit par succomber . « Il tomba, continue le vieux texte, dans une grave maladie et dans un état de langueur qui fit dire'aux médecins envoyés par le seigneur Pape, que le seul moyen de prolonger ses jours était de l'envoyer sans délai respirer l'air natal. Frère Raymond profita de cet arrêt pour y joindre ses instances. Alors le seigneur Pape déclara que, si chère que lui fût sa présence, il aimait mieux le savoir absent, mais en vie, que le voir mort à ses pieds. » Ne voulant pas briser tous les liens qui l'attachaient à sa personne, il lui continua ses pouvoirs de pénitencier. « Frère Raymond ayant pris congé du seigneur Pape retourna au couvent d'où il était venu. Alors on put dire en toute vérité: cet homme a quitté la cour tel qu'il y