‹ Saint Raymond de Pennafort et son époqueChapitre 97 sur 203 · RETOUR EN CATALOGNE. AFFAIRES MULTIPLES, ETC · texte numérisé non relu

RETOUR EN CATALOGNE. AFFAIRES MULTIPLES, ETC

était entre, car ni la grandeur des grâces, ni le vent de la faveur, ni le mirage des distinctions n'ont rien pu contre son inaltérable humilité. »

§ IV

RETOUR EN CATALOGNE. — AFFAIRES MULTIPLES. — RAYMOND RÉSIGNE SES CHARGES.

C'était vers la fin de 1 23 5 ou au commencement de 1236. Raymond bénissait le mal passager qui, brisant ses liens, lui permettait d'aller reprendre la vie humble et cachée d'un simple religieux. Pieuse illusion, toujours reprise et toujours déçue. « Attendu, dit un de ses historiens, que la persécution des honneurs s'attache avec raisonaux pas de ceux qui s'obstinent à les fuir, l'homme de Dieu, qui comptait se cacher en son couvent de Barcelone, comme en un réduit bien obscur, et éviter, par son éloignement de la cour, le tracas des affaires, fut poursuivi dans sa retraite par l'affectueuse admiration qu'il avait suscitée. » Les marques de confiance de la Papauté et de la cour romaine semblent se multiplier et croître en raison directe des distances. « Pourvoir à telle église métropolitaine , confirmer des évèques ou des Abbés, ouvrir des enquêtes contre certains prélats et au besoin les déposer, comme il arriva pour l'évêque prévaricateur d'Urgell, absoudre de l'excommunication, relever des irrégularités, telles étaient les commissions que le Pontife romain imposait au zèle de Frère Raymond, soit qu'il lui traçât un programme défini, soit

que, plus ordinairement, il abandonnât à sa prudence la solution des cas parliculiers

Dès le début, et avant que Raymond n'eût remis les pieds à Barcelone, ses rêves de vie cachée subissaient un échec, infligé cette fois, non par les hommes, mais par la volonté toute-puissante de Dieu. Une auréole nouvelle, du moins par son éclat public, allait le signaler à l'attention : le thaumaturge se révélait. « A peine avait-il quitté Rome, dit la bulle de Clément VIII , que l'esprit du Seigneur se répandant sur lui, il fut investi du don des miracles. »

Accompagné de quatre Frères, Raymond abordait au petit port de Tossa en Catalogne. En ce moment, une foule vivement impressionnée s'empressait sur le bord de la mer. On venait de débarquer le corps inanimé d'un moissonneur frappé d'un mal subit, tandis qu'il sciait les blés sur un point voisin de la côte. Raymond fendit la foule, et à haute et forte voix, il interpella cet homme, lui demandant s'il voulaitse confesser. Point de réponse, pas même un simple signe ; la vie semblait éteinte. Pas plus que les adjurations du serviteur de Dieu, les moyens employés par l'assistance ne réussissaient -a en raviver l'étincelle.

Mais Raymond s'agenouille, il invite la foule à prier avec lui. Puis, se levant, il s'approche de nouveau et, appelant le moribond par son nom : « Barcilo, s'écriet-il, veux-tu te confesser ? » Lui, ouvrant incontinent les yeux : « Oui , je le veux ; je l'ai toujours voulu. » Et alors , Vinsigne ministre du sacrement de la pénitence fait signe à la foule de se tenir à l'écart, et longuement et tout à son aise il s'entretient avec cet homme. La confession terminée, le moribond ne proféra plus une parole,

i. Marsilio, Chron. Jacobi, 1.1. iv, c. 47.

Page 1