‹ Saint Séverin, apôtre du Norique (453-482): (453-482)Chapitre 15 sur 81 · Eugr., III, a · texte numérisé non relu

Eugr., III, a

a. £uff., III, 3.

pénitence se fait homme de guerre, mais en lui Tun ne se sépare pas de Tautre. Une faible garnison, avons-nous dit, se maintenait à Favianes. Mais que pouvait une poignée d'hommes contre une nuée d'ennemis ? Il fallait donc saisir une occasion et frapper juste. Le chef de la garnison était un tribun nommé Mamertinus. C'était un homme de cœur et de foi, mais que le découragement, ou plutôt le sentiment de son impuissance, avait gagné comme les autres. Il devint évêque plus tard, et peut-être faut-il voir eu lui le premier évêque de Vienne*. Un jour que les rapines des Barbares avaient, plus encore que d'ordinaire, exaspéré les habitants (non contents de s'emparer des bestiaux, ils avaient en outre enlevé des hommes), une délégation se rendit auprès de Séverin. En pleurant, ils lui racontèrent les nouvelles tribulations dont ils venaient d'être victimes; en même temps, ils l'instruisaient en détail du coup de main dont ils se plaignaient. Séverin convoqua Mamertinus et se fit rendre compte des forces dont le tribun disposait. C'était bien peu de chose. On n'avait pas même assez d'armes pour en fournir les soldats. Mamertinus avouait qu'avec un si petit nombre d'hommes, il n'osait rien tenter :

i^ A moins quHl n'y ait confusion avec Mamertus, vers le même temps ëvêque de Vienne en Gaule.

< Mais, s'écria*t-il dans un élan de foi, si tu nous l'ordonnes, nous combattrons. A défaut d'armes, nous aurons tes prières et elles suffiront à nous assurer la victoire M » Alors, avec cet esprit prophétique qui se manifestait en toutes circonstances, te saint lui répondit : « Si tes soldats manquent d'armes, les ennemis leur en fourniront. Qu'importe le nombre, qu'importe le courage humain, là où Dieu lai-mème combat? Pars donc, an nom de Dieu, pars vite, marche avec confiance. Dieu marchera devant vous et le faible apparaîtra plein de force '. Dieu combattra pour vous et vous n'aurez qu'à le laisser agir. Ya donc, et souvienstoi seulement de m'amener sains et saufs tous les Barbares que tu auras pris '. » Après ces paroles enflammées, il le congédia plein de confiance, non sans doute sans avoir avec lui combiné l'attaque.

La petite troupe se mit en campagne et fit tant de diligence qu'à environ deux milles, au bord d'une rivière appelée Tiguntia, ils rejoignirent les Barbares. C'était, suivant toute apparence, de ces brigands nomades appelés Scamares, car le chroniqueur ne leur donne d'autre nom que celui de

Page 1