RETOUR EN CATALOGNE. AFFAIRES MULTIPLES, ETC
mais doucement et devant une assistance émerveillée, il rendit son âme à son Créateur » *.
Le saint religieux est à Barcelone et, tout aussitôt, il s'y trouve assiégé. Ceux qui conspirent contre son repos peuvent s'appeler tout le monde. Voici, en effet, comment l'histoire nous dépeint cet assaut. « Ayant éprouvé dans sa santé un certain soulagement, il se flattait d'avoir conquis au prix de tant de travaux etdeservices rendus, la tranquillité du corps et de l'esprit. Il s'empressa de faire usage de sa liberté pour se plonger dans la contemplation, non sans devenir pour tous un vrai miroir de la vie religieuse et un modèle de sainteté. Mais voici que, son retour ayant transpiré, une multitude de personnes de toutes conditions vint à lui pour obtenir des conseils de salut, chacun selon son cas et la nature de ses affaires. Et lui, les accueillait, grands et petits, dans le sein de sa vaste charité, et, selon la mesure de grâce que Dieu lui avait départie, il satisfaisait à leurs désirs. »
Après les affaires de tout le monde, il y a celles qu'on peut appeler les affaires de quelqu'un, celles du Pape, du roi, des prélats, des seigneurs. Nous allons les voir défiler sous nos yeux.
De ces affaires, les unes sont conjointement celles du Pape et celles du roi. Raymond n'est-il pas l'homme de l'un et del'autrePUn jour, parexemple, Jacques d'Aragon vientd'obéir à un deces mouvementsimpétueux qui, assez souvent chez lui, dégénéraient en violence. Il a, se trou-
1. Cf. Vit. antiq. Ce document produit l'attestation de l'official de Girone. En 1284, deux prêtres, sur la foi du serment, se sont portés garants de l'authenticité des faits. Il y a mieux. La bulle de canonisation rapporte le miracle de Tossa. Pena, cependant, fait remarquer que ce miracle ne fut considéré par la Congrégation des Rites que comme étant de troisième ordre, attendu qu'il ne constait pas absolument de la mort de celui auquel saint Raymond rendit la parole et la facilité de se confesser.
vant à Huesca, porté atteinte à la liberté de l'évêque de Saragosse. Celui-ci se rendait à Tarragone pour s'y faire consacrer: le roi lui barra le passage. Tombé de ce chef sous l'excommunication, il n'avait pas tardé à s'adresser au Saint-Siège, dans le but d'être absous. Saint Raymond fut chargé de procéder à la réconciliation du prince. A cette occasion, le Pape ht adresser à son pénitencier deux lettres, l'une ostensible où se trouve consigné son mandat ; l'autre incluse et renfermant des instructions. Jacques ne pourra être absous que s'il prête serment de respecter à l'avenir l'immunité personnelle des évêques et des clercs; il faut, en outee, qu'il s'engage à racheter ses torts envers l'évêque de Saragosse. La réparation doit avoir lieu publiquement et dans la cathédrale de Huesca, là où l'outrage s'était produit *.
Une fois de plus, la violence pliait devant le droit. L'Eglise,du reste, corrigeait en mère. Elle ne pouvait se déprendre de ses sentiments de tendresse envers un prince, son pupille d'abord, puis son protégé : prince brillant, dont la vaillante épée avait déjà rendu à la cause catholique de signalés services. Personne, mieux que Grégoire IX, n'appréciait ces services ; personne ne s'intéressait davantage à la fortune et à la gloire du Conquistador. Le Pontife venait d'en donner la preuve, en négociant l'alliance du jeune héros avec une femme digne d'embellir son existence et de fixer son cœur, Violante de Hongrie, « moult belle dame, dit Bernard d'Esclot, agréable à Dieu et à son peuple ». Les sentiments favorables du Saint-Siège percent jusque dans la mission, comminatoire à certains égards, dont saint Raymond est investi. Car, si le pénitencier pontihcal est chargé d'imposer au roi de justes réparations, d'autre part, il doit le
h Bull. O.P.t. i, p. 83.